Mémorandums et rapports - Thomas Sankara Website - Officiel https://www.thomassankara.net/category/francais/documents/memorandums-et-rapports/ La patrie ou la mort, Nous vaincrons! Mon, 02 Feb 2026 12:04:40 +0000 fr-FR hourly 1 145130549 Procès Verbal de l’assemblée générale du Conseil du Salut du Peuple du 21 au 26 novembre 1982 https://www.thomassankara.net/proces-verbal-de-lassemblee-generale-du-conseil-du-salut-du-peuple-du-21-au-26-novembre-1982/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=proces-verbal-de-lassemblee-generale-du-conseil-du-salut-du-peuple-du-21-au-26-novembre-1982 https://www.thomassankara.net/proces-verbal-de-lassemblee-generale-du-conseil-du-salut-du-peuple-du-21-au-26-novembre-1982/#respond Mon, 02 Feb 2026 11:37:16 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=251296 Nous publions ci-dessous un document exceptionnel. Il s’agit d’un compte d’une assemblée générale des forces armées qui s’est tenue peu de temps après le coup d’État du 8 novembre 1982 et qui a mis fin au régime de CMRPN (Comité militaire de redressement pour le progrès  national). Ce document nous montre un autre visage de […]

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Nous publions ci-dessous un document exceptionnel. Il s’agit d’un compte d’une assemblée générale des forces armées qui s’est tenue peu de temps après le coup d’État du 8 novembre 1982 et qui a mis fin au régime de CMRPN (Comité militaire de redressement pour le progrès  national). Ce document nous montre un autre visage de l’armée. Après ce coup d’État en effet, une assemblée générale fut convoquée, rassemblant tous les officiers disposant d’un commandement. La discussion et les différentes élections ont duré 4 jours.

Le pays était alors dans une profonde crise sociale et politique. Les grèves se multipliaient. Somé Yorian, Fidel Guébré, Jean Claude Kamboulé prennent l’initiative d’un coup d’État. Thomas Sankara est consulté mais il refuse à en être partie prenante, jugeant alors que la situation n’était pas mure. Alors déjà très populaire au sein, ce nouveau coup d’État va ouvrir la voie à de nouvelles perspectives.

Une assemblée général des forces armées ! Qui s’en rappelle… Y compris au sein de l’armée. Pourtant dès 1966, le général Lamizana avait créé, le conseil des forces armées voltaïques censé tous les officiers disposant d’un commandement. Il s’était d’ailleurs réuni en avril 1982, afin d’examiner le bilan du CMRPN (Conseil militaire de redressement pour le renouveau) qui dirigeait alors le pays depuis le premier coup d’État en novembre 1980. Ce n’était donc pas tout à fait une nouveauté.

Les votes de cette assemblée générale montre une écrasante majorité des militaires progressistes qui reconnaissaient en Thomas Sankara leur leader. Il est à noter que ce sont les militaires dits “réactionnaires” ou “de droite” qui voulait revenir à l’ordre constitutionnel, qui ont rompu cette pratique démocratique en arrêtant les militaires progressistes, le 17 mai 1983. Blaise Compaoré ayant réussi à fuir, l’affrontement devenait inévitable. Il interviendra le 4 aôut 1983

Évidemment ce rappel est tout à fait bienvenu alors que de nouveau la période des coups d’État a été rouvertes en 2022, et que la façon de régler les problèmes internes apparait totalement différente.

Ce document a été retranscrit par Guy Innoncent Nana, membre de l’équipe du site.

Bruno Jaffré


RÉPUBLIQUE DE HAUTE-VOLTA

Unité – Travail – Justice

A OUAGADOUGOU, le 29 Novembre 1982.

SECRET CONFIDENTIEL

 

PROCÈS – VERBAL DE RÉUNION DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES FORCES ARMÉES VOLTAÏQUES

 

L’an mil neuf cent quatre-vingt-deux et le vingt-six Novembre à 09 heures 00 s’est tenue dans la salle d’instruction du Camp Guillaume OUÉDRAOGO, l’Assemblée Générale du Conseil des Forces Armées Voltaïques conformément à l’esprit de la Proclamation du 7 Novembre 1982.

Cette Assemblée Générale présidée par le Colonel SOMÉ Yoryan Gabriel, Chef d’état-major Général, était composée de cent dix-sept (117) membres dont soixante-six (66) représentants élus des corps et cinquante un (51) membres du Conseil Provisoire de Salut du Peuple (composition jointe en annexe I).

L’ordre du jour adopté comportait deux points :

1°/- Élection du Président du Conseil.

2°/- Constitution d’une Commission chargée de la rédaction des Statuts, Règlement Intérieur et Programme d’Orientations Politiques.

Le premier point est aussitôt abordé et deux candidats sont dégagés :

  • Le Médecin-Commandant OUEDRAOGO Jean-Baptiste et
  • L’Intendant Général Marc Tiémoko GARANGO.

Le vote au bulletin secret a donné les résultats suivants :

  • Intendant GARANGO ……………………. 9 voix
  • Médecin-Commandant OUEDRAOGO Jean-Baptiste .. 99 voix
  • Abstention ……………………………. 2 voix
  • Nul …………………………………. 6 voix

sur 116 bulletins exprimés sur 117 présents.

Au terme de ce vote, le Médecin-Commandant Jean-Baptiste OUEDRAOGO remportant plus de la majorité absolue des voix a été déclaré comme Président du Conseil.

Après l’élection du Président du Conseil, l’Assemblée passa à l’examen du deuxième point de l’ordre du jour. Une discussion de quelques minutes devait aboutir à la création d’une Commission chargée de l’étude et de la rédaction des documents de base (Statut – Règlement Intérieur – Programme d’Orientations Politiques). Elle était aussitôt constituée avec à sa tête le Commandant KIELWASSER et composée de vingt-sept (27) membres (voir liste annexe II). Cette commission se mit immédiatement au travail et parvint ainsi à présenter dans le délai imparti les résultats de ses travaux.

Le Lundi 22 Novembre à 9 heures 00 la séance est reprise avec à son ordre du jour l’audition des trois Officiers précédemment sanctionnés par les responsables du C.M.R.P.N. Il s’agit des Capitaines SANKARA Thomas – ZONGO Henri et COMPAORE Blaise. A tour de rôle ces Officiers s’adresseront à l’Assemblée (Déclarations jointes en annexe).

On trouvera les interventions de Thomas Sankara et de Blaise Compaoré à https://www.thomassankara.net/intervention-de-thomas-sankara-devant-lassemblee-general-csp-novembre-1982/ 

Après leur audition, les trois Officiers se retirèrent de la salle pour laisser l’Assemblée débattre et répondre à la question suivante :

“ Après audition des trois camarades, peuvent-ils être réhabilités oui ou non ? “.

C’est à l’unanimité et à mains levées que l’Assemblée répondra par l’affirmative. La sentence est notifiée séance tenante par le Président aux intéressés préalablement introduits.

Le Capitaine SANKARA, porte-parole du groupe remerciera l’Assemblée Générale pour cet acte qu’elle venait de prendre et qu’il qualifie d’historique et de courageux. Il a estimé qu’une prise de conscience était à l’origine du 7 Novembre permettant ainsi à toutes les catégories militaires de discuter côte à côte des problèmes de la vie nationale. Le souffle nouveau venant de la base vers le sommet mérite d’être entretenu. Alors l’on assistera à une marche irréversible de l’Armée et partant de la Nation toute entière vers la défense de la démocratie et de la justice contre l’arbitraire. Il souhaitera pour sa part que le C.S.P. mène ce combat avec acharnement sous peine d’être combattu.

La séance est suspendue à 13 heures 10.

Le Mardi 23 Novembre 1982 à 8 heures 10 la séance fut reprise. L’ordre du jour comportait l’examen et l’adoption des documents de base selon l’ordre suivant : Programme d’orientations politiques – Statut – Règlement Intérieur. Après adoption du programme d’orientations générales la séance fut suspendue à 13 heures 15. Elle fut reprise à 16 heures pour adopter le Statut du Conseil. A 19 heures 50 elle fut de nouveau suspendue pour le 24/11/82 à 8 heures.

Le Mercredi 24 Novembre 1982 à 8 heures la séance fut reprise et le règlement intérieur adopté à 9 heures 20. L’assemblée passa ensuite à la discussion sur les secteurs ministériels et la désignation des membres des différentes organes du C.S.P.

  • S’agissant du premier point, dix-sept (17) Ministres et trois (3) Secrétaires d’État ont été retenus.
  • Quant au deuxième point relatif à la désignation des membres des organes du C.S.P., il a donné les résultats suivants :

ÉLECTION DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL

1°) Commandant LENGANI Jean-Baptiste  79 voix

2°) Commandant GUEBRE Fidèle  15 voix

3°) Capitaine ZONGO Henri  4 voix

4°) Capitaine SANKARA Thomas  4 voix

5°) Commandant LOMPO Karim  2 voix

6°) Abstention  1 voix

7°) Nul  2 voix

Le Commandant LINGANI est proclamé Secrétaire Général.

ÉLECTION DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL ADJOINT

1°) Sous-Lieutenant Hien Kilimité  79 voix

2°) Lieutenant TAONSA  2 voix

3°) Adjudant OUEDRAOGO Lambert  6 voix

4°) Lieutenant SARRE  9 voix

5°) Sergent/Chef BARRY  1 voix

6°) Lieutenant KABORE Boukary  4 voix

7°) Adjudant SOWOLA  6 voix

Le Sous-Lieutenant HIEN est proclamé Secrétaire Général Adjoint.

Puis successivement les neuf autres membres ont été élus. Ce sont :

1°) Capitaine COMPAORE Blaise ………… 103 voix

2°) Sous-Lieutenant TRAORE Sidiki …….. 102 voix

3°) Lieutenant SARRE ………………… 102 voix

4°) Sergent NAMOANO ………………….. 83 voix

5°) Commandant DJEBRE ………………… 78 voix

6°) M.D.L./Chef KAMBOU Kabéa ………….. 66 voix

7°) Major KABORE Nazaire ……………… 58 voix

8°) Caporal BELEM …………………… 53 voix

9°) Caporal BOUDA …………………… 53 voix.

Passant à la Commission de Contrôle, seuls le Président et le Vice-Président ont été élus.

ÉLECTION DU PRÉSIDENT

1°) Capitaine SAWADOGO Assane …………. 71 voix

2°) Capitaine COMPAORE Gneskoum ……….. 18 voix

3°) Adjudant ZONGO Dominique ………….. 2 voix

4°) Lieutenant SOULEY ……………….. 9 voix.

Au terme de cette élection, le Capitaine SAWADOGO Assane est élu Président.

ÉLECTION DU VICE-PRÉSIDENT

1°) Capitaine COMPAORE Gneskoum ……….. 48 voix

2°) Lieutenant HIEN Sié ……………… 17 voix

3°) Adjudant ZONGO Dominique ………….. 37 voix

4°) Lieutenant PALM Mory …………….. 4 voix.

Le Capitaine COMPAORE Gneskoum est retenu Vice-Président. La désignation des autres membres de la Commission est confiée aux Président et Vice-Président. La séance est suspendue à 19 heures 42. Le Jeudi 25 Novembre, la séance fut reprise à 9 H 13 avec le dernier point de l’ordre du jour à savoir les divers. Plusieurs points ont constitué ces divers.

  • La discipline
  • La discrétion
  • Le personnel féminin
  • La correspondance des Techniciens de l’Environnement et du Tourisme.

1°/- DE LA DISCIPLINE

Le Colonel SOME Yoryan a abordé ce point en indiquant qu’une Armée ne saurait être efficace sans la discipline. La nécessité d’une discipline surtout au cours de la phase actuelle que traverse la Nation. Expliquant les fondements de la discipline, il avança que celle-ci a quatre caractères sans lesquels aucune efficacité ne peut être attendue. La discipline pour être valable, dit-il, doit être :

  • comprise
  • voulue
  • aimée
  • acceptée.

Pour justifier le besoin d’une restauration de la justice, il fournira à l’Assemblée des exemples fort nombreux de comportements indignes et ce, malgré les différentes notes de service de rappel. Il mettra en exergue la responsabilité des Chefs de Corps et directeurs de service dans la conduite de leurs formations. Le respect de la hiérarchie aussi bien dans les écrits que dans les actes fait aussi partie de la discipline, poursuivra-t-il. Pour sa part, il souhaite l’application des règles de discipline contenues dans l’ancien règlement et rejette le souffle nouveau observé dans certains pays européens comme la France dont la maturité et le niveau de culture permettent une évolution. La Haute-Volta, s’écrie-t-il, doit, à l’instar d’un enfant, ramper d’abord, marcher ensuite puis courir. Pour conclure, il lancera un appel à tous en vue d’une reprise effective de la discipline dans les trois mois qui suivent. La discipline restaurée, l’Armée rayonnera et les populations suivront. Autrement, il serait vain d’opérer tout changement.

2°/- DE LA DISCRÉTION

Parti d’une constatation qui concerne la fuite des résultats des travaux, le consensus s’est dégagé à l’unanimité pour le respect strict et sans faille de cette consigne. Dans cet ordre d’idée, le mot de passe ne devra être communiqué qu’à ceux qui sont intéressés.

3°/- DU PERSONNEL FÉMININ

Il a été déploré le nombre pléthorique de femmes et jeunes filles qui travaillent dans les différentes unités et services de l’Armée. Un coup d’arrêt devra être mis à cette situation et toute latitude est laissée au Chef d’état-major Général pour résoudre ce problème.

4°/- DE L’ENVIRONNEMENT ET DU TOURISME

Après lecture de la correspondance émanant des techniciens de l’Environnement et du Tourisme, l’Assemblée Générale a amendé le découpage ministériel et retenu le Ministère des

Transports, de l’Environnement et du Tourisme, tant les arguments développés sur l’impact national et international sont pertinents. Le Vendredi 26 Novembre à 9 heures 15, la séance fut reprise. A l’ordre du jour les points suivants étaient inscrits et abordés aussitôt.

1°)- Communication de l’orientation de Politique Générale du Gouvernement. La mission est confiée au Secrétariat Permanent de définir cette orientation politique.

2°)- Nature du régime (libre entreprise ou non). Ce point intimement lié au premier a été de même confié au Secrétariat Permanent.

3°)- Communiqué de presse faisant le point des travaux et donnant la composition des organes.

Un compromis s’est dégagé pour un communiqué de presse faisant le point en citant les organes ainsi que leurs responsables.

4°)- Ordonnance portant création du C.S.P. (dissolution du C.P.S.P.). Ce dernier point est approuvé à l’unanimité.

5°)- Formation du Gouvernement.

Le Président du Conseil, Chef de l’État, arrivé à 10 heures 31 a révélé l’équipe gouvernementale après avoir défini les critères qui ont guidé le choix.

  • Technicité
  • Conviction
  • Disponibilité
  • Capacité de travail et de dynamisme
  • Moralité.

L’Assemblée Générale par acclamation a approuvé l’équipe ainsi constituée (Annexe III).

Le mot de la fin est revenu au Président du Conseil qui a félicité l’Assemblée pour l’état d’esprit qui a animé les travaux. Restera aussi positif le sens de la démocratisation qui gagne aujourd’hui l’Armée. Il demandera aux représentants des Corps d’être le porte-parole pour apporter ce courant nouveau dans leurs régiments. La hache de guerre devra désormais disparaître pour céder la place à la cohésion et la solidarité. Il invitera tous les organes à œuvrer sans relâche pour un meilleur devenir de la Haute-Volta. Le Président de séance, après avoir félicité à son tour l’esprit qui a animé les discussions, a clôturé la session à 11 heures 16 minutes.

 

LE PRÉSIDENT DE SEANCE                                                            RAPPORTEURS

Colonel SOME Yoryan Gabriel                                                Capitaine SAWADOGO Assane

Sergent BICABA Denis

DESTINATAIRES

  • Tous Corps
  • C.S.P.
  • Archives. –

MEMBRES EGALITES (ANNEXE I)

1 – Capitaine — ZONGO — Henri

2 – Adjudant — ZONGO — Dominique

3 – Lieutenant — HIEN Sié — Roger

4 – Commandant — OUEDRAOGO — Jean-Baptiste

5 – Chef de Bataillon — LOMPO — Karim

6 – Capitaine — OUATTARA — Aboubakary

7 – Capitaine — SANKARA — Thomas

8 – Capitaine — COMPAORE — Blaise

9 – Commandant — B. Jean-Baptiste — Séguénam

10 – Adjudant — SAWADOGO — Lambert

11 – Adjudant — OUEDRAOGO — Martin

12 – Lieutenant — GANGO — Saidou

13 – Lieutenant — TAMBOURA — Laurent

14 – Lieutenant — SEDOGO — Dirhé

15 – Lieutenant — LAYE — Hamidou

16 – Lieutenant — DJEBRE — Abdou

17 – Sergent/Chef — NEBIE Balibi — Abdou

18 – 1° Classe — POUIMA — Soungalo

19 – Caporal — BOUDA — André

20 – Capitaine — GOUBA — Christian

21 – Caporal — Diallo — Moussa

22 – Lieutenant — SOULEY — Mohamed

23 – Capitaine — COMPAORE — Gneskoum

24 – S/Lieutenant — TRAORE — Daouda

25 – M.D.L./Chef — SAWADOGO — Laurent

26 – Gendarme — H I E — Drissa

27 – “ — D A H — Pascal

28 – 1° Classe — Sévérin Francis SOME

29 – Sergent — ILBOUDO — Laurent

30 – Adjudant — ZOURE — Antonin

31 – M.D.L./Chef — KOGO — Zouré

32 – 1° Classe — BAMBARA — Zaléo

33 – 2° Classe — KABORE — Bernard

34 – Lieutenant — BELEM Saïdou — Michel

35 – “ — TRAORE — Ali

36 – S/Lieutenant — ZAGRE — Alain

37 – Capitaine — SAWADOGO — Assane

38 – Sergent — BICABA — Denis

39 – MDL/Chef — MINOUGOU — Philippe

40 – Adjudant — KABORE Abdoul — Paul

41 – E/Officier — SANGO — Elisé

42 – Sergent/Chef — DIANDA — Tasséré

43 – Sergent — Georges — NAMOANO

44 – E/Officier — TOUE — Sié

45 – Sergent — OUABA — Adjima

46 – Adjudant — YAMEOGO — Faustin

47 – Sergent — OUEDRAOGO — Ousmane

48 – Sergent/Chef — SOMA — Pafaïdé

49 – S/Lieutenant — TRAORE Sidiki — Daniel

50 – “ — HIEN Kilmèté — Théodore

51 – Lieutenant — OUEDRAOGO — Harouna

52 – Adjudant — TIENKA — Kinko

53 – Lieutenant — KAMBOULE — Jean-Claude

54 – M.D.L. — MAGNINI — Norbert

55 – 2° Classe — LANKANDE — Sibidi

56 – S/Lieutenant — TRAORE — Honoré

57 – Sergent-Chef — OUEDRAOGO — Tibo

58 – Adjudant — GUIGIMDE — Sibiri

59 – S/Lieutenant — HIEN — Sitilalé

60 – Colonel — SOME Yoryan — Gabriel

61 – Sergent — NACULMA — Emile

 

REPRÉSENTANTS DES CORPS (ANNEXE 1 – SUITE)

1 – TAMINI Marcel       Colonel

2 – TIENDREBOGO Didier  Lieutenant-Colonel

3 – YAMEOGO Faustin     Adjudant

4 – OUEDRAOGO Ousséni   5e Chef

5 – MAIGA Mamadou       Caporal

6 – BELEM Salif         1re Classe

7 – KI Nazaire          Lieutenant-Colonel

8 – SARE Soumila        Lieutenant

9 – SOMDA Michel        Adjudant

10 – TOE Jean           S/Chef

11 – PALM Houmpa        Caporal

12 – TARZONGO Sibiri    –

13 – KONE Magnin        Commandant

14 – NACRO Karim        Capitaine

15 – KABORE Naoumani    Adjudant

16 – LINGANI Nooga      Caporal

17 – SANOU Ding         Caporal

18 – SOME Boniface      Lieutenant

19 – SARE Jonas         Brigadier

20 – KAMBOU SIE         Adjudant

21 – KABORE Joseph      Caporal

22 – COMPAORE Jean Marie S/Chef

23 – TOMEGA Henri       Brigadier

24 – TIENDREBOGO Bila S. Jérôme Lieutenant-Colonel

25 – TRAORE Ardiouma    Lieutenant

26 – KOUNDABA Daouda    S/Chef

27 – BARRY Mamadou      –

28 – BELEM Issouf       Caporal

29 – SIDI Dembo         2e Classe

30 – KIELWASSER Christophe Commandant

31 – BAYALA Brice       Lieutenant

32 – KABORE Nazaire     A/C Major

33 – TRAORE Séidou      Sergent

34 – YAMEOGO Racine     2e Classe

35 – GUEBRE Fidèle      Commandant

36 – TAONSA Georges     Lieutenant

37 – ZALLE Kimbillo     Adjudant

 

ANNEXE II

1 – Sergent/Chef  KOUNDABA  Daouda

2 – Soldat de 1°Cl. NIANOU  Salia

3 – Lieutenant  SARRE  Soumaïla

4 – Adjudant  YAMEOGO  Faustin

5 – Lieutenant  TAONSA  Georges

6 – Lieutenant  OUEDRAOGO  Maurice

7 – Commandant  KIELWASSER

8 – Capitaine  NACRO  Karim

9 – Sergent/Chef  NEBIE Balibi  Abdou

10 – Sergent  DABIRE  Anadan

11 – Lieutenant  PALM  Mory

12 – Commandant  LOMPO  Karim

13 – Capitaine  OUATTARA  Boubakary

14 – Capitaine  ZONGO  Henri

15 – Capitaine  SAWADOGO  Assane

16 – Sergent  NAMOINO  Georges

17 – Adjudant  ZONGO  Dominique

18 – S/Lieutenant  H I E N  Kilimitê

19 – S/Lieutenant  TRAORE Sibiri  Daniel

20 – Lieutenant  SEDOGO  Laurent

21 – S/Lieutenant  ZAGRE  Alain

22 – Adjudant  OUEDRAOGO  Lambert

23 – Sergent/Chef  OUEDRAOGO  Tibo

24 – Elève Officier  T O U E  Sié

25 – Adjudant  GUIGEMDE  Sibiri

26 – Elève Officier  SANOGO  Elisé

27 – Soldat de 2°Cl.  LANKOANDE  Sibidi

 

 

 

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Le projet de réforme de l’éducation élaborée pendant la Révolution https://www.thomassankara.net/le-projet-de-reforme-de-leducation-elaboree-pendant-la-revolution/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=le-projet-de-reforme-de-leducation-elaboree-pendant-la-revolution https://www.thomassankara.net/le-projet-de-reforme-de-leducation-elaboree-pendant-la-revolution/#respond Wed, 05 Oct 2016 10:06:48 +0000 http://thomassankara.net/?p=14191 Nous vous présentons ci-dessous le projet de l’école révolutionnaire élaboré durant la révolution. Ce projet, jugé probablement trop radical, par une proportion importante de la population, a été repoussé du fait des fortes réserves qu’il a suscitées. On note pourtant une grande créativité, son caractère précurseur, sur l’informatique (qui était pas entré dans la vie […]

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Nous vous présentons ci-dessous le projet de l’école révolutionnaire élaboré durant la révolution. Ce projet, jugé probablement trop radical, par une proportion importante de la population, a été repoussé du fait des fortes réserves qu’il a suscitées. On note pourtant une grande créativité, son caractère précurseur, sur l’informatique (qui était pas entré dans la vie courante) et les énergies nouvelles notamment. Deux articles de notre site analysent ce projet :

On remarque aussi que la document se termine de façon abrupte. Comme si il n’était pas totalement terminé. Mais on sait que Thomas Sankara fixait des délais difficiles à ses collaborateurs.

Ce document a été récupéré par Daouda Coulibaly, aidé pour la retranscription par Jacques Dubus. Qu’ils soient chaleureusement remerciés.

La rédaction


De l’école révolutionnaire burkinabè

Préambule
Le présent document intitulé : l’École révolutionnaire burkinabè, n’est qu’un projet.
À ce titre, il doit faire l’objet de débats démocratiques larges et profonds au sein de toutes les structures organisationnelles de notre pays.
En effet, notre peuple militant doit prendre conscience que les problèmes éducatifs sont les problèmes de tout le monde et qu’un pays révolutionnaire comme le Burkina ne peut pas laisser l’éducation de sa jeunesse, son bien le plus précieux, entre les mains de quelques 7 000 spécialistes.
En conséquence, nous devons faire tout ce qui est humainement possible, chacun à son niveau, pour faire de cette réforme l’instrument privilégié avec lequel notre peuple devra nécessairement gagner d’éclatantes victoires sur le front de l’éducation.
Pour aider dans le travail d’analyse et de critique, le contenu du document a été découpé en sept thèmes qui sont :
1. Introduction, justification et objectifs généraux ;
2. Stratégie de mise en application de la réforme ;
3. Le préscolaire ;
4. L’enseignement fondamental ;
5. L’enseignement polytechnique ;
6. Le coût de la réforme ;
7. Le cycle de la recherche et de la spécialisation supérieure.
Tous les militants de la Révolution démocratique et populaire sont donc invités à analyser et à discuter, de manière démocratique, ce dossier. Les critiques et les suggestions sont attendues au ministère de l’Éducation nationale le 15 avril, délai de rigueur.
Pour une école nouvelle, en avant !
La patrie ou la mort, nous vaincrons !

lyce-newton


INTRODUCTION

L’un des principaux devoirs qui s’impose au peuple burkinabè dans le processus de la RDP est celui de concevoir une école de type nouveau, conforme aux aspirations des générations présentes et futures.
Plusieurs tentatives de réformes de l’éducation se sont soldées par des échecs lamentables. En conséquence, il ne devra plus s’agir des sentiers battus du réformisme qui, invariablement, conduisent à des impasses historiques.
Chaque société à son école. La société bourgeoise réactionnaire a mis en place une école bourgeoise où les théories réactionnaires étaient enseignées dans le dessein de sauvegarder le système inique d’oppression et d’exploitation. Plus particulièrement en ce qui concerne notre pays, notre école a toujours été une école coloniale puis néocoloniale, tant par le contenu de son enseignement que par sa structuration.
Avec l’avènement de la RDP, l’intégralité de l’exercice du pouvoir d’État est désormais assumée par le peuple souverain. Cette situation nouvelle comporte des obligations nouvelles, dont il importe d’en assumer la responsabilité devant l’histoire et les nations. Au centre des devoirs révolutionnaires qui incombent à notre peuple militant, figure celui de la conception d’une école de type nouveau qui, comme le précise le DOP, devra inculquer à chaque Burkinabè une idéologie et une personnalité qui débarrassent “l’individu de tout mimétisme. Les diplômés qui en sortiront devront être non au service de leurs propres intérêts et des classes exploiteuses, mais au service des masses populaires”.
Cette école nouvelle révolutionnaire est comme la nation burkinabè elle-même, une dans son esprit, son organisation et ses programmes. Elle vise fondamentalement à rendre l’homme burkinabè conscient de ses devoirs et de ses droits, respectueux de la nation et de ses attributs, entièrement dévoué et plein de sacrifices pour l’honneur et la dignité et le bonheur du peuple burkinabè.
Cette école comprendra trois stymes [ cycles ?] principaux :
– le cycle préscolaire,
– le cycle des métiers,
– le cycle de la recherche et de l’invention.

I. JUSTIFICATION

1.1. Rappel historique
Un bref rappel historique apparait nécessaire pour comprendre les tares de l’école actuelle qui a hérité de l’école coloniale puis néocoloniale, conçue dans un contexte économique et politique d’asservissement et d’exploitation de l’homme par l’homme.
Ces avatars justifieront les positions actuelles prises par le CNR pour la création d’une école révolutionnaire burkinabè en lieu et place de l’ancienne école bourgeoise et dégénérée.
1.1.1. De l’école coloniale
L’économie de traite qui se caractérise par le capitalisme parasitaire, ne stimule nullement le développement économique et technique, ne stimule pas un besoin en cadres instruits ; l’instruction apparaît même dangereuse pour un tel système oppresseur.
Comme l’a si bien souligné Jean Suret-Canale : “pour le régime colonial, l’instruction des messages présente un double péril en élevant la qualification de la main-d’oeuvre, elle la rend plus coûteuse ; d’autre part elle conduit les masses colonisées à prendre conscience de l’exploitation et de l’oppression auxquelles elles sont soumises. Mais, d’autre part, l’appareil d’exploitation économique, d’oppression administrative et politique ne peut fonctionner sans un minimum de cadres subalternes autochtones courroie de transmission et agents d’exécution entre « l’encadrement européen et les masses »”. (Suret-Canale, Jean, 1964, “Afrique noire, l’ère coloniale 1900-1945”, Éditions sociales, Paris, 630 p.)
L’école coloniale donnera à ces agents subalternes une formation purement française et les convaincra de la supériorité exclusive de cette culture européenne dont ils ont le privilège d’obtenir quelques miettes. L’école coloniale leur inculquera l’idée d’être au-dessus de leurs frères restés “sauvages” et incultes.
Cependant, sous la période coloniale, le minimum d’instruction que les Africains ont reçu a permis à la petite bourgeoisie de prendre conscience de l’exploitation que subissent les masses populaires. Ceci explique qu’après les indépendances formelles de 1960, des tentatives de réforme ont été entreprises çà et là pour mieux asseoir l’école néocoloniale.
Héritière de l’école coloniale, l’école néocoloniale a gardé toutes les tares de cette dernière, sans changement fondamental.
En effet, après les indépendances formelles de 1960, la domination néocoloniale française se substitue à la domination coloniale directe ; l’économie du pays reste pour l’essentiel orientée vers l’impérialisme international, notamment français. La domination impérialiste continue
de constituer une entrave aux conditions de développement des forces productives.
Cependant, les classes dominantes au pouvoir, base d’appui de l’impérialisme, ont pensé à un moment donné que le problème du développement est lié à celui des cadres. On a augmenté le nombre d’écoles. L’école normale supérieure est créée. Elle devient par la suite CESUP puis Université. Par rapport à la période coloniale, les effectifs scolaires ont relativement augmenté sous la période néocoloniale. Mais avec la privatisation et les coûts élevés, l’accès à l’éducation revêt de plus en plus une nature de classe. Ce progrès relatif, bien que touchant une minorité de la population, est en discordance avec l’état économique qui n’a pas subi de changement fondamental depuis la colonisation. La stagnation économique ne permet pas d’offrir de l’emploi aux citoyens nantis de diplômes de l’enseignement secondaire et supérieur. Cet état de fait a provoqué le mécontentement des masses populaires.

1.1.2. De l’école néocoloniale
Face aux pressions exercées par les masses laborieuses, notamment les luttes des travailleurs organisés au sein de leur syndicats, les gouvernements réactionnaires successifs du renouveau national, de la troisième république et du CMRPN, ont entrepris de repenser le système éducatif, mais hélas, au seul profit de leurs intérêts réactionnaires.

1.1.3. De la réforme réformiste
La réforme entreprise par le GRN de démission nationale, poursuivie par les traîtres de la troisième république et les potentats du CMRPN, étaient sous tendus par la nébuleuse théorie réactionnaire du socialisme.
Cette réforme qui ne reconnaît pas la division de la société voltaïque de l’époque en classes sociales, ni du même coup l’existence de deux camps, à savoir le camp pro-impérialisme avec la bourgeoisie nationale réactionnaire, et le camp anti-impérialisme composé des forces progressistes. Elle révèle son caractère réformiste proposé en ignorant sciemment que l’école est un instrument aux mains de la classe dominante et, dans le cas de notre pays, une école pro-impérialiste, acculturante, aliénante et oppressive pour les classes opprimées et exploitées. Ce refus les a objectivement conduit à n’opérer aucun changement fondamental de l’école néocoloniale et à se vouer à ne faire que des aménagements à l’intérieur du système social d’oppression et d’exploitation existant.
Pour des raisons diverses, cette réforme fut poursuivie pendant un an après le déclenchement du processus révolutionnaire. Mais l’édification d’une société nouvelle depuis le 4 aout 1983 impose la transformation radicale et totale en un instrument au service des aspirations profondes des masses populaires, d’où la suppression de cette réforme réformiste intervenue en septembre 1984, et ceci aux voeux ardents du peuple militant du Faso.

1.2. Diagnostic
Héritée de la colonisation, l’actuelle école néocoloniale burkinabè est un instrument d’aliénation culturel et d’asservissement intellectuel de notre peuple. Cette école qui a suffisamment fait les preuves de ses incompétences congénitales ne mérite la confiance du peuple. Parmi les nombreuses tares de cette école néocoloniale, on peut citer :

1.2.1. Son coût de revient trop élevé
Au moment où le manque de ressources financières constitue un handicap sérieux pour la mise sur pied de nombreux projets de développement, notre pays dépense plus de 25% de son budget à des fins éducatives. L’année-élève d’un écolier du primaire coûte plus de 18 000 F à l’État, et autant à ses parents. Pour maintenir un élève dans le cycle de scolarisation, l’État dépense plus de 160 000 F par an au secondaire. Il faut plus de 700 000 F par an pour entretenir un étudiant à l’université. Pendant ce temps le revenu d’un brave paysan burkinabè ne dépasse pas 61 000 F par an.

1.2.2. Sa sélectivité et son aspect anti démocratique
L’école néocoloniale, au lieu d’atténuer les inégalités sociales, les a plutôt accentuées. Si le taux de scolarisation atteint 80% dans les grands centres urbains comme Ouaga et Bobo, il descend à moins de 2% dans certaines régions, et plusieurs départements entiers sont sans école. À ces inégalités régionales criantes, s’ajoute une sélectivité sauvage et impitoyable. Ainsi, sur 1 000 enfants inscrits au CP1, 195 obtiennent le CEPE, 126 entrent en sixième, 71 réussissent au BEPC, et 38 au BAC. Plus de la moitié des enfants qui vont à l’école sont renvoyés du système avant d’avoir acquis les simples notions d’alphabétisation.

1.2.3. Sa nature de classe, de domination
L’école néocoloniale, par le contenu de son enseignement, par le monopole de l’exercice du pouvoir d’État aux sortants de son système,
est au service de la classe dominante : la bourgeoisie nationale réactionnaire et ses maîtres impérialistes. En effet, l’éducation donnée dans cette école est contraire aux nobles traditions humanitaires de solidarité communautaire de nos ancêtres, cette école forme des individus mus par une recherche forcenée du profit individuel, au détriment de celui de la collectivité nationale. Imitant leurs maîtres impérialistes, peu d’agents issus de cette école cherchent à se dépasser pour se mettre au service exclusif du peuple ; la plupart cherchera à entrer dans le camp des exploiteurs.

1.2.4. Son caractère aliénant et acculturant
Les contenus des enseignements ne renvoient à aucune réalité burkinabè. Ils restent théoriques, abstraits, étrangers aux réalités nationales et cultivent chez l’élève le goût pour le travail bureaucratique et le mépris pour le travail manuel productif ; ce qui conduit à une distorsion permanente entre l’école et la société.
Par l’utilisation exclusive de la langue française à tous les niveaux d’enseignement, l’école néocoloniale actuelle véhicule une culture étrangère réactionnaire qui est un stupéfiant spirituel, une sorte d’opium qui endort les consciences. Cette culture étrangère constitue un poison pour les cultures nationales, en ce sens qu’elle inculque aux enfants le mépris des valeurs traditionnelles burkinabè, donc elle s’avère culturellement aliénante.

1.2.5. Son inadaptation au marché du travail
Pays traditionnellement agro-pastoral, le contenu de l’enseignement devrait conduire le sortant du système à acquérir des connaissances pratiques immédiatement utilisables. Mais l’école néocoloniale tourne le dos à cette réalité et met l’accent sur la formation théorique ; elle fournit des cadres érudits mais complètement incapables d’entreprendre une activité manuelle. Cette distorsion entre la scolarisation et l’emploi conduit à un chômage massif des diplômés du secondaire et du supérieur.

1.3. Constat d’échec
Avec plus du quart du budget de l’État consacré à des fins éducatives, les résultats obtenus sont nettement au-dessous des espoirs investis et des sacrifices consentis.
En effet :
– Un seul enfant sur 5 en âge d’aller à l’école y va effectivement.
– Moins de 4% du groupe d’âge de 13 à 22 ans ont le privilège de faire des études secondaires.
– 92 habitants sur cent sont analphabètes.
On est en droit de se poser la question de savoir pendant combien de temps encore le peuple pourra tolérer que plus de 25% de son budget serve à produire une armée de chômeurs aigris.

1.4. Conséquences
Les conséquences de l’échec du système suranné se font sentir sur trois fronts.

1.4.1. Conséquences sociales
L’éducation, en aliénant culturellement la jeunesse, est un puissant agent désintégrateur social. Les valeurs anciennes cèdent le pas à des nouvelles valeurs déshumanisantes. La dégénérescence de la vie familiale s’accélère. Des phénomènes jadis inconnus font leur apparition (alcoolisme, drogue, prostitution, délinquance, violences urbaines…). Les “déchets” scolaires constituent une couche sociale dans le processus de décomposition social dans lequel s’était engagé notre pays depuis les nuits sombres de la colonisation jusqu’à 4 aout 1983.

1.4.2. Conséquences économiques
Les centaines de milliers de scolarisés refusent, pour la quasi-totalité, de rester en campagne. La grande majorité choisit l’exil ou l’exode vers les centres urbains. L’école, d’une façon ou d’une autre, accélère l’urbanisation en vidant les campagnes des bras solides qui pourraient assurer l’autosuffisance alimentaire. En résumé, les milliards et les milliards de francs CFA consacrés à l’enseignement donne comme résultats : une minorité infime de privilégiés accèdent à des tâches rémunérées, au privé et surtout au public ; la grande majorité des scolarisés (diplômés ou non) vient grossir la formidable armée des chômeurs des villes, ou prennent le chemin de l’exil. Une telle école est un frein au développement économique du pays, parce que d’une part elle absorbe d’importantes sommes d’argent qui auraient plus être employées à des activités créatrices d’emploi et de revenus, mais d’autre part elle vide les campagnes de ses forces productives pour en faire des bouches parasitaires en ville.

