Témoignages - Thomas Sankara Website - Officiel https://www.thomassankara.net/category/francais/documents/temoignages/ La patrie ou la mort, Nous vaincrons! Thu, 26 Mar 2026 22:09:44 +0000 fr-FR hourly 1 145130549 Assassinat de Thomas Sankara : Des confidences de papa Sankara à Jonas Hien https://www.thomassankara.net/assassinat-de-thomas-sankara-des-confidences-de-papa-sankara-a-jonas-hien/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=assassinat-de-thomas-sankara-des-confidences-de-papa-sankara-a-jonas-hien https://www.thomassankara.net/assassinat-de-thomas-sankara-des-confidences-de-papa-sankara-a-jonas-hien/#respond Thu, 26 Mar 2026 22:09:44 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=250944 Assassinat de Thomas Sankara : Des confidences de papa Sankara à Jonas Hien Publié le lundi 20 octobre 2025 à 22h10min Dans la tribune ci-après de Jonas Hien « la décision forte, prise par le Capitaine Ibrahim TRAORE, Président du Faso, Chef de l’Etat, d’instaurer un cérémonial militaire chaque jeudi du mois sur les lieux du mémorial […]

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Assassinat de Thomas Sankara : Des confidences de papa Sankara à Jonas Hien

Publié le lundi 20 octobre 2025 à 22h10min

Dans la tribune ci-après de Jonas Hien « la décision forte, prise par le Capitaine Ibrahim TRAORE, Président du Faso, Chef de l’Etat, d’instaurer un cérémonial militaire chaque jeudi du mois sur les lieux du mémorial Thomas Sankara, traduit cette détermination à faire rayonner l’idéal Thomas Sankara à travers le monde. » Pour cet acteur de la société civile qui suit de près le dossier Thomas Sankara, « la réhabilitation de Thomas Sankara est pour moi un acte qui va au-delà de la continuation de la RDP en RPP ». De ses rencontres avec le géniteur du père de la révolution burkinabè, il retient quelques confidences qu’il a bien voulu partager avec nous. Lisez !

Le 15 octobre 2013, c’était le 26è anniversaire de l’assassinat du Président Thomas Sankara. A l’occasion de la commémoration de ce 26è anniversaire, j’ai livré le message du Comité national d’organisation, au cimetière de Dagnoën. Un passage de ce discours du Comité national d’organisation disait ceci : « nous devons faire en sorte que le Président Thomas Sankara soit encore et toujours vivant, non seulement par notre détermination plus prononcée à faire rayonner son idéal à travers le monde, mais aussi à travers une unité d’action. C’est pour vous dire, qu’on le veuille ou pas, l’idéal sankariste va s’imposer à nous, car tout montre que la génération montante est déterminée à réhabiliter Thomas Sankara. Nous n’avons donc pas d’autres choix, car le seul choix qui vaille, c’est de constituer dès maintenant, une force, une unité sans faille en vue d’imposer une alternative sankariste au Burkina Faso. »

C’était comme une prémonition. Aujourd’hui, nous y sommes. Ces jeunes, ces enfants, qui venaient massivement au cimetière de Dagnoën à chaque commémoration et qui écoutaient les slogans hostiles à l’impérialisme, ont grandi et sont aujourd’hui à l’avant-garde de la réhabilitation de l’idéal Thomas Sankara. C’est la génération montante dont nous parlions. Et ils sont effectivement aujourd’hui déterminés à réhabiliter Thomas Sankara et l’idéal révolutionnaire qu’il a incarné. La décision forte, prise par le Capitaine Ibrahim TRAORE, Président du Faso, Chef de l’Etat, d’instaurer un cérémonial militaire chaque jeudi du mois sur les lieux du mémorial Thomas Sankara, traduit cette détermination à faire rayonner l’idéal Thomas Sankara à travers le monde.

Quand je revisite le passé, les différentes commémorations du 15 octobre que nous avions conduites jusqu’aux déterrements des corps au cimetière pour les besoins des tests d’ADN dans le cadre du dossier judiciaire sur la tragédie du 15 octobre, les difficultés et brimades subies par beaucoup de nos camarades parce qu’ils osaient se réclamer sankaristes ou pour avoir été collaborateurs du Président Thomas Sankara, les souffrances infligées à la famille Thomas Sankara, les tentatives d’effacement des traces de la RDP, je ne peux, à mon tour, que rendre hommage au Capitaine Ibrahim TRAORE et à ses camarades pour cette inspiration éclairée et qui montre qu’ils ne sont pas venus au pouvoir par hasard mais pour conduire un idéal vers une vie meilleure dont le peuple burkinabè est en droit de rêver.

Cet engagement fort du Président du Faso ainsi que la rencontre internationale Carrefour africain Thomas Sankara, tenue du 12 au 14 octobre 2025 à Ouagadougou, à l’occasion du 38è anniversaire, confortent les conclusions du symposium international sur l’idéal Sankara, tenu en octobre 2007 à Ouagadougou, à l’occasion du 20è anniversaire avec la participation des cinq continents du monde. En effet, les travaux de ce symposium avaient conclu qu’il faut aller vers l’élaboration d’un code d’éthique sankariste afin d’établir des points de repères de comportements que devraient avoir un Sankariste. Ce processus devrait être parachevé par la production d’un document de conceptualisation du sankarisme. En d’autres termes, donner une définition consensuelle du concept de sankarisme.

Il en résulte que les jalons sont encore relancés et permettent la poursuite de la Révolution Démocratique et Populaire (RDP) sous le format de la Révolution Progressiste Populaire (RPP). La réhabilitation de Thomas Sankara est pour moi un acte qui va au-delà de la continuation de la RDP en RPP. L’acte du Capitaine Ibrahim TRAORE et de ses camarades console les familles des parents assassinés le 15 octobre 1987, d’une part, et apaisent les esprits des ancêtres, d’autre part. En effet, le père et la mère de Thomas Sankara sont tous décédés sans avoir mis pied au cimetière de Dagnoën, après plus de 12 ans pour la mère et près de 20 ans pour le père. J’ai supplié le Vieux Joseph Sankara pour qu’il ne meure pas sans avoir vu la tombe. Il a fini par me dire qu’il est fort possible qu’il meurt sans voir la tombe et il m’a dit pourquoi. Le Vieux Joseph Sankara et moi étions des parents à plaisanterie. En effet, sa vie à Gaoua, où Thomas Sankara a fait son école primaire, avait fait de lui un Lobi de Gaoua. Il était tellement bien intégré et adopté par une famille Kambou qui lui a donné le nom de Joseph Kambou. Et Sachant que les HIEN et apparentés sont des parents à plaisanterie avec les KAMBOU, KAMBIRE et apparentés, lorsque j’arrivais à son domicile à Paspanga, il m’accueillait en parent à plaisanterie avant qu’on se lance dans des causeries. A chaque fois que je passais une semaine sans venir le voir, il envoyait s’assurer que son esclave n’a pas été enlevé par ‘’Blaise’’. A côté de lui, j’ai pu mesurer combien le père et la mère de Thomas Sankara ont moralement souffert de la trahison de Blaise Compaoré, jusqu’à mourir sans avoir vu la bombe de leur fils.

Un jour, je lui ai demandé si Thomas (c’est comme ça qu’on l’appelle en famille) était au courant de son assassinat qui se préparait, comme le disent les rumeurs. Le Vieux Sankara soupira, un silence puis me dit : « oui, c’est vrai, il était au courant ». Et suivez le récit de Feu Joseph Sankara.

« Une nuit, vers deux heures du matin, j’ai été réveillé et on me disait qu’un Monsieur voudrait me voir. Quand nous sommes assis à huis clos, il s’est présenté : il est militaire, un des commandos de Blaise à Pô. Il m’a dit qu’il vient tout droit de Pô à l’insu de ses camarades d’armes ; qu’il a pris le risque de venir me voir. Il m’informa du projet du coup d’État contre mon fils. Il m’a précisé qu’il ne s’agira pas de l’arrêter mais de le tuer. Il m’a supplié de le convaincre de quitter d’urgence le pays. Pour être curieux, je lui ai demandé si Blaise est au courant. Il m’a dit que c’est lui le cerveau du coup en préparation. Il a quitté la même nuit aux environs de trois heures du matin pour regagner Pô. C’est d’ailleurs un de tes parents mais je ne peux pas dire son nom car il est toujours en fonction. Il m’a dit que le risque qu’il a pris en venant me voir en valait la peine car il ne peut pas laisser tuer son frère Thomas.