1.4.3. Conséquences politiques
Il est, aujourd’hui, établi que la fraction scolarisée de la jeunesse constitue aussi sa fraction la plus conscientisée et politisée. Les citoyens instruits ont toujours joué un rôle déterminant dans les crises politiques, surtout quand ils sont sans emploi.
“Le chômage est devenu un problème public. Grâce à nos statistiques, meilleures que naguère mais encore importantes, nous pouvons même calculer de façon très précise les incidences. Et selon les mouvements que ces statistiques révèlent, les gouvernements se maintiennent ou tombent, surtout lorsqu’une forte proportion des chômeurs est constituées d’individus instruits groupés dans les villes : ces gens, en effet, ne sont pas disposés à souffrir en silence, chacun terré chez soi.” Philip H. Coombs (1968) “La crise mondiale de l’éducation” PUF, Paris, 322p, p. 130.

1.5. Solution du problème
Compte tenu de tous ses déboires, ses imperfections et son incompétence à répondre aux besoins éducatifs réels des larges masses burkinabè, le CNR a estimé que le problème de l’école est un problème national et que sa solution se trouve dans l’élaboration d’un type nouveau d’enseignement conçu sur des critères démocratiques et populaires au seul profit du peuple militant du Faso.

II. OBJECTIFS GENERAUX

2.1. Profil du citoyen à former
L’école nouvelle burkinabè a pour mission la formation de citoyens sains, équilibrés, actifs, conscients de leurs responsabilités sociales, techniquement compétents, ayant le sens civique, le sens de la solidarité nationale et internationale, ainsi que celui de la compréhension entre les peuples. Le citoyen ainsi formé sera ouvert d’esprit, capable de s’adapter aisément à toutes les situations nouvelles, plein d’initiative et apte à agir sur son milieu pour le transformer.

2.2. Caractéristiques de l’école nouvelle
L’école nouvelle burkinabè, instaurée par le peuple et pour le peuple, aura les caractéristiques suivantes :

2.2.1. Une école nationale
Abandonnant les concepts livresques, cette école s’adaptera aux exigences du développement socio-économique du pays. À ce titre, elle
s’orientera vers la satisfaction des besoins fondamentaux du peuple. Sans vouloir s’enfermer dans un nationalisme chauvin, et pour tenir compte des impératifs scientifiques de l’heure, l’école devra prendre prioritairement en compte les réalités burkinabè dans son enseignement ; par voie de suite, les programmes s’adapteront au milieu national.

2.2.2. Une école réaliste
Elle prendra racine sur le vécu quotidien de notre peuple. À ce titre elle tiendra compte du niveau de développement économique du peuple et de ses moyens logistiques. Sans défaitisme ni surestimation euphorique, elle prendra en compte les besoins réels de notre développement économique.

2.2.2. Une école révolutionnaire
“Elle devra déboucher sur sa transformation en un instrument au service de la révolution. Les diplômés qui en sortiront devront être, non au service de leurs propres intérêts et des classes exploiteuses, mais au service des masses populaires.” (cf. DOP du 2 octobre 1983).
L’école révolutionnaire qui sera mis en place s’imprégnera de la tradition de lutte patriotique et anti-impérialiste de notre peuple, dont elle vivra les réalités, partagera les peines et les victoires. Elle sera le foyer incandescent de révolutionnaires conscients et responsables, capables d’assumer la relève de demain dans la dignité et de s’associer en internationalistes prolétariens aux combats libérateurs des autres peuples.

2.2.4. Une école démocratique et populaire
Elle doit offrir des chances égales à tous les citoyens et permettre à chacun de s’instruire et de s’éduquer de façon permanente. À cette fin elle sera gratuite et obligatoire pour les enfants âgés de 3 (trois) ans révolus. Au regard de la situation actuelle, elle s’efforcera d’enrayer toutes les entraves sociales à un égal accès de la fille à l’instruction par rapport au garçon. Populaire, cette école bannira de son enseignement l’élitisme et prônera la promotion collective.

2.2.5. Une école productive
L’école nouvelle s’intégrera intimement à la production nationale, valorisera le travail manuel et adaptera le contenu de son enseignement à cette fin, en combinant judicieusement l’enseignement et le travail
productif. Le travail productif est un puissant moyen de transformation de la nature et de développement de la société, d’éducation et de rééducation de l’homme. C’est par le travail productif que les élèves s’affermissent idéologiquement, s’initient à l’esprit révolutionnaire et d’organisation du peuple, consolident leurs connaissances acquises, et accroissent leurs capacités de les appliquer, accumulent les expériences pratiques et s’habituent à l’effort physique.

2.2.6. Une école ouverte
Pour réaliser les objectifs ci-dessus énoncés, cette école sera ouverte à son environnement et au monde extérieur.

2.2.7. Une école de promotion collective

Dans l’école révolutionnaire, la promotion sera automatique au niveau fondamental. Dans les cycles supérieurs, les déperditions seront limitées par des mesures administratives et une pédagogie appropriée.

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2.3. Structures de l’école nouvelle
L’école nouvelle révolutionnaire sera régie par les structures suivantes :

2.3.1. Le cycle préscolaire
L’éducation préscolaire concerne les enfants âgés de trois ans à six ans. Elle dispense, non plus dans les maternelles d’autrefois réservées à la classe bourgeoise des milieux citadins, mais dans des garderies populaires accessibles à tous les enfants.
L’éducation préscolaire a pour mission :
– de garantir, pendant l’absence des parents de leur foyer, la sécurité et le contrôle de l’enfant, dans un cadre approprié et aménagé à cet effet.
– d’assurer et de poursuivre, grâce aux activités programmées et aux conditions de leur réalisation, le développement des capacités physiques, intellectuelles et affectives de l’enfant, de même que son éveil à la vie de collectivité.
– d’initier, sur la base du programme ad-hoc, l’enfant aux acquisitions et à la vie scolaire.
La langue utilisée est, dans la mesure du possible, la langue maternelle de l’enfant. Les conditions d’ouverture et de fonctionnement, le contenu des programmes d’activités ludiques et d’initiation aux acquisitions scolaires, seront précisés par le ministère compétent.

2.3.2. Le cycle des métiers
Le cycle des métiers est composé d’un ensemble de trois niveaux d’enseignement, dans lesquels les élèves reçoivent une formation scientifique et technique relative aux différentes professions nécessaires à l’économie et à l’administration. Il se répartit ainsi :
– premier niveau : acquisition fondamentale (cinq ans)
– deuxième niveau : enseignement polytechnique (trois ans)
– troisième niveau : spécialisation professionnelle (deux ans)

2.3.2.a. Le niveau fondamental
Le niveau fondamental s’adresse aux enfants de 7 à 12 ans. On y accède à 7 ans et le niveau dure 5 ans. Le passage d’une classe à la classe immédiatement supérieure sera automatique. Pour des raisons pratiques il sera organisé des programmes spéciaux adaptés aux divers types de handicapés (sensoriels, mentaux). La langue d’enseignement est le français, et les disciplines enseignées sont :
le français
l’anglais
le calcul
l’initiation à la production
l’initiation à l’informatique
l’étude du milieu (sciences naturelles, histoire, géographie)
l’initiation artistique (dessin et musique)
l’animation sportive et culturelle
Objectifs éducatifs du niveau fondamental
Le niveau fondamental doit offrir à chaque enfant d’âge scolaire, l’occasion de bénéficier des connaissances de base, de manière à être un citoyen actif et conscient du rôle qu’il a à jouer en tant qu’élément de la société. Cela suppose que l’enfant, à la fin de la formation, soit en mesure, d’abord de comprendre les grands mécanismes qui régissent son milieu physique et social, ensuite de participer à l’amélioration de son milieu.
Profil du sortant du cycle fondamental
Ce profil du sortant sera spécifié en trois rubriques qui sont : le savoir-être ; le savoir ; le savoir-faire.
• Du savoir-être
Il est attendu de l’enfant de 12 ans, à la fin du niveau fondamental, les comportements suivants :
1) Au plan physique et psychologique
Endurance dynamique, volonté, persévérance dans l’effort, courage et esprit d’initiative, curiosité, esprit inventif et critique constructive, tels sont les principaux traits dominants que devrait avoir le finissant du niveau fondamental.
2) Sur le plan moral et social
Sens de la justice, respect des droits et devoirs au l’individu et de la société, dignité et intégrité, sens de la probité et de la responsabilité, amour du travail bien fait, sociabilité, sens du savoir-vivre, disponibilité et promptitude au service, esprit de sacrifice élevé, capacité de travailler en groupe, solidarité avec l’entourage, amour de la patrie, de son peuple et des autres peuples, conscience de son rôle dans la société, disponibilité permanente à défendre la révolution, respect de la chose publique, amour du travail productif, respect et protection de la nature, tels sont les objectifs moraux et sociaux poursuivis par la formation au niveau fondamental.
• Du savoir
À l’issue du niveau fondamental, l’élève doit avoir acquis les connaissances théoriques et techniques suivantes :
1) Connaissances théoriques :
– le calcul,
– l’arithmétique,
– la géométrie,
– le système métrique,
– la lecture courante et l’écriture,
– s’exprimer de façon courante en français,
– connaître les lois élémentaires des sciences,
– acquérir l’esprit scientifique (démarche),
– initiation au raisonnement logique, au calcul binaire et à la langue anglaise,
– le rôle et les structures organisationnelles des pionniers.
2) Connaissances techniques :
– Initiation à l’art graphique et musical,
– initiation aux techniques culturales modernes,
– entretien du petit élevage,
– initiation à la gestion d’une coopérative,
– connaissance des méthodes de préservation de la nature (sol, végétation, animaux),
– connaissance des plantes et de leur usage thérapeutique,
– notions d’hygiène et d’animations sportives.
• Du savoir faire
À 12 ans, en sortant du niveau fondamental, l’enfant doit être capable de :
– manipuler et garder en bon état le matériel de production,
– savoir s’adapter à son milieu,
– libérer son génie créateur,
– productions artistiques (dessins, sculptures, jouer un instrument de musique),
– savoir informer et critiquer,
– écrire une lettre pour transmettre les doléances de la communauté,
– utiliser les connaissances acquises pour gérer et évaluer sa production (calcul, système métrique),
– soutenir une conversation en anglais avec un interlocuteur,
– cueillir des données susceptibles d’être traitées à l’ordinateur.

2.3.2 b. Le niveau polytechnique
L’enseignement polytechnique a pour but de former des citoyens techniquement et scientifiquement compétents et aptes à s’intéresser à leur milieu, en participant aussi bien aux activités de production qu’aux activités culturelles. Il correspond au deuxième niveau du cycle des métiers et dure trois (3) ans.
Les différentes composantes à acquérir et à approfondir porteront sur :
– la maîtrise du français,
– les mathématiques,
– la physique-chimie et la technologie,
– les sciences naturelles, l’anglais,
– les langues nationales optionnelles,
– l’informatique,
– l’animation sportive et culturelle,
– l’enseignement artistique (dessin et musique).
En outre, la production initiée au niveau fondamental doit se poursuivre. La technologie sommaire déjà acquise au premier niveau du cycle des métiers connaîtra sa suite dans un enseignement méthodique de la physique-chimie.
L’apprentissage d’une langue nationale autre que la langue maternelle de l’élève lui permettra de communiquer facilement avec son milieu environnant.
Le principe de formation et d’éducation polytechnique consiste à familiariser les élèves avec les principes généraux des différents processus de production, notamment dans le domaine agricole. Ce principe est le fait aussi de rendre les élèves capables de manier les instruments élémentaires de toutes les branches d’activités. L’enseignement polytechnique doit permettre à l’élève de choisir une profession qui réponde aux nécessités de la société et à ses propres possibilités.
Sous le terme d’enseignement polytechnique est rassemblée une série de disciplines constituant l’emploi du temps.
Les différentes disciplines ci-dessus indiquées serviront d’appui à l’enseignement polytechnique qui comprendra :
– d’une part les techniques d’agriculture et d’élevage ; une large place sera accordée à ce secteur de production, l’enseignement des techniques d’agriculture et d’élevage sera obligatoire pour tous et un accent sera mis afin que tout élève au sortir du niveau polytechnique puisse être un bon exploitant agricole,
– d’autre part il sera dispensé un certain nombre de disciplines :
– la menuiserie,
– la construction métallique (soudure),
– la technique du froid,
– la fabrication mécanique,
– l’électronique,
– l’électromécanique,
– la maçonnerie,
– la couture,
– la vannerie,
– le tissage,
– le secrétariat,
– la comptabilité.
La connaissance de ces disciplines permettra au sortant du niveau polytechnique d’être vraiment un bon exploitant agricole et autosuffisant. C’est ainsi qu’il devra être capable, à titre d’exemple, de
réparer son matériel agricole ou sa pompe à eau, d’assurer sa propre comptabilité, de faire de la menuiserie en cas de besoin.
Au sortir du niveau polytechnique l’élève pourra opter pour une branche dans laquelle il pourra se spécialiser en deux (2) ans. Nous aboutissons ainsi au troisième niveau du cycle des métiers, à savoir le niveau de la spécialisation.

2.3.2 c. Le niveau de la spécialisation
• Du profil de l’élève
L’élève, pour accéder à ce niveau, doit voir suivi avec succès les cours du niveau polytechnique. Au terme de l’enseignement du niveau de spécialisation, il doit avoir la possibilité de s’intégrer avec succès à la vie active, ou de s’orienter vers l’enseignement supérieur (cycle de la recherche et de l’invention), ou vers des études professionnelles (actuelles écoles nationales professionnelles).
• Structure du niveau de spécialisation
Le niveau de spécialisation vient après le niveau polytechnique et remplacera le second cycle de l’actuel enseignement secondaire. Couvrant une période de deux années, le niveau d’instruction y sera identique à celui du second cycle actuel. Il se situe entre le niveau polytechnique précédemment défini, et la production (ou l’entrée de l’élève dans la vie active). La fin de ce niveau sera sanctionnée par un brevet de technicien ou un brevet ou diplôme d’études professionnelles. Le niveau comprend deux années ayant les dénominations suivantes :
– Cours d’enseignement de spécialisation première année (ou CES 1ere année).
– Cours d’enseignement de spécialisation deuxième année (ou CES 2e année).
Cependant, la fin de ce niveau, compte tenu de son éventuel parallélisme avec les écoles professionnelles nationales, laisse envisager deux alternatives à l’appréciation des autorités politiques.
– Première alternative : l’ensemble des écoles nationales professionnelles constitue le niveau de spécialisation. Dans ce cas, l’accès au niveau de spécialisation sera soumis à un test de sélection genre concours. L’avantage de cette alternative serait que l’on utiliserait les infrastructures existantes de ces écoles. Cependant il faudrait envisager l’introduction d’un programme intense de mathématiques, de physique-chimie, de biologie, afin de permettre à ceux qui sortiront de ces écoles de poursuivre après une ou deux années
professionnelles, et suivant leurs compétences professionnelles, d’accéder au cycle de la recherche et de l’invention.
– La deuxième alternative consiste à observer un parallélisme de ces écoles nationales professionnelles avec des filières ouvertes au cycle de spécialisation, qui comprendra alors les sections suivantes :
Section des sciences exactes et biologiques appliquées :
Mécanique
Électronique
Génie civil
Physique
Chimie
Biochimie
Médico-sociale
Bâtiment
Microtechnique
Sciences de la terre
Hydrologie
Statistiques appliquées
Section techniques administratives et commerciales :
Techniques administratives
Techniques quantitatives de gestion
Techniques commerciales
Section communication et traitement de l’informatique :
Journalisme
Informatique
Section agriculture et élevage :
Agronomie
Élevage
Génie de l’environnement et du tourisme
Section sciences sociales :
Pédagogie-psychologie
Sociologie
Section lettres modernes :
Langues
Section art et culture :
Masques
Art graphique
Photo et cinéma
L’inconvénient de cette alternative est la construction et l’équipement des structures d’accueil ; en outre, il faut signaler qu’à l’issue de ce niveau, ceux qui en sortent avec succès et qui désirent
suivre une formation dans une école nationale des écoles professionnelles sont obligés, en dépit du test de sélection (concours), d’y passer une à deux années de formation, ce qui allongerait la durée du cycle.
• Objectifs
Le niveau de spécialisation doit préparer l’élève à se mettre au service des masses populaires. Il doit permettre de former sur place des cadres moyens spécialisés dont la formation doit, non seulement être ajustée et adaptée aux besoins de l’économie burkinabè, mais également déboucher sur la production qui permettra aux unités d’enseignement de s’autofinancer partiellement, ce qui implique qu’on devrait aménager une production autonome au niveau de ces unités d’enseignement, ceci pour mieux gérer et amortir le matériel de formation.
La spécialisation doit avoir trois caractères fondamentaux, et couvrir plusieurs domaines d’activités socio-économiques. Au niveau des caractères, on doit distinguer :
– le caractère académique du cycle, qui doit mettre l’accent sur les matières d’enseignement d’une manière générale, et en particulier sur les mathématiques, physique-chimie, biologie à tous les niveaux ;
– le caractère technique, qui met l’accent sur les métiers d’enseignement technique, orientés vers la professionnalisation ;
– le caractère pratique, qui se traduit par des travaux dans les ateliers, et les stages dans les différents secteurs d’activité socio-économiques.
La couverture de domaines variés d’activités socio-économiques par le niveau de spécialisation, doit permettre, contrairement à ce qui se passait sous les régimes réactionnaires qui se sont succédé depuis l’indépendance nominale de notre pays et qui, visiblement, favorisaient le développement d’un système d’enseignement élitiste dont les déchets souvent irrécupérables entraînaient un désordre social (mépris du travail manuel qui conduisait à la délinquance, à la prostitution, etc.), à l’élève sortant d’être productif et de se mettre au service du peuple et non de défendre ses intérêts égoïstes. À la fin donc de ce niveau, l’élève doit être un praticien suffisamment qualifié, sinon spécialisé.
La spécialisation, comme nous l’avons souligné plus haut, comprend donc deux années de cours théoriques et pratiques intenses. À la fin de la première année, l’élève doit avoir le niveau de la classe de première des enseignements général et technique. L’accent y sera mis sur les aspects théoriques avec une prédominance pour les mathématiques, physique-chimie, biologie. À la fin de la deuxième année, l’élève aura le
niveau des classes de terminale de l’actuel système. Cette année terminale se caractérise par les aspects pratiques mais avec une assez grande importance accordée aux mathématiques, physique-chimie et biologie.

2.4. Le cycle de la recherche et de l’invention
Ce cycle est la dernière étape de l’éducation formelle. Y accèdent les jeunes gens sortis du cycle de spécialisation et ayant en principe satisfait à une phase de production.
Les enseignements de ce cycle seront dispensés dans les instituts parmi lesquels on peut citer à titre indicatif :
– l’institut des arts, de la culture, des sports et musique.
– l’institut des techniques et énergies nouvelles.
– l’institut d’administration et de gestion de l’économie.
– l’institut des sciences exactes.
– l’institut des sciences humaines et sociales.
Les profils des sortants de ces instituts ainsi que les programmes des enseignements seront précisés par les textes du ministère compétent.

III. STRATEGIE DE MISE EN APPLICATION DE LA REFORME

3.1. Conditions politiques  et administratives

La mise en oeuvre, le suivi et le succès de la présente réforme dépendent de l’engagement politique qui sous-tend l’opération tant au niveau national, provincial que départemental et local.

3.1.1. Volonté politique soutenue
L’expérience vécue par la défunte réforme montre que cette volonté politique doit être soutenue et se manifester en toute circonstance. Elle se traduira par un message du président du Faso à la nation suivie d’une conférence de presse internationale, comprenant, outre le ministère de l’Éducation, tous les autres ministres impliqués dans la réforme (Enseignement supérieur et scientifique, Essor familial et de la Solidarité nationale, Agriculture et élevage). Des directives conjointes SGN CDR-MEN viendront orienter les débats à la base.
La réforme devra être l’un des points du plan quinquennal de développement populaire.
Des textes administratifs viendront servir de support à cette volonté politique.
Comme textes administratifs, on peut penser aux suivants :
– un zathu ( ?) relatif à la réforme,
– des directives conjointes d’application de la réforme,
– un kit ( ?) créant un conseil national de sensibilisation et de suivi de la réforme avec un secrétariat permanent,
– un raibo ( ?) instituant des commissions spécialisées des diverses disciplines qui seront enseignées.

3.1.2. Conscientisation et responsabilisation
Cette action doit surtout être axée, et ce par le canal des CDR, sur les populations cibles suivantes :
– cadres et employés du ministère de l’Éducation nationale,
– cadres et employés des autres ministères directement impliqués dans la réforme,
– cadres et employés des secteurs public et privé,
– masses laborieuses des villes et des campagnes,
– militaires et paramilitaires,
– union des femmes burkinabè,
– syndicats,
– bureaux des sages,
– associations des scolaires,
– institutions et services de développement.

3.1.3. Décentralisation administrative
Une décentralisation des différents organes mis en place au niveau national devra s’opérer à l’endroit des provinces et même des villages. Elle devra s’accompagner des moyens fonctionnels suffisants tant en hommes et matériel qu’en finances.

3.2. Information et sensibilisation
Pour assurer toutes les chances de succès à la réforme, il est indispensable d’en réaliser une large information et une sensibilisation auprès de toutes les forces vives du pays pour obtenir d’elles une participation effective à toutes ses phases de réalisations.

3.2.1. Objectifs
L’information et la sensibilisation poursuivent les objectifs suivants :
– Favoriser la prise de conscience des cadres des problèmes à résoudre dans l’application de la réforme afin d’obtenir leur soutien et leur participation.
– Amener le peuple à bien comprendre que l’effort pour la formation des enfants doit être partagé entre la famille et l’école, et que l’école démocratique et populaire est un instrument entre les mains qu’il doit modeler afin qu’il réponde à ses aspirations.
– Faciliter la prise en charge en ressources humaines, matérielles et financières des institutions publiques et des masses populaires organisées.
– Montrer que l’échec de la réforme est un échec de tout un chacun.

3.2.2. Moyens d’action
Dans le cadre de cette information et sensibilisation sur les problèmes et sur la nécessité de la réforme, les méthodes suivantes peuvent être utilisées :
– Discussion au niveau national de l’exécutif révolutionnaire,
– Tables rondes et conférences-débats,
– Commentaires et explications des objectifs et de la réforme en langues nationales par les mass-médias (radio, télé).
– Affiches publicitaires, articles dans les journaux.
– Organisation de débats dans les secteurs, villages et villes non érigées en communes, animés par les inspecteurs, les conseillers et les autorités politiques, les enseignants, les cadres du ministère de l’Éducation nationale.

3.3. Mise en place d’un calendrier de la réforme
Nonobstant les difficultés de dernière heure et les imprévus, on peut avancer le calendrier suivant pour la préparation de la réforme :
– du 14 novembre au 25 novembre 1985 : élaboration du document initial par une équipe de techniciens ;
– du 26 novembre au 8 décembre 1985 : appréciation du document par les directions centrales impliquées dans la réforme (ministère de l’Éducation nationale, ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, ministère de l’Essor familial et de la Solidarité nationale, ministère de l’Agriculture et de l’Élevage) ; création d’un secrétariat permanent de la réforme ;
– du 9 au 31 décembre 1985 : synthèse du document, amendé par les directions centrales et débats en conseils des ministres élargi aux techniciens ;
– du 1er au 15 janvier 1986 : message du camarade président du Faso à la Nation ;
– du 16 janvier au 28 février 1986 : renvoi du document à la base pour discussion critique et amendement ;
– du 1er mars au 30 mai 1986 : rédaction des documents finaux : zathu ( ?) et outils d’application) ; élaboration du contenu d’enseignement de la première année des niveaux préscolaires, fondamental et polytechnique par des équipes de spécialistes ;
– du 1er juin au 30 août 1986 : impression des documents pédagogiques devant être utilisés en 1986-1987 ;
– du 15 juillet au 15 septembre : formation des formateurs.

3.4. Les moyens matériels
L’exécution de la présente réforme nécessite la mise en place de moyens appropriés, tant matériels qu’humains.

3.4.1. Les moyens matériels
3.4.1.a – Infrastructures et équipements
(1) Au niveau fondamental
Infrastructures : En raison de l’état fonctionnel des structures déjà existantes, d’éventuels aménagements seront effectués pour répondre aux besoins de la réforme.
Le fondamental comprenant cinq années d’études, les écoles à six classes resteront sans changement à la différence qu’une salle de classe devrait être utilisée à d’autres fins (magasin, bureau, entrepôt du matériel et des récoltes de la production…).
Les écoles de moins de cinq classes seront complétées à cinq pour répondre aux besoins de la nouvelle école.
Compte tenu du caractère productif de la nouvelle école, les infrastructures suivantes sont à prévoir :
– des parcelles expérimentales (chaque école disposera d’un jardin potager),
– des surfaces cultivables,
– des hangars en guise d’atelier de menuiserie, de forge, de tissage etc.
– des installations sportives (terrains de sport essentiellement).
Équipement : Un minimum d’équipement s’avère nécessaire pour les salles de classe, les activités de production et les installations sportives :
– tables et bancs
– tableaux et chaises du maître
– matériel aratoire (houes, dabas…)
– petit matériel de jardinage (pelles, pioches, seaux, arrosoirs, brouettes, outres pour tirer l’eau, grillage…)
– matériel de petit élevage
– semences, oiseaux et animaux de petit élevage
– outils de menuiserie, de forage, de tissage…
– matériel sportif
(2) Au niveau du polytechnique
Infrastructures : comme indiqué dans le paragraphe relatif à l’enseignement fondamental, les infrastructures déjà existantes seront réaménagées pour répondre aux trois années d’études.
En outre des ateliers seront construits ainsi que des salles pour cours spéciaux (dactylographie, laboratoires, informatique).
Équipements : Les équipements suivants viendront compléter ceux qui existaient déjà :
– motoculteurs, charrues, ânes et boeufs de culture, motopompe, pompe à eau.
– micro-ordinateurs
– matériel de couture, de tricotage et de tissage
– ustensiles de cuisine
– caisse à outils
– matériel de menuiserie (scies, marteaux, rabots, étaux…)
– matériel d’électromécanique, de soudure…
– matériel sportif
– matériel de sciences expérimentales (physique, chimie, sciences naturelles).
(3) Au niveau de la spécialisation
Infrastructures : Il faut ici aussi recourir aux structures existantes. En matière de locaux, on pourra employer les salles du second cycle des lycées et collèges, des écoles professionnelles et techniques. En outre, il faudra équiper : des laboratoires appropriés, des ateliers conséquents, des fermes expérimentales.
Équipement : Ils sont les mêmes que ceux du niveau polytechnique, en particulier il faudra insister sur les micro-ordinateurs.

3.4.1.b – Du matériel didactique
Ce matériel comprend entre autres :
– des livres
– de la craie
– des cartes murales
– des globes terrestres
– des compendiums métriques
– des boussoles
– du nécessaire pour les micro-ordinateurs
– des instruments de musique
– du matériel spécifique aux différentes séries de la spécialisation.

3.4.2. Des fournitures scolaires
Il faut citer comme fournitures scolaires :
– des manuels scolaires
– des fournitures spécifiques aux différents niveaux
– des cahiers
– des trousses scolaires.

3.5 Moyens humains

3.5.1. Personnel enseignant

3.5.1.a – Le profil de l’enseignant
L’enseignant doit posséder les qualités suivantes :
(1) Qualités physiques et psychologiques :
Il doit être en bonne santé physique et mentale, endurant et dynamique, jouir d’un équilibre nerveux, avoir une bonne tenue et être correct, être mûr sur le plan affectif, avoir une maitrise de soi, avoir un esprit d’initiative et de créativité, avoir un esprit critique développé, être tolérant, impartial et persévérant.
(2) Qualités morales et sociales :
L’enseignant doit avoir une conscience professionnelle, le sens de la justice, le respect des droits et des devoirs des membres de la collectivité ; être de bonne moralité, intègre, dévoué, digne, d’une pratique sociale saine, sociable, disponible, capable de travailler en groupe, objectif, prêt à s’amender et à accepter le changement.
Il doit avoir l’amour et le respect des enfants. Il est l’animateur politique, culturel et économique de son milieu. Il est l’agent du changement et du développement qui tient comptes des besoins sociaux et des valeurs traditionnelles. Il prend part aux activités de production de son milieu. Il est un militant convaincu et dynamique, il est artisan
du développement de son peuple avec les autres peuples. Le maître doit posséder des connaissances professionnelles poussées en français et acceptables en anglais. Son expression orale et écrite doit être correcte. Il doit avoir des connaissances en mathématiques, pédagogie des disciplines. Il doit avoir des connaissances en techniques d’évaluation et d’animation. Il doit être informé sur l’histoire du Burkina Faso, sur les lois physiques de la nature (physique, chimie, biologie, hydrologie…). Il doit avoir des connaissances en psychologies de l’enfant. Il doit acquérir une formation élémentaire dans le domaine de l’économie, la médecine, la philosophie et la sociologie de l’éducation ; une connaissance approfondie en technologie, notamment dans le domaine de l’agriculture et du petit élevage, une initiation en musique et dessin, une connaissance approfondie des techniques de protection de l’environnement.
Vis-à-vis des élèves, le maître doit être un bon pédagogue sachant transmettre efficacement les connaissances, il doit être apte à établir et entretenir avec les élèves et les parents d’élèves de bonnes relations. Il doit être l’évaluateur de son propre travail et de celui de ses élèves. Il est pour les élèves l’exemple à suivre dans leur pratique quotidienne. Au sein de l’école, le maître est celui qui sait se faire accepter et respecter, qui sait tisser les liens de collaboration autour de lui (en particulier avec les parents, élèves et collègues) qui contribue à l’amélioration du système éducatif par ses remarques, suggestions et initiatives pertinentes, qui connait et adopte les innovations pédagogiques.
Le professeur doit être d’un haut niveau intellectuel et doit avoir des connaissances dans les domaines spécifiques : agronomie, élevage, hydrologie, informatique, menuiserie, maçonnerie, forage,…
Les établissements feront appel à d’autres compétences du milieu.

3.5.1.b – Formation de l’enseignant
Au niveau du fondamental, les enseignants en activité doivent être recyclés pour accomplir efficacement leurs nouvelles tâches.
Ils recevront une formation appropriée dans les nouvelles disciplines, notamment en informatique, en anglais, en technologie, en physique-chimie…
Le recrutement se fera sur concours ou sur test. La formation durera au minimum deux ans dans les ENEP. Les élèves maîtres sortiront avec un diplôme de fin de formation.
Au niveau de la polytechnique et de la spécialisation, les professeurs seront recrutés par voie de concours selon les spécificités après la phase de production. Ils seront formés dans les écoles normales supérieures.
3.5.2. Du personnel administratif, d’encadrement pédagogique

3.5.2.a – Personnel administratif : ce personnel recevra une formation solide en sciences de l’éducation.

3.5.2.b – Personnel d’encadrement pédagogique : son recrutement se fera parmi le personnel enseignant et il recevra une formation conséquente.

3.5.2.c – Personnel de soutien : le personnel de soutien (dactylographes, plantons, chauffeurs, gardiens, …) seront recrutés en nombre suffisants.

3.6. Organisation de l’année scolaire et des curricula

3.6.1. Organisation de l’année scolaire et répartition des curricula par année d’étude
L’année scolaire comporte 36 semaines de travail effectif, réparties en trois trimestres de 12 semaines chacun. Le volume horaire est de 30 heures au fondamental et de 35 heures au polytechnique.
Au fondamental, les disciplines enseignées se répartissent ainsi :
Pour la 1ère et la 2e année :
– lecture et écriture
– langage
– récitation
– chant
– exercices sensoriels ou d’observation
– calcul
– activités artistiques et manuelles
– production
– éducation physique
– anglais (langage et récitation)
En 3ème, 4ème et 5ème années :
– lecture
– langage et expression orale
– écriture
– récitation et chant
– grammaire et orthographe
– conjugaison
– étude lexicale
– expression écrite
– calcul
– informatique
– technologie
– étude du milieu
– activités artistiques et manuelles
– éducation physique et sportive
– production
– anglais (expression orale)
– anglais (récitations, chants)
Pour l’enseignement polytechnique, la masse horaire de 35 heures par semaine est en apparence élevée, mais en fait elle combine judicieusement enseignement théorique et enseignement pratique et technique.

Le tableau ci-dessous résume les différentes disciplines enseignées et leur volume horaire respectif.

tableau de réparititon des heurs selon la matière
Il convient de distinguer deux types de travaux en atelier ; en effet chaque établissement polytechnique sera doté de deux ateliers polyvalents (locaux agencés) ; l’un sera équipé pour les activités du genre soudure, électricité, mécanique, menuiserie, maçonnerie… et l’autre concernera les activités telles que cuisine, couture, vannerie, tissage, etc. liées à l’économie sociale et familiale.

3.6.2. Des contrôles des connaissances
Les contrôles des connaissances seront continus. Par trimestre et dans chaque discipline, l’enseignant fera au moins trois interrogations et au [illisible]. L’évaluation sera sommaire. La date du devoir sera portée à la connaissance des élèves au moins une semaine à l’avance. L’évaluation doit porter concrètement sur les acquis et le savoir-faire.
Autrefois, les résultats de l’évaluation servaient à renvoyer et faire redoubler les élèves. Dans l’école révolutionnaire, les redoublements seront très exceptionnels et très rarissimes. En aucun cas un élève ne sera exclu des cycles fondamental et polytechnique. Le but de l’instruction n’étant plus de sélectionner une élite pour diriger la masse, mais d’amener tout un chacun à assurer sa propre promotion sociale par l’acquisition du minimum indispensable de connaissances théoriques et pratiques.

3.6.3. Du passage d’un niveau à un autre
Le passage du cycle préscolaire au niveau fondamental du cycle est automatique. Le passage du niveau fondamental au niveau polytechnique sera automatique. À la fin du niveau polytechnique et après la phase de production interviendra une sélection démocratique pour choisir les éléments les plus compétents professionnellement et les plus aptes intellectuellement pour poursuivre dans le cycle de la spécialisation, selon les besoins exprimés du plan quinquennal.

3.6.4. Dispositifs transitoires
Le manque de structures d’accueil et d’encadrement pédagogique nous met dans l’obligation de prendre des dispositions transitoires pour le passage d’un niveau à un autre.
Les concours d’entrée dans les différents cycles ou niveaux seront supprimés. Une sélection démocratique se fera à la base pour désigner ceux qui seront admis à poursuivre leurs études à un niveau supérieur. Un comité de sélection, comprenant les CDR géographiques, les enseignants, les parents d’élèves et les autorités administratives locales,
examinera les dossiers scolaires et prendra, comme critères : les résultats scolaires, l’engagement révolutionnaire, le nombre d’années passées dans le cycle précédent, les aptitudes et les aspirations des candidats, pour choisir ceux qui seront autorisés à poursuivre leurs études au niveau immédiatement supérieur, compte tenu des possibilités d’accueil des différents établissements d’enseignement.
Le passage du niveau polytechnique au niveau de la spécialisation [(texte supposé) sera limité selon les] besoins de l’économie tels que recensés dans le plan quinquennal. En outre, les résultats obtenus au moment de la phase de production seront décisifs pour le choix du candidat.

3.6.5. De la sanction des études
À la fin de chaque niveau, une attestation sera délivrée à tout sortant du cycle. Il n’y aura plus d’examens nationaux ni de diplômes. Sur rapport des responsables de l’établissement, le ministère concerné décernera à chaque élève une attestation de fin d’études.

III. ESTIMATION DES COUTS
Les coûts estimés pour les différents cycles sont des coûts minima, par manque de tous les éléments d’appréciation de l’école révolutionnaire.
Beaucoup de choses n’étaient pas à notre connaissance, tels que le programme, les matériels didactiques, et les coûts de certains équipements.
Nous avons estimé les coûts par cycle.

I. Coûts du cycle fondamental
Les coûts du cycle fondamental se décomposent en trois coûts :
– coûts de construction équipement des classes
– coûts de production
– coûts de recyclage et de formation

I.1. Coût de construction – équipement des classes :
Beaucoup d’écoles au Burkina sont des écoles de une à trois classes. En 1985, dans l’enseignement public, il y avait 1038 écoles de 1 à 3 classes, sur un total de 1435 soit 72,33%.
Pour démarrer l’école nouvelle, la première tâche est de normaliser toutes les écoles existantes à cinq (5) classes conformément à l’esprit de
l’école révolutionnaire. Cette normalisation nécessite la construction de 3265 classes qui doivent être disponibles au 1 10 1986.
Le coût de construction d’une classe est de 2 875 000 F tandis que le coût d’équipement est de 557 500 FCFA.

I.2. Le coût de production :
Avec la construction des 3625 classes, le nombre d’écoles en 1986-1987 sera de 1725 qu’il faudra équiper pour démarrer les activités de production. Dans chaque école il est prévu :
– un puits
– le matériel de production.
Nous n’avons pas à notre disposition le nombre d’écoles ayant déjà un puits et du matériel de production, mais nous considérons que même si cela existe, il devra être renouvelé.
Le forage d’un puits revient à 2 875 000 F et le coût du matériel de production est estimé à 5 750 000 FCFA par école.

I.3. Le coût d’équipement et les manuels :
L’enseignement de la technologie dans les écoles demande un minimum d’équipement en petit matériel que nous avons estimé à 200 000 F par école.
Pour les manuels scolaires, nous avons prévu 7 manuels par élève pour 373 648 élèves en 1985-1986. Nous avons estimé chaque manuel à 2 000 FCFA. La production des manuels, de l’avis des spécialistes, coûtera plus cher que son importation.
Nous avons laissé les fournitures scolaires (cahiers et autres) à la charge des parents d’élèves en entamant consciemment le caractère gratuit de l’école révolutionnaire.
Pour l’informatique, nous avons considéré que son enseignement sera essentiellement théorique et incorporé dans d’autres matières et de ce fait, nous n’avons pas prévus de coûts.

I.4. Le coût du recyclage
Pour démarrer l’école révolutionnaire, il faudra recycler les maîtres qui vont tenir les classes de 1ère année dans les nouvelles matières que sont l’anglais, la technologie, la production et l’informatique.
La durée minimale de ce recyclage est de 45 jours, et le nombre d’enseignants est de 1 777, chiffre obtenu en rapportant l’effectif des classes de 6ème à 60 (ratio d’élèves par classe).
Pour les encadreurs, il est prévu un ratio de 30 personnes par encadreur dans les 4 matières précitées.
Nous avons proposé un per diem de 2.500 FCFA couvrant les frais de logement et de restauration.
Nous n’avons pas prévu le coût de transport des intéressés au lieu des stages.
La mise en oeuvre de l’école révolutionnaire nécessite un coût estimé à 32.067.901 000 FCFA.
[Suit le détail des calculs qui aboutissent au coût total estimé]
II. Enseignement polytechnique
Le processus d’estimation des coûts est identique à celui de l’enseignement fondamental. Nous avons successivement le coût des constructions et des équipements, le coût de la production, le coût des fournitures scolaires et le coût du recyclage.

II.1. Constructions et équipement
Les infrastructures prévues sont celles d’un collège d’enseignement technique. Ces infrastructures sont les suivantes :
– Des ateliers contenant les équipements pour les sections suivantes :
– Froid
– Construction métallique
– Mécanique agricole
– Mécanique auto diesel, carrosserie, peinture, électricité
– Machine outils (mécaniciens en cycles et motocycles)
– Un laboratoire
– Une salle contenant un micro-ordinateur
– Des manuels techniques et des matières d’oeuvre.
Les coûts de ces différents éléments ont été obtenus auprès des établissements secondaires ou auprès des entreprises commerciales.
Nous avons prévu un seul micro-ordinateur par établissement mais nous sommes sûrs qu’il est insuffisant et qu’il faudrait en ajouter. Nous n’avons pas prévu les coûts des installations électriques et des branchements. Nous avons retenu 60 établissements correspondants aux établissements publics existants.

II.2. Le coût de production
Nous avons reconduit les mêmes éléments de production que ceux de l’enseignement fondamental, et le coût est identique. Le coût total est chiffré à 8.625.000 FCFA par établissement.

II.3. Le coût de recyclage
Le recyclage, ou plutôt la formation en informatique, concernera les professeurs de mathématiques, de sciences physiques, et ceux des autres disciplines qui seraient volontaires. Nous avons retenu 400 enseignants correspondant à la moitié de l’effectif actuel (1985) des enseignants de secondaire général. Leur formation durera 45 jours et chaque enseignant percevra un perdiem de 2.500 francs par jour. Les perdiems des formateurs sont prévus dans l’enseignement spécialisé.
Quant à la formation technique, nous estimons qu’il faudra recruter des personnes ayant déjà la formation car il nous paraît difficile de transformer un professeur d’anglais en professeur d’électronique. Pour cela nous n’avons pas chiffré le coût de la formation technique.

photo-enfants-1

II.4. Coûts des fournitures scolaires
• les manuels pour les élèves
Nous avons prévu les manuels suivants pour les élèves entrant en première année de l’enseignement polytechnique, qui seront au nombre de 7.000 en 1986-1987 :
– langage et texte
– grammaire et expression
– anglais en Afrique et à Madagascar
– Biologie
– Préhistoire
– Géographie
– Math 6ème
– Physique-chimie
Le prix de ces manuels s’élève à 25.330 F en 1985. Nous avons ce chiffre parce que d’une part nous ne disposons pas du programme de l’enseignement polytechnique, et d’autre part nous considérons que le nombre de ces manuels reste idéal en ce sens qu’on pourrait substituer certains manuels à d’autres.
• Manuels pour les enseignants
Nous avons retenu le nombre de manuels prévus plus haut par classe et ensuite nous avons déterminé le nombre de classes en
rapportant l’effectif des élèves de 1ère année au nombre des élèves par classe (7.000 : 60)
• Fournitures scolaires pour élèves
L’effectif des élèves de l’enseignement polytechnique a été estimé aux deux tiers (2/3) de l’effectif des élèves du secondaire prévu pour l’année scolaire 1986-1987, ce qui nous a donné un effectif de 16 460 élèves. Chaque élève aura les fournitures suivantes :
– 7 cahiers de 100 pages
– 4 cahiers de 200 pages
– 4 protège-cahiers
– 1 compas
– 1 équerre
– 1 règle
– 1 gomme
– 1 crayon de papier
– 1 bic rouge
– 1 bic vert
– 3 bics bleus
– 1 boîte de sic crayons de couleur
Ces fournitures s’élèvent à 3.255 FCFA (prix 1985)
Coûts estimatifs au niveau du cycle polytechnique

I. Estimation du coût des infrastructures (par établissement)
– Artisanat 23.000.000 F
– Construction d’ateliers 67.141.140 F
– Équipement des ateliers 231.374.312 F
– Matières d’oeuvre 15.208.750 F
– Construction et équipement d’un laboratoire 61.500.000 F
– Construction d’une salle pour ordinateur 30.000.000 F
– Achat et fonctionnement d’un mini-ordinateur 8.523.802 F
– Manuels techniques 3.000.000 F
Total = 439.748.304 F

II. Estimation des coûts du niveau polytechnique (60 établ…)
– Construction-équipement : 26.384.898.240 F
– Production et puits (8.625.000 x 60) 517.500.000 F
– Formation en informatique (2.500 x 45 x 400) 23.231.250 F
– Formation technique (à rechercher)
– Manuels pour élèves (25.330 x 7 000) 177.310.000 F
– Guides pour enseignants (25.330 x 7 000 : 60) 2.955.167 F
– Fournitures scolaires pour élèves (3.255 x 16 460) 53.577.300 F
Total = 27.159.471.957 F

III. Enseignement spécialisé
Nous avons choisi l’option la moins chère qui consiste à donner ce niveau d’enseignement dans les écoles et les établissements actuels à cycle long.
Cette option est la moins chère parce qu’elle n’engendre pas de construction de classes. Nous avons entrepris la même démarche que précédemment pour évaluer les coûts. La plupart des coûts de construction et d’équipement sont identiques à ceux de l’enseignement polytechnique.

III.1. Construction et équipement
Nous avons retenu les mêmes éléments des infrastructures prévues pour l’enseignement polytechnique, dont le coût s’élève à 439.724.402 F par établissement.
Nous avons retenu 43 établissements, correspondant au nombre de lycées des provinces (30) majoré du nombre des lycées publics existants (13). Mais nous avons estimé qu’il faudra au minimum trois mini-ordinateurs par établissement.

III.2. Les coûts des fournitures scolaires
• Manuels pour les élèves
Le nombre d’élèves prévus pour ce niveau d’enseignement est de 4.115, correspondant à l’effectif du secondaire pour la 1ère année (1986-1987) de l’enseignement spécialisé. Cet effectif est estimé à la moitié de l’effectif au second cycle du secondaire. Chaque élève aura les manuels suivants : Physique, Géographie, Histoire, Maths.
Ce nombre est un minimum. Le coût des manuels s’élève à 6.600 F.
• Manuels pour les enseignants
Le coût des manuels par classe est de 6.600 F et le nombre de classes est obtenu en rapportant l’effectif prévu (4.115) au nombre d’élèves par classe (60).
• Fournitures pour les élèves
Le nombre d’élèves, de 8.230, correspond au 1/3 de l’effectif du secondaire en 1986-1987. Chaque élève aura les fournitures suivantes :
– 4 cahiers de 100 pages
– 6 cahiers de 200 pages
– 1 compas
– 1 équerre
– 1 règle
– 1 gomme
– 1 crayon de papier
– 1 bic rouge
– 4 bics couleurs
– 1 boîte de 6 crayons de couleur

III.3. La formation en informatique
Elle touchera les professeurs de mathématiques, de sciences physiques, les professeurs de l’enseignement technique, et ceux des autres disciplines désirant cette formation en vue de la transmettre aux élèves. Le nombre des enseignants à former est de 400 pour une durée de 45 jours avec un perdiem de 2.500 FCFA. Le nombre total des formateurs est de 27 pour l’enseignement polytechnique et l’enseignement spécialisé.
Le coût total pour démarrer l’enseignement [spécialisé] est estimé à 19 milliards
[Note du transcripteur : Ici, dans le document publié par Carrefour africain, reparaît un titre II. Enseignement spécialisé, qui énonce : Il sera dispensé dans les établissements à cycle long ; puis un sous-titre 2.1 ( ?) que nous avons choisi de remplacer par III.4 pour la cohérence de l’ensemble]

III.4. Estimation des coûts [de l’enseignement spécialisé]
– Construction des salles de classes : néant
– Construction et équipement des ateliers, laboratoires ; et micro-ordinateurs : 439.748.304 F x 43, soit 18.909.177.072 F
– Manuels pour enseignements : 6.600 x 4 115 = 27.159.000 F
– Manuels pour enseignants : 6.600 x 4 115 : 60 = 452.650 F
– Fournitures scolaires : 4.215 x 8 230, soit 34.689.450 F
– Formation des enseignants en informatique : 23.231.250 F
– Frais de formation (formateurs) : 2.500 x 45 x 27 = 3.037.500 F
Total = 18.997.746.922 F
Récapitulatif des coûts estimés de la réforme
A – Cycle fondamental : 32.067.901.000 F
B – Cycle des métiers :
a. Niveau polytechnique : 27.090.537.717 F
b. Niveau spécialisation : 18.996.719.136 F
Total : 78.155.157.853 F
Remarques générales
Nos remarques concernent l’enseignement spécialisé et l’enseigne-ment de l’information.
Pour l’enseignement spécialisé, il y a lieu de considérer que les filières devraient être plus nombreuses que celles dont on dispose, ce qui va nécessiter plus de dépenses car leur équipement et leur fonctionnement reviendront plus cher.
Au niveau de cet enseignement, le personnel est à recruter et ce personnel, souvent, coûte très cher et parfois ce sont des expatriés. Pour l’enseignement de l’informatique il faut s’attendre à des coûts plus élevés car les coûts de maintenance et de fonctionnement seront très élevés. En plus de cela, nous n’avons pas prévu la production des didacticiels qui coûtent très cher.
En plus, le nombre de micro-ordinateurs prévu par établissement est très insuffisant, de même que la durée pour le recyclage est très insuffisante ; en fait nous avons parlé de recyclage alors qu’il s’agit de formation d’au moins une année.
Il ne faudra pas oublier le caractère obsolescent de l’informatique.
Le coût total pour démarrer l’école révolutionnaire se chiffre à environ 78,5 milliards de francs CFA.

Le cycle de la recherche et de l’invention [ajout du transcripteur]

I. INTRODUCTION
L’école étant un appareil idéologique d’État, le Burkina Faso, qui a opté pour la révolution démocratique et populaire, doit changer le système mis en place pour satisfaire les besoins de l’impérialisme. Comment doit se présenter notre école nouvelle ? Le président du Faso nous a tracé les grandes lignes dans le Discours d’orientation politique (DOP) prononcé le 2 octobre 1983 et qui dit : “La réforme scolaire vise à promouvoir une nouvelle orientation de l’Éducation et de la Culture. Elle devra déboucher sur la transformation de l’école en un instrument au service de la Révolution, les diplômés qui en sortiront devront être, non au service de leurs propres intérêts et des classes exploiteuses, mais au service des masses populaires”.
Cette philosophie nouvelle est absente de notre Université actuelle qui véhicule encore “les structures néocoloniales imposées de l’extérieur
ne prenant pas en compte les intérêts des larges masses populaires et exclusivement au service de l’impérialisme international et d’une classe minoritaire”.
Pour répondre aux objectifs de la RDP, l’Université et la Recherche “doivent maîtriser les connaissances nécessaires au développement économique, social et culturel du peuple” ; pour ce faire, la restructuration s’impose. Elle passe par une analyse de la situation actuelle qui permettra de dégager les changements à promouvoir afin de mettre l’Université et la Recherche au service du peuple, pour le peuple.

II. Analyse de la situation actuelle de l’enseignement supérieur et de la recherche
Le procès de notre Université a déjà été fait et ses insuffisances sont connues. Rappelons seulement quelques points communs à tout le système scolaire burkinabè. Malgré les tentatives d’innovation introduites çà et là, notre Université demeure :
• Néocoloniale dans la mesure où elle est une copie de l’enseignement supérieur français. En effet, créée par l’accord de coopération franco-voltaïque en 1961, elle reste soumise à l’ingérence de la France par l’organisation des enseignants, le contenu des programmes, et la formation des cadres ;
• Antidémocratique par les conditions d’accès qui défavorisent les jeunes issues des couches sociales déshéritées (test à niveau pour les titulaires du bac non boursiers ; conditions d’âge imposées pour l’octroi des bourses) ;
• Antipopulaire parce que ses objectifs ne sont pas conformes aux aspirations des masses ; en effet, elle forme des cadres dévoués au système néocolonial et qui, grâce à la détention du savoir, confisquent le pouvoir au peuple. La formation générale dispensée au détriment de l’apprentissage du métier, la surcharge des programmes et le coût élevé de l’enseignement se conjuguent pour couper l’Université des réalités quotidiennes vécues par les masses populaires (cf. rapport sur le thème lors des journées nationales du MESRS).
Ces différentes caractéristiques ne permettent pas de former les hommes dont le Burkina a besoin pour sortir du sous-développement. En effet, d’ores et déjà, nous voyons que l’Université forme des chômeurs qui ne trouvent pas de travail sur le marché et qui, nantis de
diplômes généraux, ne sont pas capables de retourner à la terre. Si l’Université continue sur cette lancée, à savoir dispenser un enseignement supérieur théorique sans support productif, elle versera sur le marché du travail, pendant la période du plan quinquennal 1986-1990, 1 172 personnes spécialisées : en économie (230), gestion (312) et Droit (630), spécialisés en lettres (440) et Sciences (IMP 109), Chimie (40), Sciences de la nature (130) et Développement rural (517).
Les effectifs attendus, surtout en Droit, Lettres et Sciences humaines ne répondent aucunement aux besoins du pays car, d’ores et déjà, c’est dans ces disciplines que se recrutent les chômeurs. Ils ne pourront par conséquent être absorbés par les offres d’emploi. Compte tenu de l’orientation nouvelle que la RDP exige, un changement profond s’impose qui devra nécessairement lier l’enseignement et la production.
Sur le plan de la Recherche, des problèmes existent aussi. Ils ont été analysés dans le rapport du thème II des journées nationales du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, tenues du 12 au 15 mars 1985. Il ressort de cette analyse le constat suivant : il n’y a pas une politique scientifique et technologique claire. Tout est laissé à l’initiative des chercheurs, et surtout des sources de financement, ce qui crée les situations suivantes :
– les programmes de recherche sont élaborés selon les besoins de financement ou sont dirigés de l’extérieur, ce qui ne répond pas nécessairement aux besoins du pays ;
– il y a sans cesse une reprise des programmes déjà réalisés pour des besoins individuels, au détriment de ce qui est utile pour le pays ;
– il y a une duplication des thèmes de recherche entraînant des luttes sourdes entre instituts, et dispersant les moyens humains, matériels et financiers.
Il découle de cela que le pays n’arrive pas à profiter pleinement des recherches menées, soit parce qu’il ne les contrôle pas, soit parce qu’il n’a pas la capacité de s’approprier les résultats.
Une exploitation rationnelle de nos possibilités devrait passer par une coordination des différentes actions, une collaboration entre les parties prenantes, une liaison entre recherche et développement, après une définition précise des priorités en matière de développement.
Comment restructurer alors le système actuel afin qu’il réponde aux impératifs de la RDP qui veut se doter d’une école nationale, réaliste, révolutionnaire, productive ?

III. La réforme du cycle de spécialisation et recherche
Toute réforme doit tenir compte de la dialectique école-société qui signifie que la société doit secréter son école, afin que celle-ci diffuse ses valeurs et forme le type d’homme conforme à l’idéologie prônée, et que l’école doit transformer la société en prônant des idées d’avant-garde susceptibles de bouleverser les habitudes et de changer les mentalités
La Révolution démocratique et populaire, étant l’étape de la lutte actuelle du peuple burkinabè, doit définir son type d’école en tenant compte des transformations en cours. Ainsi, l’école à créer ne peut être de type socialiste présentement car la société actuelle est d’essence bourgeoise. Lorsque nous analysons les réformes africaines du système éducatif, nous constatons que, sur le plan conceptuel, les structures proposées sont conformes avec l’objectif projeté à long terme, mais qu’elles ne cadrent pas avec la réalité présente. Aussi à l’application, l’adéquation n’est-elle pas possible entre l’école et le milieu, si bien qu’un échec s’ensuit, c’est qu’il y a eu un renversement de la balance et que les concepteurs ont cru partir de l’école pour transformer la société. Or, si l’école peut et doit permettre à la société de se régénérer, elle n’est et ne demeure qu’un outil contribuant à la transformation.
C’est pourquoi, à l’étape actuelle préconisons-nous un changement qui tienne compte de la réalité de l’étape de la lutte de notre société.
Le peuple est en train de prendre conscience de la division en classes de la société, de la lutte à mener pour prendre le pouvoir aux mains de la minorité, de la structure néocoloniale de son école. Il est en train de définir ses priorités pour pouvoir sortir du sous-développement, se prendre en charge et aspirer à un bien-être total. Il doit donc restructurer son école pour l’amener à participer au renversement idéologique en cours. Pour ce faire, la réforme doit anéantir les diverses dichotomies entretenues au niveau de l’Université et de la recherche.
a) Caractéristiques du cycle de spécialisation et recherche
Il doit :
– intégrer les diverses dichotomies existant actuellement entre recherche et enseignement, recherche fondamentale et recherche appliquée, enseignement et production pour poursuivre un objectif incluant les trois aspects d’une formation complète : enseignement, recherche, production ;
– réviser la formation des individus de manière à faire de tout chercheur un formateur, et de tout formateur un chercheur ;
– valoriser les possibilités intellectuelles par rapport aux besoins du pays ;
– démocratiser les fruits de la recherche.
L’intégration de ces différents aspects de la formation ne doit pas desservir l’école burkinabè. En effet, aussi bien au cycle des métiers qu’au cycle de la spécialisation, nous devons veiller au maintien d’un niveau théorique au moins égal sinon supérieur à ce qu’il est présentement, en plus de la compétence sur le plan production. Aussi doit-on fuir un enseignement au rabais qui ne permettrait pas aux Burkinabè d’atteindre les objectifs de la RDP et qui les défavoriserait sur le plan international. L’accès au cycle universitaire exige des prérequis techniques et théoriques qui doivent être atteints au niveau du cycle des métiers, si l’on veut véritablement former des personnes capables de découvrir des solutions adaptées aux problèmes burkinabè, et répondant aux aspirations des larges masses populaires.
b) Instituts
Les instituts du cycle de spécialisation et recherche doivent répondre aux besoins réels du peuple, aussi devront-ils être de véritables foyers d’apprentissage dans lesquels les trois aspects d’une formation complète sont présents, à savoir enseignement-recherche-production. Ceux-ci doivent s’interpénétrer et s’améliorer réciproque-ment, le gain dans un domaine permettant une progression dans les autres domaines.
Compte tenu de ces impératifs, les instituts doivent être des unités productives faciles à gérer.
Les présentes propositions combinent les instituts déjà existants au niveau de la recherche et de l’Université, et ceux qu’il faudrait créer pour faire face aux besoins du pays.
Ils sont au nombre de dix :
1. INSC (Institut des sciences chimiques) : il regroupe l’Institut de chimie (INC), l’Institut de recherche sur les substances naturelles (IRSN), le volet biogaz de l’Institut burkinabè d’énergie (Biogaz IBE).
Sa mission : Participer à la formation de chimistes pour les besoins des industries chimiques (études minéralogiques, pétrochimie, alliage des métaux, industries de la transformation, etc.) ; promouvoir le développement du biogaz et de la pharmacopée traditionnelle.
2. IMMEN (Institut de mathématiques, de physique et des énergies nouvelles) : il regroupe l’Institut d’énergie (IBE), l’informatique et l’Institut de mathématiques et physique (IMP).
Sa mission : Assurer la formation scientifique de base des futurs ingénieurs ;
– développer l’enseignement et l’utilisation de l’informatique ;
– contribuer au développement technologiques des énergies nouvelles et renouvelables (solaire et éolienne), en créant des ateliers et en les vulgarisant ;
– développer les différentes technologies de conservation de l’énergie
– produire du matériel didactique de physique à partir des matériaux locaux.
3. IESN (Institut de l’environnement et des sciences de la nature) : il regroupe l’Institut de recherche sur la biologie et l’écologie tropicale (IRBET) et l’Institut des sciences de la nature (ISN).
Sa mission : Contribuer à la connaissance des équilibres écologiques et à la lutte contre la désertification ;
– produire des collections didactiques pour l’enseignement des sciences naturelles ;
– faire l’inventaire exhaustif et l’étude des espèces végétales et animales ainsi que des formations géologiques du pays.
4. IDR (Institut de développement rural) : il regroupe l’Institut du développement rural (IDR), la partie forestière de l’IRBET, et l’Institut burkinabè pour la recherche agronomique et zootechnique (IBRAZ).
Sa mission : Développer la contribution de la recherche agronomique en vue de l’autosuffisance alimentaire, notamment par la maitrise de l’eau, la conservation et la fertilité des sols, la production de semences améliorées, etc. ;
– développer la contribution de la recherche zootechnique en vue de l’amélioration de l’élevage, en particulier les petits ruminants par la sélection génétique, l’amélioration des pâturages, etc. ;
– développer la contribution de la recherche forestière à la solution du problème de la crise énergétique du bois de chauffe, notamment par l’amélioration des essences locales, et des essences introduites les plus adaptées aux conditions écologiques du Burkina ;
– former des ingénieurs pour le développement rural, notamment en agronomie, élevage, eaux et forêts.
5. INSHUS (Institut des sciences humaines et sociales).
Sa mission : – Contribuer à la réalisation des projets de développement par l’étude des aspects sociologiques de ces opérations ;
– faciliter une meilleure connaissance de nos nationalités par l’étude des traditions et leur impact sur les individus.
6. INSULLA (Institut supérieur des langues, des lettres et des arts).
Sa mission : Promouvoir le développement culturel pour l’épanouissement du Burkinabè, par l’étude scientifique de nos langues et le développement de l’art dramatique ;
– acquérir une connaissance plus pratique des langues étrangères pour servir la communication internationale.
7. ISJEC (Institut des sciences juridiques, économiques et de gestion). Il regroupe l’École supérieure de droit (ESD), l’École supérieure de sciences économiques (ESSEC), et l’Institut universitaire de technologie (IUT).
Sa mission : Contribuer à asseoir les bases d’une justice démocratique et populaire ;
– contribuer à asseoir les fondements d’une économie adaptée aux conditions et objectifs de notre développement, notamment en particulier à l’évaluation des structures de production et de consommation ;
– former du personnel de gestion et de secrétariat.
8. INSSA (Institut des sciences de la santé). Il regroupe l’École supérieure des sciences de la santé (ESSSA), la pharmacie et la chirurgie dentaire.
Sa mission : Former des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes capables de servir les masses laborieuses du Burkina Faso en tout lieu et en tout temps ;
– contribuer, par la recherche médicale et pharmacologique, à trouver des solutions adéquates aux problèmes de santé.
9. INSE (Institut des sciences de l’éducation).
Sa mission : Assurer la formation pédagogique et le recyclage des enseignants ;
– développer la recherche dans le domaine des Sciences pédago-giques.
10. IGECLM (Institut de génie civil et mécanique).
Sa mission : Former des cadres compétents ;
– développer la recherche en génie civil et mécanique, notamment dans les domaines suivants : constructions civiles, opérations de levé de terrains, cartographie, construction mécanique, construction métallique, fabrication mécanique, électronique, menuiserie, mécanique automobile, etc.
Outre ces instituts de formation, le cycle de spécialisation et recherche comprend deux services centraux qui sont :
– la bibliothèque (elle regroupe l’actuelle bibliothèque, et la documentation de la DGRST) ;
– l’Office de presses universitaires (OPU), chargé de l’impression et de la diffusion des travaux de recherche.
c) Administration
Le cycle de spécialisation et de recherche est placé sous la responsabilité d’un recteur qui supervise les aspects académiques, aidé par trois vice-recteurs pour chacun des trois aspects fondamentaux du cycle, à savoir : la recherche, l’enseignement, la production.
Chaque institut est coiffé par un directeur aidé de deux vice-directeurs, l’un aux études et l’autre à la production.
d) Structuration
Notre formation devant être de qualité, une certaine durée, variable en fonction des spécificités, est nécessaire pour atteindre les niveaux souhaités.
Vu que le cycle de spécialisation et recherche n’est pas ouvert à tous les sortants du cycle des métiers, mais seulement à un petit nombre, compte tenu des besoins et possibilités du pays, nous préconisons la structuration suivante :
1°) Un accès direct au cycle une fois les conditions d’admission réunies ;
2°) Une formation de 3 ans à l’issue de laquelle le fonctionnaire quitte le cycle pour la production ;
3°) Une production d’au moins 2 ans avant de réintégrer le cycle pour une formation complémentaire après avoir satisfait à un concours.
4°) Une formation de durée variable (1 à 3 ans) selon les nécessités.
5°) Pour la formation à l’INSSA, nous souhaitons qu’elle soit faite en une seule phase, compte tenu de la spécificité des formations qui y sont données.
6°) Selon les besoins du pays, la première phase de la formation peut être réduite à deux ans, compte tenu des disciplines (par exemple, secrétaire de direction).

IV. Conditions de réalisation
La réalisation de tous ces objectifs exige au préalable que certaines conditions soient remplies :
1°) Le succès de cette réforme ne peut être garanti que si elle correspond aux aspirations des masses populaires.
2°) Investissements : l’instauration d’un secteur “production” conduira à l’ouverture d’ateliers qu’il faudra équiper en matériel technique. Dans les instituts où il n’existe pas d’activités de production, la construction ou la transformation de certains locaux en ateliers, ainsi que leur équipement, s’avèreront nécessaires.
S’agissant des instituts qui mènent déjà une activité de production, on pourra envisager l’extension et la diversification de leurs activités pour mieux répondre à nos besoins.
Pour avoir une idée du coût des ateliers qui seront ouverts, nous donnons à titre indicatif les estimations suivantes :
a) Coûts de réalisation d’un complexe réservé aux enseignants spécialisés des techniques du développement rural à Gampela :
– Bâtiments d’exploitation : 62.250.000 F
– Équipements de laboratoire : 98.800.000 F
– Équipement technique : 79.000.000 F
– Alimentation en eau : 15.000.000 F
Total……………………………….. 247.050.000 F
b) Coûts d’ouverture de nouveaux instituts :
La création d’un institut de génie civil et d’un institut de génie mécanique entraînera des dépenses qui s’élèveront à 313.024.450 F pour chaque institut. Ces coûts comprennent les équipements pour les sections suivantes : construction mécanique, construction métallique, fabrication mécanique, électronique, menuiserie, mécanique automobile et électronique.
Les coûts d’ouverture d’un institut de chimie s’élèvent à 174 millions qui se décomposent comme suit :
– construction : 120.000.000 F
– équipement : 54.000.000 F
3°) Personnel : Enfin, compte tenu de l’introduction de la production et de la nécessaire refonte progressive des programmes, un recyclage du
personnel enseignant, ainsi qu’une spécialisation dans d’autres domaines seront indispensables pour assurer un meilleur encadrement.

V. Mesures transitoires
La réforme ainsi dégagée s’adresse à ceux qui ne sont pas déjà à l’Université en septembre 1985. Ceux qui ont déjà commencé leur cycle le terminent sans changement.

VI. Programmes
Les contenus des programmes et les orientations de la recherche seront en fonction des impératifs de la production et du développement.

Publié par Carrefour africain n° 923 le 21 février 1986

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Déclaration sur les procès des dignitaires de la IIIème République et du CMRPN (3 janvier 1984) https://www.thomassankara.net/declaration-sur-les-proces-des-dignitaires-de-la-iiieme-republique-et-du-cmrpn-3-janvier-1984/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=declaration-sur-les-proces-des-dignitaires-de-la-iiieme-republique-et-du-cmrpn-3-janvier-1984 https://www.thomassankara.net/declaration-sur-les-proces-des-dignitaires-de-la-iiieme-republique-et-du-cmrpn-3-janvier-1984/#respond Tue, 15 Dec 2015 13:32:31 +0000 http://thomassankara.net/wp2016/declaration-sur-les-proces-des-dignitaires-de-la-iiieme-republique-et-du-cmrpn-3-janvier-1984/ Le 3 janvier 1984 marque le début de la délimitation des contours du caractère catalyseur des tribunaux populaires de la révolution (TPR). Adama Traoré, porte-parole du gouvernement délimite l’esprit et l’objet des assises des TPR. Peuple révolutionnaire de Haute-Volta, Ainsi donc, comme tu le sais maintenant, les tribunaux populaires de la révolution vont commencer les […]

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Le 3 janvier 1984 marque le début de la délimitation des contours du caractère catalyseur des tribunaux populaires de la révolution (TPR). Adama Traoré, porte-parole du gouvernement délimite l’esprit et l’objet des assises des TPR.

Peuple révolutionnaire de Haute-Volta,

Ainsi donc, comme tu le sais maintenant, les tribunaux populaires de la révolution vont commencer les procès des dignitaires de la IIIème République et du CMRPN [[Comité militaire de redressement pour le progrès national. Le CMRPN a mis fin à la IIIeme république par un coup d’Etat militaire dirigé par Sayé Zerbo le 25 novembre 1980. C’est un autre coup d’Etat le le 7 novembre 1982 qui y a mis fin.] à partir du 3 janvier 1984, date anniversaire du soulèvement populaire contre le régime néocolonial de Maurice Yaméogo, un régime d’indignité, de soumission, de gabegie, de gaspillage, de dilapidation, de jouissance et de détournements crapuleux des biens du peuple. C’est donc à juste titre que le Conseil national de la révolution et le gouvernement révolutionnaire ont choisi cette date historique pour rendre hommage à cette juste révolte du 3 janvier 1966 et te donner en même temps l’occasion, pour la première fois dans l’histoire de notre pays, de te rendre justice toi-même, directement sans détours, en dehors du carcan de la justice hypocrite bourgeoise et de son système inextricable de procédures pompeuses et volontairement mystificatrices.

Peuple révolutionnaire de Haute-Volta, ainsi donc pour la première fois dans ton histoire, tu as conquis avec la Révolution du 4 août la possibilité et les moyens de juger toi-même ceux-là qui depuis bientôt 40 ans, au service du colonialisme, puis du néo-colonialisme, en alliance étroite avec les forces les plus rétrogrades et les plus obscurantistes t’ont dominé, opprimé, exploité, humilié, bâillonné et bradé.

Les dirigeants de la IIIème République et du CMRPN, c’est en somme cette faune de politiciens réactionnaires et leurs acolytes cupides sans scrupules et toujours pressés d’amasser des fortunes et qui s’enrichissaient effrontément sur le dos du peuple, prétendaient parler en son nom ou défendre ses intérêts après avoir acheté la conscience des masses avec l’argent escroqué, surtout pendant les farces électorales organisées pour donner un semblant de légitimité à leur pouvoir antipopulaire. Les dirigeants de la IIIème République et du CMRPN, ce sont ceux qui, sous le colonialisme, puis le néocolonialisme français vendaient aux enchères les bras du peuple travailleur à leurs maîtres ou amis planteurs capitaliste de la Côte. Ce sont ceux qui non contents de cette vente aux enchères de la force de travail de notre peuple, le spoliaient cyniquement des maigres biens que son courage, sa ténacité et son ardeur au travail lui permettaient d’acquérir. Les dirigeants de la IIIème République et du CMRPN, c’est au total cette horde de politiciens véreux et d’arrivistes notoires spécialisés dans la magouille et dans les escroqueries, prompts à détourner les biens du peuple pour assouvir leur cupidité et leur caprice du jour.

Certains d’entre eux, légers et frivoles indécrottables, bons jouisseurs, qui se croyaient couverts par la bénédiction des forces obscurantistes, non satisfaits de voler les biens du peuple n’ont pas hésité à recourir à la violence et à la répression systématique contre le peuple et tous ceux qui, dans les organisations révolutionnaires ou démocratiques de masse, protestaient contre leur façon malhonnête de gérer les biens de l’État et exigeaient le respect des biens du peuple.

Les biens du peuple sont une chose sacrée. Notre peuple les acquiert toujours à la sueur de son front et parfois même au prix de son sang. Et c’est bien parce que ses biens doivent lui permettre d’obtenir le minimum indispensable pour une vie plus décente que le peuple accepte ces sacrifices. Il attend légitimement en retour des dirigeants qu’ils en prennent un grand soin et qu’ils les utilisent de la meilleure façon pour améliorer les conditions de vie de l’ensemble de la nation. Il est donc tout à fait inadmissible, tout à fait impardonnable que des individus parvenus au pouvoir bien souvent par la seule vertu du larbinisme, de l’aplatissement et de la corruption, gaspillent, dilapident, détournent à leur profit, dans un esprit égoïste de jouissance personnelle les biens du peuple, ou les monnayent contre les pots-de-vin tout en méprisant le peuple du dedans de leurs voitures ou villas luxueuses frauduleusement acquises.

La révolution doit rendre au peuple, intégralement au peuple tout ce qui doit lui appartenir. C’est là un des objectifs de la Révolution du 4 août. C’est là aussi le sens profond des tribunaux populaires de la révolution. Et c’est pourquoi tous les Voltaïques, tous les militants et militantes de la Révolution d’août ont une immense responsabilité dans le déroulement et l’aboutissement correct des procès qui vont bientôt commencer. Dans un attachement profond aux objectifs de la révolution, dans un souci de faire triompher enfin la justice et l’intérêt de notre peuple, chaque Voltaïque, homme ou femme, jeune ou vieux tous ensemble victimes de l’ancienne politique réactionnaire, doit aider les tribunaux populaires de la révolution à éclairer d’un jour cru le comportement et les agissements réels par rapport à la gestion des biens sacrés du peuple, de chacun des dignitaires de la IIIème République, du CMRPN et de leurs nombreux acolytes poursuivis.

Peuple révolutionnaire de Haute-Volta, à travers ces procès, ce que la Révolution d’août veut assurer c’est que désormais, plus jamais en Haute-Volta, aucune autorité, aucun responsable, aucun fonctionnaire de l’État, aucun citoyen ne pourra espérer jouir impunément du fruit des détournements crapuleux des biens du peuple.
Pour cela, le peuple voltaïque doit se convaincre que c’est à lui seul que reviennent la tâche et la responsabilité de veiller comme sur la prunelle de ses yeux au respect par chacun et par tous des biens du peuple.

Les tribunaux populaires sont aujourd’hui et doivent rester le moyen efficace aux mains de notre peuple pour faire respecter ses droits et ses biens et faire rendre gorge à ceux qui l’ont dépouillé en infligeant vigoureusement et rigoureusement à ceux-là les sanctions exemplaires appropriées.

Vive les tribunaux populaires de la révolution.

Vive la révolution.

La patrie ou la mort, nous vaincrons !

Ce discours a été retrouvé par Daouda Coulibaly. Qu’il soit ici chaleureusement remercié.

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Interpellation de la LIPAD au cardinal Zoungrana pour son soutien au CMRPN (7 décembre 1982) https://www.thomassankara.net/interpellation-de-la-lipad-au-cardinal-zoungrana-pour-son-soutien-au-cmrpn-7-decembre-1982/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=interpellation-de-la-lipad-au-cardinal-zoungrana-pour-son-soutien-au-cmrpn-7-decembre-1982 https://www.thomassankara.net/interpellation-de-la-lipad-au-cardinal-zoungrana-pour-son-soutien-au-cmrpn-7-decembre-1982/#respond Wed, 26 Feb 2014 09:17:35 +0000 http://thomassankara.net/wp2016/interpellation-de-la-lipad-au-cardinal-zoungrana-pour-son-soutien-au-cmrpn-7-decembre-1982/ Nous publions ci-dessous un document datant de la période où le combat politique atteignait son paroxysme, qui allait préparer la révolution burkinabè. La LIPAD (Ligue Patriotique pour le Développement), était une émanation du PAI (parti africain de l’indépendance) qui lui restait clandestin. La LIPAD a ainsi pu à la fin des années 70, avoir une […]

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Nous publions ci-dessous un document datant de la période où le combat politique atteignait son paroxysme, qui allait préparer la révolution burkinabè. La LIPAD (Ligue Patriotique pour le Développement), était une émanation du PAI (parti africain de l’indépendance) qui lui restait clandestin. La LIPAD a ainsi pu à la fin des années 70, avoir une activité publique contribuant à la formation de la conscience politique anti-impérialiste des voltaïques.

Des dirigeants politiques comme Arba Diallo, Philippe Ouedraogo, ou Ibrahima Koné, par exemple, étaient des membres du PAI et de la LIPAD. Soumane Touré, aussi qui a eu un itinéraire politique différent. mais Ce dernier était alors un militant syndical populaire et respecté, particulièrement combatif et efficace dans l’organisation de son syndicat.

La rédaction.


A l’avènement du CMRPN, le Cardinal Paul Zoungrana a béni le changement de régime. Quand le CSP est arrivé au pouvoir, l’évêque de Ouagadougou a gardé le mutisme. La LIPAD et le journal des militaires l’ont alors « interpellé sur son silence ». Voici l’intégralité du document.

« Il y a deux ans, de retour du Vatican peu après le coup d’Etat du 25 novembre 1980 qui a renversé le gouvernement de la IIIème République du régime de Lamizana, vous avez promptement déclaré sur les antennes de la radiotélévision voltaïque le 2 décembre 1980, que le coup d’Etat du 25 novembre 1980 du CMRPN est une «grâce de Dieu » et qualifié par ailleurs le président et les membres du CMRPN « d’agents d’une providence, d’un Dieu qui aime la Haute-Volta ».

Vous substituant au peuple voltaïque pour traduire ses sentiments, vous avez ajouté que cet évènement a provoqué une « liesse de toute la population » à un moment où pourtant le CMRPN avait décrété le couvre-feu et interdit les rassemblements et les manifestations populaires. Depuis, vous avez, éminence, invariablement gardé un mutisme irréductible sur la politique du CMRPN qui, au mépris des libertés individuelles et collectives et des droits de l’homme, opprimait et réprimait les travailleurs et les organisations démocratiques et patriotiques avec une haine et une fureur inégalées dans l’histoire du peuple voltaïque.

Ainsi, éminence, vous avez gardé Le silence complet sur la suppression, par le CMRPN, du droit de grève en Haute-Volta, un droit internationalement reconnu aux travailleurs et que les travailleurs voltaïques ont toujours défendu au prix de sacrifices multiples et multiformes ; vous avez gardé un silence complet sur l’interdiction, le 24 novembre par le CMRPN, de la Confédération syndical voltaïque (CSV), la centrale syndicale la plus représentative et la plus combative, sur le « mandat d’arrêt national et international » lancé le même jour contre son secrétaire général Soumane Touré, ainsi que son arrestation le 9 septembre 1982, parce que à la tête du CSV et fidèle au profond attachement des travailleurs et du peuple voltaïque aux libertés démocratiques et syndicales, il refusait résolument de s’incliner devant ce « nouveau diktat » du CMRPN.