Je suis resté assis là et j’ai envoyé appeler d’urgence Thomas à cette heure tardive. Comme je n’avais pas l’habitude de le déranger de cette façon, il a eu certainement peur car il est arrivé en catastrophe à la maison et déjà du dehors il criait en disant ‘’Papa, qu’est-ce qui se passe’’ ! Je lui ai répété mot par mot ce que j’ai entendu. Il m’a dit : ‘’Papa merci. Si c’est ça, je suis déjà au courant depuis. On me dit de quitter le pays, c’est pour aller où ! Mon pays c’est ici, je reste ici, qu’on me tue ici et qu’on m’enterre ici.’’. Il s’est levé et il est reparti. »

Une autre fois, lors de nos causeries habituelles, le Vieux Sankara déplora le comportement de Blaise Compaoré envers lui. Écoutons : « le 8 octobre 1987, j’ai envoyé appeler Blaise. Il est venu et on s’est assis ici. Je lui dis que des rumeurs circulent faisant état que ça ne va pas entre lui et son frère. C’est quoi le problème ? Blaise m’a dit qu’il a entendu aussi les mêmes rumeurs et qu’il s’agit de la manipulation politique pour le mettre en conflit avec Thomas. Il m’a dit de rester tranquille car il n’y a aucun problème entre lui et son frère Thomas. C’était donc un jeudi, une semaine avant l’assassinant de Thomas (le Vieux Sankara resta silencieux comme pour retenir des larmes, avant de continuer). Comme il m’a rassuré, on a causé un peu et il est réparti. »

En fait, le Capitaine Blaise Compaoré s’est moqué du Vieux Sankara car il avait déjà planifié l’assassinat du fils de celui avec qui il causait. Et le jeudi 15 octobre 1987 arriva. Le Vieux Sankara me récite ce qui s’est passé ce jour-là : « le 15 octobre, Thomas est venu ici à la maison dans la matinée. Quand il est devenu Président, c’est la seule fois qu’il est venu à la maison et il est resté longtemps avec nous. On a parlé de tout et de rien. Il nous a dit, sa mère et moi, qu’on ne connaît pas sa valeur ; que quand il va mourir, c’est là qu’on va savoir qu’on a mis au monde un fils valeureux. ‘’Vous ne pouvez pas comprendre ce que je vaux pour le monde’’, nous a-t-il dit. Quand il s’est levé pour repartir, il s’est adressé à sa mère : ‘’Maman, je pars, mais on ne se reverra plus’’ et il est sorti. J’ai dit à sa mère si elle a compris ce que son fils a dit. Il a dit que vous ne vous reverrez plus et tu ne cherches pas à comprendre ! Sa Maman a couru dehors et lui a dit de revenir. Elle lui a demandé ce qu’il a voulu dire par ‘’on ne se reverra plus’’. Thomas a répondu à sa mère en disant ceci : ‘’Je meure ce soir. On a une réunion ce soir et j’ai appris qu’on va me tuer là-bas ! C’est pourquoi j’ai dit ça’’ (sur ce point, la mère de Sankara qui nous écoutait intervient pour apporter d’autres précisions). Le Vieux Joseph Sankara poursuit le récit. « Je suis resté en train de secouer la tête. C’est là qu’il a saisi l’occasion pour s’adresser à sa mère et moi : ‘’Papa, écoute, toi et Maman, si vous apprenez qu’on m’a tué, gardez patience. Si c’est quelqu’un d’autre qui m’a tué, vous êtes libre de faire ce que vous voulez. Mais si c’est Blaise Compaoré qui m’a fait tuer, vous deux-là, je vous interdis de verser une seule goutte de larme’’. Et il est ressorti en disant ‘’Adieux Maman’’ ».

J’avoue que ce récit a produit des larmes en moi et encore plus quand le Vieux Joseph Sankara a terminé en disant : « vers les 16h30mn on a entendu des crépitements de kalachnikov. J’ai appelé sa mère en lui disant ‘’c’est sûr que c’est ton fils là qu’on est en train de tuer comme ça. Il nous avait prévenus’’. Nous sommes restés là, dans l’angoisse, sans nouvelles. Entre-temps, Mariam, son épouse, est entrée en courant et en criant ‘’donner moi un foulard noir’’. On a tout de suite compris. J’ai immédiatement dit à sa mère de tout faire pour respecter ce qu’il a dit, en ne laissant couler aucune larme. Dieu merci elle a pu contenir ses larmes. »

Ces récits justifient mes propos que la réhabilitation de Thomas Sankara peut apaiser les esprits des ancêtres.

En attendant, Blaise Compaoré meurt à petit feu à Abidjan. Visiblement, les ancêtres ne sont pas prêts à l’accueillir. C’est le prix de la haute trahison !

Jonas Hien

Source : https://lefaso.net/spip.php?article141669

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Le général Yaoua Marcel Tamini témoigne des conflits politiques au sein de l’armée à l’approche du 4 août 1983 https://www.thomassankara.net/le-general-yaoua-marcel-tamini-temoigne-des-conflits-politiques-au-sein-de-larmee-a-lapproche-du-4-aout-1983/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=le-general-yaoua-marcel-tamini-temoigne-des-conflits-politiques-au-sein-de-larmee-a-lapproche-du-4-aout-1983 https://www.thomassankara.net/le-general-yaoua-marcel-tamini-temoigne-des-conflits-politiques-au-sein-de-larmee-a-lapproche-du-4-aout-1983/#respond Mon, 09 Feb 2026 11:00:03 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=251312 Nous vous présentons un document exceptionnel. Une très longue interview du général Marcel Tamini publiée en 1992. Marcel Tamini était le Chef d’État-Major pendant la période du CSP, au moment où le combat politique entre les militaires progressistes révolutionnaires rassemblés autour de Thomas Sankara et Blaise Compaoré, s’opposaient à ceux qu’ils accusaient d’être réactionnaires, Somé […]

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Nous vous présentons un document exceptionnel. Une très longue interview du général Marcel Tamini publiée en 1992. Marcel Tamini était le Chef d’État-Major pendant la période du CSP, au moment où le combat politique entre les militaires progressistes révolutionnaires rassemblés autour de Thomas Sankara et Blaise Compaoré, s’opposaient à ceux qu’ils accusaient d’être réactionnaires, Somé Yorian, Fidel Guébré et Jean Claude Kamboulé, dans la lutte pour prendre le pouvoir. Se posant en officier apolitique, refusant de prendre parti, il raconte en détail les nombreux épisodes qui se sont succédé jusqu’au 4 août 1983. Après le 17 mai 1983, Blaise Compaoré, retranché à Po refusait de se rendre alors que Thomas Sankara, Jean Baptiste Lingani, et Henri Zongo avaient été arrêtés. On apprend pour la première fois, qu’une intervention extérieure fut envisagée par l’intermédiaire de l’ANAD ((Accord de non-agression et de défense), qui regroupait à l’époque les pays de l’Afrique de l’Ouest. Une intervention que Marcel Tamini a refusée, estimant qu’il s’agissait d’un conflit politique interne à l’armée qui devait se résoudre en interne. Il revient aussi sur les négociations qui se déroulaient le 4 août au soir entre Jean Baptiste Ouedraogo et Thomas Sankara, et sur l’assassinat de Somé Yorian et Fidèle Guébré, sans cependant nous en donner les donneurs d’ordre.

Ce document nous a été fourni par Pathé Tidiane Barry, qui avait déjà publié des extraits sur le groupe  facebook archives Burkina qui publie très régulièrement de très nombreuses archives sur l’histoire de la Haute Volta et du Burkina. L’interview est très longue mais elle ravira les nombreux passionnés d’histoire. Avec ce document, il est temps qu’un des nombreux historiens burkinabè nous écrivent un livre sur cet épisode, en recoupant avec les nombreux ouvrages ou interviews de l’époque dont nous disposons désormais.

Nous invitons instamment les personnes qui souhaitent partager ce document à en citer la source. Respectez la travail de l’équipe du site thomassankara.net.

Bruno Jaffré


Situation de contexte

Messieurs les journalistes, c’est pour moi l’occasion, enn tant qu’ancien chef d’état major général des forces armées voltaïques (FAV), de donner au peuple burkinabè, par vos soins, quelques faits qui se sont produits dans notre pays pendant le règne du médecin commandant Jean Baptiste Ouédraogo entre le 7 novembre 1982 et le 4 août 1983.