Aussi également, éminence, vous vous êtes tu sur « l’internement administratif » des dignitaires de la IIIème République par le CMRPN, ramassis d’individus corrompus, légers, frivoles qui avaient en commun le goût prononcé pour la luxure, les jouissances dans les boîtes de nuit et les maisons closes, et qui, escamotant de façon démagogique la juste revendication des centrales syndicales en date du 5 septembre 1979, exigeant la lumière sur la gestion des biens du peuple, voulait, par revanchardisme, régler les comptes à ses adversaires politiques. Faut-il rappeler que toutes ces mesures répressives, anti-démocratiques et anti-travailleurs, prises dans le plus complet arbitraire, étaient inspirées et soutenues par les alliés civils du CMRPN, en Particulier par Monsieur Alexandre Zoungrana, ancien ministre de la Fonction publique et du Travail du CMRPN, dont la haine implacable contre les travailleurs et Les organisations démocratiques ne s’est jamais démenti un seul instant du règne des potentats du CMRPN.

De même éminence, vous avez volontairement ignoré la violation flagrante de la liberté de presse et d’opinion par le CMRPN qui n’hésita pas à saisir arbitrairement le n°22 du Patriote, journal de la LIPAD, alors seulement au tirage et à emprisonner durant 3 semaines au camp CRS de Ouagadougou des responsables de ce journal, coupables d’avoir osé émettre une opinion sur l’acharnement enragé du CMRPN contre les libertés démocratiques et syndicales.

Les travailleurs voltaïques ont été très surpris par le mutisme du Cardinal sur les mesures de licenciement et de suspension, pour 5 à 6 mois et sans salaires, des centaines de travailleurs (dont des couples entiers), ainsi sanctionnés pour avoir protesté par une grève de 3 jours contre les violations injustifiées des libertés démocratiques et syndicales par le régime défunt des colonels. Il y a un mois que le CMRPN, le régime le plus répressif, le plus anti-travailleur, le plus anti-populaire et le plus antidémocratique de notre histoire politique a été renversé par le Conseil de salut du peuple qui, tenant compte des justes revendications des travailleurs et des démocrates voltaïques, a déclaré « caduque » l’ordonnance inique réglementant de façon draconienne le droit de grève, a rétabli la CSV dans ses droits et libéré son secrétaire général Soumane Touré.

Il y a un mois que les travailleurs et les démocrates voltaïques, après avoir vainement espéré une homélie du Cardinal où habituellement il aime à se prononcer sur la situation politiques du pays, s’impatientent de connaître sa réaction devant le coup d’Etat du Conseil de Salut du Peuple. Eminence la LIPAD, organisation Démocratique, anti-impérialiste de masse, défendant toujours aux côtés des travailleurs et des démocrates voltaïques, les libertés démocratiques et syndicales avec un haut esprit de sacrifice, partageant aujourd’hui leur impatience devant le mutisme du Cardinal, vous adresse très respectueusement trois questions :
– Comment éminence traduisez-vous actuellement les sentiments du peuple voltaïque devant le coup d’Etat du Conseil de Salut du Peuple ?

– Comment qualifiez-vous aujourd’hui, éminence, le Conseil de Salut du Peuple qui a déclaré « caduque » l’ordonnance réglementant le droit de grève, qui a rétabli la CSV, libéré son secrétaire général Soumane Touré, et a rétabli entièrement les droits des
travailleurs licenciés et suspendus par le CMRPN ?

– Que pensez-vous, éminence, de la mise en résidence surveillée des dignitaires de la IIIème République par le Conseil de Salut du Peuple alors qu’ils étaient enfermés pendant 2 ans sans que la plupart aient jamais été interrogés une seule fois sur leur
gestion, pendant que le CMRPN, dans sa politique partisane, laissait circuler librement et allègement d’autres politiciens convaincus de détournement de deniers publics ?

Nous vous prions de croire, éminence, à l’expression de nos sentiments très respectueux et patriotiques.

Ouagadougou le 7 décembre 1982

Le Bureau National de la LIPAD

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La République Populaire et Démocratique de Haute-Volta n’est pas “en voie de développement” mais “en voie de destruction” rapport de René Dumont et Charlotte Paquet https://www.thomassankara.net/la-republique-populaire-et-democratique-de-haute-volta-nest-pas-en-voie-de-developpement-mais-en-voie-de-destruction-rapport-de-rene-dumont-et-charlotte-paquet/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=la-republique-populaire-et-democratique-de-haute-volta-nest-pas-en-voie-de-developpement-mais-en-voie-de-destruction-rapport-de-rene-dumont-et-charlotte-paquet https://www.thomassankara.net/la-republique-populaire-et-democratique-de-haute-volta-nest-pas-en-voie-de-developpement-mais-en-voie-de-destruction-rapport-de-rene-dumont-et-charlotte-paquet/#respond Sat, 17 Nov 2012 09:19:39 +0000 http://thomassankara.net/wp2016/la-republique-populaire-et-democratique-de-haute-volta-nest-pas-en-voie-de-developpement-mais-en-voie-de-destruction-rapport-de-rene-dumont-et-charlotte-paquet/ René Dumont est un agronome français né en 1904, connu pour son combat pour le développement rural des pays pauvres et son engagement écologiste. Après avoir été longtemps enseignant à l’Institut National d’Agronomie et différentes autres écoles dont l’École supérieure d’application d’agriculture tropicale. Il est régulièrement consulté pour la politique agricole de la France avant […]

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René Dumont est un agronome français né en 1904, connu pour son combat pour le développement rural des pays pauvres et son engagement écologiste. Après avoir été longtemps enseignant à l’Institut National d’Agronomie et différentes autres écoles dont l’École supérieure d’application d’agriculture tropicale. Il est régulièrement consulté pour la politique agricole de la France avant de s’intéresser à l’agriculture tropicale et au tiers monde, cherchant notamment à lutter contre la famine.

rene-dumont.jpgDe 1959 à octobre 1961, il entre au Comité directeur du Fonds d’aide et de coopération (FAC) du ministère de la Coopération pour lequel il réalise des missions dans de nombreux pays d’Afrique. Sa liberté d’analyse ne plaît pas et le Premier ministre Michel Debré demande des sanctions contre lui. Après cela, il est essentiellement sollicité par des gouvernements étrangers, des ONG et des organismes internationaux.

Parmi les quelques 70 ouvrages qu’il a publié, “l’Afrique est mal partie” où il dénonce les politiques engagées après les indépendances, aura un grand retentissement.

Il sera le premier candidat écologiste aux élections présidentielles de 1974 où il rassemble 1,3% des votes. Il continuera inlassablement à militer pour une autre agriculture et publiera de nombreux autres ouvrages notamment sur les problèmes du développement et de l’agriculture des pays du tiers monde. IL est décédé en juin 2001.

Nous avons retrouvé le rapport qu’il a écrit avec Charlotte Paquet, sa campagne à la demande du président Thomas Sankara en 1984. Nous vous en livrons les conclusions qu’il tire d’un séjour de près de 3 mois après avoir parcouru une bonne partie du pays. On y trouvera nombre de propositions qui seront reprises par la gouvernement révolutionnaire, notamment en matière de défense de l’environnement et de libération de la femme, à laquelle s’était consacrée Charlotte Paquet.

De mémoire, je me souviens avoir perçu des retombées de son passage. En particulier il avait été critiqué pour ses envolées et son insistance pour limiter la croissance démographique, prédisant la famine pour l’an 2000. Si effectivement, avec le recul, cette prédiction paraissait un peu catastrophiste, il n’en reste pas moins que nombre de ses propositions ont été reprises, comme la construction de petits barrages, les 3 luttes et de nombreuses autres, comme la nécessaire délimitation des terroirs villageois. Encore un document permettant de mieux connaitre la révolution burkinabè dont nous vous livrons la synthèse.

Bonne lecture. Les illustrations sont de notre initiative.

Bruno Jaffré


RÉSUME ET PROPOSITIONS

Dans la première partie, nous soulignons d’abord la gravité de la déforestation pas seulement par la coupe de bois utile (cuisine, construction, outils) mais par les coupes abusives d’épineux, protégeant les récoltes du bétail en liberté : lequel empêche la régénération naturel des Karités, Nérés… Le résultat est la dune vive, la désertification ou même la dégradation des sols et des pacages, qui ruine le plateau Mossi et avance vers le sud, vers les dernières terres fertiles du sud-ouest. La divagation du bétail (avec leur surnombre) en est la principale raison, qui limite ou interdit reboisements, vergers, cultures de saison sèche, mise en valeur des bas-fonds. Il faudrait donc, à notre avis, non pas interdire la transhumance, et les déplacements du bétail , mais son lâcher en liberté, qui dégrade aussi les pacages par surpâturage : ce qui réduit autant la production animale que les cultures. Les feux de brousse dégradent aussi la flore, les réserves de fourrage sur pied et dégradent les sols.la première page du document retrouvé ainsi que le feuillet aggravé dessus.

Une révision des droits fonciers pourraient garantir la jouissance durable des terres à qui les a reçues en prêt, mais qui les a améliorées : par sites anti-érosifs, reboisement, apport de phosphate ou de fumure organique : « la terre à qui la cultive » et « à qui l’améliore » .

Les bas prix de grains n’incitent pas à produire des surplus et accroissent l’écart villes – campagnes : de ce fait, les paysans ne disposent pas ainsi des surplus pourtant indispensables aux investissements de protection, de conservation des arbres des sols et de l’eau. Et les fonctionnaires sont trop privilégiés.

L’explosion démographique aggrave la dégradation du patrimoine foncier (recul des jachères, déboisement). La population ne cesse de croître plus vite que la production alimentaire; cet écart augmente la malnutrition, le déficit alimentaire; il compromet donc 1’indépendance économique -et politique du pays.

Dans la deuxième partie, nous montrons que les ORD concentrent l’essentiel de leurs activités à la culture attelée, aux engrais chimiques et au coton; donc aux actions de production qui compromettent parfois le patrimoine foncier. En négligeant les travaux de protection, qui méritent la priorité comme les sites anti-érosifs car l’érosion s’accélère. Il faut aussi retenir au maximum l’eau de plus la faire infiltrer par barrages de gabions sur rivières temporaires et petites retenues d’eau , plus urgent es, que les grands barrages.

Si l’herbe et l’arbre sont gaspillés ou détruits, c’est qu’ils n’ont pas toujours de propriétaire, privé ou collectif. D’où la nécessité de communautés villageoises dotées de personnalité juridique et d’autonomie financière pouvant être alimenté par l’impôt de capitation. L’autorité villageoise ainsi établie pourrait délimiter zones agricoles (sans bétail divagant) et zones pastorales, attribuées aux groupements d’éleveurs; ayant désormais intérêt à améliorer son terroir. On y incorporerait les groupements villageois; et la lutte contre les feux en serait facilitée.

Tout ceci est accessible, à la condition de réduire l’exploitation des paysans par le commerce et la bureaucratie; de relever les prix agricoles, en s’attaquant ainsi résolument à la contradiction villes-campagnes, qui constitue l’obstacle essentiel au développement rural; et sur laquelle le pouvoir politique a plus de prise, plus de possibilité d’action que sur la contradiction centre-périphérie, celle de l’impérialisme.

Ecole surpeupléeDans la troisième partie, nous soulignons l’intérêt du discours d’orientation politique (2 octobre 1983), qui définit, l’option pour une économie indépendante et autosuffisante. Car la dépendance n’a cessé de s’aggraver, “l’aide” fournissant 80% des investissements, et les exportations autour de 20% du coût des importations. Dettes et déficits ne cessent ‘d’augmenter. Nous faisons alors un bilan critique de l’expérience tanzanienne, puis l’échec général, surtout en Afrique (Ghana, Mozambique, Zambie, Ethiopie) des fermes d’Etat ; la décollectivisation des campagnes chinoises y souligne l’échec d’une collectivisation imposée aux paysans . Elle ne réussit guère sous forme autoritaire, qu’en Albanie. Les civilisations agraires paysannes de HauteVolta méritent le respect; elles évolueront progressivement et favorablement si c’est avec les paysans.

Au lieu de les encadrer, il faut donc les libérer, rendre autonomes groupements, banques de céréales et précoopératives nées de préférence de la base. Avec des technologies adaptées, l’énergie animale ou éolienne, des encadreurs qui sachent d’abord écouter les paysans, et y reconnaître des groupes sociaux plus ou moins aisés, aux possibilités distinctes. Une politique de libération paysanne est possible, comme le démontre l’action de l’ADRK de Kaya : les ORD peuvent en tirer des leçons.

Le drame (pour les producteurs) des haricots verts d’exportation incite à en proportionner la culture aux possibilités de transports et de débouchés. Et à donner la priorité aux substitutions d’importations, et d’abord concentrés de tomates, puis toutes conserves et jus de légumes et de fruit. Trop importer de riz (et de blé) freine la production locale de céréales. La tendance des urbains vers la société de consommation « à l’occidentale » menace l’indépendance du pays.

Une certaine industrialisation est certes nécessaire : d’abord en amont de l’apiculture, avec matériel de culture attelée, pompe et outils à main ; en privilégiant l’énergie animale. En aval de l’agriculture, pour transformer et valoriser la production. La bière européenne coûte trop cher en devise, le dolo est meilleur pour la santé…

Dans la quatrième partie, nous rechercherons un développement rural accéléré d’abord par la mobilisation du sous-emploie en saison sèche : le but serait d’aider et d’émanciper paysans et paysannes, leurs communautés de base; sans négliger les plus pauvres. L’alphabétisation fonctionnelle, spécialisé suivant les fonctions et étendue aux femmes, nous est apparue essentielle.

Nous donnons la première priorité aux améliorations foncières (sites, reboisements, humus) qui peuvent être aidés par des aliments-travail, proportionnés au travail réellement fourni.. Et aux cultures vivrières pluviales qui reçoivent moins d’aide que les cultures irriguées, mais sont beaucoup plus importantes : céréales, légumineux (protéines du paysan) et tubercules en soulignant l’intérêt de la patate douce, très supérieure à la pomme de terre (qui pourrissait cet hiver).

Cour d'eau asséchéLa seconde priorité irait à la mise en valeur des bas-fonds qui ne devraient plus être orientés vers les seuls légumes, dont les débouchés sont limités, surtout les années de disette; mais vers toutes les cultures vivrières de saison sèche , céréales, tubercules et légumineux. La divagation des troupeaux reste le principal obstacle à toutes cultures de saison sèche. La troisième priorité irait à tous les travaux de petite hydraulique, petites retenues, avals de barrages à refaire. A condition que les paysans participent aux décisions, donc a l’exécution et à l’entretien de tous ces travaux. Dans la vallée du Kou, on impose à tort la monoculture du riz : les importations abusives gênent la production locale.

Quant au projet Sourou, dans lequel certains ont pu voir l’avenir agricole du pays, il mérite des études plus sérieuses, car il coûte trop cher, l’évaporation est excessive. Son exploitation dans un avenir d’au moins 10 ans pourrait être étudié et prévu en paysannat, et non en “plantations agro-industrielles” à équipement très sophistiqué qui ne créent guère d’emploi.

Le coton n’a pas eu ici le rôle dévastateur de l’arachide au Sénégal. Cependant, il accapare trop l’encadrement agricole, par fourniture d’intrants et conseils répétés : aux dépens des soins que méritent aussi les cultures vivrières et d’abord les céréales. Les fruits et les cultures de case méritent une plus large attention, surtout quand le bétail sera discipliné. L’AVV, l’aménagement des vallées des Vol tas, est une réussite technique beaucoup trop coûteuse, peut-être 6000$ par famille installée.

Avec la discipline du bétail, le pasteur devient un éleveur. L’attachement sentimental est moins marqué pour les ovins que les bovins. Ces petit ruminants se reproduisent plus vite, conviennent mieux aux petites fermes. La chèvre peut être la vache du pauvre, mais seulement dès qu’elle n’est plus lâchée en liberté, pour éviter les dégâts.

Le reboisement est une base essentielle de la survie du pays. Les plantations d’Etat ne peuvent guère être respectées des paysans, qu’on a privés de leurs terroirs. On préfère donc les bois de villages et les chances de réussite sont plus grandes encore pour les bois familiaux, avec cultures intercalaires (agroforesterie). Les espèces exotiques à croissance rapide ne doivent pas éliminer les essences locales. Les arbres nourriciers (fruits, graines, feuilles) et les arbres fourragers, qui donnent aussi du bois, méritent une attention particulière.

La recherche pourrait être plus étroitement dirigée en vue d’applications immédiates, en liaison avec une vulgarisation plus à l’écoute des paysans, plus soucieux des résultats économiques. La recherche sociologique devient une base fondamentale d’un vrai “développement” rural, à ne pas confondre la croissance. La DIRC, Direction des institutions rurales et du crédit est la parente pauvre des ORD ; elle mérite plus de moyens.

Dans la cinquième partie, nous abordons toute une série de problèmes annexes du développement rural et seulement dans la mesure où ils l’influent.

L’éducation classique mène à une série d’impasses; il faut revaloriser les enseignements scientifiques et techniques, réduire Je nombre d’étudiants dans les branches non nécessaires qui conduisent au chômage. Et ne plus accorder de bourses pour les disciplines littéraires et juridiques.

Le travail manuel serait fort utile à tous les niveaux de l’enseignement pour que celui-ci ne continue plus à en enseigner (même sans le savoir) le mépris. La FJA mérite d’être revue, on n’y travaille pas assez. L’alphabétisation fonctionnelle pourrait, en moins de dix ans, toucher toute la population rurale et féminine incluse.

La santé est aussi une base essentielle, non seulement de la qualité de la vie, mais même de la production. Education de l’hygiène, médecine préventive, éradication de la malnutrition, utilisation des herbes locales, eau propre méritent actuellement la priorité sur une médecine curative à l’occidentale, trop coûteuse pour pouvoir être généralisée vite. Les médicaments de base devraient être disponibles au village; et les techniques contraceptives mises aussi à la portée des paysannes qui les désirent, et non plus réservées aux “bourgeoises”.

L’aide extérieure, comme la langue d’Esope, peut apporter le meilleur et le pire. Elle ne vaut rien, tant que les minorités privilégiées urbaines la dépensent à leur profit; et quand elle finance des importations somptuaires, des projets à dépenses récurrentes excessives, comme les autos particulières, les aliments et équipements de luxe… L’aide alimentaire en accaparant les débouchés urbains est devenue un obstacle essentiel au développement agricole, et rural.

L’autosuffisance alimentaire n’est accessible qu’avec le relèvement très marqué du prix des céréales. Un plan national de développement est indispensable pour orienter, dans le sens de L’intérêt national, les projets financés par l’étranger. Le projet Italie-FAO montre un exemple d’« experts » trop payés pour leur bien faible utilité…

Les ONG, organisations non gouvernementales, prolifèrent en Haute-Volta, avec des utilités très variables. Les actions d’évangélisation nous apparaissent trop souvent mépriser les traditions de culture africaine. La charité, là où elle n’est pas indispensable, développe l’esprit de mendicité, accentue la dépendance. Seules apparaissent fort utiles les actions de formation, d’éducation et d’organisation des paysans, dans le sens de leur libération (Cesao, GRAAP, ADRK, 6S et groupements Naam, Ajacs, UGVO, II sentiero, microréalisations de l’ACDI, etc…). Le SPONG pourrait se révéler plus dynamique et plus efficace.

La bureaucratie s’est trop montrée jusqu’ici, comme un obstacle essentiel au développement rural, tout comme je l’avais noté au Sénégal. Les recrutements, promotions sont trop basés sur le diplôme et l’ancienneté, et pas assez sur le dévouement et l’efficacité. Le rôle des CdR peut devenir essentiel dans une évolution vers une administration qui serait devenue plus efficace.

Dans la sixième partie, nous traitons de la “moitié du ciel”, les femmes rurales dont l’émancipation nous est apparue indispensable au développement et à la survie du pays, sans oublier le respect qui leur est dû. Mais le poids passé maintient “l’oppression” masculine. Il serait facile de réduire leur peine, surtout les charrois d’eau et de bois, les transports au marché quand les charrettes sont disponibles : mais elles leur sont généralement refusées. Les innovations sont réservées aux hommes et il arrive qu’elles accroissent les efforts requis des femmes. Les animatrices, venues des villes ne savent guère “écouter” les paysannes, se mettre à leur portée et leur venir efficacement en aide. Ces paysannes ne sont pas des masses, elles ont un visage, une âme, une voix. Quand un moulin est introduit au village, on pourrait les préparer à en assurer la gestion, et d’abord par une alphabétisation fonctionnelle adaptée.

Affaiblies par des maternités trop répétées, bien des paysannes désireraient pouvoir accéder aux techniques contraceptives, actuellement réservées aux “bourgeoises” des villes. Les femmes ne s’expriment guère “qu’au travers les hommes”. Il paraît bon de leur permettre d’exprimer par elles-mêmes leurs besoins, leurs revendications ; et de les laisser s’organiser elles-mêmes, si l’on veut renverser un pan de la féodalité.

Nous terminons, en conclusion, par un avertissement un peu solennel, qui rappelle un peu celui qui ne fut guère écouté en 1962 : sans un effort de redressement national, de protection du patrimoine, de libération des paysannes et des paysans, de transformation bureaucratique, de réduction de l’écart ville-campagne, la dépendance et la destruction du risquent de s’accentuer, à un niveau quasi-irréversible.

René Dumont et Charlotte Paquet


PREAMBULE

Son Excellence le président du Conseil National de la Révolution, Capitaine Thomas Sankara nous a confié le redoutable honneur d’étudier : “Les problème contraintes et difficultés du développement rural ; les potentialités agricoles et forestières du pays ; une analyse sans complaisance de sa situation économique…”

Prévue d’abord pour juin 1983, la mission n’a pu arriver en Haute-Volta que le 27 janvier 1984, et y a séjourné jusqu’au 18 mars. Nous avons pu rencontrer à plusieurs reprises le président SANKARA ; puis plusieurs de ses ministres, et de nombreux hauts fonctionnaires.

Notre tournée à travers le pays a été organisée par le service de l’agriculture et ses O.R.D., ce qui ne nous a pas toujours permis de prendre assez de contact avec les services de l’élevage et des forêts, comme avec les organisations paysannes et les groupements d’éleveurs, sinon même les meilleures des O.N.G.

Nous avons pu cependant étudier assez bien les O.R.D. de Diédougou (vallée du Sourou), de Bobo-Dioulasso (vallée du Kou, Farako-Ba, Matourkou Dandé) ; de Banfora (Sosuhv, rizières de Karfiguela) ; de Diébougou et Gaoua, trois villages et le marché de Dano ; du Yatenga, à Ouahigouya, village de Ziga et deux plaines maraîchères ; de Léo, Pô et Tiebélé, avec les chefs de secteurs d’ O.R.D,, trois villages ; de Dori, avec les villages de Saoga et de Bani ; de Kaya, avec Korsimoro etc., et l’A.D.R.K. ; de Fada N’Gourma, avec les villages de Kouaré et Kikipeni ; de Koupéla et Tenkodogo, avec la mission italienne F.A.O. au village de Pouswaka ; puis le marché de Pouytenga.

Dans chaque O.R.D., nous avons pu discuter avec leurs Etats-Majors, qui avaient plus tendance à nous expliquer leurs problèmes que ceux des paysans, qui étaient pourtant les sujets essentiels de notre étude. Cependant, nous avons pu avoir, dans finalement vingt-cinq villages, de longs entretiens avec les groupements villageois, ou encore des groupes de paysans et de paysannes, sur leurs problèmes et leurs difficultés, leurs travaux et leurs projets…

img386_compress.jpg

Notre méthode de travail a été qualifiée par M. Van Hulten, résident représentant du P.N.U.D., qui nous a accompagnés une fois au village, de méthode d’enquête formation. Car, une fois saisie l’importance et la priorité des divers problèmes, nous nous sommes efforcés de proposer à la réflexion des paysans et des paysannes que nous avons rencontrés quelques solutions qu’il leur serait possible d’essayer. Car trop d’enquêtes sont réalisées sans penser que des conseils immédiats pourraient être proposés à l’essai, pour les productions comme pour les problèmes économiques et sociaux. Les paysans et les paysannes voltaïques ne sont ni des ignorants, incapables de raisonner leurs problèmes, même quand ils sont analphabètes.

Le président SANKARA a chargé Marie Charlotte PAQUET d’étudier plus particulièrement la situation, les conditions de vie, les problèmes et difficultés des paysannes. Celle-ci a donc pu s’entretenir avec les responsables d’action O.R.D. et les animatrices. Puis, dans les villages, elle, a pu parler, – en l’absence des hommes – avec des groupes de paysannes, réunies ou non en groupements villageois féminins : elle a pu les mettre en confiance et les écouter.

Des conférences publiques, suivies de débats plus ou moins fructueux (plus que moins) ont pu avoir lieu, à la demande des autorités, à Bobo-Dioulasso, Ouahigouya, Léo, Pô, Dori, Fada N’Gourma et Tenkodogo. Une conférence qui nous avait été demandée à Kaya n’a pu avoir lieu, nous ne savons pas pourquoi. A Ouagadougou, deux conférences ont été données pour l’Université, une aux Nations Unies, une au S.P.O.N.G , et une sous les auspices de la ville. Enfin, nous avons résumé nos conclusions devant les cadres du ministère du développement rural, dans une réunion présidée par son secrétaire général. Puis dans une réunion interministérielle, devant les très du développement rural et de l’intérieur, les représentants du ministre de l’environnement et du secrétariat national des C d R. Le plan y était invité mais n’y fut pas représenté.

Mais ce sont d’abord les paysans et les paysannes de ce pays ; puis les O.R.D, les autres administrations, les C d R, les O.N.G., les services des Nations-Unies ; et des diverses aides extérieures, bilatérales et multilatérales ; et surtout les responsables politiques de ce pays que nous remercions pour leur accueil, le soin et la cordialité de leurs réponses. Nous avons pu consulter de très nombreux documents, dont nous ne donnons qu’une liste partielle en bibliographie. Ce travail est plus une synthèse des interviews, discussions et documentations étudiées qu’une étude originale. Le lecteur est prié de noter la courte durée de l’étude, comme le fait que nous n’avons pas, sur tous les sujets que nous avons dû aborder, un même niveau de connaissance. C’est pourquoi nous prions le lecteur de considérer que ce document est soumis à sa critique : nous recevrons celle-ci avec reconnaissance.

Nous supposons que le lecteur connaît la surface (274000 km2) et la population (bientôt sept millions d’habitants) de la Haute-Volta. Et qu’il en connait, au moins sommairement, la géographie, les sols (pauvres) et les climats (sahélien et soudano-sahélien) ; la végétation, les systèmes de culture ; sinon même les ethnies et leurs coutumes, etc…

Puis son histoire, les chasses à l’esclave, les travaux forcés et les recrutements militaires de la colonisation ; puis la période néo-coloniale, appelée maintenant dans le pays, “les 23 années de démission nationale”. Enfin, la politique actuelle, dite du 4 août 1983 , surtout définie par le discours d’orientation politique, prononcé le 2 octobre 1983 par le Chef de l’Etat : ce qui nous évite de les rappeler, pour nous concentrer sur les problèmes que nous US essentiels. Nous ne pourrons évidemment, dans les limites d’une telle étude les traiter tous au niveau que chaque lecteur pourrait désirer. Le but est d’informer responsables politiques de ce pays ; sinon parfois de les avertir t même si cela risque de les heurter .

Pour compléter l’étude en Haute-Volta, nous nous sommes arrêtés neuf jours à Dakar, surtout pour y travailler à ENDA, centre de recherche sur l’environnement et le développement dans le tiers monde, anime par notre ami Jacques Bugnicourt.

Nous avons été d’autant plus sensibles au redoutable honneur que nous a ainsi fait le président Thomas SAN’KARA que (spécialement; pour moi René DUMONT) j’ai été de longues années “persona non grata” en Afrique tropicale francophone. Cette exclusion n’a pas contribué à améliorer la compréhension les et difficultés que ces pays abordent désormais avec un long retard, donc en des conditions beaucoup plus difficiles. Nous espérons que l’avertissement très solennel qui conclut cette étude sera entendu pendant qu’il en est encore temps.

Pour la Haute Volta, et même pour tout l’ensemble du Sahel, c’est désormais une question de survie.

A cours de la mission, nous avons déjà remis au président, ainsi qu’au ministre du développement rural, une quinzaine de notes provisoires, sortes de brouillons, réunissant des matériaux pour ce rapport, mais dont les thèses sont reprises ici après correction de quelques erreurs.

La première partie de l’étude qui suit recherchera les principales raisons de la destruction si rapide de l’écosystème voltaïque que nous résumons ainsi : colonialisme, puis divagation et surnombre du bétail, feux de brousse, droits fonciers, écarts ville-campagnes, insuffisances administratives et explosion démographique.

img387_compress.jpgLa deuxième partie cherchera à montrer les principaux moyens de lutte contre ces dangers, en liant étroitement les actions de prévention du patrimoine foncier aux interventions destinées à augmenter la production : ces dernières étant les seules qui soient reconnues vraiment importantes jusqu’à ce jour. Les contradictions ville-campagnes et hommes-femmes, insuffisamment soulignées, retiendront notre attention. Et, plus encore, les dangers de l’explosion démographique, qui ne sont nullement reconnus : alors qu’ils menacent lourdement toutes les possibilités de développement de ce pays.

La troisième partie recherchera les éléments d’une stratégie économique générale. Apres un court rappel des expériences albanaise et tanzanienne , nous soulignerons les urgences d’une politique d’indépendance économique : nous estimons que la réduction des importations est plus efficace et plus urgente que le développement excessif d’exportations plus aléatoires, surtout dans le cas de denrées périssables (haricots verts, mangues…), dans ce pays enclavé. Les responsabilités du système d’éducation y seront aussi rapidement mentionnées.

La quatrième partie résumera les principaux traits d’une stratégie spécifique de développement rural, en mettant l’accent sur les cultures pluviales et les bas fonds, bases de la production actuelle.
Les cultures irriguées seront un jour bien plus importantes, mais elles n’ont que des possibilités limitées, en ce qui concerne les dix années prochaines qui seront cruciales. Nous y ajouterons une note sur l’élevage (à repenser) et sur les forêts -bois familiaux et bois de villages en priorité.

Après avoir rappelé qu’il est des contraintes extérieures sur lesquelles on ne peut guère agir, notre conclusion sera dure à entendre. Dans une dizaine d’années, si des changements très profonds ne sont pas intervenus pour la protection du patrimoine foncier, l’organisation et la libération des paysans (et surtout des paysannes), la réduction de l’écart villes-campagne et l’explosion démographique, l’avenir de ce pays serait gravement compromis.

A chacun ses responsabilités (2).

René Dumont et Charlotte Paquet


TABLE DES MATIERES

Première partie : la destruction de l’écosystème voltaïque ; ses principales raisons.

I. De Kaya à Dori et Gorom Gorom, par Barsalago et Pensa ; le désert marche au Sud

II. La raison principale de cette destruction : divagation et surnombre du bétail.

III. Les feux de brousse détruisent l’environnement.

IV. Réforme agraire ou révision des droits fonciers.

V. Ecart excessif villes-campagnes, administration trop privilégiée.

VI. L’explosion démographique, ou la famine générale en l’an 2000.

Deuxième partie : Des actions de production liées aux travaux de protection du patrimoine foncier.

VII Les ORD : Culture attelée, coton et: engrais chimiques.

VIII. La conservation du sol et de l’eau.

IX. Pour arrêter la divagation et les feux, des communautés villageoises vivantes avec la capacité d’agir.

X. réduire, puis faire cesser l’exploitation des campagnes par les villes. Et l’explosion démographique?

Troisième partie : A la recherche de stratégies économiques.

Xbis. Le discours du 2 octobre 1983, une note du Plan, les socialismes africains.

XI “Encadrement” ou “libération” des paysans. Crédit et précoopératives,

XII. Réduire les importations avant d’accroître les exportations : la tomate et les haricots verts, le riz et les mangues,

XIII. Opportunité et quelques modalités de l’industrialisation.

Quatrième partie : Développement rural accéléré : par la mobilisation du sous-emploi.

XIV. Aider et “émanciper” les paysans –et les paysannes.

XV. Première priorité : améliorations foncières et cultures vivrières pluviales

XVI. Seconde priorité, les bas-fonds. Pas seulement pour les légumes, mais pour toutes les cultures vivrières de saison séche.

XVII. Troisième et quatrième priorité : la petit hydraulique, puis les grands projets.

XVIII. Le projet Sourou devrait attendre des études sérieuses.

XIX. Coton contre céréales; fruits, cultures de cases, AVV…

XX. Le pasteur devient un éleveur.

XXI. Le reboisement, base de la survie du pays,

XXII. Recherches en vue des applications : vulgarisation et sciences humaines.

Cinquième partie : Education, Santé, Aide extérieure, ONG, Administration. . .

XXIII. Réforme de l’enseignement : alphabétisation fonctionnelle généralisation prioritaire.

XXIV. La santé est aussi une base de la production.

XXV. L’aide extérieure, pour le meilleur et pour le pire.

XXVI. Les ONG, seulement pour un « vrai » développement.

XXVII. Bureaucratie parasitaire, ou administration efficace?

Sixième partie : L’indispensable émancipation des femmes voltaïques, pour le développement et la survie du pays.

XXVIII. Le poids du passé, les dures réalités, l’oppression masculine.

XXIX. Innovations, animation : insuffisances des ORD, qui méprisent la peine des femmes.

XXX. Santé, contrôle des naissances : Que faire?

Essai de conclusion.

Ecole surpeuplée Femmes au travail dans les champs Cour d'eau asséché

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Symposium international Thomas Sankara 2007 : Motions et recommandations https://www.thomassankara.net/symposium-international-thomas-sankara-2007-motions-et-recommandations/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=symposium-international-thomas-sankara-2007-motions-et-recommandations https://www.thomassankara.net/symposium-international-thomas-sankara-2007-motions-et-recommandations/#respond Fri, 21 Oct 2011 08:07:34 +0000 http://thomassankara.net/wp2016/symposium-international-thomas-sankara-2007-motions-et-recommandations/ Motion sur la conscientisation de la jeunesse Considérant que la jeunesse, fer de lance des peuples et numériquement la plus importante, reste séduite par les idées de Thomas SANKARA, Considérant que la jeunesse est sacrifiée sur l’autel des intérêts capitalistes des dirigeants de la Françafrique et des transpuissances économiques ; Considérant qu’après avoir anéanti l’homme, […]

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Motion sur la conscientisation de la jeunesse

Considérant que la jeunesse, fer de lance des peuples et numériquement la plus importante, reste séduite par les idées de Thomas SANKARA,

Considérant que la jeunesse est sacrifiée sur l’autel des intérêts capitalistes des dirigeants de la Françafrique et des transpuissances économiques ;

Considérant qu’après avoir anéanti l’homme, on tente d’anéantir ses œuvres afin de maintenir nos consciences dans l’obscurantisme, Considérant les aspirations de la jeunesse à un renversement de la nomenklatura des syndicats de chefs d’états Africains pour une Afrique unie, et prospère dans un monde de liberté, d’égalité et de justice, comme l’a voulu Thomas SANKARA ;

Considérant le rôle historique de la jeunesse burkinabé avant et pendant la Révolution burkinabè,

Considérant les riches enseignements sur le plan comportemental, de la gestion, etc. laissés par Thomas SANKARA;

Nous, Participants au Symposium International Thomas SANKARA, tenu du 11 au 14 octobre 2007 à Ouagadougou, Burkina Faso,

Recommandons :

la formation politique, idéologique et civique de la jeunesse aux idées fécondes et salvatrices du Capitaine Thomas Sankara, en vue d’opérer le changement par une relève de la jeunesse à la tête de nos micro-Etats désunis, spoliés par des dirigeants incompétents et pillés par les puissances impérialistes,

la mobilisation de la jeunesse autour du sankarisme pour le triomphe du panafricanisme dans le sankarisme, avec esprit de suite.

Les Participants


Motion de condamnation de la Françafrique comme principal auteur et commanditaire de l’assassinat du Président Thomas Sankara

considérant les manœuvres orchestrées par Guy Penne dès mai 1983 visant l’arrestation du Capitaine Thomas SANKARA ;

Considérant les implications de certains pays membres de la Françafrique dans le complot qui a conduit au 15 octobre 1987;

Nous, Participants au Symposium International Thomas SANKARA, tenu du 11 au 14 octobre 2007 à Ouagadougou, Burkina Faso,
1. Désignons et condamnons la Françafrique comme responsable de l’assassinat du Président Thomas SANKARA,

2. Exigeons l’ouverture des archives françaises, togolaises, ivoiriennes et libyennes afin que toute la lumière soit faite sur l’assassinat du Président Thomas SANKARA

Fait à Ouagadougou, le 14 octobre 2007 Les Participants


Motion de condamnation du droit de veto détenu par les 5 membres du conseil de sécurité de l’ONU

Considérant la Charte des Nations Unies qui reconnaît le principe d’égalité des peuples

Considérant la mainmise des grandes puissances sur l’Organisation des Nations Unies ;

Considérant le caractère anti-démocratique du droit de veto et son incapacité à prévenir et à empêcher les conflits armés dans le monde ;

Considérant l’usage abusif et cynique de ce droit de veto par les grandes puissances au profit de leurs seuls intérêts égoïstes

Nous, Participants au Symposium International Thomas SANKARA, tenu du 11 au 14 octobre 2007 à Ouagadougou, Burkina Faso,

1. Condamnons fermement le principe et l’usage du droit de veto au sein du Conseil de sécurité ;

2. Recommandons don abandon pure et simple et son remplacement par un mécanisme plus respectueux du principe d’égalité entre les Etats-membres.

Fait à Ouagadougou, le 14 octobre 2007

Les Participants


Motion d’appel aux femmes

Considérant l’implication des femmes dans l’administration territoriale, la diplomatie et les gouvernements successifs sous la Révolution ;

Considérant le rôle de figuration dans laquelle la femme burkinabè est confinée sous la 4ème république ;

considérant l’exploitation à large échelle et l’instrumentalisation dont les femmes burkinabé sont victimes
considérant les activités indignes menées sous la IVème République et qui ternissent l’image de la femme,

Nous, Participantes au Symposium International Thomas SANKARA, tenu du 11 au 14 octobre 2007 à Ouagadougou, Burkina Faso, appelons les femmes burkinabè à un sursaut d’orgueil pour restaurer sa dignité en s’impliquant dans les partis sankaristes aux cotés de nos époux et de nos enfants pour constituer une alternance crédible, fondement de notre promotion et de notre épanouissement.