Avant cette époque, j’étais en garnison à Ouahigouya (…) de mars 1976 à janvier 1981.

A l’avènement du (…) CMRPN (comité militaire de redressement pout le progrès national) , j’ai été nommé chef d’état-major adjoint des FAV à compter du 1er janvier 1981.(…)

En mai 1982, j’ai été appelé à d’autres fonctions : celles de secrétaire général par intérim de la défense nationale du comité de défense.

Quand le 7 novembre 1982 est arrivé, je n’avais pas encore pris service. (…). En décembre 1982, j’ai être nommé pour la seconde fois chef d’état-major général adjoint des FAV.

Le 25 mai 1983, par décret, j’ai été chargé de l’intérim du chef d’état-major général des armées en remplacement du colonel Gabriel Yorian Somé, appelé à d’autres fonctions.

Je ne dirai pas n’importe quoi au peuple burkinabè. Je dirai ce que j’ai vécu, ce que j’ai vécu durant les troublantes périodes de l’histoire de notre peuple (…)

#Question : Vous avez été Chef d’être major sous le Conseil de salut du peuple, (CSP). Qu’elles sont d’après vous, les contradictions qui ont amené le CSP à échouer ? Quelles sont, à votre avis, les causes de l’avènement de la révolution ?

#Réponse : Elles sont nombreuses. Le CSP est venu dans des conditions un peu ambiguës : Les auteurs n’étaient pas préparés ou insuffisamment préparés.

Premièrement, on ne savait pas exactement qui était le dirigeant de cette affaire. Après de multiples discussions entre les différents groupes, on est arrivé à des « élections ». Dans l’armée, comment voulez-vous qu’après un coup d’Etat, on fasse des élections pour élire le responsable du mouvement ? Cela était déjà en contradiction avec les statuts militaires. Selon nos règlements, après un coup, c’est le plus ancien dans le grade le plus élevé qu’on désigne en principe pour prendre les responsabilités, si effectivement c’est l’armée qui a fait le coup. Lors de ces élections, il y avait deux camps : Le camp des anciens et le camp des jeunes.

Quand les structures du CSP ont été mises en place, il y a eu des problèmes. Le colonel Yorian Somé était chef d’état-major général au moment du coup. On l’a immédiatement confirmé dans ses fonctions de chef d’état-major général. Or derrière lui, il y avait des groupes qui le soutenaient pour le mettre à la tête du mouvement, c’est-à-dire, le nommer président du CSP. Jean-Baptiste Ouédraogo a été élu président du CPSP. Curieusement, à la mise en place des structures, aucun vrai révolutionnaire ne voulait rentrer dans une structure quelconque. (…)

Ceux qu’on soupçonnait d’être des révolutionnaires ne voulaient pas être responsables directs de ces structures-là. On a donc mis des gens provisoirement en attendant que les choses se décantent. Il fallait passer au CSP et lui trouver un vrai responsable, c’est à dire, un homme politique. Il y eut ainsi le CSP 1 qui a abouti à la nomination d’un Premier Ministre alors que dans nos statuts, rien ne prévoyait la nomination d’un Premier Ministre. A la nomination de ce Premier Ministre, il y a eu encore des problèmes. Jean-Baptiste nous a trouvés à une réunion où notre ordre du jour était connu de tous et de lui. Il l’a mis de côté et a imposé son ordre du jour en disant que lui, il voulait un Premier Ministre et qu’il fallait l’élire ici et maintenant. Il a dit qu’il proposait trois candidats. Mais il n’avait donné qu’un seul nom: Thomas Sankara.

#question: Qui étaient les deux autres noms?

#Réponse : On lui a demandé de révéler le nom de tout le monde pour qu’on puisse choisir, puisqu’il avait trois candidats. Il n’a pas voulu. Il a d’abord dit qu’il donnera le nom d’un premier puis d’un second et ainsi de suite. (…)

En réalité, il n’avait pas d’autres candidats. Ce fut Sankara qu’il proposa et on devait voter. On a compris que c’est Thomas Sankara que Jean-Baptiste était venu nous imposer.

On a quand même voté. Sankara a été élu Premier Ministre. L’assemblée qui avait élu Jean-Baptiste a été la même qui avait élu Sankara Premier Ministre.

Dans les statuts et règlement intérieur du CSP, on avait déjà fixé les attributions du président. Et comme il n’y avait pas de Premier Ministre de prévu, il n’y avait donc pas d’attribution.

En fin de compte, pour ce Premier Ministre, il fallait bien lui trouver des attributions. Ou les trouver ? Il fallait forcément en soustraire un peu au Président pour donner au Premier Ministre. Une commission a eu à travailler dans ce sens. Mais le gros problème, celui qui allait opposer le président et son Premier Ministre, était de savoir qui allait être l’homme politique. ( Le président dit que c’est lui, le Premier Ministre refuse et veut être l’homme politique).

Donc, il y avait là encore conflit entre les deux grands responsables. En fin de comptes, le Premier Ministre n’obéissait plus aux ordres du président. Il faisait ce qu’il voulait. Tout s’est dégradé lors du meeting qu’il a eu à tenir à Bobo-Dioulasso. Là où on a dit qu’il fallait appeler « un chat, un chat ». Ce jour-là, tout le monde a constaté le conflit ouvert entre le président et le Premier Ministre. Et cela a abouti au 17 mai 1983.

#Question: Au départ, c’était donc mal parti et cela a naturellement évolué jusqu’à l’échec ?

#Réponse : Je crois que c’est ça. C’était mal parti, d’abord par le « cas Somé » débouté de ses ambitions et confirmé dans ses fonctions de chef d’état-major général. ( Note:  Tamini explique dans un autre passage comment le colonel Somé Yorian voulait au départ être le président et avait été débouté au profit de JBO). (Ensuite), la nomination d’un Premier Ministre alors que cela n’était pas prévu, le coup du 17 mai, c’est à dire l’arrestation et l’internement du Premier Ministre par Gabriel Yorian Somé, puisqu’on a dit que c’était lui qui en était l’instigateur. Toujours est-il que tout ça a abouti à une vraie pagaille qui a conduit naturellement au 4 août 1983.

#Question: (…) Vous étiez chef d’état-major (…). Comment expliquez-vous que le 4 août 1983, les commandos de Pô soient entrés à Ouagadougou sans le moindre soupçon de résistance?

#Réponse : Quand les commandos de Pô rentraient à Ouagadougou le 4 aout, j’étais à une réunion convoquée par le président du CSP à son domicile et qui commençait à partir de 18 h 30 mn…

Mais, je reprends l’affaire au début: Le 4 août, le président du CSP, à la descente du travail à midi m’a téléphoné pour me dire: “ mon colonel, je viens vous voir “. Quand il est arrivé, nous sommes allés au salon. Il m’a fit: “ce soir, à 18 h 30 mn, je voudrais rencontrer Sankara et ses amis à l’état-major ». Il n’avait pas voulu me dire cela au téléphone. C’est pour cela qu’il est venu lui-même. Quand il est parti, j’ai essayé de contacter Sankara. Je l’ai appelé à son domicile, mais il n’était pas là.

A 15 h, j’ai pu le contacter. Je l’ai convoqué à mon bureau. Il est venu me trouver. Je l’ai informé de la convocation du président (qui voulait les voir, lui et ses amis, le même soir à 18 heures à l’état-major. Sankara m’a dit: “mon colonel, passez moi du papier et un bic”. Il a fait une liste de ceux qui devaient participer à la réunion. Je n’ai pas tous les noms en tête mais il y’avait lui, Sankara, Henri Zongo, Kamboulé, Boukari Jean-Baptiste Lingani… Blaise Compaoré était à Pô et son nom ne figurait pas sur cette liste.

Avant qu’il ne reparte, j’ai saisi le président au téléphone pour lui dire que Sankara était dans mon bureau, que je lui ai fait la commission et qu’il m’a communiqué une liste, que s’il me le permettait, j’allais lui lire les noms.

A 18h, Sankara et ses amis sont venus dans mon bureau. J’ai appelé le président pour lui dire qu’ils étaient là mais qu’il en manquait un. Il manquait Lingani dont le nom figurait sur la liste et qui n’était pas là. Il (le président) a demandé pourquoi il était absent. J’ai dit que je ne le savais pas. Il a dit que dans ces conditions-là, il fallait mieux qu’on vienne à son domicile.