Fait à Ouagadougou, le 14 octobre 2007

Les Participants


Motion de remerciement a la presse

Considérant les tentatives infructueuses du CDP et son pouvoir d’étouffer le déroulement du Symposium international Thomas SANKARA,

Considérant la couverture plus qu’honorable des manifestations par la presse nationale et internationale ;

Considérant que la démocratie multipartite ne saurait s’accommoder de la pensée unique telle que voulue par le pouvoir liberticide actuel,

Nous, Participantes au Symposium International Thomas SANKARA, tenu du 11 au 14 octobre 2007 à Ouagadougou, Burkina Faso,

Adressons nos vives félicitations à la presse toute entière, pour les larges échos de la manifestation,

Marquons notre solidarité à l’égard des journalistes inquiétés, embastillés ou torturés à travers le monde et exigeons l’arrêt sans délai des atteintes à la liberté de presse et à l’intégrité des hommes de médias ;

Marquons particulièrement notre soutien aux forces démocratiques et aux journalistes du Niger et exigeons la libération immédiate des journalistes Moussa KAKA et son confrère Ibrahim Diallo et exigeons l’arrêt des menaces à l’endroit du journaliste SAMA Karim dit SAM’S.K le JAH.

« Pour que passe la liberté, les détourneurs de la liberté ne doivent pas passer »

Fait à Ouagadougou, le 14 octobre 2007

Les Participants


Recommandations

Les participants au symposium international Thomas Sankara, dans le cadre de la conceptualisation du sankarisme recommandent:

1. L’élaboration d’un Code d’éthique Sankariste, afin d’établir les points de repères de comportements que devraient avoir les Sankaristes. Cela éviterait l’amalgame et l’infiltration des opportunistes dans le mouvement Sankariste.

2. L’Unité des Sankaristes pour fédérer les énergies, les ressources humaines, afin de conquérir l’électoral pour une prise du pouvoir d’Etat. Cette prise de pouvoir permettra la mise en œuvre d’un programme politique avec une vision Sankariste.

3. La mise en place d’un comité international de rédaction de la conceptualisation du Sankarisme regroupant des Burkinabé de la société civile, des partis politiques Sankaristes, des personnes ressources et des camarades Sankaristes à l’international.

4. La poursuite du travail enclenché par le comité national d’organisation et les différentes délégations étrangères et clubs Thomas Sankara, au-delà de la commémoration des 20 ans de son assassinat; pour promouvoir et défendre le Sankarisme.

5. Recommandons au comité de s’appuyer sur la Fondation Thomas Sankara pour l’humanité, pour fédérer les énergies, capitaliser les idées, les pensées et les actions de Thomas Sankara, pour les faire connaître à travers le monde.

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Symposium international Thomas Sankara 2007 : rapport général https://www.thomassankara.net/symposium-international-thomas-sankara-2007-rapport-general/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=symposium-international-thomas-sankara-2007-rapport-general https://www.thomassankara.net/symposium-international-thomas-sankara-2007-rapport-general/#respond Wed, 12 Oct 2011 09:26:25 +0000 http://thomassankara.net/wp2016/symposium-international-thomas-sankara-2007-rapport-general/ En octobre 2007, lors de la commémoration du 20ème anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara, un symposium international avait été organisé autour de la pensée et de l’action de Thomas Sankara et de la Révolution burkinabè et de son actualité. Après de multiples tentatives restées sans succès auprès de membres du comité d’organisation de l’époque […]

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En octobre 2007, lors de la commémoration du 20ème anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara, un symposium international avait été organisé autour de la pensée et de l’action de Thomas Sankara et de la Révolution burkinabè et de son actualité. Après de multiples tentatives restées sans succès auprès de membres du comité d’organisation de l’époque nous avons enfin réussi à récupérer le rapport général, grâce à Maitre Benewendé Sankara, qui nous a envoyé son exemplaire. Nous nous sommes rendus compte qu’il était inachevé, d’où sans doute le fait que nous avions du mal à l’obtenir. Il est peu probable qu’il soit un jour achevé. Aussi avons nous décidé de vous le proposer tel quel car ce rapport est malgré bien intéressant. Vous trouverez aussi tout au long de cet article, les liens vers les interventions effectuées durant ce symposium, certaines étaient dans le rapport général, nous en avions nous-même récupérés plusieurs malheureusement il en manque encore.

Les animateurs du site le 11 octobre 2011


L’an 2007, les 11, 13, 14 et 15 octobre, s’est tenu à l’Atelier Théâtre Burkinabé (ATB) à Ouagadougou, Burkina Faso un Symposium International Thomas Sankara sur le thème : « Osez Inventer l’avenir ».

Cérémonie d’ouverture

Présidée par le camarade Chérif Moumina SY, la cérémonie d’ouverture, débutée à 09 heures 20 environ, a connu la participation de délégations venues de plusieurs pays.

Cinq interventions ont marqué cette cérémonie.

Intervenant au nom des délégations étrangères, Monsieur Bruno JAFFRE a fait ressortir la profondeur et la justesse des points de vue du Président Thomas SANKARA quant à l’analyse de la situation de domination dans laquelle vivent les peuples d’Afrique et d’Amérique. Il s’appesantira sur les nouvelles formes de
domination mises en place par les puissances occidentales pour mieux exploiter et asservir les anciennes colonies qui tentent de se libérer de leur joug.

Il dira avec force que la pensée de Thomas SANKARA s’affirme de part le monde, l’intéressé étant par les uns et les autres comme précurseur de l’alter mondialisme.

Dans un style on ne peut plus clair, il a encouragé les participants à continuer le combat pour le triomphe de l’idéal sankariste.

Se succédant tour à tour à la tribune, les responsables des partis politiques que sont le CNR/M S, l’UPS et l’UNlR/MS ont décrit la situation qui prévaut actuellement au Burkina Faso et dans le monde. Ils ont tous retracé les différentes actions menées par le Président Thomas SANKARA en faveur de notre peuple ainsi que de tous les peuples opprimés du monde.

Tour à tour, ils ont fustigé les tentatives du pouvoir de la 4ème république de plonger dans l’oubli l’œuvre du Président Thomas SANKARA.

Ils ont dénoncé les tentatives du pouvoir de Biaise COMPAORE pour empêcher la commémoration du lâche assassinat du Président Thomas SANKARA.
Revenant sur le thème du symposium, ils diront que ces journées permettront de revisiter la pensée de Thomas SANKARA.

Au terme de ces travaux, on aboutira à une conception unique du sankarisme afin de rationaliser les actions, aussi bien des ONG que des partis politiques, de par le monde.

Le président du Comité national d’organisation, Monsieur Shérif Moumina SY avant de livrer le contenu de son discours, a fait observer une minute de silence à la mémoire de nos héros que sont Ernesto Ché GUEVARA, Patrice LUMUMBA, Amilcar CABRAL, Steve BIKO, Samora MACHEL… Thomas Isidore Noël SANKARA, tous tombés sous les balles assassines de l’impérialisme.
Continuant son propos, il a souhaité la bienvenue aux participants venus d’Afrique, d’Europe, des Amériques pour commémorer le 20ème anniversaire de celui là qui croyait en l’homme et voulait «changer la vie» en osant inventer l’avenir.

Il poursuivra en relatant les entraves occasionnées par les tenants du pouvoir pour empêcher la présente commémoration.

Ainsi il dira que : « Du refus d’octroi de salle et d’espace public en passant par le refus de diffuser nos spots publicitaires sur la télévision d’Etat, le terrorisme rampant des seigneurs du moment a dévoilé la laideur du socle sanglant sur lequel est bâti sa renaissance démocratique ».

Malheureusement pour eux, poursuivra t-il, dans leur stratégie d’intimidation et leur volonté d(étouffement, une donne fondamentale , essentielle leur a échappé. Nous sommes les héritiers des luttes d’émancipation du Peuple burkinabé, acteurs et héritiers du processus de transformations sociales de la Révolution d’Août engagées par le Président Thomas SANKARA. Nous sommes sankaristes ! Donc ayant la capacité à nous adapter à toutes les situations pour atteindre nos objectifs.

Poursuivant son propos, il retracera le rôle de leader joué par le Président Thomas SANKARA dans l’éveil des consciences des peuples d’Afrique ainsi que celles de la diaspora. Il justifiera la pertinence et l’actualité de l’idéal Thomas SANKARA par le fait que de la création de nombreuses ONG de par le monde ainsi que celle de partis politiques comme alternative au néolibéralisme qui a cours actuellement.

Il rappellera que, malgré les tentatives du nouveau pouvoir au lendemain du 15 octobre 1987, d’annihiler l’œuvre de Thomas SANKARA, cette œuvre accomplie à peine en quatre années, reste vivante dans le cœur des africains et des peuples en lutte tant elle correspond aujourd’hui encore aux besoins et aux aspirations du continent.

Poursuivant ses propos, il situera l’objectif général du Symposium international Thomas SANKARA qui est de promouvoir l’idéal Thomas SANKARA en revisitant ses idées, sa pensée à la lumière des difficultés nouvelles qui sont apparues depuis sa mort et d’y dégager des outils conceptuels et des référents stratégiques et tactiques.

Pour terminer, il souhaitera plein succès aux travaux tout en rappelant cette pensée de Thomas SANKARA : « Nous ne pouvons laisser à nos seuls ennemis d’hier et d’aujourd’hui le monopole de la pensée, de l’imagination et de la créativité ».

DEROULEMENT DES TRAVAUX

Après cette cérémonie d’ouverture fort réussie, les participants venus d’horizons divers (Burkina Faso, Mali, Côte d’Ivoire, Bénin, Afrique du Sud, Ghana, France, Espagne, Danemark, etc.) au sein d’ateliers et en panels, ont passé en revue, les différentes actions, idées, et pensées du Président Thomas Sankara.

Puis les travaux du symposium ont débuté.

Panel 1 : La découverte de Thomas SANKARA, Sankara et la RDP

C’est au sein du Panel 1 qu’a été exposé le thème consacré à la découverte de Thomas SANKARA ainsi que la RDP.

Ce panel était animé par les camarades Ernest Nongma OUEDRAOGO, Bruno JAFFRE et Jonas HIEN. Le camarade Fidèle TOE assurait le rôle de modérateur.

Le mot introductif fut donner par le modérateur Fidèle TOE à 10 heures 45 qui a exprimé la nécessité première de la masse de connaître qui est Thomas SANKARA, avant de revisiter sa pensé comme s’est fixé pour objectif le symposium.

Ernest Nongma OUEDRAOGO fut le premier à présenter sa communication. II a axé le contenu de sa communication sur le parcours scolaire, militaire et politique de ThomasSANKARA (voir son intervention à http://thomassankara.net)

Dans son exposé, il dira que Thomas SANKARA était toujours égal à lui-même. Le parcours chronologique de la vie estudiantine et politique de Thomas SANKARA va de l’école primaire de Gaoua à l’Ecole militaire d’Antsirabé à Madagascar en passant par le Lycée Ouezzin Coulibaly de Bobo Dioulasso et le Prytanée Militaire du Kadiogo (PMK) où il a obtenu son baccalauréat.

Pour le communicateur, c’est la première guerre Mali-Haute Volta qui a révélé l’homme à la face du monde. Parlant de l’enfance de Thomas SANKARA à l’école primaire de Gaoua, le communicateur fera part des anecdotes qui ont jonché ce parcours. Ainsi il relatera la proclamation de l’indépendance dans l’enceinte de l’école dix jours déjà avant la date annoncée.

De même, son sens de l’organisation et son intégrité seront révélés par le leadership qu’il prend pour l’organisation des fêtes de fin d’année avec ses camarades et ce qu’il décide de faire du reliquat des cotisations du groupe. Humaniste, il se soumet à l’épreuve de la faim afin de constater ce qu’éprouvent ceux qui n’ont pas à manger.

Au Prytanée militaire du Kadiogo où il est admis en classe de seconde sur concours, il est en contact avec des professeurs noirs qui ont su donner à cet établissement un autre visage. En effet, les enseignements sont aux antipodes des enseignements des professeurs blancs, Thomas SANKARA se nourrit donc de ces idées. Admis au Baccalauréat, série D, il est envoyé à l’école de formation des officiers d’Antsirabé à Madagascar en compagnie d’un camarade, l’actuel Colonel Jean SIMPORE.

Poursuivant le travail d’information sur la vie de Thomas SANKARA, Jonas HIEN, président de la Fondation Thomas SANKARA et vice président du Comité national d’organisation du Symposium axera ses propos sur les connaissances qu’il a de l’homme ainsi que sur les confidences que lui faisait le père du Président Thomas SANKARA.

Ainsi, anticonformiste pour l’armée, il discute fortement pour que soit mis fin à l’utilisation des soldats pour effectuer des corvées au domicile des officiers. Disponible pour servir les autres, il accumule les postes de responsabilités à Bobo Dioulasso où il était en poste en tant que sous lieutenant (voir l’intervention à l’adresse http://thomassankara.net).

Homme méticuleux et méthodique, il organise avec certains camarades des regroupements d’officiers progressistes au sein des forces armées sous l’appellation ROC (c’est-à-dire dur comme un roc) qui sera malheureusement transformé aujourd’hui en Regroupement des Officiers Communistes.

Sa carrière politique va de sa nomination forcée au poste de Secrétaire d’Etat à la Présidence chargé de l’Information à celui de Président qu’il occupera du 4 Août 1983 au 15 octobre 1987.
Secrétaire d’Etat à la Présidence chargé de l’Information, il marquera les esprits par sa démission fracassante du gouvernement avec cette déclaration restée mémorable : « Malheur à ceux qui bâillonnent leur peuple ».

Il était donc clair que le jeune officier dérangeait bien de gens et principalement les intérêts de la métropole néocoloniale. Il est muté Dédougou, dans la Boucle du Mouhoun où il est mis aux arrêts de rigueur en attendant, dit-on, des sanctions militaires exemplaires. L’acte qu’il a posé était considéré comme une désobéissance militaire.

Le coup d’Etat du Conseil de Salut du Peuple le 07 novembre 1982 viendra le délivrer de cette détention. Ce coup d’Etat lui a d’ailleurs été attribué, à tort ou à raison, l’intéressé se trouvant fort opportunément à Ouagadougou ce jour là. Nommé premier ministre quelques semaines après, il est arrêté le 17 mai 1983 par l’aide réactionnaire du CSP.

Il sera libéré le 30 mai 1983 et, grâce à l’action conjuguée des progressistes civils et militaires, sera porté au pouvoir le 04 août 1983.

De son action durant les quatre années de révolution, d’autres camarades vous en parleront tout au long du présent symposium.

Succédant à Jonas HIEN, Bruno JAFFRE de nationalité française et représentant les délégations étrangères a rendu un hommage appuyé à l’illustre disparu et fait part de ses différentes rencontres avec l’intéressé. Il s’appesantira sur la clairvoyance, le sens d’organisation et la détermination dont l’intéressé faisait montre pour délivrer son pays et l’Afrique des affres de la famine et du sous développement.

Bruno JAFFRE, avant de poursuivre ses propos, demandera à Ernest Nongma OUEDRAOGO, la mise à la disposition du public les écrits de Thomas SANKARA qu’il détient par devers lui. Revenant sur le parcours de Thomas SANKARA, il reconnaît que Madagascar a été pour beaucoup dans sa formation. De retour au pays, il constitua un groupe de militaires pour visiter certaines idéologies politiques. Il reconnaît que Thomas a toujours fréquenté de son gré les groupes politiques tel le PAI et justifié d’une culture marxiste approfondie et une assurance religieuse.

A l’issue des trois (3) communications, les questions d’éclaircissement et d’enrichissement portant notamment sur :
– la dévolution et le nombre de cahiers de SANKARA détenus par Ernest Nongma OUEDRAOGO,
– ce que compte faire Jonas HIEN des confidences faites par les parents du défunt capitaine.
– cohabitation foi et marxisme léninisme,
– le temps mis par Thomas SANKARA et son groupe pour la prise du pouvoir,

Après les réponses aux différentes questions, le camarade Fidèle TOE, après avoir remercié les communicateurs pour leurs immenses contributions à la connaissance du Président Thomas SANKARA, a mis fin aux travaux du panel 1 à 13h30.

Atelier « le secteur social sous la RDP »

Faisant suite aux travaux du panel consacré à la découverte de Thomas SANKARA ainsi qu’à SANKARA et la RDP, c’est au sein d’un atelier qu’à été examiné e secteur social et le rôle de la jeunesse sous le CNR.

Cet atelier a été animé par le camarade Commandant Abdoul Salam KABORE. Le camarade Norbert Michel TENDREBEOGO en assurait la modération. Présentant communicateur, Norbert Michel TENDREBEOGO dira que le camarade Abdoul Salam KABORE est pharmacien de formation, commandant de l’armée au moment du CNR, premier responsable des Comités de Défense de la Révolution, membre du CNR et successivement ministre de la santé publique puis ministre des sports et de la jeunesse. Il se trouve donc être la personne indiquée pour entretenir l’auditoire sur le secteur social et le rôle de la jeunesse sous le CNR.

Prenant à son tour la parole, après avoir traduit toute sa satisfaction de s’adresser à un auditoire essentiellement jeune qui était au plus pionnier sous la révolution, le communicateur a estimé qu’il fallait évoquer déjà le rôle de la jeunesse lors des événements du 17 mai et 4 août 1983.

Caractérisant l’état de la jeunesse avant la révolution, le communicateur expliquera qu’elle était désemparée, caractérisée par l’exode rural, la délinquance et le chômage, même des diplômés.

Dans ce contexte, une grande confiance a été placée en Thomas SANKARA qui montrait une autre façon de résoudre les problèmes.

C’est donc dans ce contexte que la jeunesse s’est mobilisée à travers les Comités de Défense de la Révolution (CDR). C’était dans un premier temps une jeunesse constituée de lumpen qui s’élargira progressivement à toute la jeunesse et aux autres couches de la société. Cette espèce de melting pot a généré des exactions ça et là, mais des mesures organisationnelles étaient sans cesse prises pour recadrer les choses. Dans tous les cas, il serait injuste de ne retenir des CDR que ces aspects négatifs.

Il insistera alors sur le rôle qu’a joué la jeunesse dans les hautes performances atteintes par le CNR dans les secteurs sociaux et de la santé. Les domaines sont nombreux : l’éducation, les différentes infrastructures, l’implication dans la vaccination Commando, etc. et même dans la mise en place d’infrastructures économiques d’accompagnement comme la bataille du rail, les trois luttes etc.

Des débats qui ont suivi l’exposé, il ressort que le Commandant Abdoul Salam KABORE continue de jouer un rôle important auprès des partis sankaristes, principalement de l’UNIR/MS.

Les débats ont également permis de s’accorder sur le fait que la formation politique était permanente, en l’occurrence à travers les veillées débats et autres cadres de rencontre, mais tous n’avaient ni les mêmes niveaux, ni les mêmes objectifs partir du moment où il s’agissait de masses.

S’agissant de la non réaction des CDR le 15 octobre 1987, les débats ont permis de s’accorder sur le fait que les missions étaient bien définies en matière de participation aux actions de développement à la base et de défense de la révolution, mais les esprits étaient plus prêts à protéger la révolution contre l’extérieur que contre les actions intérieures.

Sur la cruciale et embarrassante question d’une éventuelle complicité des responsables CDR lors des événements du 15 octobre 1987, l’atelier a retenu la possible complicité d’au moins un des responsables CDR, certains faits troublants corroborant cette thèse.

Echangeant sur le récurent problème de l’unité des sankaristes, l’atelier estime que cette devra se faire dans les cinq ans venir, au rythme des sankaristes, loin des spéculations de la presse qui n’a jamais été bonne conseillère pour eux, et en évitant les interférences erronées des tentatives passées.

Avant de clore les travaux de la communication sur le secteur social et le rôle de la jeunesse sous le CNR, un vibrant appel a été lancé à lutter et à réagir en sortant de la léthargie collective. Il convient de retrouver l’esprit CDR d’antan qui était désintéressé et n’agissait que pour l’intérêt général. Les militants sankaristes doivent donc éviter de sombrer dans les travers des autres partis où les tee shirts, les paquets de thé ou les billets de banque prennent le pas sur l’idéal. Des perspectives d’avenir meilleures ne peuvent être réalisées qu’ensemble.

Atelier 2 : « L’Industrie et l’Artisanat utilitaire sous le Conseil National de la Révolution »

Monsieur Philippe OUEDRAOGO, Secrétaire Général du PAI, ancien Ministre de l’Industrie, du Commerce et des Infrastructures dans le premier gouvernement du CNR était le communicateur. Jean Hubert BAZIE en assurait la modération.

Après une brève introduction du modérateur qui a remercié le Communicateur pour sa disponibilité, la parole a été laissée à Monsieur Philippe OUEDRAOGO pour son intervention (voir l’intervention à l’adresse http://thomassankara.net).

D’entrée de jeu, le communicateur dira ceci :«…., bien que Thomas Sankara soit le type d’homme dont tout pays peut à bon droit s’enorgueillir d’avoir eu comme chef d’Etat, en raison du charisme dont il bénéficiait, de la foi et de l’énergie qui l’animaient dans sa volonté de transformer le pays au profit des masses populaires, je ne suis pas sankariste ». voir l’intervention à l’adresse

L’exposé du Communicateur Philippe OUEDRAOGO a pris fin à 17H01 GMTet a donné lieu à des échanges nourris entre les participants. Des questions d’éclaircissement ont été posées et des contributions et témoignages ont été apportés pour enrichir les débats. Au total, 10 intervenants se sont exprimés sur le thème de l’atelier.

De ces interventions, les idées forces ci-après peuvent être retenues : Le modérateur Jean Hubert BAZIE, après avoir remercié le communicateur pour la clarté et la concision de son exposé. Il a, en outre, apporté quelques éléments ‘éclaircissements quant à la compréhension réelle à avoir de certains actes et concepts imputés au CNR et à son président. Du reste, il a restitué le contexte dans lequel se passait la révolution ainsi que le cadre technique d’élaboration du Plan Quinquennal de Développement.

Des débats forts nourris ont suivi cette communication. Des témoignages poignant ont été apportés à l’assistance. Ils portent entre autre sur :
– le soutien que le Président Thomas SANKARA a apporté à l’industrie locale de biscuits grâce à une suppression des importations, laquelle industrie devait en contre partie introduire plus de céréales locales (maïs notamment) dans sa composition. Cette unité industrielle a ainsi pu se développer jusqu’au 15 octobre 1987 pour ensuite s’effondrer après l’ouverture sans contrôle du marché aux biscuits importés.
– sur l’interchangeabilité des bouteilles de gaz butane entre les différents distributeurs de gaz pour faciliter l’approvisionnement des ménages en gaz ;

Des échanges, il faut essentiellement retenir que :
– certains « grands » opérateurs qui ont pignon sur rue aujourd’hui doivent leurs situations à la révolution et aux soutiens multiformes que le Président Thomas SANKARA et le CNR leur ont apporté pour leur permettre de décoller et pouvoir donner le change aux entreprises et sociétés étrangères.
– qu’il y a eu dans l’histoire des exemples d’efforts entrepris pour bâtir une économie endogène sans suivre le chemin TS ;
– que le modèle Thomas SANKARA est un modèle qui se construisait au jour le jour. C’est seulement avec le temps qu’on aurait pu mieux appréhender et juger la vision du développement endogène prônée par TS,
– que Thomas SANKARA est un homme politique intelligent, qui avait la volonté de faire quelque chose pour son pays. Il n’appartenait pas à une école de pensée précise ; il prenait entre autres ce que lui proposait son entourage pour le retravailler à sa manière. Si un homme politique est capable de comprendre les problèmes principaux de son peuple, et d’être toujours en phase avec lui, cela représente l’essentiel de ce qu’on peut attendre de lui.
– bien que dans le discours officiel d’aujourd’hui, aucune référence n’est faite des acquis de la Révolution d’Août 1983 dans le domaine de l’industrie et de l’artisanat, le Burkina Faso de 2007 tient une grande part du dynamisme de son secteur industriel et artisanal de la politique de relance touts azimuts qui a été conduite de 1983 à 1987 par le Président Thomas SANKARA.
– le mot d’ordre « consommons burkinabé » a permis pendant un certain temps de créer les conditions d’une relance de la production dans plusieurs filières économiques du pays.
– d’une manière générale, on observe que l’essentiel des politiques de relance de la production agricole, de la modernisation de l’agriculture, de l’agrobusiness ont toutes pour origine les idées forces dégagées sous la révolution qui n’ont pu avoir le temps de se concrétiser pour avoir été interrompues à cause de l’assassinat le 15 octobre 2007 du Cde Président Thomas SANKARA.

L’Atelier 3 « SANKARA et la domination des puissances mondiales ».

Pour animer les débats, deux communications ont été délivrées par :
– Issaka Hermann TP\AORE, Consultant et membre de la Coalition pour la Défense de la Dignité Africaine (sur le sous thème : « le Conseil de sécurité de l’ONU et le droit de veto » lire l’intervention à http://thomassankara.net).
– Docteur Vincent OUATTARA, Consultant, auteur de plusieurs ouvrages sur la politique au Burkina Faso. Le sous thème traité est « La Françafrique : une nébuleuse du néocolonialisme français » (lire l’intervention à http://thomassankara.net)

La rencontre a été modérée par le Camarade Massadiamon SIRIMA, Conseiller pédagogique de l’enseignement secondaire, Secrétaire National chargé des questions politiques de l’UNIR/MS.

Suite aux deux exposés, des questions d’éclaircissement ont permis d’enrichir les sujets en débat et de retenir les idées forces ci-dessous :

Aujourd’hui pour reconquérir notre identité, il ne faut pas simplement dénoncer, il faut agir. Les peuples africains et plus particulièrement les sociétés civiles doivent comprendre qu’il est urgent d’agir. Nous ne pouvons pas compter sur les dirigeants en place qui agissent pour leurs intérêts en toute complicité avec les puissances impérialistes.

L’Afrique doit s’unir ou périr. Pour pouvoir agir et infléchir les rapports de domination que subissent les états africains, il est inutile d’engager un combat solitaire. Les populations africaines doivent se mobiliser pour imposer l’unité aux responsables politiques.

La théorie libérale de domination repose sur trois (3) piliers :
– la démocratie libérale,
– le libre échange,
– la sécurité collective.

Les trois éléments constituent les fondements de la pensée libérale des relations internationales. La domination se manifeste aussi sous le couvert de la science, de l’éducation. Nos systèmes d’enseignement ne permettent pas de créer une dynamique de rupture avec le pacte colonial. Par exemple la françafrique se manifeste aujourd’hui au Niger avec le pillage des ressources minières, la rébellion touarègue armée par les puissances impérialistes pour faire main basse sur l’uranium.

Il y a lieu pour les africains de repenser l’enseignement pour faire ressortir des vérités occultées par les occidentaux. Il y a lieu que l’Afrique fasse connaître à sa jeunesse le vrai visage de ses héros. Sankara avait par exemple interdit la diffusion du film Chaka Zoulou qui présente ce héros comme un sanguinaire. La société civile doit œuvrer pour que la jeunesse sache qu’il y a eu des savants, des chercheurs noirs qui font la fierté du continent et servir de modèle.

ateliers 4, «SANKARA et l’aide publique au développement » ainsi que « le commerce équitable : la dette, l’initiative PPTE, le CSLP etc. »

Ces thèmes ont été présentés par les animateurs KONATE Nouhoun de nationalité malienne et Daouda Achille de nationalité ivoirienne, tous de la Coalition pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADIM). Le camarade BOUDO Athanase en assurait la modération.

Selon les communicateurs, la question de la dette était l’une des préoccupations du Président SANKARA. C’est ainsi qu’en 1986 à ADDIS ABEBA, il invitait ses pairs à lutter contre le remboursement de la dette.

Il disait en ces mots « si nous ne payons pas la dette, nos bailleurs ne vont pas mourir, mais si nous payons la dette c’est nous qui mourons ». Il avait réagit ainsi vis-à-vis de la dette, parce qu’il y a un engrenage auquel nos pays sont greffés ce qui ne leur permet pas de pouvoir se libérer de la dette. Prenant quelques exemples sur les Etats-Unis qui était très endettés mais qui pouvait décoller grâce à son autosuffisance alimentaire. Par contre le Mexique était en un temps donné incapable de payer sa dette. Il sera un exemple pour les autres pays endettés et l’idée de ne pas payer la dette va susciter un intérêt de la part des mouvements sociaux qui à leur tour décidèrent de soutenir les pays endettés.

Dans les pays du sud et en Afrique, les dirigeants détournent les fonds publics et du coup ils participent à l’appauvrissement à outrance de leur pays. Face à cela il fallait choisir entre quelle dette rembourser et laquelle annuler. Cette dette odieuse et illégitime qui n’a pas servi aux intérêts de la population devait être annulée au profit de la dette légitime qui a servi à l’intérêt de la population. C’est ainsi que l’audite de la dette consistait à expliquer à la population ceux à quoi la dette a servi. Face à cette conduite des dirigeants des pays du Sud, ceux du Nord vont faire appel à la banque mondiale et aux Fond Monétaire International à imposer le programme d’Ajustement Structurel aux pays du Sud.

Devant une telle réalité, des gens ont du s’engager dans la lutte et c’est bien Thomas SANKARA qui décida. Mais il n’a pas été compris, il avait juste besoin d’un soutien, du soutien de ses pairs de la population mais hélas. Il savait à priori qu’en abordant la question de la dette à ADDIS ABEBA, il se heurtait aux pays du nord qui n’entendaient pas perdre leurs intérêts. C’est alors qu’il disait ceci « si vous ne me soutenez pas, je ne serais pas là à la prochaine conférence » et c’est ce qui fut.
Malheureusement il y a des négociateurs qui vivent de l’endettement et font que le PAS, la privatisation, le chômage deviennent les conditionnalités de l’aide.

La Côte-d’Ivoire sera cité en exemple.

Après les années 1970, la Côte d’Ivoire a connu un miracle économique, ce qui l’a poussé à s’endetter massivement, jusqu’à présent ce pays ne s’est pas remis de l’inflation qui est née de la dette. Afin de récupérer leurs investissements ainsi que les fonds qu’ils ont placés dans les pays du sud qui n’arrivent plus à payer leurs dettes, les pays du nord ont trouvé des stratégies pour maintenir leur domination économique et politique sur le sud. C’est ainsi qu’est née l’initiative PPTE (Pays Pauvres très Endettés).

En Amérique latine, la création d’une banque du sud pour pays du sud, en remplacement de la Banque Mondiale s’est avérée nécessaire.

Des questions d’éclaircissement ont permis à tous de mieux se faire une idée sur les enjeux du commerce ainsi que sur ceux de la dette.

Atelier La conceptualisation du sankarisme 20 ans après.

Le thème central de ce symposium, a été introduit par les camarades Norbert Michel Tiendrébéogo et Me Bénéwendé Sankara. Le camarade Dr Déra Adama assurait la modération au niveau de ce panel.

La conceptualisation du Sankarisme : 20 ans après son assassinat, il était plus qu’urgent pour ceux qui se revendiquent de l’idéal de Thomas Sankara, de se réunir autour d’un symposium international Thomas Sankara, pour jeter les bases de la conceptualisation du Sankarisme.

Les camarades Norbert Michel Tiendrébéogo et Me Bénéwendé Stanislas Sankara, dans un duo éloquemment exécuté, feront part alternativement de la vision qu’il faut avoir du sankarisme sur le plan conceptuel. La substance de leurs exposés se résume comme suit
:
Pour parler du Sankarisme, il semble important de faire un regard sur les différents courants politiques dans le monde. Dans la recherche du mieux être, cet éternel quête a placé l’homme au centre du monde. Dans ce monde, la révolution de 1789 entraînant le passage du régime bourgeois au régime capitaliste. Cette révolution marque également la déclaration universelle des droits de l’homme.

Le développement industriel, va donner naissance à une nouvelle classe sociale le « prolétariat ». Revendiquant son mieux être, et non son exploitation par le système capitaliste de production. Cette nouvelle classe avec des penseurs comme Karl Marx, vont jeter les bases d’une nouvelle idéologie politique.

Le capitalisme ayant engendré une société sans croissance humaine, plaçant le capital au dessus de l’homme. De cette situation naîtra le socialisme qui va mettre l’économie au service de l’homme, et non mettre l’homme au service de l’exploitation et de l’accumulation.
Le mouvement communiste né de la révolution russe aurait pu être le catalyseur de cette lutte, malheureusement la bureaucratie et le bafouement des libertés ne permettaient pas à cette révolution de répondre aux aspirations des masses travailleuses.

Le phénomène de la mondialisation néo-libérale, montre une fois de plus que notre monde continue d’être à la recherche des voies et moyens

Comment est né le Sankarsime : Août 83, le monde entier connaîtra la RDP, mais aussi et surtout le langage de son leader Thomas Sankara. Dans une dimension nouvelle Sankara, il est apparu être le chantre de cette révolution. Il a incarné la révolution. Il était serviteur de son peuple, et non un leader éclairé qui renvoie au culte de la personnalité. 20 ans après que reste-t-il de ses pensées ?

Sur le plan théorique et historique, il faut retenir cette phrase célèbre de l’homme : « Tout ce qui sort de l’imagination de l’Homme est réalisable par l’Homme ». Il place l’homme au centre de toutes les préoccupations sociales et politiques. Il était humaniste révolutionnaire. Il faut également noter le caractère démocratique de la RDP.

Au niveau de l’action politique, la RDP tire ses forces et ses faiblesses des différents courants idéologiques de notre époque. Il relevait l’inexistence d’une classe ouvrière consciente en Haute Volta.

Le caractère original de la RDP et le charisme de son leader donneront naissance au Sankarisme. L’homme n’a pas eu le temps de développer, dans un document écrit unique, sa vision politique du monde, mais il existe plusieurs écrits sur desquels s’appuyer. De plus, le Discours d’Orientation Politique (DOP) du 02 octobre se révèle être un condensé de la pensée de Thomas Sankara et des révolutionnaires. Le DOP reste et demeure donc l’ouvrage public sur lequel les Sankaristes devraient se pencher pour conceptualiser le Sankarisme comme doctrine politique.

Le sankarisme poursuit une lutte contre la domination des peuples exploités et opprimés. II est un processus de transformation progressiste de la société. Il permet de limiter ou de corriger l’inéquité de partage des ressources nationales.

Au plan économique, des différences d’appellation peuvent être relevées dans la définition de l’option économique des acteurs et héritiers sankaristes au travers de leurs programmes. Pendant que les uns optent pour l’Economie de marché d’Etat (c’est le cas du F.F.S par exemple), les autres parlent de Capitalisme d’Etat (c’est le cas de l’UNIR/MS par exemple). Mais ces deux appellations ne traduirent -elles pas une même réalité ?

Notons que contrairement aux autres régimes socialistes, Sankara n’a jamais procédé à une nationalisation d’une industrie. Il a su instaurer une complémentarité et une coopération harmonieuse entre secteur privé et secteur public au bénéfice des intérêts nationaux.

Au plan social, les sankaristes doivent se doter d’un programme basé sur une justice sociale et un développement solidaire. H doit être un projet qui prend en compte nos valeurs sociales. Il faut magnifier le courage intellectuel de ce défenseur des pauvres et des opprimés. Il demeure une référence pour les peuples en lutte. Il faut également saluer l’engagement du peuple Burkinabé surtout la jeunesse.

Il faut enfin se convaincre, que l’œuvre de Thomas Sankara doit être conceptualisé, non pas seulement par les Sankaristes, mais aussi et surtout par tous les intellectuels honnêtes de l’humanité. A ce sujet j’en appelle à la mise en place d’un comité international pour la rédaction de la pensée et la doctrine politique et idéologique de Thomas Sankara, c’est-à-dire le Sankarisme.

Des pistes existent tels son exemple de vie au service du peuple et de l’humanité, son rejet de l’injustice, de la domination, de la fatalité, son engament panafricaniste ainsi que son engagement pour l’amélioration des conditions de vie de la jeunesse à travers le monde.

La rédaction de cette doctrine permettra d’harmoniser le contenu et la pratique du Sankarisme et favorisera l’unité des Sankaristes pour présenter au monde entier le visage radieux du Sankarisme.

Suite à ces brillants exposés, des débats nourris ont permis d’enrichir la démarche de conceptualisation du sankarisme. De ces débats, on peut retenir la volonté affirmée de continuer et renforcer la lutte pour le triomphe des idées de Thomas Sankara afin d’éviter une mort lente, mais certaine du Burkina Faso.

Cinq obstacles majeurs sont à éviter : la déception, l’esprit revanchard, l’utilisation de l’image (refuge dans le sankarisme), l’idolâtrie (la passion), la nostalgie. Pour ce faire, il est nécessaire d’élaborer un code d’éthique Sankariste.

Le sankarisme est une troisième voie, mais qui tirent certaines de ses valeurs des valeurs de gauche. Il puise sa force et se fondements dans les valeurs africaines pour construire son idéologie et sa vision politique du monde.

Vivre le sankarisme, c’est être simple, modeste et reconnaître ses erreurs. Quelle est la place de la foi en Dieu, dans le Sankarisme ?

En analysant la dimension économique du programme sankarisme, il est apparu que les deux parties parlent le même langage, dans la mesure où les deux s’opposent à « la société de marché ». Le Sankarisme, c’est l’état directeur qui définit les principaux axes et les principales formes d’investissement à faire dans le pays en collaboration avec le privé.

L’unité des sankaristes reste un gage de succès et de conquête du pouvoir d’Etat. La prise de conscience est déjà pour la tendance à l’union. Nous avons déjà le cas: UNIR-MS/FDS, et le cas de l’UPS qui regroupe 5 partis Sankaristes. Cela pourrait se poursuivre entre ces 2 grands partis qui pourraient s’asseoir ensemble pour mettre en place un grand parti dans les mois à venir pour la conquête du pouvoir d’Etat.

Le symposium permettra à tous les sankaristes d’harmoniser leur vision pour aboutir à la conceptualisation.

Afin de gagner le combat, il est nécessaire de procéder à la formation les militants sankaristes. De même, il est nécessaire de rechercher les voies et les moyens pour soutenir les étudiants qui font des recherches sur les idées et les pensées de Thomas Sankara, cela contribuera aussi scientifiquement à la conceptualisation du Sankarisme.