On s’est donc déplacé de mon bureau à son domicile. Là-bas, on a commencé une réunion qui s’est terminée à 20h 45 mn. Mais pendant ce temps, les commandos étaient déjà à Ouagadougou, puisque Thomas Sankara au cours de la réunion sortait régulièrement, parlait dans un talkie-walkie et revenait s’asseoir.

#Question : De quoi avez-vous parlé au cours de cette réunion ?

#Réponse : il s’agissait bien de la rébellion de Pô. Il fallait trouver une solution. Après un débat houleux, j’ai senti ce jour-là que les gens étaient décidés.  Le président lui-même avait dit que s’il fallait qu’il démissionne, il démissionnerait avec son chef d’Etat-major. Pour finir, on a suspendu la réunion afin que Sankara aille à Po prendre contact avec Blaise Compaoré pour savoir ce qu’il voulait exactement. Au fond, les gens voulaient que Jean Baptiste Ouédraogo démissionne, mais lui ne le voulait pas vraiment.

Quand nous nous sommes séparés, je suis rentré chez moi. Vers 21 h, je reçois un coup de téléphone du commandant de la gendarmerie me disant que le poste de gendarmerie de Kombissiri a été saccagé par les commandos. Ils ont cassé le poste de radio. Il y avait au moins une dizaine de véhicules chargés de militaires armés qui se dirigeaient sur Ouagadougou. Puisque le poste-radio était cassé à Kombissiri, on ne pouvait pas contacter Ouagadougou. On a envoyé quelqu’un à Zabré à motocyclette pour pouvoir communiquer le message à partir du poste de gendarmerie. Cela s’est passé vers 15 heures.

Donc, toute communication était coupée entre Ouagadougou et Po. La nouvelle est arrivée à Ouagadougou trop tard. Et quand nous étions à la réunion, les gens étaient déjà là.

#Question : A la réunion, vous vous êtes entendus sur quelque chose ?

#Réponse : Jamais ! Puisque Sankara devait aller à Po voir Blaise Compaoré et rapporter ce que celui-ci voulait exactement, afin qu’on décide la suite de l’affaire .Sankara est revenu vers minuit. Or le coup a eu lieu vers 21 h 30 mn.

#Question : En quittant la réunion, vous étiez pratiquement sûr qu’il y aura quelque chose ?

#Réponse : Les carottes étaient cuites… j’ai même posé la question au président après la réunion à savoir s’il avait toujours confiance en son armée. Il a dit qu’il avait confiance.

J’ai posé cette question parce que je ne comprenais pas la fureur avec laquelle ces officiers-là causaient avec lui. Moi je suis respectueux vis-à-vis du chef de l’Etat. Eux, ce n’était pas leur problème. Il n’était plus rien pour eux. Ça m’a un peu inquiété et je lui ai posé la question. Il m’a dit qu’il avait confiance.

#Question : Il semble tout de même qu’entre le 17 mai et le 4 août, vous aviez effectué une mission à Po et que vous aviez découvert qu’il y avait un approvisionnement en armes qui ne relevaient pas de votre stock en tant que chef d’État-major général des armées.

#Réponse : Je suis allé une fois à Po. J’ai été nommé chef d’État-major général des armées le 29 mai. L’arrestation de Thomas Sankara le 17 mai avait déjà eu lieu et Gabriel Yorian Somé avait été relevé de ses fonctions. J’étais intérimaire et je suis allé demander au président Jean-Baptiste Ouédraogo de me confirmer. Je suis allé à Po une seule fois et c’était le 31 mai pour prendre contact avec Blaise Compaoré.

Celui-ci avait demandé qu’on libère Sankara et Lingani. Je lui ai dit que je tenterais d’organiser une réunion au niveau de toute l’armée et qu’il faudrait qu’il fasse tout pour y être… Blaise Compaoré m’a dit que ses hommes n’étaient pas là et qu’il ne pouvait pas donner une réponse à ma proposition mais que le lendemain, il enverrait quelqu’un pour me donner sa réponse. Je suis donc allé à Po une seule fois. Ce sont eux, les Jean-Baptiste Ouédraogo qui ont envoyé des gens à Po mille fois. (…) Je n’ai pas vu de stock d’armes. Le bruit a couru que Po était ravitaillé par le Ghana : du matériel envoyé par la Libye et transité par le Ghana.

Quand ces nouvelles sont parvenues au président, il m’en a rendu compte et j’ai envoyé une mission à Po. Il était aussi question d’un recrutement à Po, question de pillage de l’OFNACER, des douanes par les éléments de Po. Il était question des mouvements de Blaise Compaoré et de ses amis du CNEC sur le Ghana. J’ai donc envoyé une mission pour interdire à Blaise Compaoré tous ces mouvements-là, pour exiger la restitution du matériel qu’ils avaient pris aux douaniers. (…) La commission de contrôle est partie. Elle est revenue nous dire que rien n’avait été fait. Blaise Compaoré n’avait pas respecté les consignes que je lui avais imposées. (Vous savez que du matériel libyen était venu ici plusieurs fois).

Je n’étais pas encore chef d’état-major général. C’était le colonel Somé. Le matériel était venu à Ouagadougou. Il a été distribué à Ouagadougou. Je ne sais trop comment. Le matériel qui était venu à Ouagadougou n’a pas été envoyé à Po. Il a été distribué ici à Ouagadougou à des gens qui étaient intéressés par la révolution. Il y a eu d’autre matériel libyen qui a transité par le Ghana. Ce matériel-là est arrivé. Je ne savais pas à quoi il avait été destiné.

Quand on avait demandé à Blaise Compaoré, il avait dit qu’il n’avait pas de matériel en dehors de ce qu’il avait reçu de Ouagadougou. Jean-Baptiste voulait qu’on récupère ce matériel-là. On a envoyé plusieurs missions pour ça. Mais Blaise Compaoré a toujours nié posséder du matériel autre que ce qu’il reçoit de l’état-major.

#Question : Que faisait le colonel Gabriel Yorian Somé et le capitaine Jean-Claude Kamboulé en ce temps-là ?

#Réponse : le colonel Gabriel Yorian Somé avait bien préparé une opération pour neutraliser Po. On disait même qu’il avait trois compagnies dont les deux dernières étaient, l’une dans les environs de Zabré, l’autre devant quitter Ouagadougou pour attaquer directement et neutraliser Po.

C’était son programme. Son plan. Mais pourquoi n’a-t-il pas agi ? Je ne sais. D’abord, ses unités, ses hommes qui devaient aller là-bas n’étaient pas pour la guerre. Mais Kamboulé et Somé voulaient neutraliser Po parce que Po gênait. L’opération a été préparée mais les gens n’ont pas suivi. Les gens se sont opposés. Il y avait un état-major de crise qui avait été mis en place. Il était opposé à ce qu’on attaque Po sans un préalable. (…)

#Question : Estimez-vous aujourd’hui comme hier que vous n’avez aucun sentiment de culpabilité dans les évènements du 17 mai 1983 ?

#Réponse : Aucunement ! Non. Le 17 mai par exemple, j’étais adjoint au colonel Gabriel Yorian Somé. Le coup a été préparé à mon insu. Je n’étais pas au courant. Le 16 mai, vers 23 h, j’étais déjà couché. Somé m’a téléphoné et m’a dit : «  Tamini, tu m’attends dans ta cour, je viens ». Il est venu me trouver effectivement dans la cour et il m’a dit : «  Nous avons décidé d’arrêter le Premier Ministre, Henri Zongo, Blaise Compaoré et Jean-Baptiste Lingani ». Qui et lui ? Je ne sais pas.

Moi, j’étais mis de côté. Ils ont fait leur coup qui a échoué, puisqu’ils n’ont pu arrêter que deux sur les quatre. Je n’ai donc aucune responsabilité dans les événements du 17 mai. Apres le coup, ils ont essayé maintenant de négocier avec Po. Ils n’ont pas réussi.

#Question : Quels sont ceux qu’on envoyait à Po pour négocier ?

#Réponse : C’était les amis de Blaise Compaoré qu’on envoyait pour le convaincre de déposer les armes ! Finalement, quand ils arrivaient à Po, ils voyaient Blaise Compaoré et ensemble ils préparaient leur coup. Et puis ils revenaient dire qu’ils n’avaient pas vu Blaise Compaoré. (…)

#Question : Au plus fort de la crise, aviez-vous prévu, vous et le président, des mesures contre Po ?

#Réponse : Nous avons eu une réunion le 9 juin avec le chef de l’État. C’était une réunion restreinte. Il avait été arrêté un certain nombre de mesures :

  • Diffuser un communiqué à la radio pour parler du recrutement sauvage à Po.
  • Prendre des mesures administratives à l’encontre du CNEC, c’est-à-dire, ne pas leur donner à manger, couper les vivres. Tout élément de Po qui venait à Ouagadougou devait être neutralisé. Il devait être arrêté. Sankara et Lingani devaient être transférés au nouveau camp. On devait faire une mise en garde au commandant du RCS. Une mise en garde aussi au capitaine Blaise Compaoré. Enfin, on devait assurer une surveillance constante des grands cerveaux : Laye Guiré, Kilimité Hien, Laurent Sédégo, Henri Zongo… Bref, on devait être vigilants à partir de ce jour-là.

#Question : Est-ce que vous aviez exécuté tous ces ordres ?

#Réponse : Je n’ai pas tout exécuté. Qu’est-ce que j’ai fait ? Les Sankara ont été transférés au nouveau camp, mais j’ai refusé d’exécuter les mesures administratives, c’est-à-dire refuser le ravitaillement en vivres du CNEC. Je ne pouvais pas appliquer cette mesure-là pourquoi ? J’avais fixé comme initiative préalable que le président, à la radio, invite le capitaine Blaise Compaoré déposer les armes et

Mesures préconisées 1

à rejoindre sa base à Po avec ses éléments. Qu’il lui fixe une date et que passée cette date, il devait être considéré comme un rebelle. Qu’il invite tous les soldats à rentrer ici, faute de quoi des mesures seraient prises à leur encontre.

Mais les soldats sont des gens comme tout le monde. Le couvre-feu était levé. Les gens pouvaient circuler librement. Il n’y avait pas de raison pour leur couper le manger. Je n’ai pas voulu exécuter cet ordre. Si c’est ça qui a fait que j’étais de mèche avec eux !… je suis militaire, moi !

mesures préconisées 2

Mais je pense qu’une question politique ne rentre pas dans l’histoire de suppression du manger de quelqu’un. Je n’ai pas exécuté cet ordre.

Ensuite : neutralisation des éléments de Po. C’est-à-dire, les prendre et les garder à Ouagadougou pour qu’ils ne rentrent pas à Po.  Ce n’était pas moi, le chef d’État-major qui devais arrêter les gens sur la route. Les consignes ont été données aux chefs de corps. Sils ne les ont pas respectées, ce n’était pas à moi. Il fallait aller sur la route de Po, la surveiller et organiser des patrouilles à l’intérieur de la ville pour arrêter les gens de Po.

Les consignes ont donc été données dans ce sens-là. Peut-être qu’elles n’ont pas été respectées.

Quant à la mise en garde, j’ai écrit, j’ai envoyé un message à Po. J’ai dit au capitaine Blaise Compaoré de se décider : allait il oui ou non rentrer dans la légalité ? (…) Blaise Compaoré a répondu. Il a envoyé une mission pour donner sa réponse au président Jean-Baptiste Ouédraogo (…) directement. Quand on lui a remis la réponse, certainement qu’il a rejeté toutes les propositions de Blaise Compaoré. Je ne sais pas ce que Blaise Compaoré a dit.

Quant à la surveillance d’Henri Zongo et des autres, ce n’était pas à moi de les surveiller. J’ai donné des instructions à la gendarmerie chargée de s’occuper de ces choses.

Donc, si c’est parce que ces ordres n’ont pas été respectés que j’ai été de mèche avec eux et que Po a pu rentrer à Ouagadougou, cela n’est pas vrai. J’ai seulement refusé d’obéir au fait qu’il fallait leur supprimer les vivres.

#Question : Finalement, on ne comprend plus rien. Jean-Baptiste Ouédraogo était selon vous, le candidat des révolutionnaires et après  c’est lui qui est devenu, selon vos propos, contre eux ? Pourquoi ?

#Réponse : Est-ce qu’au départ, il avait bien compris ? Je ne sais pas. Pour moi, il était mis là provisoirement et on allait le remplacer par la suite. A un moment donné, qu’est ce qui s’est passé ? Il voulait dissoudre le CSP puis remettre le pouvoir aux civils. Il y avait même une commission constitutionnelle chargée d’élaborer un avant-projet de constitution pour que l’armée retourne dans les casernes. Il a scié la branche sur laquelle il était assis, il est tombé, moi je n’y suis pour rien.

#Question : Une chose bizarre tout de même. Après le 17 mai 1983 ; c’est-à-dire durant la période qui va de cette date au 4 août, vous saviez sans aucun doute que la situation était tendue, embrouillée. N’est-ce pas quand même assez curieux que l’état-major soit resté dans une valse-hésitation jusqu’au coup d’État du 4 août ?

#Réponse : Non ! L’État-major a fait quelque chose. Je viens de vous dire qu’on a fait des réunions et qu’il y a eu décrispation. Tout le mois de juillet, le couvre-feu était levé. Il y a eu des bals, les gens jouaient, s’amusaient. Il y a eu le championnat de volley-ball de l’armée à Bobo-Dioulasso. Cela veut dire que les choses étaient rentrées dans l’ordre. Mais ce qui est certain, c’est que pendant ce temps apparemment calme, Po continuait à faire le recrutement à notre insu. Parce que Jean-Baptiste Ouédraogo avait rejeté les exigences de Po. Quand tout semblait donc être rentré dans l’ordre, Po se préparait pour le 4 août.

Moi, je n’étais pas au courant. Jean-Baptiste Ouédraogo me soupçonnait d’être de mèche avec eux, ne me communiquait plus les informations qu’il recevait de la police, de la gendarmerie ou de l’armée. Puisqu’il était ministre de la défense, on lui envoyait directement toutes les informations, tous les documents. Il les gardait et au bout d’une semaine, il m’envoyait un paquet de lettre d’information. C’était trop tard. Vous voyez ? Donc le mois de juillet était calme. C’est lui qui a tout gâté. Je lui ai dit : « Monsieur le président, maintenant, la situation est calme. Dans l’armée, tout est rentré dans l’ordre. Convoquez vos camarades politiciens et entendez-vous. C’est à vous de jouer maintenant ». (…)

Moi, je ne suis pas politique. Mais il n’a pas accepté de rencontrer ses camarades. Eux-mêmes m’ont demandé de solliciter une audience auprès de lui. Il m’a dit qu’il n’avait plus rien à leur dire, puisque tout était rentré dans l’ordre. Et le 4 août, quand tout était gâté, il courait maintenant après moi pour qu’on se rencontre. J’ai fait quelque chose mais lui, il n’a rien fait sur le plan politique. (…)

#Question : Qui a organisé et ordonné l’arrestation de Gabriel Yorian Somé qui était en fuite et celle de Fidèle Guébré pour les ramener à Ouagadougou ?

#Réponse : Somé a fui le 4 août. Il s‘est retrouvé à Ouahigouya. Il a écrit au Conseil national de la révolution (CNR) pour qu’on lui envoie son véhicule le chercher. Les officiers sont allés le chercher par avion.

ordre ramener Somé Yorian

Avant d’envoyer le chercher, j’ai demandé à Jean-Baptiste Lingani qui m’en avait donné l’ordre, ce qu’ils allaient faire de lui. Il m’a dit qu’ils allaient les mettre en résidence surveillée. J’ai préparé une villa au nouveau camp. (…) C’est Somé lui-même qui a demandé qu’on le ramène à Ouagadougou. Quant à Guébré, on a envoyé l’avion chercher tous les chefs de corps. Guébré a refusé de venir. Il a envoyé son adjoint. Les gens ont dit, non. Ils ont dit à son adjoint que ce n’était pas lui qu’on voulait. On lui avait demandé d’aller dire à Guébré de venir. Guébré était du côté de Somé politiquement.

C’est le CNR qui a donné l’ordre de faire venir tous les chefs de corps. Certains sont venus, d’autres ont refusé de venir. Ouahigouya non plus n’était pas venu. Mais il est venu après.

#Question : Si on vous demandait aujourd’hui ce que vous pensez de Thomas Sankara après l’avoir connu et approché ?

#Réponse : Comme quoi ?

#Question : Comme militaire d’abord.

#Réponse : Sankara était un militaire. Je l’ai eu sous mes ordres pendant le conflit avec le Mali. Il commandait le bataillon Bayoulo. Moi, je commandais le bataillon Kamagna.

Mais j’étais en même temps le commandant de la région militaire du Nord. Sankara était installé à Banh, à la frontière du Mali. Il était donc sous mes ordres On a travaillé ensemble. On se connaissait bien.