La quête du savoir conduit les hommes à se cultiver pour mieux comprendre, aussi Thomas Sankara était un homme extrêmement intelligent, lisait beaucoup la bible et le coran.

Il est nécessaire de constituer un Comité de rédaction au plan national d’abord. Les trois suffixes de réussite du Sankarisme : la crédibilité (unité), l’intégrité (le sankarisme ne doit pas être un mot mais un comportement), et l’activité (être pratique et pragmatique) sur le terrain en solidarité avec le peuple, les opprimés, les faibles, les exploités et les marginalisés.

Le CNR est l’organe exécutif de la Révolution Démocratique et Populaire. La révolution d’Août 1983, est la résultante du mouvement populaire des 20 & 21 Mai 1983. Le premier à utiliser le mot Sankarisme, fut bel et bien Babou Paulin Bamouni dans Carrefour Africain en 1984.

En conclusion de ce panel, il est fortement ressorti la nécessité de :
– la création d’un comité international de rédaction de la doctrine sankariste ;
– la nécessité de la création d’un comité national de rédaction qui assurera le pilotage et la coordination ;
– la nécessaire d’unité des sankaristes pour la conquête du pouvoir d’Etat ;
– la nécessité d’intensifier la formation politique et idéologique aussi bien de la jeunesse que de toutes les composantes du peuple burkinabé ;
– la nécessité d’appuyer les intellectuels en général et les étudiants en particulier pour la mise en place d’une base scientifique du sankarisme.

Atelier 5 : Thomas SANKARA a-t-il été le précurseur de l’alter mondialisation ?

Ce thème a été présenté par les camarades TRAORE Hermann du Burkina et Mohamed BATHILY du Mali, avec pour modérateur Alzerreca Sébastian dit Zoul.

Prenant la parole le camarade TRAORE Hermann fit l’historique du mouvement Alter mondialiste. Il ajouta que Thomas SANKARA, dans sa politique, fait parti de ceux qui ont lutté contre la course au profit, le capitalisme en outrance. Pour libérer son peuple de cet engrenage, plusieurs actions ont été initiées.

C’est ainsi qu’il déclara le 5 Juin Journée de la Jeunesse et de l’environnement. Il instaura les 3 luttes, les foyers améliorés, la lutte contre l’excision et prôna l’émancipation de la femme et la promotion féminine. Il condamné les différentes guerres entre les peuples.

Mohamed BATHILY interviendra avec force en anglais pour décrier la domination de certains peuples. Continuant sa communication en français, il montra, à travers des exemples, comment Thomas SANKARA agissait pour libérer son peuple du joug colonial SANKARA était venu donner un souffle nouveau à l’Afrique. Il était la lumière. Il disait en substance qu’on pouvait mentir pendant un moment à un peuple, mais on ne pouvait mentir à un peuple tout le temps. Vivre c’est donner un sens à la vie. SANKARA à lutter contre le colonialisme, le néocolonialisme et ses valets locaux. Il prônait l’Union Africaine avec une officialisation d’une langue africaine.
Ce dernier atelier connu un grand nombre d’interventions, soit pour poser des questions d’éclaircissements ou pour apporter sa contribution.

L’atelier 6 Sankara et promotion du genre

L’atelier 6 a été animé par la camarade Germaine Pitroipa. La camarade Fatimata Sawadogo en assurait la modération.

Présentant Germaine le communicateur, la camarade Sawadogo Fatimata demandera de retenir que la camarade Germaine Pitroipa est la première haut commissaire du Kouritenga, puis conseillère culturelle à l’ambassade de France où la trouvera la tragédie du 15 octobre 1987.

Prenant la parole, la communicatrice a expliqué son rôle dans la révolution d’août. Elle s’appesantira sur le fait que les mots d’ordre n’étaient pas appliqués mécaniquement, mais il fallait les adapter au contexte et au milieu.

Avec des exemples précis, elle démontrera que SANKARA changeait d’avis quand on lui apportait des arguments pertinents sur un problème qu’il voyait autrement.

A ce propos on se souviendra que c’est cette dame qui a contredit publiquement le Président du Faso par rapport à la qualité des pagnes Faso Dan Fani. Cet évènement, loin d’être anecdotique vient démontrer qu’il était possible de porter la contradiction au PF. IL suffit d’avoir des arguments solides.

S’agissant de la promotion du genre, la communicatrice expliquera que le CNR était nettement en avance par rapport à de nombreux concepts actuellement développés comme la parité, Ainsi, des trente premiers hauts commissaires, quatorze étaient des femmes et huit des vingt cinq membres du gouvernement étaient des femmes. La révolution serait même allée plus loin si les femmes cadres qui s’engageaient n’étaient pas aussi rares.

Pour Germaine PITROIPA, il n’y avait qu’un seul objectif en son temps: le peuple. Et si SANKARA a été tué, c’est pour ce peuple.

La communicatrice terminera son propos en invitant à la constitution d’un parti sankariste unique pour accélérer la prise du pouvoir; ce qui permettra de rendre justice a notre peuple en demandant à Biaise et à sa suite des comptes sur tout le mal qu’ils ont fait et sont en train de faire.

Après cet exposé les diverses contributions ont permis de porter des éclaircissements sur le comportement des femmes, ignorées par les femmes elles mêmes. Et pour marquer la part de l’Afrique dans la promotion de la femme, il faut remarquer que l’Afrique a produit, à elle seule, plus de reines que tout le reste du monde. De même, Samory TOURE ainsi que les chansons populaires africaines ont toujours loué le courage des femmes au combat.
L’objectif du salaire vital était d’évoluer progressivement vers une sorte d’allocation familiale, l’institution, de la journée du 8 mars qui était une occasion de conscientisation des femmes, mais aussi des hommes sur le rôle de la femme dans le développement du pays, ont été explicité à l’assistance. Le tout est de trouver quelque chose à faire de retour au pays sur les plans professionnel et politique.

Un appel, notamment celles des leaders, a été lancé aux femmes pour un engagement plus actif dans les structures et partis sankaristes.

En conclusion, il faut retenir que les débats étaient contradictoires sous la révolution, pour peu que les camarades aient le courage de leur opinion et les arguments pour défendre cette opinion. La promotion du genre était permanente et n’était pas un mot creux. Avant même les pays occidentaux, sans cris ni cors, le CNR allait vers la parité.

panel 3 Sankara et le panafricanisme ainsi que Sankara 20 ans après.

Ces thèmes étaient animés respectivement par Nébié Météo Dénis et Kientega Fidèle et le 2ème thème Sankara 20ans après, présenté par Jean Hubert BAZIE. La modération était assurée par Hermann Issaka TRAORE.

Sankara et le panafricanisme a été abordé sous l’angle culturel par Nébié M. Dénis, fonctionnaire de ‘Institut des Peuples Noirs (IPN), tandis que l’angle politique a été appréhendé par Kientéga Fidèle.

Abordant le thème SANKARA et le panafricanisme, le Dr Nébié, a, d’emblée, relevé le rapprochement entre Sankara et des leaders africains anglophones, malgré la barrière de la langue ; preuve que la langue n’est pas un obstacle à l’intégration.
Cela s’observera au-delà du continent avec la rencontre des noirs de Harlem, lors d’un voyage en Octobre 1984 à l’occasion de la 39ème session de l’Assemblée Générale de l’ONU.

De cette rencontre, naîtra l’idée de réunir les valeurs du monde noir dans une institution qui en 1986, s’appellera Institut des Peuples Noirs (IPN).

A l’ouverture des travaux constitutifs de l’IPN, le Président Sankara rendra hommage à Cheikh Anta DIOP, qui venait de décéder, pour ses œuvres de valeur en faveur des civilisations du monde noir, particulièrement d’Afrique.

Cet hommage était une invite à poursuivre avec le même courage l’œuvre entreprise par Cheikh Anta DIOP pour le monde noir. C’est ainsi qu’est née la génération Cheikh Anta DIOP.

Le Dr Nébié a terminé sa partie par des propositions au nombre desquelles, la mise en place d’une structure chargée de la conceptualisation du sankarisme, en ayant en mémoire des vertus de sankarisme au nombre desquelles : homme juste et droit, le peuple comme boussole ; la responsabilisation des africains pour la libération du continent et l’appropriation de la culture africaine comme l’hymne du Wassoulou, la charte du Kanfougonfan etc.

Le panafricanisme de Thomas Sankara se confirme également par son voyage intégrateur à Harlem aux Etats-Unis d’Amérique.

Parlant du panafricanisme à travers SANKARA, le député KIENTEGA a cité aussi bien les voyages fédérateurs dans les pays en lutte comme le Mozambique, l’Ouganda, la RASD, on encore de soutien à des mouvements en lutte comme l’ANC et SWAPO en lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Le soutien est même allé au-delà du continent noir comme celui à la Palestine et aussi Nicaragua, entre autres.

Le communicateur a relevé les voyages de SANKARA pour les rencontres au sommet des organisations interafricaines, au cours desquelles, SANKARA a prêché l’intégration du continent à partir des cercles concentriques. SANKARA, pour KIENTEGA, était le continuateur de Kwamé Nkrumah, Patrice Lumumba, Cheikh Anta Diop, Amilcar Cabral etc…. et son panafricanisme il l’a manifesté depuis son poste de secrétaire d’Etat à l’information.

Il a terminé en relevant que le retour aux affaires du Sankarisme, mettra fin aux ingérences belliqueuses du régime actuel dans les autres états et va donner plus de chances à l’intégration africaine.

Succédant au député Fidèle Kientéga, Jean Hubert BAZIE a d’abord comparé Thomas SANKARA à un « fou » (positif) car disant la vérité partout et à tous. Comme un griot, qui n’est pas un louangeur mais un historien connaissant son peuple et les autres et aussi un homme cultivé à la mémoire vive et collé à la vérité historique, morale, religieuse, scientifique et intellectuelle.

Sur la perception, SANKARA est dérangeant 20 ans après. Même ses adeptes le sont, en témoigne les embûches créées au comité. 20 ans après, les années passées révèlent que des pays, des personnalités s’affichent à Thomas SANKARA. Depuis le Sénégal jusqu’à l’Ethiopie, de l’Algérie à l’Afrique du Sud, partout l’Afrique noire un chute à Thomas SANKARA.

L’enquête auprès du public révèle des qualités de l’homme et on cite : homme éloquent, dynamique, juste, anti-impérialiste homme politique dévoué, emblématique ; modeste, convaincu du devenir du tiers monde, favorable aux secteurs sociaux, mais aussi des perceptions du genre : irrespectueux envers les chefs traditionnels.
Le communicateur a terminé en soulignant que la jeunesse est consciente et critique vis-à-vis du système actuel et qu’il faut la patience en échangeant les idées entre tous pour avoir la majorité avec soi pour le changement.

Des échanges qui ont suivi, des éclaircissements ont été donnés sur :
– la guerre de noël avec le Mali en 1985,
– la participation des Sankaristes dans la promotion de la culture, participation non médiatisée par les pouvoirs publics,
– la contribution des Sankaristes à la survie de l’idéal dans un contexte de difficultés financières malgré la présence de députés Sankaristes,
– les raisons de l’assassinat de Thomas Sankara, alors qu’un socialiste était au pouvoir en France,
– sur la raison de l’abandon de l’IPN qui va vers sa mort, parce que considérée comme un danger pour les puissances occidentales et par les présidents dictateurs africains,
– enfin les stratégies possibles pour atteindre l’Unité Africaine.
De même, des enrichissements ont été fait tels :
– La création de cercles de réflexions et d’actions au profit de Kl ZERBO a été suggérée en vue de prendre en compte la dimension panafricaine du disparu.
– l’affirmation de la vision panafricaniste de Thomas Sankara avec la tenue à Ouagadougou du forum anti apartheid, l’octroi du premier passer à Nelson Mandela, le souhait de valoriser l’œuvre de Kl ZERBO.

Atelier 7 Budget et assainissement des finances publiques NON TENU

L’Atelier « Sankara et protection de l’environnement », animé par le Député Arba DIALLO, était modéré par pas de compte rendu dans le rapport

Le Panel 4 : le dossier judiciaire Thomas SANKARA

La panel a été animé par Me NKOUNKOU. La modération était assurée Me Bénéwendé S. SANKARA qui a présenté le communicateur aux panélistes. Il est Africain du Congo Brazza et vit en France depuis 1979.

Après des slogans nourris, la parole fut donnée au communicateur qui dira d’entame qu’il se sent totalement en phase avec cette ferveur révolutionnaire qui lui rappelle les temps forts de la révolution Congolaise avec le Président Marien N’Gouabi.

Attaquant le sujet à proprement parler, Me NKOUNKOU fera un rappel des circonstances dans lesquels, il a pris en charge le dossier en septembre 1997 à la demande de la famille de Thomas SANKARA. Seulement à quelques trois semaines de la prescription des faits. Il fallait donc faire vite. Me NKOUNKOU, dont le Cabinet est basé à Montpellier, devait absolument trouver un confrère au Burkina chez qui élire domicile. Selon lui, la providence le conduit à l’Etude de Me Bénéwendé SANKARA. Ensemble avec ce dernier, ils déposent une plainte contre « X » axée sur deux points, au Tribunal de Grand Instance de Ouagadougou :
– Assassinat de Thomas SANKARA
– Faux en écriture publique

D’après le communicateur, le juge Alexis KAMBIRE chargé du dossier, rend une ordonnance (une décision) dans laquelle il dit que l’affaire peut être poursuivie et lui il va ouvrir une information judiciaire. Ce qui n’a pas été, selon Me KOUNKOU, du goût du Procureur du Faso. Celui-ci fera appel de la décision du juge d’instruction. La chambre d’accusation, suite à l’appel du procureur, décide de renvoyer les plaignants « à mieux se pourvoir », c’est-à-dire qu’elle s’est rangée à l’avis du Procureur du Faso qui ne veut de la manifestation de la vérité dans cette affaire. Selon la cour, cette affaire doit être connue par la justice militaire. Mais la justice militaire ne bouge que lorsqu’elle a été saisie par le ministre de la défense. Ce dernier, pourtant, ne fera rien malgré les démarches entreprises par les avocats de la famille.

Mais entre temps, Me KOUNKOU dit que son attention a été attirée par un événement. Il s’agit de la « résurrection » de Hyacinthe KAFANDO, ex chef de la sécurité rapprochée de Biaise COMPAORE. Cet homme, passé pour mort depuis 1996, est réapparu après 4 ou 5 ans de disparition. L’avocat de la famille, face à l’absence de preuve officielle de la mort du Président SANKARA, décide donc du dépôt d’une autre plainte auprès des tribunaux Burkinabé pour « séquestration de Thomas SANKARA » depuis le 15 octobre 1987.

Ne se faisant pas d’illusion sur la suite de cette nouvelle plainte, Me KOUNKOU et ses confrères du collectif d’avocats chargé du dossier Thomas SANKARA saisissent le Comité des Droits de l’Homme de l’ONU sur cette affaire. Le Comité jugera le dossier recevable en la forme et au fond. Le Comité déclare ce qui suit :
– Non prescription de l’affaire
– Rectification de l’acte de décès
– Identification formelle de la sépulture
– Manifestation de la vérité
– Indemnisation de la famille

II donne 90 jours au régime de Biaise COMPAORE pour répondre favorablement à ses exigences. Le pouvoir décide alors de prendre un juge. Une bonne chose selon Me KOUNKOU. Ce juge prend un acte qui dit que « Thomas SANKARA est décédé », point. Puis le gouverneur rend public une déclaration qui stipule que Thomas SANKARA est mort et tout le monde le sait, car chaque année, ses partisans vont se recueillir sur la tombe. Il dit aussi avoir fait l’évaluation de l’indemnité à verser à la famille qui s’élève à 43 millions de francs CFA. Sans le dire ouvertement, le gouvernement laisse entrevoir que l’affaire est forclose par la prescription.

De toute évidence, la réponse du gouvernement n’a répondu à aucune des exigences du CDH-ONU. C’est pour cela que Me SANKARA choisi de relancer le dossier auprès du gouvernement. Celui-ci répond par la Dresse interposée précise Me NKOUNKOU.

Avant de terminer sa brillante communication, Me NKOUNKOU dira aux panéliste que la raison profonde de l’arrivée de Mme SANKARA au Burkina est à rechercher dans la décision onusienne. Le Comité des Droits de l’ONU lui a donné raison.
Suite à cet exposé fort éloquent, le sort du valeureux juge KAMBIRE a intéressé l’assistance. Me SANKARA a précisé qu’il est actuellement au « garage » ou chômage technique selon, parce qu’au Burkina Faso de BLaise Compaoré, on ne fait pas ce que ce juge-là a osé sans sanction.

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Statut général des CDR (comités de défense de la révolution) https://www.thomassankara.net/statut-general-des-cdr-comites-de-defense-de-la-revolution/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=statut-general-des-cdr-comites-de-defense-de-la-revolution https://www.thomassankara.net/statut-general-des-cdr-comites-de-defense-de-la-revolution/#respond Sun, 17 Feb 2008 19:30:00 +0000 http://thomassankara.net/wp2016/statut-general-des-cdr-comites-de-defense-de-la-revolution/ Statut général des CDR (comités de défense de la révolution) Nous vous présentons ci-dessous le statut général des CDR, les comités de défense de la révolution, et l’organigramme des même CDR tels qu’ils ont été publiés dans une brochure en mai 1984. Vous trouverez d’abord le sommaire et le préambule et l’intégrale des statuts sous […]

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Statut général des CDR (comités de défense de la révolution)

Nous vous présentons ci-dessous le statut général des CDR, les comités de défense de la révolution, et l’organigramme des même CDR tels qu’ils ont été publiés dans une brochure en mai 1984. Vous trouverez d’abord le sommaire et le préambule et l’intégrale des statuts sous format PDF. Un document peu connu mais d’une grande importance compte tenu de importance du rôle joué par ces comités du temps de la Révolution. La restitution à pu être possible grâce au travail de Max Vernet. Qu’il soit ici remercié.

La révolution a connu deux conférences nationales des CDR. Vous trouverez à http://www.thomassankara.net, le discours de clôture de la première conférence nationale des CDR prononcé le 4 avril 1986 prononcé par Thomas Sankara et nous sommes toujours à la recherche du discours prononcé à la deuxième conférence nationale. Si vous possédez d’autres documents sur les CDR, contactez-nous.

La pagination du sommaire présentée ci-dessous et celle du document PDF joint.

 


SOMMAIRE

Préambule

Titre I.- De la Définition et des Objectifs

Chapitre I.- Définition

Chapitre II.-

Titre II.- De l’Organisation

Section I.- Les Structures

Section II.- Définitions

Chapitre I.- Les Structures

Chapitre II.- Les C.D.R. de base

Chapitre II.- Le Comité Départemental – le Comité de garnison – le Comité de coordination des services

Chapitre III.- Le Conseil Provincial

Chapitre IV.- Le Pouvoir révolutionnaire Provincial

Chapitre V.- Le Congrès

Chapitre VI.- Le Secrétariat Général National des C.D.R.

 Titre III.- Des attributions et des fonctionnements

Chapitre I.- Le Centralisme Démocratique

Chapitre II.- L’Assemblée Générale

Chapitre III.- Le Bureau C.D.R.

 Chapitre IV.- Du fonctionnement des C.D.R. de base

Chapitre V.- Les rapports entre les Comités de Base

Chapitre VI.- Fonctionnement du Comité Départemental

Chapitre VII.- Le Conseil Provincial

Chapitre VIII.- Le Congrès

Chapitre IX.- Le Secrétariat Général National des C.D.R.

 Titre IV.- De l’adhésion, des sanctions et de la dissolution

Chapitre I.- Adhésion

Chapitre II.- Sanctions – Dissolution

Titre V.- Ressources – Publications et Dispositions diverses

PREAMBULE

L’avènement de la Révolution du 4 août 1983 couronnant le grand mouvement de résistance populaire déclenché en réaction contre le complot impérialiste du 17 Mai 1983, est « incontestablement la consécration et l’aboutissement conséquents des luttes du peuple Voltaïque contre la domination et l’exploitation néo-coloniale contre l’assujettissement de notre pays, pour l’indépendance, la liberté, la dignité et le progrès de notre peuple ». Loin d’être un mouvement spontané des masses, la révolution d’Août incarne tout simplement la poursuite et le développement à un niveau supérieur de l’ensemble des grandes luttes populaires dont les jalons significatifs ont pour noms le soulèvement populaire du 3 Janvier 1966, les luttes des travailleurs de Décembre 1975, de Mai 1979, de Novembre 1980…Chacune de ces étapes de la lutte de notre peuple a contribué à exacerber les contradictions de classe au sein de la société voltaïque.

La Révolution d’Août, tirant les leçons des luttes passées, canalisant les aspirations populaires longtemps détournées voire étouffées, se veut la solution des contradictions sociales de l’étape actuelle de la lutte.

La Révolution d’Août, ainsi que le définit le discours d’orientation du 2 Octobre 1983 est une Révolution Démocratique et Populaire (R.D.P.). En effet, elle est démocratique, parce qu’elle vise à liquider la domination et l’exploitation impérialiste, à épurer la campagne de toutes les entraves sociales, économiques qui la maintiennent dans un état d’arriération.

Elle est populaire parce qu’elle est l’œuvre des masses elles-mêmes mobilisées conséquemment autour de mots d’ordre démocratiques et révolutionnaires qui traduisent dans les faits leurs intérêts irréductiblement opposés à ceux des classes réactionnaires alliées à l’impérialisme international.

Ces deux caractéristiques de la Révolution d’Août dictent au peuple la prise en main de sa destinée, l’édification par lui-même, d’un état de démocratie populaire.

Atteindre de tels objectifs implique que le peuple conçoive, dirige et contrôle la vie nationale tant sur le plan politique, économique que social  ; de même qu’il exige un cadre organisationnel et des moyens. Ces moyens sont les Comités de Défense de la Révolution (C.D.R.) .

Les Comités de Défense de la Révolution (C.D.R.) qui sont une émanation du Conseil National de la Révolution (C.N.R.), constituent l’organisation authentique du peuple dans l’exercice du pouvoir révolutionnaire. Ils sont l’instrument que le peuple s’est forgé pour la maîtrise souveraine de son destin. Ils ne sont pas un parti. Ils sont un mouvement de masse auquel adhère le peuple sur la base de la plate-forme anti-impérialiste dégagée par le discours d’orientation du 2 Octobre 1983. L’adhésion méconnaît l’appartenance à un clan, à une région, à une religion donnés.

Ainsi que l’indique leur dénomination, les C.D.R. ont pour mission de défendre la Révolution Démocratique et Populaire (R.D.P.). Défendre ici, signifie sauvegarder les acquis, garantir la continuité, œuvrer en vue d’atteindre les objectifs visés sur tous les plans. Ainsi les C.D.R. doivent participer activement :

– à la construction socio-économique du pays, et à son épanouissement culturel ;

– au maintien de la sécurité et de la défense militaire du Pays ;

– à la formation politique et idéologique du peuple ; ce qui présuppose que les C.D.R. se constituent en creusets permanents de formation, de diffusion des idées révolutionnaires ;

– à la destruction de toutes les entraves au développement économique et social, notamment la destruction des entraves à l’émancipation de la femme et la solution des problèmes du monde paysan.

Mais toute organisation, si elle entend être opérationnelle, doit se fonder sur une discipline interne. Les C.D.R. fonctionnent sur le principe du centralisme démocratique.

Le présent statut vise à doter les C.D.R. d’un instrument de régulation de leur fonctionnement, afin de faciliter leur montée impérieuse à l’assaut de tous les bastions de la réaction, de leur permettre de jouer efficacement leur rôle historique dans le processus irréversible que le peuple voltaïque vient d’engager et qui nécessite esprit de suite, de discipline, de détermination, de sacrifice, d’abnégation.

LA PATRIE OU LA MORT, NOUS VAINCRONS !.

Les fichiers joints

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RAPPORT DU COLLEGE DE SAGES SUR LES CRIMES

IMPUNIS DE 1960 A NOS JOURS

 

INTRODUCTION

Aperçu politico-historique

De la Haute-Volta des années 60 au Burkina de nos jours, notre pays a fait l’expérience de tous les types de régimes qui ont marqué le 20e siècle finissant.
En effet, la 1re République du président Maurice Yaméogo (1960-1966) a été marquée par son très fort ancrage à droite dans une politique d’endiguement du communisme prônée par le président Félix Houphouët Boigny.
Les régimes d’exception de 1966 à 1970 et de 1974 à 1978 du président Sangoulé Lamizana ainsi que la 2e République (1970-1974) et la 3e République (1978 à 1980) du même président, ont imprimé au pays une politique fluctuant entre la droite classique et le centre droit suivant les dosages que les circonstances du moment dictaient.
De 1980 à 1982, avec l’avènement du Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN) du Colonel Saye Zerbo, notre pays connaîtra un frémissement gauchissant avec une forte poussée socialiste. La tendance générale était plutôt centre gauche. Les clivages idéologiques, jusque-là contenus dans les milieux civils, gagneront cependant les rangs de l’armée, exacerbant le conflit de génération entre les aînés et les jeunes officiers qui en découdront par les armes.
De 1982-1983, avec le Conseil de salut du peuple (CSP) du Commandant Jean Baptiste Ouédraogo, la Haute volta sera gouvernée par un mélange explosif de patriotes progressistes et de communistes révolutionnaires. Le clivage idéologique sera porté à son paroxysme et très vite la rhétorique révolutionnaire l’emportera, imposant de ce fait une lutte des classes qui ne dira pas encore son nom.
De 1983 à 1987, le capitaine Thomas Sankara et l’aile communiste du Conseil de salut du peuple (CSP) imposeront la révolution sous la conduite du Conseil national de la révolution (CNR). La Haute-Volta deviendra le Burkina Faso et adoptera une nouvelle devise, un nouveau drapeau, un nouvel hymne et de nouvelles armoiries.
Ce régime cultivera une vision manichéenne de la société voltaïque puis burkinabè avec d’un côté les bons et de l’autre les mauvais pudiquement déclarés ennemis du peuple, les premiers devant absolument éliminer les seconds. S’en suivront la chape de plomb et les excès de tous genres que connaîtra le pays. La violence du discours et la culture du terrorisme prendront leurs fondements sous ce régime.
De 1987 à 1991, le Front populaire du capitaine Blaise Compaoré tentera d’humaniser la révolution. Le Burkina Faso revient alors à un régime progressiste nationaliste, mais toujours avec en toile de fond, la persistance du terrorisme et de la violence.
Avec la chute du mur de Berlin, la mondialisation et la démocratisation imposée par la conférence de la Baule présidée par François Mitterrand (1990), la 4e République (depuis 1992) du président Blaise Compaoré, deviendra un régime de gauche libéral. Mais on passe difficilement de la révolution à la démocratie sans à coups et sans traumatisme.
Le régime l’apprendra à ses dépens, obligé qu’il était de gouverner avec des acteurs aux idéaux politiques parfois divergents. La survivance des réflexes des états d’exception autorisera la persistance du terrorisme politique.
De ce bref aperçu historique des régimes politiques de notre pays, nous relevons que notre peuple a une très riche expérience politique. Le burkinabè est donc un citoyen aguerri et averti à même de surmonter n’importe quel séisme politique. Or subitement, depuis le 13 décembre 1998, une crise majeure, sans précédent, secoue le pays. Au nombre des principales causes structurelles de cette crise, s’inscrit la culture politique de la classe dirigeante actuelle.
En effet, la majeure partie de la classe politique dirigeante de notre pays, toutes tendances confondues, est issue du militantisme estudiantin de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) et de ses démembrements.
Cette génération, notamment celle issue de l’éclatement de l’Union générale des étudiants voltaïque (UGEV) est marquée par la culture politique de la guerre froide faite de radicalisme, d’exclusion et de lutte des classes à outrance sur le plan intérieur et par le partage du monde en révolutionnaires amis du peuple et en capitalistes réactionnaires ennemis du peuple.
Devenus leaders politiques, les étudiants d’hier n’ont pas su effectuer la mutation nécessaire pour devenir des hommes d’Etat, tant et si bien que des valeurs telles que le patriotisme, l’humanisme, le respect de la vie humaine, la morale, les us et coutumes qu’incarnait l’ancienne génération de politiciens, ont cédé la place à la violence politique avec les assassinats, les disparitions, le vandalisme, les tortures et les autres actes répréhensibles comme la corruption, les détournements, etc.
Le fait que le premier assassinat politique de notre histoire soit survenu en novembre 1982 lors de l’irruption des jeunes militaires au pouvoir confirme cette analyse. Les nombreux crimes de sang qui marqueront le parcours de la révolution et jalonneront l’intermède du Front populaire pour éclabousser la 4e République, illustrent si besoin était, la pertinence de l’analyse. Cette nouvelle culture politique va déteindre sur les institutions et marquer le comportement des acteurs politiques.
Dans ces conditions, le débat démocratique, l’exercice des libertés fondamentales et l’expression du vote libre seront vidés de leur contenu par des pratiques au service uniquement de la victoire à tout prix. Les querelles idéologiques n’ayant plus cours et les projets de société étant absents du débat politique, les affrontements d’idées vont être, de plus en plus, occultés par les attaques et les divergences plus personnelles que politiques. Un tel climat ne favorise ni la transparence, ni l’application normale des règles établies. L’illustration en est faite par les fraudes et les contestations lors des élections quand elles ne sont pas purement et simplement boycottées par les parties adverses.
Dans tous les cas, la responsabilité de tous les acteurs de la scène politique nationale est ici engagée : le pouvoir, l’opposition et les organisations de la société civile plus ou moins inféodées aux partis politiques.
Cette toile de fond historico-politique est nécessaire pour comprendre la complexité du carrefour auquel nous nous trouvons aujourd’hui ; carrefour marqué essentiellement par une menace grave et permanente pesant sur la paix sociale. C’est dans ce contexte que se situe la création d’un organe dénommé Collège de Sages chargé d’oeuvrer à la réconciliation nationale en vue de rétablir la paix sociale.

Du Collège de Sages

Suite aux violentes réactions suscitées par le drame intervenu à Sapouy le 13 décembre 1998, il a été institué une Commission d’enquête indépendante (CEI) chargée de mener toutes les investigations devant permettre de déterminer les causes de la mort de Norbert Zongo et de ses compagnons. Cette Commission a déposé ses conclusions le 7 mai 1999. Mais loin de participer à la décrispation escomptée du climat social, les résultats de l’enquête déclencheront davantage de troubles.
Pour faire face à la situation, le président du Faso a adressé un message à la Nation le 21 mai 1999 en vue de livrer son analyse des événements et les mesures qu’il a décidées aux fins d’endiguer la crise.
Parmi ces mesures la décision de créer un Collège de Sages chargé de passer en revue, dans les meilleurs délais, tous les problèmes pendants de l’heure et de proposer des recommandations à même d’emporter l’adhésion de tous les protagonistes de la scène politique nationale.
Faisant suite à son message, le président a pris le décret n° 99-158/PRES du 1er juin 1999 instituant le Collège de Sages composé : des anciens chefs d’Etat, des notabilités religieuses et coutumières et de personnes ressources. Le décret de nomination des membres est intervenu le 10 juin 1999 (liste en annexe). Les membres du Collège de Sages ont été reçus le 12 juin par le chef d’Etat.

Du crédit accordé au Collège de Sages et à sa mission

La création du Collège de Sages a suscité de nombreuses réactions tant de la part de la classe politique que de la part des organisations de la société civile et des populations. Ces réactions allaient du scepticisme à l’hostilité en passant par le pessimisme.
Pour les uns, il s’agissait d’une manœuvre de diversion de plus.
Pour les autres, sa conception unilatérale ne pouvait lui conférer une quelconque crédibilité. Il fallait donc s’en démarquer.
Les plus indulgents, tout en se posant des questions sur sa légitimité, se demandaient ce qu’il adviendrait de ses recommandations.
Les membres pressentis pour participer au Collège de Sages, sans minimiser les difficultés et la délicatesse d’une telle mission, l’ont, cependant, acceptée avec courage dès leur nomination, dans l’intérêt supérieur de la Nation.
Eu égard à la gravité de l’heure, la détermination et la conviction des membres du Collège de Sages ont alors suscité leur cohésion et leur solidarité, leur volonté commune étant d’œuvrer pour la recherche de la paix sociale et de la réconciliation nationale. Ils s’appliqueront à leur mission avec honnêteté, équité et responsabilité.

De la méthode de travail du Collège de Sages

Dès sa prise de contact en son siège au site du Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO), le Collège de Sages a procédé à l’analyse de sa mission et a placé celle-ci sous le signe de la méditation et du discernement pour la recherche de la vérité et de la justice dans le sens de la réconciliation nationale.
Les travaux proprement dits ont débuté le 14 juin 1999 par :
– la rédaction et l’adoption d’un règlement intérieur
– la mise en place d’un bureau
– l’installation d’un comité ad hoc chargé du budget et de l’intendance
– la mise en place de deux Commissions :
* une Commission chargée des problèmes pendants
* une Commission chargée des crimes impunis et affaires d’homicides résultant ou présumés résulter de la violence en politique.
Dès l’analyse de la mission en rapport avec la situation socio-politique présente, il est apparu nécessaire de réunir un minimum de conditions devant permettra l’amorce d’un apaisement social indispensable à la sérénité du travail du Collège de Sages. Pour ce faire, le Collège de Sages a, au cours d’une audience, soumis ses premières recommandations au chef de l’Etat. Celui-ci les a acceptées et en a facilité la mise en œuvre.
Après cette étape, et dans le souci de susciter la participation la plus large possible à cette œuvre de réconciliation qui engage tous les burkinabè, le Collège de Sages a jugé opportun de recueillir l’analyse, les recommandations et les suggestions de quarante une (41) organisations et instances de la vie sociale, politique et économique de notre pays.
C’est ainsi que les principaux partis politiques, le collectif de syndicats et centrales syndicales, les organisations de défenses des droits de l’homme, associations et Organisations non Gouvernementales (ONG) nationales, autorités religieuses et coutumières ainsi que certaines institutions ont été entendus. Au total, 274 personnes dont 41 femmes ont été reçues par le Collège de Sages.
Le Président du Faso et le Gouvernement se sont également prêtés à cet exercice d’analyse de la situation et de propositions de solutions.
Les auditions des différents groupes ont eu lieu du 28 juin au 8 juillet 1999. Toutes les délégations qui se sont présentées ont marqué leur intérêt et leur disponibilité pour contribuer, chacune à sa manière à la résolution de la crise.
Cependant, il faut souligner que le Président de l’Assemblée nationale a décliné l’invitation du Collège de Sages au motif que “l’Assemblée nationale est une institution particulière, en raison de sa nature d’organe législatif de l’Etat… L’Assemblée n’a pas de position en soi… C’est chaque groupe parlementaire qui pourrait avoir une position, celle de son parti… il reste entendu que pour les recommandations du Collège de Sages qui seraient retenues et qui nécessiteraient un traitement de nature législative, l’Assemblée nationale remplira ses fonctions constitutionnelles”.
Le Collège de Sages a aussi enregistré les contributions écrites de certaines institutions n’ayant pu respecter le calendrier de rencontre ainsi que celles d’individus voulant participer à leur manière aux réflexions.
Par ailleurs, dans le souci de réaliser un inventaire, le plus large possible, de tous les crimes impunis résultant ou présumés résulter de la violence en politique, le Collège de Sages a lancé des appels à témoin en direction de la population par l’intermédiaire de fiches à remplir. Il a ainsi, reçu à la date du 30 juillet 1999 deux cent trente et une (231) fiches, réparties comme suit :
– Crimes de sang : 91
– crimes économiques : 81
– autres crimes (séquestration, tortures, carrières brisées …) : 49
– autres fiches ne relevant pas de la mission du Collège de Sages : 10
Le Collège de Sages tient à exprimer ses très vifs remerciements à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, lui ont apporté leurs contributions dans l’exécution de sa mission.
Les développements qui suivent sont les résultats du travail consensuel du Collège de Sages.

ANALYSE DES PROBLEMES PENDANTS

La crise actuelle que notre pays traverse depuis quelques mois est réelle et profonde. Elle n’est pas que conjoncturelle ; elle est structurelle. Elle s’étend à tous les secteurs de la vie nationale et touche toutes les couches de la population. Elle se manifeste dans les domaines social et culturel, politique et administratif, économique et enfin au niveau éthique. Les tragiques événements récents, notamment le drame intervenu le 13 décembre 1998 à Sapouy, n’en ont été que le détonateur.

I. DOMAINE SOCIAL ET CULTUREL

1. 1 Principales causes de la crise

Elles trouvent leurs sources dans :
1.1.1 L’absence de justice sociale se traduisant par l’inégalité dans la répartition des ressources nationales et des revenus en même temps qu’une concentration de plus en plus croissante des richesses entre les mains d’une minorité.

1.1.2 La paupérisation croissante des populations malgré des indicateurs macro économiques relativement satisfaisants.

1.1.3 Le chômage structurel aggravé par les pertes d’emploi liées au mode de privatisation.

1.1.4 Les frustrations et les rancœurs dues à l’accumulation des problèmes non résolus (disparitions, assassinats non élucidés, tortures, carrières arbitrairement brisées, caractère unilatéral des décisions de ceux qui assument le pouvoir, même pour des questions d’intérêt national).

1.1.5 La limitation des réhabilitations à leur dimension purement administrative et financière, de surcroît parfois incomplète et pour lesquelles personne n’assume la faute de la sanction arbitraire, ni ne demande pardon.

1.1.6 La non-satisfaction des exigences socioculturelles à l’endroit de certaines victimes des violences politiques (morts dont on ignore jusqu’à la tombe et disparus dont la mort n’a jamais été officiellement t reconnue).
1.1.7 Les disparités entre les villes et les campagnes tant dans le domaine des revenus que de la santé, de l’éducation et des infrastructures.

1.1.8 La précarité de la sécurité des personnes et des biens (coupeurs de route, grand banditisme, vandalisme, milices privées, abus de pouvoir et d’autorité).

1.1.9 La violation des libertés individuelles et collectives relatives aux réunions, aux manifestations sur la voie publique, au respect des lieux de culte et aux franchises scolaires et universitaires.

1.1.10 Le caractère non consensuel des textes relatifs au droit de grève et l’utilisation de celui-ci à d’autres fins que corporatistes.