C’était un très bon soldat, un peu crapule quand même. Je vais vous raconter une histoire. Sankara, quand il devait rejoindre son poste à Bahn, j’étais à Ouahigouya. Et le chef d’État-major à l’époque, qui était le General Baba Sy m’a envoyé un message pour m’informer qu’il allait m’envoyer un détachement qui a quitté Ouagadougou pour être installé à Bahn.

Il m’a demandé d’accueillir le bataillon et de l’accompagner dans la zone où il devrait être installé. Sankara est arrivé à Ouahigouya avec ses gens. Il a garé ses véhicules. Au lieu de venir se présenter à moi, il ne l’a pas fait. Il a donné quartier libre à ses éléments qui sont allés se balader en ville. J’étais inquiet puisque l’heure à laquelle ils devraient arriver en principe était dépassée de 3 heures. Et je ne les voyais pas. Je me suis renseigné et on m’a dit qu’ils étaient arrivés, il y avait bien longtemps. On m’a dit qu’ils étaient en ville. J’ai demandé qui était le chef de détachement ? C’était Sankara. Je ne le connaissais pas à l’époque. On l’a fait venir. Je l’ai engueulé proprement.

Je lui ai dit de rejoindre Titao en attendant que je le retrouve là-bas. « Vas avec tes hommes. Vous trouverez le sous-préfet et tu attends là-bas jusqu’à ce que je vienne… » Sankara, au lieu de partir, n’est pas parti. Mon bureau était sur la route. Au bout d’une heure à peu près, j’ai pris ma voiture et je suis parti pour Titao. Arrivé à Titao, il n’y avait pas de Sankara (rires). J’ai rebroussé chemin et ce fut à l’entrée de Ouahigouya que j’ai rencontré Sankara qui avait décidé de rejoindre enfin son poste. Vous voyez comment il était indiscipliné !

Sinon quand il se décidait à travailler, c’était un bon soldat. Il connaissait la tactique. Mais il était un peu désordonné.

#Question: On raconte qu’il (Sankara ) a eu des hauts faits de guerre dans le conflit qui a opposé la Haute Volta, en 1974 au Mali.

#Réponse: Il a plutôt fait des bêtises. Il a fait des bêtises. Je vais vous raconter une autre histoire. Il y avait un chef de village peulh qu’on appelait le chef de Baran, …dans un village frontalier. Il n’était plus chef d’ailleurs, mais le Général Baba Sy l’avait pris comme agent de renseignements du ministère de La Défense .

Ce type là pillait les Maliens et les Voltaïques. Il volait les bœufs et il les vendait à son profit. Il avait un groupe armé de fusils. Les maliens lui ont tendu un piège. Ils l’ont pris et l’ont tué. Il était mort et son corps avait été traîné jusqu’à Bamako. C’est ce type là que Sankara voulait venger. Il a tendu une embuscade. Même pas une embuscade. Disons qu’il est allé simplement bombardé un village à l’insu de tout le monde. Au commandement, personne n’était au courant. Et si quelque chose lui arrivait, tout seul là bas?

Qu’allait il devenir puisque personne n’était avisé pour le soutenir ? J’appelle ça, « faire des bêtises ». Il a bombardé un village civil. Je ne dis pas que Sankara n’était pas brave. Il l’était. Mais de la façon dont cela s’est passé, je ne dirais pas que c’était de la bravoure.

Il a récupéré les fusils 14-18 qu’il a ramenés comme trophées. Il a couru avec ça jusqu’à Ouagadougou pour les présenter et crier victoire, tout en abandonnant son bataillon tout seul là-bas, pendant le conflit. Moi j’appelle cela de la fanfaronnade.

#Question: Et comme homme politique ?

#Reponse: Il n’avait pas d’expérience politique. Quel âge avait il a ce moment-là ? Il a eu sa formation au Prytanée Militaire du Kadiogo (PMK) puis ses premières notions politiques dans les écoles d’application. Je crois qu’il a fait Madagascar. Il n’avait pas d’expérience. Il s’est trompé plusieurs fois.

#Question: Par_exemple ?

#Réponse : Il commandait finalement tout seul avec son CNR. Est-ce qu’un homme politique peut jouer comme il a joué là ? Je ne connais pas la politique. Mais de loin, je crois qu’il a commis des erreurs politiques par manque d’expérience.

#Question : Le matin du coup d’état, vous avez prétexté une maladie et le président Jean Baptiste Ouedraogo est venu vous voir à la maison !

#Réponse : C’est ce que je vous ai dit. Il est venu me voir lundi à midi à mon domicile. Il m’a téléphoné le matin et il est venu me voir le soir, mais pas parce que j’étais malade. Je vais dire ce que j’ai fait le 4 août. Vous permettez ? (il ouvre son agenda).

On verra ce que j’ai dit le 4 août. Je n’étais pas malade. J’avais même droit à un congé de 15 jours parce que j’étais hypertendu, mais j’ai refusé de prendre ce congé. Voilà ce que j’ai fait le 4 août. ( il lit sur son agenda)

– Fin de matinée : arrivée de Jean-Baptiste Ouédraogo à mon domicile à 13 h.

– Rencontre avec Thomas Sankara à 17 h à mon bureau.

– Rencontre avec Jean-Baptiste Ouédraogo à son domicile.

Ça c’était le soir  Si j’étais malade le 4 août, je n’aurais pas pu faire tout cela. Je n’étais pas couché. Je n’étais pas malade.

#Question: Qu’est-ce que le président est venu faire chez vous alors ?

#Reponse: Le 4 août, il est effectivement venu chez moi, mais pour me demander de réunir les Sankara le soir à 18 heures. Et c’est le même 4 août que nous nous sommes rencontrés chez jusqu’à 21 heures. Si j’étais malade, je ne serais pas allé à ce rendez-vous.

#Question: Vous avez donc rencontré Sankara ce jour là ?

#Reponse: Je l’ai appelé. Je l’ai convoqué à mon bureau. Il est venu… Je lui ai dit que le président voulait le rencontrer. Je l’ai donc rencontré à mon bureau à 17 heures (…).

#Question: N’avez-vous pas convenu quelque chose ce jour-là avec Sankara ?

#Réponse : Je n’étais pas de leur bord. De quoi allais-je discuter avec lui? Je n’ai fait que transmettre les ordres que Jean-Baptiste Ouédraogo m’avait donnés.

#Question :  Ne pensez-vous pas qu’en exécutant certains ordres et en refusant d’autres, vous avez posé des actes qui aujourd’hui voilà condamnent ?

#Réponse: Non, je ne pense pas parce que je suis resté au-dessus des autres. Je ne suis pas d’un parti ni d’un groupe quelconque.

Le président Jean-Baptiste Ouédraogo estime qu’il y a eu des rencontres chez moi avec Sankara. Quelle est la vérité ? C’était au mois de juin où Sankara est venu deux fois me voir, et d’ailleurs, j’ai rendu compte au président chaque fois qu’il est venu. La première fois nous étions ( la famille), dans la cour. Quand il est venu, je pensais qu’il était venu pour raison de service. Je l’ai même invité à rentrer au salon .Il m’a dit, non. Il a dit qu’il était tout simplement au Mess des officiers, qu’il passait et qu’il avait vu que j’étais dans la cour. Il était passé tout juste pour me dire bonsoir. Et comme il connaissait les enfants, il s’est amusé avec eux parce que nous, nous sommes des Bobo et eux, des Peulh.

Donc nous plaisantions parfois ensemble. Après quoi, je l’ai accompagné jusqu’à la porte. Il a pris sa voiture et il est parti. J’ai téléphoné immédiatement au président pour lui dire que Sankara était chez moi et ce qu’il avait dit…

#Question : Pourquoi vous sentiez vous obligé de faire tout cela ? Tous ces comptes rendus ?

#Reponse: Je le faisais parce que je savais que le chef de l’État n’avait plus confiance en moi. En plus, comme c’était à 22 heures! Quelqu’un logeait à côté, en face de moi: C’était Gabriel Yorian Somé. Bien sûr, il n’était pas là. Mais j’étais son ennemi numéro un. C’est moi qui l’avais remplacé à l’état-major. Quand Saye Zerbo partait de l’état-major, c’est moi qui étais son adjoint et je devais le remplacer. Mais Gabriel Yorian Somé a tout fait pour prendre cette place-là. On m’a envoyé à la brigade. Je n’ai jamais été installé par Gabriel Yorian Somé. Il me tenait pour un ennemi alors qu’en réalité, il n’y avait rien. Quand Sankara était donc venu chez moi, je savais que Somé nous surveillait.

#Question : Donc… (…) (à la première rencontre avec Sankara), vous n’avez discuté de rien ?

#Réponse : La deuxième fois, il nous a trouvés au salon. Madame était assise là, (…). On prenait du café. Sankara s’est annoncé. Je suis sorti. Cette fois, il avait quelque chose à dire et nous sommes entrés au salon. Je lui ai demandé l’objet de sa visite et il m’a dit qu’il voulait aller en stage prévu pour septembre. Nous étions en juin. Il m’a dit : «  Mon colonel, je viens vous voir parce que je suis menacé, ma famille et moi »

Il était donc venu me voir pour savoir si je pouvais le laisser aller en stage. Je lui ai dit qu’il ne pouvait pas partir parce que la rentrée, c’était en septembre, qu’on était en juin et que même s’il partait, l’école n’allait pas ouvrir ses portes pour lui. Je lui ai tout de même dit que pour sa sécurité, on pouvait faire quelque chose, c’est à dire, demander à la gendarmerie de surveiller sa maison pour qu’il ne fût pas menacé.

D’ailleurs, ce jour-là, je l’ai d’abord engueulé. Ce sont eux qui refusaient qu’on les garde. Quand on mettait la garde pour leur sécurité, ils estimaient qu’on les privait de leur liberté. Néanmoins, je lui ai dit qu’on allait mettre des hommes pour surveiller les alentours de sa maison, mais qu’il ne pouvait pas partir avant la date de la rentrée. On a parlé de ça et rien que de ça. Et ça, c’était le service.

J’étais son chef d’état-major. Donc son patron. A l’issue de cette deuxième rencontre, je l’ai accompagné jusqu’à la porte. Et après son départ, j’ai téléphoné encore au président pour lui en rendre compte. Je pensais que c’était normal parce que Sankara, tout le monde le connaissait. C’était un homme politique. Tout le monde connaissait ses mouvements en ville. Sauf moi.

J’avais mon type en face de moi, ici. C’était Gabriel Yorian Somé qui me guettait. Je rendais donc compte au président pour qu’il ne court pas après raconter n’importe quoi à Jean Baptiste Ouedraogo.

Malheureusement, c’est ce qui s’est passé. Il était allé lui rendre compte que Sankara était rentré chez moi deux fois. Il a même dit au chef de division de l’information qui était sous mes ordres d’établir une fiche sur mon dos et de l’envoyer au président. Ce qui a été fait sans que moi, chef d’état-major, n’en fusse informé. Il parlait de mes relations avec Sankara à tous les officiers.

Un soir, un de ces officiers est venu me voir, très surpris, pour me demander si c’était vrai que j’avais des réunions nocturnes avec Sankara. Je lui ai demandé de me dire le nom de celui qui lui avait dit ça. Il m’a répondu que cela se disait partout et qu’il n’était pas content de moi. Je lui ai raconté exactement ce que j’avais dit au président à propos de la visite de Sankara En mon âme et conscience donc, je n’avais rien à me reprocher.

Et alors, j’ai dit que s’il en était ainsi, j’irais voir le président. Je suis allé le voir et je lui ai posé la question : « Il parait que vous avez reçu une fiche sur moi ? » Il m’a dit, oui. Je lui ai demandé pourquoi il ne m’avait pas convoqué ? Il m’a répondu simplement qu’il voulait me convoquer mais qu’il ne prenait pas ces histoires au sérieux. Et pourtant, c’est ça qu’il avait comme preuve pour dire que j’étais de mèche avec les Sankara.

Voilà la vérité ! Ces officiers sont encore là… Vivants (…).

#Question : Revenons à cette fameuse réunion du 4 aout ou assistaient les capitaines Thomas Sankara et Kwamé Lougué etc. Le président Jean-Baptiste Ouédraogo pense qu’il est fort possible que vous ayez été mis au courant  de ce qui allait se passer cette nuit-là.

#Réponse : Lui, il le savait ou pas ? Si lui il le savait, pourquoi ne veut-il pas que je le sache, moi ? C’était quand même prévisible puisque je lui ai demandé s’il avait encore confiance en son armée, en ses officiers. Il m’a dit oui. Mais je lui ai demandé à cause de la manière dont les jeunes se sont comportés vis à vis de lui. La manière dont il s’adressait à lui était inquiétante. On savait qu’ils ne le considéraient plus comme leur chef !

#Question : Vous auriez pu faire quelque chose puisque vous saviez ce qui se tramait.

#Réponse : Ou ? Quand ? Avec qui ? L’armée n’existait plus. Trop divisée. Il l’a dit.

#Question: Vous voulez dire que vous avez seulement su au cours de cette réunion qu’il y avait possibilité d’un coup d’Etat contre Jean-Baptiste Ouédraogo ?

#Réponse : Oui ! Et puis, moi, j’avais une mission qui était de réconcilier l’armée. Et j’avais espoir quant aux négociations.

#Question : C’est quand même terrible. Vous saviez qu’un coup d’État était imminent, peut-être même ce jour-là et vous êtes retournés tous chez vous, vous coucher tranquillement, en attendant qu’on vienne vous balayer ?

#Réponse : Non ! On attendait que Sankara revienne de Po nous dire ce que Po avait décidé. Personnellement, je ne savais pas à ce moment-là que les gens étaient déjà à la porte.

#Question: Pensiez-vous que Sankara avait même quitté Ouagadougou ?

#Réponse : Effectivement, d’après les documents que j’ai lus, Sankara n’a pas rencontré Blaise Compaoré. Quand on s’est quitté chez le président, Sankara m’a dit : «  mon colonel, je vais de ce pas à Po et dès mon retour, même si c’est à minuit, je viendrai vous rendre compte ». Et il est venu effectivement chez moi, à minuit, le 4 aout, mais après le coup d’État. Je l’ai rencontré dans la cour et il m’a dit : «  Mon colonel, quand nous nous sommes séparés, je n’ai pas pu aller à Po ». Donc, il n’est pas allé à Po. Et il m’a dit : « Vous restez chez vous ! » C’est ce que j’ai fait.

Dès cet instant, je n’étais plus rien, moi ! Dès le lendemain du 4 août 1983, Jean-Baptiste Lingani avait pris le commandement en main. Le 5 aout déjà, il y avait des décrets qui étaient pris réorganisant l’armée ! Quand on se quittait vers 21h donc, chez Jean-Baptiste Ouédraogo, on attendait que Sankara revienne nous dire ce que Blaise Compaoré avait décidé.

Mais en mon for intérieur et a posteriori, je pense que Jean-Baptiste Ouédraogo aurait dû démissionner ce jour-là. Il était au courant de tout. Il avait vu le comportement ce ces gens-là. Il savait que tout était fini. Voilà pourquoi je lui ai demandé s’il avait encore confiance en l’armée. Il m’a dit oui. Pour moi, Jean-Baptiste Ouédraogo, Sankara et les autres étaient tous pareils : C’étaient des putschistes. Ce sont eux qui ont fait leur coup le 7 novembre (1982). Je n’étais pas là-bas. Si Jean-Baptiste Ouédraogo est tombé », c’est de sa faute. Il a voulu remettre le pouvoir aux civils sans l’aval des autres, c’est à dire ceux qui l’ont mis à cette place. Et moi je ne pouvais empêcher tout seul, les gens de rentrer à Ouagadougou.

Question : Finalement, le président Jean-Baptiste Ouédraogo ne voulait-il pas s’accrocher au pouvoir ?

#Réponse : Je ne le pense pas parce que ce jour-là, il a dit que s’ils (Sankara et ses amis) le voulaient, il allait démissionner. Ça laisse croire aussi qu’il s’accrochait quand même. Moi, à sa place, j’aurais dit : « Je démissionne ! »

#Question : Les rumeurs disent qu’il y avait un coup d’État qui se préparait pour le 5 aout par les Gabriel Yorian Somé.

#Réponse : Je n’en sais rien. Je n’étais pas dans leurs histoires. C’était plusieurs groupes et chacun voulaient faire son coup d’Etat. De toute façon, nous les anciens de l’armée française, on nous traitait de réactionnaires. Donc, moi je ne pouvais pas être de leur groupe parce que, eux ils ont fabriqué leur plan et leur groupe depuis longtemps. Je pense que depuis 1973, ils avaient commencé les réunions…entre jeunes officiers intellectuels. Ils considéraient que nous autres, nous n’étions pas des intellectuels.