1.1.11 L’injustice (justice à deux vitesses et inégalité des citoyens devant la loi) et la culture de l’impunité (transgression consciente des lois avec le sentiment qu’on ne sera pas sanctionné).

1.1.12 Les problèmes culturels résultants de la distorsion entre enseignement et éducation, de la consommation sans discernement des produits des mass médias et enfin de la non prise en compte ou de la méconnaissance de nos propres valeurs culturelles.

1.1.13 La dégradation de l’image de marque et de la crédibilité de notre pays au plan international.

1.2 Recommandations

1.2.1 Réduire les inégalités sociales pour plus de justice par une répartition plus équitable des ressources nationales et des revenus.

1.2.2 Respecter les libertés individuelles et collectives dans le souci de promouvoir la paix sociale.

1.2.3 Procéder à une réhabilitation morale de toutes les victimes des violences politiques.

1.2.4 Mettre en œuvre des mesures appropriées pour assurer la sécurité des personnes et des biens.

1.2.5 Définir et mettre en place une véritable politique de l’emploi.

1.2.6 Prendre en compte la demande de participation des associations de chômeurs à certaines institutions telles que le Conseil économique et social (CES), la Chambre des représentants … etc.

1.2.7 Mettre à contribution les intellectuels qui, dans le respect des exigences intellectuelles et avec un sens aigu de la responsabilité, peuvent éclairer et enrichir les débats en vue de décisions responsables et participatives dans la conduite des affaires de la Nation.

1.2.8 Accorder une attention particulière aux problèmes d’éducation, de santé, de formation et d’emploi chez les jeunes. Le système éducatif lui-même devrait être repensé en adéquation avec une réelle politique de l’emploi.

1.2.9 Le Collège de Sages, sans prendre parti dans les débats qui opposent le gouvernement à l’Union internationale des droits de l’Homme (UIDH) au sujet de l’accord de siège de l’UIDH, appelle les deux parties à privilégier le dialogue et le compromis.

Aussi, le Collège de sages invite d’une part le Président de l’UIDH au respect d’obligation de réserve et d’autre part le gouvernement à reconsidérer la dénonciation de l’accord de siège entre cette institution et le Burkina Faso.
La crédibilité et l’image de marque de notre pays y gagnerait.

1.3. Propositions de solutions

1.3.1. Procéder à une relecture concertée et responsable des textes non consensuels avec toutes les parties concernées et portant sur les libertés de réunions, de manifestations sur la voie publique, sur les franchises scolaires et universitaires et sur le droit de grève.

1.3.2. Re-instaurer un dialogue franc entre le pouvoir et les syndicats sur la loi portant réforme de la Fonction publique.

1.3.3. Réactiver les dossiers en souffrance tant au niveau de l’Inspection générale d’Etat, de l’Inspection générale du ministère de l’Economie et des Finances qu’au niveau de la justice.

1.3.4. Veiller à mieux contrôler la circulation et le port des armes et porter une attention particulière aux coupeurs de route, au grand banditisme et aux phénomènes s’apparentant à des milices privées.

1.3.5. Dans le cadre des réhabilitations, tenir compte de la reconstitution effective des carrières pour toutes les victimes de l’arbitraire, civiles comme militaires.

II. DOMAINE POLITIQUE ET ADMINISTRATIF

2.1. Principales causes de la crise

Elles trouvent leurs sources dans :

2.1.1. Le dysfonctionnement structurel des institutions républicaines (Exécutif, Législatif, Judiciaire).

2.1.2. Le manque de démocratie réelle tant à l’intérieur des partis qu’au niveau national.

2.1.3. L’absence de dialogue entre les acteurs de la scène politique nationale : entre le pouvoir et l’opposition d’une part, et d’autre part entre le pouvoir et les organisations de la société civile. A divers niveaux, les positions excessives et figées des uns et des autres ne facilitent pas la recherche de solutions consensuelles.

2.1.4. L’absence de consensus sur le contenu des textes fondamentaux régissant la vie politique nationale (procédure de révision de la Constitution, Code électoral, Commission électorale nationale indépendante et Conseil supérieur de l’information (CSI).

2.1.5. Les violences politiques aussi bien dans les discours que dans les actes.

2.1.6. La politisation des institutions républicaines traditionnellement neutres (Administration, Armée, Justice).

2.1.7. Le contrôle effectif de l’appareil d’Etat par un seul parti.

2.1.8. La marginalisation d’une opposition souffrant déjà d’émiettement.

2.1.9. La politisation des organisations de la société civile.

2.1.10. La politisation à outrance des opérateurs économiques.

2.1.11. Les dérives dans la gestion du pouvoir d’Etat se traduisant par le clientélisme (trafic d’influence et achat des consciences), le favoritisme, le népotisme et l’arrogance de certains acteurs politiques.

2.1.12. La rupture de confiance entre gouvernés et gouvernants.

2.1.13. L’organisation d’élections jugées non transparentes et non équitables par l’opposition, créant ainsi des frustrations et cristallisant les positions des protagonistes politiques.

2.2. Recommandations

2.2.1. Toute légalité et toute légitimité tirant leur source de la Constitution, celle-ci doit faire, tant dans son esprit que dans sa lettre, l’objet d’un strict respect.

2.2.2. Dans l’esprit de cette Constitution :

2.2.2.1. Accorder une attention particulière à la séparation effective des pouvoirs (Exécutif, Législatif, Judiciaire) pour une plus grande consolidation de la démocratie et de la bonne gouvernance.

2.2.2.2. Respecter les règles du jeu démocratique et accepter le principe de l’alternance politique tant au niveau des institutions que des partis politiques.

2.2.2.3. Moraliser la vie politique nationale en exigeant notamment des partis politiques la définition de vrais projets de société, une réelle formation de leurs militants, l’acceptation des débats d’idées dans la courtoisie, la probité intellectuelle, le sens de la tolérance et du compromis. Il faut par ailleurs lutter contre le nomadisme politique et l’achat des consciences.

2.2.3. Remettre en œuvre la neutralité politique :
– De l’administration, de l’armée et de la justice,
– des organisations de la société civile (syndicats, mouvements des droits de l’Homme et Organisations non gouvernementales (ONG).

2.2.4. Respecter les domaines de compétences des communautés religieuses et coutumières tout en les invitant à tenir compte de la laïcité de l’Etat et de ses institutions.

2.2.5. Pratiquer une meilleure gestion des ressources humaines et des compétences notamment dans l’Administration, l’Armée et la Justice par le respect de la hiérarchie, du mérite et du professionnalisme.

2.2.6. Procéder à la nécessaire recomposition de la scène politique nationale en vue de favoriser l’expression d’opinions plurielles et une participation plus large et active de toutes les populations dans un véritable esprit de multipartisme.

2.2.7. Restaurer la confiance des justiciables en restructurant en profondeur l’appareil judiciaire pour garantir son indépendance et son efficacité.

2.2.8. Organiser la protection républicaine du chef de l’Etat par la Gendarmerie et la Police.

2.2.9. La création de la Chambre des représentants visait un élargissement de la démocratie en prenant en compte le fait que les partis politiques ne regroupent pas tous les burkinabè. Seulement, le caractère consultatif que lui assigne la Constitution ne lui permet pas de jouer pleinement son rôle. Aussi, convient-il de relire le texte de la Constitution pour :
– Lui conférer un caractère délibératif au niveau du parlement bicaméral,
– revoir en conséquence ses attributions, sa composition et le mode de désignation de ses membres.

2.2.10. Le dialogue étant une dimension essentielle du jeu démocratique, il est important que le pouvoir, l’opposition et la société civile le cultivent. Le vrai dialogue suppose ouverture d’esprit, disponibilité, honnêteté, sens de la responsabilité et de l’écoute.

2.2.11. Impliquer davantage les femmes dans la gestion des affaires du pays.

2.2.12. Pour favoriser la participation la plus large possible aux consultations électorales tout en luttant efficacement contre la fraude, l’Etat doit prendre toutes les dispositions pour que tous les citoyens en âge de voter, soient détenteurs d’une carte nationale d’identité.

2.3. Propositions de solutions

2.3.1. Revenir sur la modification de l’article 37 de la Constitution et y réintroduire le principe de la limitation à deux mandats présidentiels consécutifs. En effet, sa révision en 1997, quoique conforme à l’article 164 alinéa 3 de la Constitution, touche à un point capital pour notre jeune démocratie : le principe de l’alternance politique rendu obligatoire par le texte constitutionnel de 1991.

2.3.2. Restructurer l’appareil judiciaire par la relecture des articles 126 et 127 de la Constitution :
– Suppression de la Cour suprême
– création des juridictions ci-après :
* Conseil constitutionnel
* Cour de cassation
* Conseil d’Etat
* Cour des comptes.

2.3.3. Relire le statut de la magistrature dans lequel il sera expressément inscrit le devoir de réserve du magistrat si ce n’est déjà fait.

2.3.4. Mettre en oeuvre les grandes orientations décidées lors du dernier forum national sur la justice notamment en ce qui concerne la déontologie, la discipline, le service de la communication, l’autorité, le contrôle hiérarchique et les moyens humains et matériels.

2.3.5. Code électoral :
* Relire le Code électoral pour assurer la transparence et l’équité des opérations de vote
* Revoir le mode et le type de scrutin pour permettre aux petits partis d’être équitablement représentés
* Introduire le bulletin unique
* Accepter les candidatures indépendantes
* Informatiser les listes électorales.

2.3.6. Commission électorale nationale indépendante (CENI) :
* Assurer son indépendance effective dans son organisation interne
* Prévoir dans ses attributions la révision des listes électorales
* Prendre en charge les délégués des différents partis dans les bureaux de vote
* Envisager à long terme la création d’un corps d’Administrateurs électoraux (corps de fonctionnaires permanents chargés des opérations électorales).

2.3.7. Conseil supérieur de l’information (CSI)
* Lui donner sa dimension d’institution créée par la loi
* Assurer l’indépendance effective du “4e pouvoir”
* Revoir sa composition, ses attributions, la désignation de son président.

2.3.8. Recomposition de la scène politique nationale selon le processus chronologique suivant :

2.3.8.1. Mise en place d’une Commission ad hoc consensuelle composée de :
– 1/3 : Partis politiques de la majorité présidentielle
– 1/3 : Partis politiques de l’opposition
– 1/3 : Société civile
Cette Commission sera chargée de préparer les textes en vue de la modification :
* De la Constitution notamment en ses articles :
– 37 (cf. solution 2.3.1.)
– 80 (cf. recommandation 2.2.9. pour la Chambre des représentants)
– 126 et 127 (cf. solution 2.3.2 pour la Cour suprême)
* Du code électoral
* de la CENI
* du CSI
* de la Charte des partis politiques
* du financement équitable des partis politiques
* du statut de l’opposition
* de l’égal accès des partis politiques et des organisations de la société civile aux médias d’Etat.

2.3.8.2. Mise en place d’un gouvernement d’Union nationale de large ouverture composé des Partis politiques de la majorité présidentielle, des Partis politiques de l’opposition et de la Société civile.
Ce gouvernement sera chargé d’examiner et d’adopter les projets de lois élaborés par la Commission ad hoc en vue de leur transmission pour adoption à l’actuelle Assemblée nationale.

2.3.8.3. Dissolution de l’Assemblée nationale et des Conseils municipaux.

2.3.8.4. Organisation des élections législatives et municipales sur la base des nouveaux textes.

2.3.8.5. Projet de chronogramme
Septembre-Octobre 1999 :
– Mise en place d’un gouvernement d’union nationale
Octobre-Novembre et Décembre 1999 : Travaux de la Commission ad hoc
Mars-Avril 2000 :
– Dissolution de l’Assemblée nationale et des conseils municipaux
– Application de l’article 50 de la Constitution mais en prévoyant des dispositions spéciales en ce qui concerne les communes dont les mandats expirent normalement en février 2000.

III. DOMAINE ECONOMIQUE

3.1. Principales causes de la crise :
Elles trouvent leurs sources dans :

3.1.1. L’absence de transparence et de rigueur dans la gestion de la chose publique.

3.1.2. L’affairisme des responsables politiques à travers le trafic d’influence, les détournements, la corruption, les surfacturations, l’enrichissement illicite et la constitution de sociétés prête-noms appartenant soit aux proches soit à des relations des personnalités du monde politique.

3.1.3. L’impunité des crimes économiques avec l’existence de dossiers sans suites judiciaires établis par l’Inspection générale d’Etat, l’Inspection générale du ministère de l’Economie et des Finances et les enquêtes parlementaires.

3.1.4. L’inégalité dans la répartition des revenus et les disparités régionales résultant d’une mauvaise répartition des investissements au plan national.

3.1.5. Le comportement, l’arrogance et le mépris de certains nouveaux riches à l’égard de la population.

3.1.6. L’attribution non transparente des marchés publics.

3.1.7. Les privatisations non transparentes dans leur bien-fondé pour certaines sociétés d’Etat, leur opportunité, le choix des attributaires et l’indemnisation des déflatés.

3.2. Recommandations

3.2.1. Respecter la Constitution notamment en ses articles 72, 73, 74, 75 et 77 pour ce qui est des Hauts responsables desquels doit venir l’exemple. Ces articles ont trait aux incompatibilités entre l’exercice de leurs fonctions et leurs intérêts privés ainsi qu’à la déclaration de leurs biens.

3.2.2. Appliquer strictement les textes relatifs à la gestion de la chose publique y compris en matière d’attribution des marchés publics.

3.2.3. Répartir de façon juste et équilibrée, les investissements publics et ceux des Organisations non gouvernementales (ONG) au plan national.

3.2.4. Veiller à une meilleure gestion et à un octroi plus équitable des fonds destinés à la lutte contre le chômage, la promotion de la femme et celle des Petites et moyennes entreprises et industries (PME/PMI)

3.2.5. Mettre en oeuvre une véritable politique de répartition des revenus.

3.2.6. Dans le cadre des privatisations, veiller d’une part à l’intérêt national et à l’attribution non partisane, et d’autre part soigner les mesures d’accompagnement relatives aux travailleurs.

3.2.7. Redynamiser la police économique au niveau de la Direction générale de la Police nationale et la cellule économique au niveau de la Gendarmerie pour initier les enquêtes préventives ou répressives en matière économique.

3.2.8. Promouvoir la participation des syndicats dans les négociations avec les institutions financières internationales notamment le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.

3.3. Propositions de solutions

3.3.1. Poursuivre et punir administrativement et judiciairement les auteurs de délits et crimes économiques.

3.3.2. Rappeler à l’ordre et sanctionner au besoin les fonctionnaires en exercice qui mènent des activités lucratives.

3.3.3. Assainir et dépolitiser les attributions de marchés publics.

—–

IV. DOMAINE ETHIQUE

4.1. Principales causes de la crise :
Elles tirent leurs sources de :

4.1.1. L’effet cumulé de la crise économique et de la crise de l’éducation ressenties par les familles.

4.1.2. La perte du sens du caractère sacré de la vie humaine et du respect dû aux morts.

4.1.3. La perte des valeurs morales telles que la rectitude, l’intégrité, l’honneur, la dignité et l’honnêteté.

4.1.4. Le manque d’idéal et de civisme chez nos concitoyens doublé de la perte du sens du bien commun.

4.1.5. L’absence de conscience professionnelle qu’accompagne un laxisme ambiant aggravé par le manque du sens de l’autorité de l’Etat.

4.1.6. Le manque de respect de la déontologie professionnelle.

4.1.7. L’exploitation des différences régionales et ethniques au détriment de la cohésion nationale.

4.1.8. La dépravation des moeurs et le matérialisme débridé.

4.2. Recommandations

4.2.1. Remettre en honneur l’éducation civique, sociale et morale dans les établissements d’enseignement et de formation professionnelle.

4.2.2. Promouvoir les valeurs cardinales, morales, professionnels, culturelles afin qu’elles marquent tous les aspects de la vie.

4.2.3. Promouvoir une éducation au sens et au respect des valeurs républicaines et démocratiques dans la cité.

4.3. Propositions de solutions

4.3.1. Inviter tous les agents de l’Etat, tous les travailleurs et tous les citoyens à plus de responsabilité et de rigueur dans la gestion et le respect du patrimoine commun.

4.3.2. Rappeler aux parents le devoir d’éducation morale et spirituelle de leurs enfants.

4.3.3. Reconnaître et récompenser le mérite à tous les niveaux et éviter les promotions et décorations de complaisance.

4.3.4. Tenir compte des résultats des enquêtes de moralité dans les nominations à des postes de responsabilité politique, administrative et de gestion.

4.3.5. Revaloriser le sens du travail dans l’optique d’une économie moderne de développement.

ANALYSE DES CRIMES RESULTANT OU PRESUMES RESULTER DE LA VIOLENCE EN POLITIQUE

Dans sa réflexion sur le traitement à réserver aux crimes impunis ainsi qu’à toutes les affaires d’homicide résultant ou présumés résulter de la violence en politique, le Collège de sages en les analysant, les a classées en trois catégories :

Les crimes de sang ;
Les crimes économiques ;
Autres crimes.

Pour chaque type de crime, il a identifié les causes possibles avant de proposer un traitement allant dans le sens de la réconciliation nationale à travers la recherche de la vérité, de la justice, de l’équité et sans esprit de vengeance.
Il est apparu de tout temps au Législateur qu’une personne tout comme la société ne peut indéfiniment porter le poids d’un passé fait de haine, de cruauté, d’injustice. Un pardon est nécessaire pour s’en décharger et pouvoir s’épanouir. C’est pourquoi le Législateur a prévu la prescription en matière pénale. Le Collège de sages a par conséquent retenu le principe de la prescription.
La prescription est le délai à l’expiration duquel :
– on ne peut plus introduire une action en justice contre un délinquant si on ne l’avait fait auparavant (ce délai est de 10 ans en matière criminelle, de 5 ans en matière correctionnelle, de 1 an en matière contraventionnelle) ;
– un délinquant devient inaccessible à la sanction pénale s’il a échappé à l’exécution de la peine après jugement pendant 20 ans pour une peine criminelle, 5 ans pour une peine correctionnelle et 2 ans pour une peine contraventionnelle.
Cependant, au niveau international, il existe des cas d’imprescriptibilité : les génocides, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre sont les seuls imprescriptibles. Les nations dont la nôtre ont adhéré à cette disposition.

V. LES CRIMES DE SANG

5.1. Différentes catégories

5.1.1. Les personnes tuées dans l’exécution des coups d’Etat :
– les agressés
– les agresseurs
– les victimes par balles perdues.

5.1.2. Les personnes éliminées hors du feu de l’action des coups d’Etat (il s’agit de personnes qui ont été tuées alors que les nouvelles autorités avaient déjà la situation en main).

5.1.3. Les personnes assassinées par règlement de compte politique.

5.1.4. Les personnes décédées par suite de bavures ou de tortures.

5.1.5. Les personnes portées disparues suite à des enlèvements ou à des interpellations et dont le décès est quasi certain.

Le Collège de sages constate avec amertume que les crimes de sang suite aux violences en politique commencés en 1982 se sont poursuivis jusqu’à nos jours.

5. 2. Causes explicatives probables

5.2.1. Raisons d’ordre politique

5.2.1.1. la conquête du pouvoir par les armes

5.2.1.2. la volonté de se maintenir au pouvoir coûte que coûte

5.2.1.3. la culture de la violence comme mode de gouvernement

5.2.1.4. la culture de l’impunité

5.2.1.5 le refus de la pensée plurielle.

5.2.2. Raisons d’ordre moral

5.2.2.1. la banalisation de la vie humaine

5.2.2.2. l’abus d’autorité

5.2.2.3 l’esprit de vengeance et de rivalité.

Ces raisons sont le fait d’une mauvaise assimilation d’idéologies totalement en désaccord avec les valeurs culturelles nationales.

5.3. Traitement proposé

La recherche de la paix passe par la manifestation de la vérité et l’expression de la justice. Aussi, concernant les crimes de sang, est-il nécessaire que les coupables soient identifiés et les mobiles établis. L’aveu ou la reconnaissance des faits et la demande de pardon faciliteront la mise en oeuvre des réparations qui font partie de la démarche humaine pour la réconciliation. Il faudra de la volonté, du courage et de l’humilité tant du côté des victimes que du côté des coupables. Le Collège de sages prenant en compte tout ce dont notre peuple a déjà souffert, recommande la non application de la peine de mort comme sanction.
Trois (3) situations ont été prises en compte dans le traitement :

– Les crimes récents, détonateurs de la crise actuelle dont le traitement rapide peut faciliter la marche du peuple vers la paix sociale ;
– Les crimes non prescrits ;
– Les crimes prescrits.

5.3.1. Les crimes récents

– Affaire David Ouédraogo
– Affaire Norbert Zongo et ses compagnons
– Affaire Pépin Auguste Ouédraogo.

5.3.1.1. Propositions de solutions

. Faire toute la lumière sur ces affaires, sans passion, sans pression et sans parti pris ;
. Prendre toutes les mesures utiles pour accélérer l’instruction des dossiers ;
. Inculper tous les auteurs, commanditaires et complices conformément aux règles du droit ;
. Rendre la justice en toute liberté et équité dans des délais raisonnables ;
. Appliquer effectivement les sanctions prononcées à l’exclusion de la peine de mort.

5.3.1.2. Recommandations :

Le Collège de sages recommande aux autorités :

. Que la tombe de David Ouédraogo soit montrée à sa famille ;
. que des excuses officielles soient présentées à toutes les familles des victimes accompagnées d’une demande de pardon ;
. que les veuves et orphelins des victimes soient pris en charge par l’Etat sur la base d’un texte de loi ;
. qu’une réparation morale et financière soit accordée aux compagnons de David torturés.

5.3.2. Les crimes non prescrits

5.3.2.1. Proposition de solutions

. Ouvrir une enquête administrative sur tous les crimes ;
. informer officiellement les familles des décès si cela n’a pas déjà été fait ;
. indiquer les tombes et les lieux d’enterrement ;
. engager les poursuites judiciaires (familles ou Procureur du Faso) ;
. dire le droit en toute liberté et équité ;
. restaurer la dignité et l’honorabilité des victimes ;
. dédommager les ayants droit.

Suite à l’examen des crimes de sang, le Collège de sages rappelle au peuple burkinabè et aux acteurs de la vie politique nationale en particulier, que la violence comme moyen de conquête du pouvoir est humainement intolérable, culturellement inadmissible et contraire à la Constitution. Aussi, l’article 167 doit-il être rigoureusement respecté dorénavant.

5.3.2.2. Recommandations

Le Collège de sages recommande :
. La proscription au Burkina Faso de l’élimination physique comme mode de règlement des conflits politiques ;
. La reconnaissance effective et l’acceptation du droit à la différence ;
. La prohibition effective de la pratique de la torture et autres traitements cruels, inhumains et dégradants ;
. La prise de dispositions pour humaniser les prisons et lieux de détention en y mettant fin aux traitements dégradants pour la dignité humaine ;
. L’interdiction pour les militaires et paramilitaires du port d’arme en dehors des heures de services sauf mission ;
. L’érection d’un mémorial dans tous les chefs-lieux de province en l’honneur de tous les fils de la nation victimes de la violence en politique ;
. L’érection d’un monument national aux morts, à la mémoire de tous les soldats de notre nation tombés sur les champs d’honneur.

5.3.3. Les crimes prescrits

5.3.3.1. Proposition de solutions

. Pas de poursuites pénales des crimes de 1960 à 1988 de la prescription à l’exception de ceux pour lesquels une plainte a été déposée et est en cours de validité ;
. Ouvrir une enquête administrative pour clarifier les circonstances des arrestations et des décès des victimes ;
. Indiquer les tombes ou les lieux d’enterrement aux familles ;
. Restaurer la dignité et l’honorabilité des victimes.

5.3.3.2. Recommandations

Le Collège de sages recommande aux autorités qu’une réparation morale et financière soit faite à l’endroit des ayants droit.

—–

VI . LES CRIMES ECONOMIQUES

Contrairement aux crimes de sang qui ne concernent que certains régimes, les crimes économiques sont dénoncés depuis l’indépendance jusqu’à nos jours. A l’analyse, ces crimes deviennent de plus en plus graves quant à l’ampleur et au volume des malversations, des enrichissements illicites, des corruptions, etc. On assiste ainsi à une inégalité dans la répartition des richesses, une minorité de personnes s’enrichissant de plus en plus au détriment de la grande masse qui s’appauvrit.

6.1. Faits

6.1.1. l’enrichissement accéléré de certains hommes politiques,
6.1.2. le détournement de biens publics,
6.1.3. l’affairisme de certains responsables politiques et administratifs,
6.1.4. l’attribution partisane des marchés aux opérateurs économiques proches du pouvoir, aux amis politiques et à des prête-noms,
6.1.5. la gabegie,
6.1.6. l’absence de rigueur dans la manipulation des fonds publics,
6.1.7. la corruption multiforme : active, passive, rampante,
6.1.8. le trafic d’influence,
6.1.9. le bradage du patrimoine national dans le cadre de certaines privatisations qui ne tiennent pas compte des intérêts nationaux,
6.1.10. les spoliations de biens meubles et immeubles,
6.1.11. les destructions des biens collectifs et individuels (vandalisme).

6.2. Causes

6.2.1. La culture de l’impunité,
6.2.2. Le manque de suivi de la gestion de la chose publique,
6.2.3. L’incompétence de certains gestionnaires et administrateurs,
6.2.4. Le relâchement de la moralité à tous les niveaux de la société,
6.2.5. L’amour excessif de l’argent,
6.2.6. Les mauvais exemples aux échelons supérieurs,
2.2.7. Le non-respect du bien commun et/ou du bien d’autrui.

Les crimes économiques sont très graves, car, à l’instar des homicides, ils tuent. Leur gravité s’explique tant par les conséquences dramatiques qui frappent aussi bien les individus et les familles que par le fait qu’ils hypothèquent l’avenir de toute la nation. Ces crimes, par les effets pervers induits, détruisent le tissu économique, social et familial par leurs répercussions profondes et désastreuses.
Ainsi, l’attribution partisane de marchés, de surcroît aux bénéficiaires de la même sensibilité politique étouffe les petites et moyennes entreprises et dégrade, de ce fait, les conditions de vie de travailleurs et de nombreuses familles.
Par ailleurs, l’activisme effréné de responsables politiques ou administratifs, promoteurs de sociétés, prive les entreprises régulières ordinaires des moyens de développer leurs activités, aggravant ainsi le chômage. Dans le même temps, le phénomène galopant de détournements et de la corruption grève le bon fonctionnement des services et favorise non seulement l’enrichissement illicite mais encore la mauvaise exécution des marchés.

6.3. Traitement

6.3.1. Propositions de solutions

. Accélérer le traitement des dossiers d’Inspection générale d’Etat déjà transmis à la justice ;
. Mettre en mouvement tous les dossiers de crimes économiques de l’Inspection générale d’Etat, de l’Inspection générale du ministère de l’Economie et des finances et des inspections techniques des ministères en les remettant à la justice ;
. Sanctionner effectivement les coupables des faits déjà jugés et appliquer les sanctions qui seront prononcées ;
. Dénoncer, sanctionner et démettre de sa fonction toute autorité politique ou administrative affairiste ;
. Mettre un terme à l’utilisation abusive des biens publics et réduire le train de vie de l’Etat ;
. Attribuer les marchés publics en respectant scrupuleusement les textes en vigueur, selon des critères clairs et transparents, justifier l’attribution ou le rejet des soumissions aux appels d’offres et les porter à la connaissance du public ;
. Faire le bilan des différentes caisses créées sous la Révolution ;
. Faire la lumière sur les affaires des taxes routières, des timbres, de l’or (Compagnie d’exploitation minière d’or du Burkina Faso et affaire de l’or des Tribunaux populaires de la Révolution 1988), du riz (Caisse générale de péréquation) et Faso Yaar ; prendre les dispositions pour que ce genre de situation ne se renouvelle plus.

6.3.2. Recommandations

Le Collège de sages recommande :

6.3.2.1. la redynamisation de la police économique pour enquêter sur tous les cas de malversations, corruptions, enrichissements illicites, détournements de biens publics, spoliations, exonérations fiscales et douanières accordées à des sociétés et tiers.

6.3.2.2. la redynamisation des structures chargées du suivi du fonctionnement des organes de gestion des établissements publics.

6.3.2.3. un audit externe financier et comptable sur :
– l’attribution des marchés publics
– les privatisations
– la douane.

6.3.2.4. Le respect des dispositions constitutionnelles (articles 72, 73, 74, 75 et 77) pour les membres du gouvernement. L’article 77 doit être étendu à tous les présidents d’institutions ainsi qu’aux directeurs des administrations publiques et des sociétés d’Etat qui doivent déposer la liste de leurs biens à leur entrée en fonction et à la fin de leur exercice.

6.3.2.5. La création d’un espace démocratique où le peuple pourra interpeller le Chef de l’Etat, le gouvernement et les responsables d’institutions sur leur gestion de la chose publique.

VII. LES AUTRES CRIMES

Dans cette rubrique, le Collège de sages a regroupé tous les crimes qui ne sont ni de sang ni économiques mais sans que cela n’enlève rien à la gravité des faits.

7.1. Nature

7.1.1. Le terrorisme : ensemble des actes de violence qu’un régime politique entretient pour traumatiser la population et créer un climat d’insécurité et même de psychose.

7.1.2. Les disparitions : interpellations et enlèvements de personnes par des gens à la solde du pouvoir et dont on n’a plus jamais eu de nouvelles.
Ce type de crime n’est connu au Burkina Faso que depuis le Conseil national de la révolution (CNR).

7.1.3. Les tortures

7.1.4. Les séquestrations

7.1.5. Les viols

7.1.6. Les harcèlements

7.1.7. Les incitations à la criminalité par l’entretien de milices

7.1.8. Les carrières brisées.

7.1.9. L’atteinte à la cellule familiale par une idéologie qui avait pour objectif de saper les bases fondamentales de la société.

7.2. Causes

7.2.1. Le sadisme

7.2.2. Le non respect de la dignité de la personne humaine : l’homme ravalé au rang de l’animal

7.2.3. L’esprit de vengeance

7.2.4. L’abus d’autorité

7.2.5. La soif de créer le désordre

7.3. Traitement

7.3.1. Proposition de solutions

– Donner la situation actuelle des disparus,
– Ouvrir une enquête administrative pour clarifier les faits,
– Engager des poursuites judiciaires pour les crimes non prescrits en cas de plainte,
– Faire reconnaître ces crimes par leurs auteurs,
– Présenter des excuses officielles aux intéressés ou aux familles disparus,
– Réhabilité ceux qui ont eu leur carrière brisée,
– Retirer les armes irrégulièrement et illégalement détenues.

7.3.2. Recommandations

Le Collège de sages recommande :
– La reconnaissance officielle de la mort de certains disparus ;
– La prise en charge par l’Etat des ayants droit des personnes disparues ;
– L’ouverture d’une enquête pour vérifier l’existence de milices armées en vue de prendre les mesures qui s’imposent ;
– L’application stricte de la réglementation du permis de port d’armes, (enquête effective de moralité).
– La reconstitution des carrières brisées de tous ceux qui ont été brimés pour des raisons politiques (civils et militaires). vu la spécificité de l’armée, cette reconstitution doit tenir compte du profil de la carrière ;
La garantie de sécurité de toutes les personnes qui ont répondu à l’appel du Collège de sages en lui donnant des informations.

RECOMMANDATION SPECIALE

Commission vérité et justice pour la réconciliation nationale

Création et dénomination

Le Collège de sages recommande la mise sur pied d’une Commission dénommée : “Commission vérité et justice pour la réconciliation nationale”.

Mission et fonctionnement

La Commission vérité et justice pour la réconciliation nationale a pour mission d’une part, d’aider à faire la vérité sur les différents crimes et veiller au droit à la réparation et d’autre part de présider le processus de cheminement vers la réconciliation nationale en vue d’une véritable catharsis et une ferme volonté de pardon mutuel.
La Commission vérité et justice pour la réconciliation nationale se dotera des structures techniques appropriées pour l’accomplissement de ses missions.
Pour une réelle réconciliation en vue d’une vraie catharsis, le Collège de sage n’a pas cru devoir retenir à l’étape actuelle, le principe de l’amnistie au nom du droit à la vérité et à la réparation.
Cependant, le Collège de sage recommande que la structure chargée des dossiers de crimes, les traite dans le sens d’une réconciliation prévoyant notamment la possibilité du “plaidoyer de culpabilité” (Le “plaidoyer de culpabilité” consiste à prévoir les dispositions pour faciliter la manifestation de la vérité et pour réduire automatiquement les peines éventuelles de tous ceux qui choisiront de passer aux aveux sincères et de plaider coupable).
Dans le cadre de sa mission, et toujours dans l’objectif de sceller la réconciliation nationale, la Commission vérité et justice pour la réconciliation nationale proposera l’adoption d’un projet de loi d’amnistie et d’indemnisation.

Application

La catharsis suppose que les acteurs assument leurs responsabilités, reconnaissent éventuellement leurs torts devant un peuple déterminé à dépasser les écueils douloureux de son histoire afin que la demande de pardon et son octroi s’appellent mutuellement.
Pour garantir cette volonté de réconciliation, le Collège de sages recommande que l’application de la catharsis commence par le premier responsable du pays, le Président du Faso. Il pourrait pour cela, dans un discours bref et solennel déclarer face à la Nation qu’en tant que premier responsable :
– Il assume l’entière responsabilité de ce qui s’est passé et qui traumatise notre peuple ;
– il demande pardon au peuple ;
– il promet que de telles pratiques n’auront plus cours ;
– il s’engage à travailler à l’avènement d’une société plus humanisée et plus consensuelle.

Composition

Le Collège de sage recommande :

1. Que pour plus d’efficacité et d’objectivité, les principaux acteurs de la scène politique de la période incriminée (de 1960 à nos jours) ainsi que les groupes politiques qui par nature sont nécessairement partisans ne soient pas membres de la Commission vérité et justice pour la réconciliation nationale.

2. Que la Commission soit composée de :
– Représentants des mouvements des droits de l’homme
– Représentants des Associations de femmes
– Représentants des autorités coutumières et traditionnelles
– Représentants des communautés religieuses
– Représentants des paysans
– Représentants des syndicats
– Représentants des retraités
– Représentants de l’ALDRO
– Représentants des élèves, étudiants et jeunes
– Personnes ressources issues de la société civile.

3. Que les organisations parties prenantes désignent comme représentants, des membres acquis à la cause de la paix sociale et à l’esprit de réconciliation nationale.

4. Que dans l’exécution de sa mission, la Commission recoure en cas de besoin au service de toutes les compétences utiles.

5. Que la mise en place de la Commission vérité et justice pour la réconciliation nationale intervienne dans la période septembre – octobre 1999.

CONCLUSION

L’histoire de notre pays est émaillée de crises socio-politiques multiples, plus graves les unes que les autres, avec des particularités et des solutions liées à la nature des régimes qui les ont assumées.
A l’origine de telles crises, et cela est principalement vrai pour celle présentement vécue, s’inscrivent la rupture de confiance et le déficit de dialogue entre les acteurs politiques et les populations d’une part et d’autre part entre le pouvoir et l’opposition.
Or, la confiance, source de légitimité et le dialogue sont le fondement de tout état moderne, et démocratique dont la gestion repose, avant tout, sur la responsabilité. Aussi, l’espoir de vivre enfin une véritable démocratie, appelle à stigmatiser les solutions expéditives ou militaires auxquelles hélas, notre pays a payé un lourd tribut.
C’est pourquoi, le regard doit dorénavant se détourner du passé, de ses promesses de développement dans la liberté et la justice. Une telle perspective ainsi que l’intérêt supérieur de la Nation, commandent à la classe politique de cultiver le sens de la responsabilité dans l’éducation et la formation des populations, dans les débats d’idées et dans la bonne gouvernance.
Ensemble et dans le respect, non seulement des valeurs humaines universelles mais aussi de nos valeurs culturelles propres, le devoir nous impose de puiser chacun, dans la profondeur de ses ressources, les éléments nécessaires à l’acceptation d’une catharsis collective. Une telle démarche sera entreprise dans l’esprit d’un cheminement vers la réconciliation des coeurs en vue de reconstruire la paix sociale, condition indispensable au développement durable dans un monde en pleine mutation.
La mise en oeuvre de conditions propices à la manifestation de la vérité dans les événements, facteurs de troubles, facilitera sans nul doute, les démarches préalables au pardon et à la décrispation sociale. Ces démarches devront être sous-tendues par un ensemble de mesures visant à établir la vérité et promouvoir la justice, soulager les consciences et à restaurer la confiance et le dialogue. Pour ce faire, un train de décisions politiques s’impose nécessairement.
Le présent rapport, après analyse des causes profondes de la crise met en relief un certain nombre de propositions de solutions dont l’application relève du très court terme.
Il formule également des recommandations dont certaines devraient connaître une mise en oeuvre rapide ; les autres relevant d’actions à entreprendre à moyen ou long terme.
Cependant, le Collège de sages est conscient que dans la conduite des hommes et des affaires de l’Etat, les textes quelle que soit leur qualité, ne suffisent pas en eux-mêmes à résoudre tous les problèmes. Leur efficacité, dépend des hommes qui les appliquent.
En conséquence, le Collège de sages lance un appel solennel au peuple burkinabè, à ses dirigeants, aux partis politiques et à l’ensemble des organisations de la société civile, afin que, dans une commune volonté de vivre ensemble, nous nous engagions tous, dans un effort de sursaut national, pour assurer la survie et la prospérité de notre pays.

APPEL DU COLLEGE DE SAGES AU PEUPLE DU BURKINA FASO

Notre pays vit depuis sept (7) mois une crise profonde qui perdure et s’étend à tous les secteurs de la vie nationale.
La paix sociale fortement secouée reste toujours gravement menacée.
Face à ce constat, nous devons observer un temps d’arrêt et de réflexion pour tirer les leçons qui s’imposent.
Nous devons marquer une pause pour trouver ensemble les voies et moyens conduisant à l’instauration et au maintien de la paix sociale ainsi qu’à la réconciliation nationale.
Ces voies et moyens doivent nécessairement passer par la vérité, la justice et le pardon.
Justice aussi parce que les coupables doivent demander pardon, en toute humilité, réparer leurs fautes et s’engager à ne plus recommencer.
Courage et magnanimité à ceux qui ont été meurtris pour accorder le pardon.
– Le Collège de sages est convaincu que le peuple Burkinabè saura puiser dans ses propres valeurs les ressources nécessaires pour tourner cette page douloureuse de son histoire.
Il y va de l’avenir de notre pays.

RAPPORT ADOPTE LE 30 JUILLET 1999

Ont signé :

Sangoulé LAMIZANA, Saye ZERBO, Jean-Baptiste OUEDRAOGO, Monseigneur Anselme SANOU, Monseigneur Paul OUEDRAOGO, Boinzenwendé Freeman KOMPAORE, Yemdaogo Jean-Charles OUEDRAOGO, Mama SANOU, El Hadj Mahamoudou TIEMTORE, Tibo Augustin CONGO, Sidiki SANOU, Bila Charles KABORE, Moussa KONE, Maurice Arsène OUEDRAOGO, Mme Henriette BARY, Mme Pauline HIEN WINKOUN

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Mémorandum sur les évènements du 15 octobre 1987 https://www.thomassankara.net/memorandum-sur-les-evenements-du-15-octobre-1987/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=memorandum-sur-les-evenements-du-15-octobre-1987 https://www.thomassankara.net/memorandum-sur-les-evenements-du-15-octobre-1987/#respond Mon, 11 Sep 2006 08:30:00 +0000 http://thomassankara.net/wp2016/memorandum-sur-les-evenements-du-15-octobre-1987/ Nous vous livrons ci-dessous de très larges extraits du mémorandum sur les évènements du 15 octobre 1987 que nous avons tirés du livre de Sennen Andriamirado “IL s’appelait Sankara”et du numéro 33 de la revue Politique Africaine.  Ce document, réalisé par les membres du Front populaire est une justification du coup du 15 octobre et […]

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Nous vous livrons ci-dessous de très larges extraits du mémorandum sur les évènements du 15 octobre 1987 que nous avons tirés du livre de Sennen Andriamirado “IL s’appelait Sankara”et du numéro 33 de la revue Politique Africaine. 

Ce document, réalisé par les membres du Front populaire est une justification du coup du 15 octobre et de l’assassinat de Sankara alors alors que ceux qui le soutenaient encore étaient soit emprisonnés, soir assassinés, soit en exil ou n’avaient tout simplement pas la parole . Nous aurions bien sur aimé pouvoir vous produire un contre mémorandum mais celui-ci n’existe pas malheureusement pas.

Nous considérons cependant qu’il nous appartient de porter ce document à votre connaissance pour que vous puissiez vous faire votre opinion vous-même.

Nous avons aussi cependant mis en ligne des commentaires, ceux effectués par Sennen Andriamirando après les résultats de son enquête publiés dans l’ouvrage ‘Il s’appelait Sankara” et les commentaires de le numéro 33 de la revue Politique africaine (voir à l’adresse http://www.politique-africaine.com) . Vous trouverez ces commentaires à l’adresse http://www.thomassankara.net


 

Mémorandum sur les évènements du 15 octobre 1987

 

 

Cette crise politique n’était que le reflet d’un profond marasme économique et social auquel avait conduit la politique volontariste impulsée par le président du CNR, le capitaine Thomas Sankara depuis environ deux ans.

Ainsi, les maux de notre société néo-coloniale plutôt que d’être amoindris, n’ont connu souvent qu’une apparente régression, malgré l’immense mobilisation populaire dès le lendemain du 4 août 1983, connaissant‘même parfois, une résurgence nouvelle et amplifiée.

Le présent mémorandum se veut une analyse critique de la situation interne qui s’est développée au sein de la Révolution démocratique et populaire (RDP); une Révolution qui a triomphé en l’absence de l’organisation d’avant-garde de la classe ouvrière et qui se devait forcément de résoudre prioritairement et correctement cette question politique et organisationnelle l’unité des révolutionnaires et de leur constitution en parti, question qui pose en réalité celle de la direction conséquente de la Révolution.

Origine de la déviation

I1 fut créé le Conseil national de la révolution, un organe de direction dont la nature, la composition, les attributions et le fonctionnement étaient des plus imprécis …

Le CNR constituait cependant un bien curieux Front dans la mesure où l’adhésion des organisations politiques se faisait sur la base de la représentation bien limitée, alors que celle des militaires se faisait sur des bases non définies mais apparemment individuelles. Par ailleurs, il n’y avait en réalité au sein du CNR aucune différence entre représentants d’organisations et individus. Les uns comme les autres étaient sur le même pied d’égalité et les représentants des organisations étaient appelés à agir et à réagir à titre individuel.

Créé le 4 août 1983, le Conseil national de la révolution n’a été doté de textes de fonctionnement (statuts, règlement intérieur) qu’en 1985.

Néanmoins, un début d’organisation interne s’amorça en octobre 1985 au sein du CNR avec la création d’un Comité central, d’un Bureau politique et des cellules de base.

Le Comité central comprenait alors quatre représentants de l’Union de lutte communiste-reconstruite (ULC-R) et des éléments militaires au nombre de vingt. Les autres membres du CNR, exclusivement militaires furent organisés en cellules du CNR. Depuis ce moment, seul le Comité central se réunissait hebdomadairement et il n’y eut plus d’Assemblée générale du CNR.

Par ailleurs, en novembre 1986, un élargissement du CNR s’opéra dans la confusion à des individus. Cette intégration de personnes individuelles se fit sans respect des normes statutaires (critères et instances de sélection, stages, etc.) et fut en réalité une manœuvre par laquelle les amis du Président et ses proches accédèrent à l’organisation et au Comité central. On pouvait y compter notamment la Secrétaire particulière du Président, les éléments de la sécurité présidentielle et des départements techniques de la Présidence …

Quelques résolutions et décisions prises n’étaient point rendues publiques ni appliquées tant que le président du CNR n’y portait (sic) un intérêt particulier. Ainsi, les recommandations concernant l’encouragement à la production et à la consommation nationales à travers notamment la création d’une structure spécialisée à même de faire des propositions justes et applicables furent abandonnées au profit d’initiatives spectaculaires et spontanéistes. Par ailleurs, les critiques faites sur l’organisation et la qualité des cadres de la Présidence furent rejetées dans les faits, au profit du statu quo. De même, les propositions du programme de travail de la commission politique qui comportaient la nécessité de faire prioritairement le bilan de la vie du CNR et de sa politique furent séance tenante retirées des points de discussions du Comité central. Et, lorsqu’une idée était retenue, dans la pratique elle était détournée. Tel fut le cas de la lutte contre la corruption, transformée en un spectacle plutôt folklorique et tapageux qui n’aboutit à aucun résultat plausible …

Quant aux réunions du Bureau politique, au début elles furent beaucoup plus rares que celles du Comité central (plus de trois mois d’intervalles parfois). I1 ne se réunissait en réalité que de façon exceptionnelle et sur des problèmes exceptionnels. Le président du CNR ne convoquait le Bureau politique que pour se donner une couverture par rapport à certaines décisions prises individuellement et qui posaient ou pouvaient poser des problèmes sur le terrain …

En réalité, le président du CNR, seul habilité à convoquer les réunions des organes dirigeants, les faisait fonctionner selon ses chances de faire adopter ici ou là des propositions particulières. Le président du CNR entreprit d’élargir le Comité central aux chefs de cellules. Mais, cette opération eut pour résultat de dessiller progressivement les yeux de la plupart de ces militants, de démystifier les structures dirigeantes (Comité central, Bureau politique), ainsi que le charisme du capitaine Thomas Sankara. Aussi, l’on comprend qu’à partir d’août 1987, le Comité central ne se soit plus réunit (sic)…

Au Bureau politique, le Président disposait de quelques appuis qui lui permettaient d’imposer ses vues. Mais, cela devenant de plus en plus difficile, il se replia en définitive sur son Secrétariat politique créé de toute pièces et sur mesure. Là, se retrouvèrent à une exception près, les inconditionnels du Président, ses proches collaborateurs au niveau de la Présidence du Faso, « larbinisés » au plus haut point …

L’article 27 des mêmes statuts [ceux du CNR] précise que « la direction est collective à tous les niveaux et la responsabilité individuelle. La discipline librement consentie veut qu’après discussion, les décisions prises soient reconnues et appliquées par tous. La minorité se soumet à la majorité, les organes inférieurs aux organes supérieurs, l’individu à l’organisation ».

Ces justes principes ne furent malheureusement pas respectés dans la vie et le fonctionnement général du CNR et à leur place, s’est développée et pratiquement instaurée une discipline organisationnelle dont la référence essentielle était devenue le président du Conseil national de la révolution.

L’absence de collégialité et de démocratie interne véritables, faisaient que tant qu’une proposition n’était empreinte de la marque personnelle du Président, elle ne pouvait être considérée comme définitivement acquise …

Les manifestations de la déviation

Le premier responsable de l’État se fit le détenteur quasi absolu de tous les pouvoirs et ne conçut devoir rendre compte qu’à sa propre conscience. C’est ainsi qu’au fil des ans, il prit l’habitude de décider en dehors des structures appropriées, de ne pas tenir compte des critiques, objections ou oppositions à ses idées, de refuser de se soumettre à l’avis de la majorité lorsqu’il lui arrivait de faire discuter ses projets. Seul comptait finalement pour lui ce qu’il pense et ce qu’il veut (sic). Une telle pratique du pouvoir au sommet ne pouvait qu’étouffer toute vie démocratique au sein du CNR.

Au niveau de l’exécutif, la boulimie du pouvoir amena le Président à vouloir gérer personnellement et directement les départements ministériels à la place des ministres.

La Présidence du Faso était devenue selon l’expression de ses cadres « le centre de conception, de direction et de contrôle de 1’Etat »…

Dépité par la vigilance des organisations politiques révolutionnaires et des responsables honnêtes des structures populaires qui s’opposaient aux intrigues visant à utiliser les forces progressistes de notre pays pour asseoir un pouvoir personnel, le président du CNR se livra sans retenue à une véritable campagne de dénigrement anti-groupe et anti-parti. Alors, il tentera de faire de l’organisation militaire révolutionnaire (OMR) l’unique pilier de la révolution et du pouvoir. Cette organisation exclusivement militaire qui était pratiquement en hibernation depuis le début de la Révolution démocratique et populaire s’employa à refaire peau neuve à partir d’août 1987 : on s’y attacha à la rédaction de textes fondamentaux qui jusque-là n’existaient pas. Les statuts rédigés précisaient notamment dans leur préambule que « Consciente du rôle historique qu’elle a joué pour le triomphe des tâches de la Révolution et convaincue de la nécessité de l’existence d’une véritable avant-garde, l’organisation militaire révolutionnaire se fixe comme tâche immédiate de réaliser l’union de la gauche burkinabè en vue de la création du parti marxiste-léniniste »…

Le spontanéisme était la méthode de direction prédominante au sein du CNR, et le volontarisme la ligne politique impulsée par son Président …

Au cours 4 e année de la Révolution, on a assisté à une démobilisation chronique des masses au sein des structures populaires (CDR, UFB) ainsi qu’à une déviation anarchiste, policière et militariste de certaines de ces structures. Tel fut notamment le cas de Comités de défense de la révolution (CDR) militairement formés qui s’étaient érigés en organes de terreur et de rançonnement du peuple.

La substitution du centralisme bureaucratique au centralisme démocratique… conduisait les responsables politiques et les structures dirigeantes à user de méthodes fascisantes dans la résolution des contradictions non antagoniques et le dénouement des crises politiques structurelles. Aussi, pour les masses, la démocratie révolutionnaire était devenue synonyme de dictature dirigée contre elles.

Au niveau des structures populaires, les lacunes et insuffisances vécues incombent pour une grande part à l’organe chargé de la coordination : le Secrétariat général national des CDR. La mauvaise organisation du Secrétariat, le culte du bureaucratisme et du larbinisme en son sein, le non-respect du statut général des CDR, ont largement ouvert la porte aux abus dans l’exercice du pouvoir populaire en permettant à des éléments socialement et de mauvaise moralité de se livrer impunément à des exactions, à des actes de vandalisme, créant ainsi un sentiment d’insécurité dans leur entourage …

La semaine de la femme tenue en mars 1985 avait permis de définir clairement son rôle et sa place dans la révolution démocratique et populaire … [mais] les militantes de 1’UFB étaient réduites aux tâches domestiques lors des assises des structures populaires …

L‘aile déviationniste, consciente de sa trahison des aspirations de notre peuple, voulant coûte que coûte supprimer tout foyer de résistance, utilisait l’appareil d’Etat pour tenter de liquider les syndicats à défaut de les caporaliser. En fait, cette pratique traduisait une négation de la nécessité des syndicats, en tant que forme d’organisation autonome des travailleurs. .

Tout cela exprimait une ligne politique de capitulation devant l’impérialisme et la bourgeoisie réactionnaire qui entraîna 1’infiItration progressive des éléments de la droite au sein de l‘appareil d’Etat. Ce phénomène s’intensifia à partir de la 3e et 4e années (sic) de la révolution. Pendant que les révolutionnaires étaient inquiétés, traqués à cause de leur opposition à la dégénérescence du processus, des réactionnaires qui ont fait leurs preuves dans la collaboration néo-coloniale au sein des régimes antérieurs, étaient hissés dans les hautes sphères de la hiérarchie administrative et politique du pays. Le seul mérite de ces derniers était l’étalage de leur servilité courtisane à l’endroit du chef de 1’Etat …

A l’étranger en dehors des hommes avertis, on ne connaissait plus notre révolution : on connaissait un homme. Et puisqu’aujourd’hui cet homme n’est plus, on déduit qu’il n’y a plus de révolution. Cela est bien dommage de réduire la lutte d’un peuple à un individu …

Vis-à-vis des États révolutionnaires amis, la direction du CNR se comportait en « donneur de leçon ». La révolution burkinabè est « pure et dure » et doit constituer l’avant-garde du mouvement révolutionnaire mondial ! L’on se souvient de la polémique qui s’est instaurée entre le président du CNR et le président du FRELIMO, Samora Machel, sur les accords de N’Komati parce que le président du CNR s’était érigé en donneur de leçon et n’agissait pas en camarade, procédant à un échange d’expériences. I1 en fut de même de ses ingérences grossières dans les affaires intérieures du Parti éthiopien.

Mais toutes ces erreurs, ces incohérences étaient masquées par les médias impérialistes (ces griots modernes) qui avaient trouvé en Thomas Sankara une « marchandise » qui se vend bien …

La plus grande erreur sur le plan économique réside dans la conception même de l’économie que se faisait l’aile déviationniste. Pour elle, l’économie n’est pas une science. Le président du CNR l’a déclaré publiquement à la 2e Conférence des CDR à Dédougou en avril 1987. Selon lui, l’économie n’obéit pas à des lois objectives. Elle est l’œuvre des masses qui décident de consommer  tel produit ou non. C’est pourquoi la loi de l’offre et de la demande n’existe pas. Une telle conception populiste ravale l’économie à une matière répondant à des humeurs, des caprices et autres considérations d’ordre religieux. Ceci explique pourquoi, il s’était permis de tâtonner, d‘improviser en ce qui concerne les décisions économiques.

Ainsi par exemple, il a été décidé de la construction de quatre-vingt dix magasins populaires, sans étude de marché et malgré l’opposition courageuse de certains techniciens.

A ce jour, bon nombre de ces magasins demeurent fermés. Ceux qui ont été ouverts (péniblement), connaissent de sérieuses difficultés de gestion alors que leur financement a contribué à détériorer dangereusement la situation de la maison mère  « FASO YAAR »…

« Tout ce qui sort de l’imagination de l’homme est réalisable par l’homme. » Entendez plutôt par là : « tout ce qui sort de l’imagination du Chef, est réalisable par le Peuple ». Cette absurdité philosophique fut appliquée comme un principe de notre révolution, à la gestion des affaires de 1’Etat. Une telle formule est l’expression achevée du volontarisme dans le domaine économique et c’est au nom de cette « vérité » que l’on tenta d’instituer avec force propagande, le « salaire vital »*, que « Faso Soulga » fut créée (Société de couture aujourd’hui déficitaire), que les champs collectifs furent institués pour les fonctionnaires, que les Groupements d’intérêt économique (GIE) furent créés par la contrainte, que des barrages furent construits par les populations sans études, ni encadrement technique suffisant. La plupart de ces barrages furent emportés dès les premières pluies. C’est aussi en vertu de cette « idée de génie » que l’usine de fabrication textile (Faso Fani), de plus de huit cent cinquante employés devait être fermée et remplacée par de petites unités artisanales de tissage de coton, etc.

La troisième grande déviation est l’application du principe, « tout ce qui est organisé est bureaucratique et par conséquent lent », reflet du spontanéisme et de l’improvisation dans le domaine économique. Ainsi, pendant que notre peuple réalisait son PPD (Programme de transformations socio-économiques étalé sur 15 mois et qui devait être clos le 31 décembre 1985) des actions anarchiques (initiation d’autres projets) étaient entreprises par les Départements de la présidence du Faso. Aussi, alors que notre Peuple s’attelait à réaliser certains projets de son premier Plan quinquennal de développement populaire (1986-1990) et à rechercher des financements pour les autres, les structures de la présidence du Faso parallèlement à l’exécution de ce Plan, confectionnaient d‘autres projets hors plan et en recherchaient le financement auprès des bailleurs de fonds avec pour seul argument « technique » : « le président du CNR tient personnellement à ce projet » …

Certaines mesures à caractère social, fondées sur de naïves et bonnes intentions de petit bourgeois révolté devant les horreurs de la société néocoloniale, ont été engagées malgré les critiques ouvertes de plusieurs camarades et les réserves de la majorité d’entre eux. A la pratique, ces mesures se sont révélées inopérantes et .malheureuses…

Tel fut aussi le cas de la lutte contre la mendicité qui a pris le même cours, témoignant ainsi du fait que le CNR, au lieu de s’attaquer aux racines du mal, c’est-à-dire aux causes réelles qui l’ont fait naître, s’en prenait aux simples effets …

L’une des tâches fondamentales de la révolution est la lutte contre l’analphabétisme, l’obscurantisme et pour l’accès à la connaissance, afin de doter les masses populaires, d’une base élémentaire de raisonnement rationnel et scientifique.

[Mais] il n’était possible aucunement de favoriser l’émergence d’une culture nationale et progressiste, en menant le Peuple à la cravache et en l’abrutissant.

La résistance à la déviation

La phase finale de la crise, quant à elle, s’est déroulée dans le cadre de la résistance au sein du gouvernement et de certaines structures populaires … Le président du Faso ne présida plus les réunions hebdomadaires du Conseil des ministres qui se révélèrent, dans les circonstances de l’époque, pratiquement sans objet …

Mais la crise allait éclater au grand jour au sein du gouvernement avec ce qu’on a abusivement appelé « le dossier de l’information » qui a opposé un mois durant le président du CNR à des journalistes : le crime de ces journalistes était d’avoir osé porter au grand jour, la trahison des objectifs de la révolution.

Le 23 septembre 1987, le dit dossier fut introduit par le Président à l’ordre du jour du Conseil des ministres. Le principe de la sanction fut rejeté, mais le Président poursuivit ses intrigues et sanctionna les dits journalistes contre toutes les protestations.

Cependant, lorsque voulant développer sa deuxième tentative d’unification en juin 1987, il fit appel aux organisations membres du CNR, celles-ci demandèrent que l’analyse critique soit faite de la vie du CNR et de la première tentative d’unification en juin 1986.

La mise en Oeuvre du 2e processus d’unification allait entraîner un clivage entre les Organisations. Ce clivage a opposé l’ensemble des autres organisations à l’ULC(R) que le président du CNR utilisait à son gré pour saboter le processus unitaire envisagé par les révolutionnaires et imposer sa vision mystique et autocratique de l’unification … Les autres organisations qui l’avaient si bien compris développèrent alors des contacts entre elles (UCB, GCB, ULC) pour créer des conditions favorables à leur rapprochement politique et à l’unité d’action contre la déviation …

Au-delà de l’apathie et de la démobilisation générales … la résistance organisée au niveau des structures s’était caractérisée par des campagnes de rejet des mots d’ordre de la direction …

Ce fut le cas des décisions relatives aux constructions dans les centres urbains qui faisaient obligation de respecter un lot de contraintes fantaisistes avec effet rétroactif. ..

Le Comité d’université de Ouagadougou (CUO), le Bureau national des élèves, ainsi que la 2e Conférence nationale des CDR d’universités brillèrent dans cette lutte courageuse de résistance à la déviation.

De toute évidence, les structures populaires ne voulaient plus de ces méthodes autocratiques de direction et de la politique incohérente et dangereuse du président du Faso. Qu’il s’agisse des structures populaires civiles ou militaires, la résistance à ces déviations se traduisit par le refus d’exécuter de nombreux mots d‘ordre et le Secrétariat général national des CDR, organe d‘exécution des sombres projets du président du CNR, ne put rien contre cette résistance.

L’exacerbation finale de la crise

.. Le Président du CNR, battu et isolé sur le plan politique, s’était résolu à faire usage de la force pour asseoir son pouvoir personnel. Quelques faits illustrent mieux cette situation.

Persévérant dans ses erreurs démocratiquement combattues par les instances dirigeantes et la quasi-totalité des structures organisationnelles de la révolution qui avaient choisi la désobéissance aux mots d’ordre de dénonciation de la direction comme méthode de résistance, le président du CNR, dans sa vision militariste du pouvoir, allait tenter un regroupement autour de la personne dans l’Organisation Militaire révolutionnaire (OMP). Mais ce projet se révéla très vite dangereux, parce qu’il fallait auparavant réussir à éjecter les principales têtes de la fraction populaire et antimilitariste de cette organisation.

La réunion de 1’OMR du 3 septembre 1987, au cours de laquelle le capitaine Blaise Compaoré et ses compagnons de résistance furent à tort accusés d’être les auteurs de tracts d’opposition au président du CNR, a incontestablement incarné les moments les plus tendus dans les annales de la crise. C’est au cours de cette réunion que le capitaine Blaise Compaoré a publiquement dénoncé l’organisation militaire révolutionnaire (OMR) comme un regroupement militariste incompétent dans les questions de la mobilisation, de l’organisation et de la sensibilisation du Peuple.

I1 dénonça également l’arbitraire qui frappait les révolutionnaires non militaires. Mais aucune leçon ne fut tirée de cette réunion qui se termina dans la crispation généralisée.

L’incident de Tenkodogo le 2octobre 1987 en fut un des multiples rebondissements. En ce jour anniversaire du DOP le président du Bureau national des étudiants parlant au nom de la Jeunesse dans son ensemble, dénonce publiquement la déviation militaro-fasciste du processus. Le président du CNR considère ce discours comme une attaque contre sa personne et décide de sanctionner l’étudiant qui n’a pourtant été qu’un porte-parole des structures révolutionnaires de la Jeunesse. La crise politique devint alors pratiquement ouverte, quand le Pouvoir révolutionnaire provincial (PRP) du Houet (2e Province du pays) se prononça publiquement en faveur du discours des structures de la Jeunesse.

Pris de panique face à l’opposition généralisée des révolutionnaires qui se dessinait, et à la faveur d’une autocritique individuelle arrachée par la suite au président du bureau national des étudiants, le président du CNR entreprit de diviser leurs rangs en sanctionnant avec le complicité de certains de l’Union des luttes communistes (ULCR), des éléments du PRP du Houet. Mais ce plan machiavélique qui consistait  à dresser les structures et les unes contre les autres en vue de les affaiblir pour les mater isolément n’eut pour effet que l’accentuation de la crise qui se développait de plus belle par les dénonciations publiques des méthodes de direction autocratiques du président du CNR ainsi que de l’opportunisme et de la corruption des derniers de ses fidèles. Mais ce fut vain.

Manifestement il apparaissait de plus en plus clairement que le président du CNR n’entendait ni reconnaître ni corriger ses erreurs ; c’était pourtant la seule voie qui restait pour la résolution démocratique de la crise.

La réunion au siège du Conseil de l’Entente, le jeudi 8 octobre 1987 à 19 heures qui avait regroupé les Chefs historiques de la révolution sur convocation du président du CNR et l’atmosphère qui l’a caractérisée, avaient achevé de convaincre que la résolution démocratique de la crise était désormais impossible. L’ordre du jour portait sur la double question du discours de la Jeunesse à Tenkodogo et le soutien du PRP du Houet et l’objectif était de chercher un appui pour réprimer. Mais les autres chefs historiques de la révolution, en vertu de leur attachement aux principes organisationnels, et à la cause du Peuple (c’est d’ailleurs là leur point de ralliement avec les masses) ont voulu chercher à mieux comprendre le problème et à proposer d’autres solutions tout en affirmant que la tentative de prendre des sanctions était arbitraire.

Déçu le président du CNR les quitta précipitamment en leur claquant la porte au nez, matérialisant ainsi la rupture du dialogue. De retour au Palais, il décida de passer à la violence et téléphona au commandant de la gendarmerie (un de ses fidèles)  pour donner l’ordre d’arrêter les capitaines Blaise Compaoré et Henri Zongo, tout en précisant qu’il s’occuperait dès que celui-ci rentrerait dans sa tournée à l’ouest du pays.

Le commandant de la gendarmerie, bien conscient des limites de ses forces, rétorqua que cela n’était pas opportun, car selon lui, la situation dans l’armée risquerait d’être non maîtrisable : qu’il avait raison!

Ce projet échoua sur cette argumentation et le président du CNR, par mesure de sécurité et de discrétion, entreprit de téléphoner à 22 heures au capitaine Blaise Compaoré pour s’excuser de son comportement à la réunion de 19 heures. Cette méthode était de toute façon bien connue : jouer au repenti et à l’innocent quand il prépare ses intrigues.

En effet après s’être excusé, il fait mettre en alerte dans la même nuit, les unités militaires dont les chefs lui étaient fidèles, c’est-à-dire l’Escadron de transport et d’intervention rapide (ETIR) à Kamboinsé (12 km au nord de la capitale), la Brigade d’intervention aéroporté (BIA) à Koudougou (100 km de l’ouest), la Force d’intervention du ministre de l’Administration Territoriale et de la Sécurité (FIMATS) à Saaba (10 km à l’est) et la garde présidentielle. Elles resteront ce jour en alerte jusqu’au matin, à l’insu du commandant en chef du haut commandement des forces armées populaires (commandant Lingani) et du commandant de la 5 ème région militaire (le capitaine Blaise Compaoré) de qui ces unités relèvent pourtant à l’exception du BIA..

Irrégulièrement, cet état d’alerte va se poursuivre, jusqu’au 15 octobre 1987. Parallèlement, et conformément à son subtil jeu de fourberie et de démagogie, le président du CNR donnait publiquement l’apparence que tout allait pour le mieux et qu’il n’y avait pas de crise. C’est ainsi que pour mieux voiler la crise au sein de l’OMR après la réunion du 3 septembre (cette crise étant de plus en plus présente dans la rumeur publique), il fait rédiger une note interne à l’OMR mais qui fut portée par voie officielle à la connaissance de tous les membres du CNR, organisations y comprises. Dans cette note il était démagogiquement spécifié qu’il “n’y avait aucun problème au sein de l’OMR, ni entre les quatre chefs historiques de la révolution”. Cependant, on y précisait de façon paradoxale que “désormais l’OMR considère que celui qui s’attaque au président du CNR s’attaque à elle et à la révolution”. C’était bien là l’expression concentrée du militarisme le plus éculé et la preuve manifeste que la situation était explosive.

Devant cette situation et le risque d’explosion, les camarades du Centre national d’entraînement commando (CNEC) de Pô détachés à Ouagadougou se concertent pour trouver une solution à la crise.

C’est ainsi que le 14 octobre 1987, une réunion fut convoquée par le chef de détachement au Conseil de l’Entente. Cette réunion regroupait les éléments du Palais de la présidence (favorables au capitaine Sankara), du Conseil de l’Entente, du détachement du BIA de Koudougou et une délégation de Pô.

Devant l’ambiance surchauffée, le chef de détachement, initiateur de la réunion suspend et fait convoquer pour le 15 octobre au matin une autre réunion limitée cette fois aux cadres précitées et aux délégués des soldats.

C’est à l’issue de cette rencontre que les éléments favorables au capitaine Blaise Compaoré, seront informés par certains de leurs camarades du Palais de la présidence des ordres données par un vaste complot dit “opération de 20 heures”, complot visant à éliminer le capitaine Blaise Compaoré, le commandant Lingani et le capitaine Henri Zongo.

Le chef de corps de l’ETIR (Koama) avait reçu quelques jours auparavant, plus d’un million de francs de la présidence pour mettre en état de marche son arsenal de guerre. Il s’agissait de l’achat de batteries pour les engins blindés AML 90.

Dans le même temps, le mercenaire Vincent Sigué, responsable de la FIMATS récupérait une énorme quantité de munitions en signant à la place du commandant de la  5 ème région militaire, qui n’était autre que le capitaine Blaise Compaoré.

Le jeudi 15 octobre, Koama demande à tous ses éléments de rejoindre le corps avant 15 heures.

A la base aérienne révolutionnaire (BAR), les partisans du capitaine Sankara avait préparé quatre avions militaires (SIAI Merchetti) qui avait pour mission d’empêcher toute avancée éventuelle des troupes de Pô sur Ouaga. Par ailleurs, ils avaient déjà fait sortir certaines armes et munitions et saboté d’autres en leur enlevant les percuteurs.

Devant ces préparatifs, la capitaine Henri Zongo alerté, entre en contact téléphonique avec le lieutenant Sanogo Elisée, adjoint à l’ETIR, pour s’inquiéter de la situation. Celui-ci lui répond qu’il peut passer le voir à l’ETIR s’il veut plus d’informations et que dans tous les cas, ils se verraient au siège du CNR dans la soirée. Quelle arrogance et quelle suffisance à l’endroit d’un supérieur hiérarchique!

Le spectre de la guerre civile était menaçant ; le président du CNR était manifestement l’initiateur principal de ce complot ourdi contre l’ensemble du peuple, de ses révolutionnaires conséquents dont notamment la fraction saine et populaire de l’armée. Il entendait faire du rendez-vous de 20 heures un moment décisif dans les annales de son autocratie. C’est bien conscient de la vive tension qui opposait, après leur assemblée générale du jeudi matin, des éléments de la sécurité du Palais et ceux du Conseil, que le président du CNR entreprit de respecter son calendrier de manière innocente et inoffensive pour ne pas attirer des soupçons quant à son projet. La convocation (comme prévu) de la réunion du secrétariat permanent du CNR du 15 octobre 1987 à 16 heures sous sa présidence n’était donc en fait, qu’un banale mesure de sécurité destinée à voiler le complot de 20 heures et un moyen pour ses hommes de main de vérifier dans la discrétion, son dispositif de guerre au siège du Conseil de l’Entente.

Mais c’était sans compter avec la vigilance des éléments affectés à la sécurité au siège du CNR et celle de certains éléments de la garde présidentielle elle-même. Informés à temps par ces militaires patriotes, les révolutionnaires sincères se sont insurgés, déjouant ainsi le complot de 20 heures et évitant à notre peuple un bain de sang inutile. En effet, cet immonde complot aurait inévitablement engendré une effroyable guerre civile mettant aux prises l’alliance réactionnaire des éléments militaristes (dont les chefs militaires corrompus des unités citées plus haut et des mercenaires à la solde du président) et l’ensemble de notre peuple militant, notamment sa fraction armée dont la ferveur à défendre les acquis de la révolution est inégalable. Et l’histoire confirme déjà que le président du CNR lui-même n’aurait pu survivre à cette guerre civile. Les ambitions du mercenaire Sigué Vincent étaient des moins courtoises… à l’endroit du président du CNR son maître, dont il avait programmé l’éviction et l’assassinat le 20 octobre 1987, soit 5 jours après l’exécution conjointe de leur complot. En effet, depuis son retour en septembre 1987 d’une mission à Cuba, ce mercenaire se préparait fiévreusement à assure la direction de l’État. Pour cela il prenait des cours en économie politique.

Les documents saisis sur lui après l’avènement du processus de rectification témoignent qu’il avait déjà choisi sa deviser et son drapeau national pour marquer l’ascension du “mouvement du 20 octobre” sous la houlette de “forces révolutionnaires combattantes” composées de la FIMATS et de nombreux mercenaires.

C’était certes là une illusion et une grande sous-estimation des forces de la fraction armée du peuple, mais c’est tout de même une preuve que la guerre civile qui se dessinait allait être effroyable. Mais revenons aux évènements de l’après-midi du 15 octobre 1987. Au cours de ces évènements, les signes du complot de 20 heures en préparation se dessinaient nettement.

Sigué se trouvait sur la route de Saaba (10 km à l’est de Ouagadougou) avec ses éléments. Les coups de feu de 16 heures éclateront alors qu’il y fait sa reconnaissance et l’on comprend sa surprise légitime lorsqu’il s’est écrié : ” Pourquoi tirent-ils maintenant. C’était prévu pour 20 heure!” IL prendra la fuite vers le Ghana avec plus de 2 millions de francs CFA, quand il comprit que le complot avait échoué.

A la BAR, les partisans du capitaine Sankara firent une distribution sélective des armes dès les premiers coups de feu et après la lecture de la proclamation du Front Populaire annonçant la défaite du capitaine Sankara, un de ses partisans, dépité, entreprit d’exécuter un bombardement aérien de la Radiodiffusion et de la zone du Conseil de l’Entente. Il fut rapidement neutralisé grâce à la vigilance des camarades qui veillaient à la sécurité des lieux.

A la présidence du Faso, beaucoup de civils sont surpris par les évènements de 16 heures au lieu de 20 heures comme prévu. Cette surprise et ce dénouement inattendus ont poussé Boukary Kaboré dans une aventure rocambolesque qui connaîtra un dénouement heureux le 27 octobre 1987 : Kaboré Boukary, dit le “lion” du Bulkiemdé, a été un autre rêveur, candidat à l’accession à la tête de l’État. Ce tortionnaire bien connu des populations de Koudougou y était méprisé et redouté tant par ses actes de répression arbitraire contre les populations. Une proclamation abandonnée dans sa tanière, après sa déroute, témoigne éloquemment que même les fous rêvaient de prendre les rênes de l’Etat.

Chez les civils fidèles au président, les singes préparatoires d’une guerre imminente étaient visibles. C’est le cas de Dondassé Eugène (ancien ministre des Finances du CNR) qui, à la surprise générale de tout son personnel, est venu dès le matin du jeudi 15 octobre en armes dans bureau tout comme Fidel Toé, ministre de la Fonction publique. C’est aussi le cas de Just Tiemtoré, ministre de l’information qui déclara dès les premiers coups de feu aux agents de la présidence où il se trouvait : “N’ayez pas peur, c’est le camarade président qui règle ses comptes avec les imbéciles”. Il en est de même de Fidèle Toé.

Au regard des multiples péripéties de cette crise profonde qui aura sérieusement éprouvé les révolutionnaires burkinabé et à la lumière de l’alliance des forces révolutionnaires militaires et civiles avec l’ensemble de notre peuple militant dans la résistance et la lutte contre la déviation, le Mouvement de rectification, déclenché le 15 octobre 1987 est donc la victoire de la ligne juste sur la ligne déviationniste au sein du processus révolutionnaire.

Cependant, force est de reconnaître sue si l’aile déviationniste du CNR a pu ébranler pendant un certain temps les bases de notre processus révolutionnaire au point de faire mépriser par une bonne partie de nos masses, la révolution comme système politique de libération sociale, c’est que le mouvement révolutionnaire a connu de graves insuffisances.

Au nombre de ses insuffisances figurent :

– le manque d’implantation et de travail conséquent au sein des masses. Cette insuffisance dans le travail d’agitation et de propagande au sein des masses a conduit bon nombre de militants à choisir la voie de la résignation et du mépris pour la révolution dans les moments cruciaux de la déviation militaro-fasciste.

– La peur de la répression avec comme conséquences la passivité et l’opportunisme petit bourgeois dans les moments cruciaux et l’exacerbation de la crise.

– La manque de perspicacité dans l’analyse de l’évolution du processus qui n’a mas permis de discerner à temps toutes les subtilités anti-organisationnelles de l’aide déviationniste du CNR.

– Le développement de l’esprit “groupusculaire” au sein de nos militants, fondé sur le subjectivisme et le sectarisme dans la lutte d’hégémonie sur le terrain. Cela a eu pour conséquences l’affaiblissement du Mouvement révolutionnaire face à l’aile déviationniste et l’impossibilité de mener une résistance organisée et méthodique.

Toutes ces insuffisances ont bien sur leur racine dans le fait que les révolutionnaires ont privilégié (par le goût effréné des postes) les tâches d’appareil D’état au travail de mobilisation, d’organisation et d’éducation des masses. Ces deux tâches vont de pair et demandent une double ardeur au travail de la part des révolutionnaires.

Au regard des toutes ces insuffisances et de leurs conséquences, les révolutionnaires doivent se fixer des tâches pour, non seulement enrayer les faiblesses idéologiques et politiques de nos militants, mais aussi œuvrer à l’approfondissement de la révolution en y impliquant davantage et avant tout les masses populaires.

Les révolutionnaires doivent avoir conscience qu’ils ont à faire renaître au sein des masses la confiance en la révolution, parce que la déviation militaro-fasciste a laissé des séquelles dont la plus dangereuse est le scepticisme vis-à-vis de la révolution comme système politique de libération sociale.

Il nous faut prendre en compte cette réalité dans le développement du processus et travailler à réaliser l’unité du peuple autour du Front populaire ; l’élargissement de la démocratie en est une garantie et la réussite du processus de rectification dépendra étroitement de l’aptitude des révolutionnaires à faire triompher, par un travail assidu de mobilisation, d’organisation et d’éducation, les idées justes au sein du peuple. Cela passe aussi incontestablement par l’unité des révolutionnaires.

Les événements du 15 octobre 1987, en dépit de leur caractère tragique et violent, ne peuvent être considérés comme un mal absolu eu égard à leur signification politique et militaire :

– La victoire de la tendance révolutionnaire authentique qui a vainement tout mis en œuvre pour une solution politique de la crise.

– La sauvegarde de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale en écartant le danger d’une guerre civile.

Ces évènements constituent au contraire des raisons supplémentaires pour les révolutionnaires burkinabé, de redoubler d’ardeur et de clairvoyance politique, afin que, tirant la leçon des erreurs commises aussi bien dans le développement du processus révolutionnaire depuis le 4 août 1983, que dans la lutte contre la déviation, la révolution s’approfondisse et remporte toujours des succès…

* Salaire vital : prélèvement obligatoire à la source d’un pourcentage du revenu de tout salarié, au bénéfice de son épouse, sous prétexte de garantir la couverture des besoins de base du foyer.

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