#Question : Ils vous informaient de leurs activités ?

#Réponse : Non ! Vous pensez ! S’ils m’informaient, j’allais informer le pouvoir réactionnaire.

#Question : En tant qu’ancien chef d’État-major général des armées, pensez-vous que notre armée est assez organisée et assez soudée aujourd’hui pour être à labri d’un éventuel coup d’État ?

#Réponse : Actuellement, dans le monde entier, les coups d’État ne sont plus conseillés. Les grandes nations refusent les coups d’État. Celui qui fait un coup d’État en Afrique aujourd’hui sait que ce ne serait plus pour longtemps. Je ne pense pas qu’on puisse encore faire un coup d’État au Burkina Faso.

#Question: Est-il facile militairement de faire un coup d’Etat ?

#Réponse : Faire un coup d’État, c’est facile. C’est quoi faire un coup d’État? Tout simplement préparer quelque chose à l’insu de tout le monde et brutalement ouvrir le feu sur les gens qui sont parfois innocents. Je n’ai jamais fait de coup d’État. Mais je crois que c’est facile quand on sait ce qu’on veut. (Rires)

#Question : Avez-vous rencontré Blaise Compaoré depuis le 15 octobre ?

#Réponse : Blaise Compaoré… Je l’ai rencontré lors d’une réunion des structures du front populaire Et c’était dans le cadre du service. (..) La rencontre avait lieu sur des problèmes de défense.

#Question : Si vous vous voyiez aujourd’hui, de quoi pourriez-vous parler ?

#Réponse : De rien, puisqu’on n’a pas de souvenirs. Peut-être lui dire que eux les jeunes, ils ont « deconné » à un moment donné. C’est tout. Sinon, depuis le 4 aout, on ne s’est pas rencontré.

#Question : Que pensez-vous de Jean-Baptiste Ouédraogo, celui-là même qui vous a tout de même fait chef d’état-major ?

#Réponse : Absolument rien de mauvais. Jean-Baptiste, c’est quelqu’un qui se contredit. Pour moi, il n’est même pas militaire. C’est un bon, médecin. Il a fait l’école pour apprendre la médecine. Avant le 7 novembre, je ne connaissais pas de Jean-Baptiste Ouédraogo dans toute l’armée nationale.

Je l’ai vu pour la première fois, le jour où on s’est trouvé après le 7 novembre en réunion. Quand il est arrivé, j’ai même demandé au colonel Mamadou Djerma qui était…cet officier-là ! Parce qu’il avait deux ceinturons. Certainement, c’était la première fois qu’il portait un ceinturon (rires). Mamadou Djerma m’a dit que c’était un officier médecin qui revenait de stage. C’est pour vous dire que ce type-là n’est pas un militaire. Politiquement, je ne sais pas qui il est.

#Question : Le président lui-même reconnait qu’il est plus médecin que fantassin.

#Réponse : Il n’est même pas militaire. Et est ce qu’il veut dire que les fantassins ne savent rien ? Que connait un médecin dans l’armée si ce n’est soigner les gens ? J’ai trente ans dans l’armée. Comparativement à lui, il n’est pas militaire. Il a peut-être cinq as ou six ans de service dans l’armée. Il est rentré en 1981 ou 1982. Il n’a aucune carrière militaire. Demandez-le-lui ! ant. Lui, il ne l’a pas. Sa carrière militaire est très insuffisante. (…)

#Question : Quels avantages avez-vous depuis que vous êtes nommé général ?

#Réponse : Je n’ai aucun avantage en tant que Général reversé dans la deuxième section des officiers. Voilà par exemple une ordonnance signe le 16 novembre 1982. Ordonnance N 82 003 CPSP, c’est-à-dire, les premiers jours ou Jean-Baptiste a pris le pouvoir. (…) Ont été supprimés tous les avantages inhérents à la solde, au logement et au véhicules précédemment accordés aux officiers généraux de la seconde section aux termes des dispositions de l’ordonnance N 78039/PRES du 30 mai 1978. Les officiers généraux se trouvant déjà dans la seconde section pouvaient faire valoir leurs droits à pension. J’ai été nommé » le 20 mai et le 21 mai, j’ai été mis à la retraite. Donc je n’ai pas touche un franc de général. Même à la pension, je n’aurai pas un franc, parce que, selon les textes en vigueur, il faut que j’ai touché au moins six mois de salaire de général pour avoir droit à la pension de général.

#Question Vous aviez été mis à la retraite anticipée ?

#Réponse : Oui, de façon anticipée comme tous les autres. Selon notre statut, je devais aller à la retraite à 57 ans et je suis allé à 53 ans. Il me restait encore quatre ans.

#Question : Les réhabilitations ne vous concernent-elles pas ?

#Réponse : Si. J’ai déposé mon dossier comme tout le monde. J’ai été réhabilité mais j’attends les finances (rires).

#Question : Pourquoi la nuit du 4 aout, vous n’avez pas été inquiété ? Vous étiez quand même chef d’état-major, donc l’une des premières personnes sur qui les putschistes devaient mettre la main.

#Réponse : ils allaient venir faite quoi chez moi ? Ils se sont intéressés aux hommes politiques. Ils sont allés chez Gabriel Yorian Somé.

#Question : Vous étiez chef d’état-major. Ils auraient pu vous neutraliser comme ils l’ont fait du président Jean-Baptiste Ouédraogo.

#Réponse : ils n’avaient rien à voir avec moi. C’était une affaire politique. Ce n’était pas une affaire militaire. Je n’étais pas d’un groupe.

#Question: vous commandiez des hommes et il s’agissait tout de même d’un coup d’état, donc d’une affaire militaire.

#Réponse : Qui je commandais ? Je commandais des chefs, pas des régiments en réalité, pas des hommes ! Un chef d’état-major ne commande pas les soldats.

#Question: Ces chefs pouvaient bien vous écouter et empêcher le coup si vous leur aviez donné des consignes fermes.

#Réponse : Mais qui s’attendait à une attaque ? Personne ! La situation était certes tendue mais les pourparlers étaient en cours.

#Question : Mais enfin, quand on fait un coup d’état, on met la main sur le chef d’état-major non ?

#Réponse : Mais ce n’était pas un coup d’état ordinaire ! C’était un coup d’état qui avait un but politique. Je n’ai pas été inquiété parce qu’on en voulait au président et à Gabriel Yorian Somé. Pas à moi ! Qu’est-ce que j’ai fait ? Ce n’était pas une affaire militaire. Ils réglaient les choses entre hommes politiques. Gabriel Yorian Somé a fui. Kamboulé a fui. Pourquoi les autres n’ont pas fui ?

#Question: Avez-vous bien connu le capitaine Kamboulé ?

#Question : Non. C’était des officiers que je ne connaissais pas. Au départ, il ne devait pas commander le groupement blindé (GB).

#Réponse : Ce fut quand Gabriel Yorian Somé était chef d’état-major qu’il l’a nommé chef des blindés, parce qu’il avait un but à atteindre. Sinon, il y avait un plus ancien que lui qui était Kwamé Lougué. Ce but que Somé visait était de prendre le pouvoir à la fin aussi. Bien sûr, chacun voulait prendre le pouvoir.

On a toujours collé les dégâts politiques sur le dos des militaires. Malheureusement, ce sont eux qui font les coups d’état. Quand j’étais chef d’état-major de cette armée, bien que le président Jean-Baptiste Ouédraogo dise que l’armée n’existe pas, les gens qu’ils soient du CMRPN ou du CSP avaient accepté, au fur et à mesure qu’on se retrouvait, de discuter de tous les domaines, de se donner des accolades. Petit à petit, on allait aboutir à la restriction de l’armée.

Le 4 août allait certainement s’éloigner. Je ne dis pas qu’ils n’allaient pas venir, parce que cette révolution était une affaire internationale. Et tôt ou tard, la révolution allait entrer chez nous. Les chefs obéissaient à des ordres. Mais, dès que vous sortez du cadre militaire et que vous faites autre chose, ils ne vous respectent pas.

C’est pour cela que je suis respecté jusqu’aujourd’hui. Parce que je suis resté honnête. L’armée a été politisée, c’est ce qui a amené tout ce remue-ménage-là. Le 4 août est arrivé parce que l’armée était politisée. On voulait la révolution. Ce n’était pas seulement les militaires qui voulaient cette révolution. Il y avait leurs suppôts, des civils. Je connais des intellectuels qui ont rejoint les rangs à Po. On les a vus. Donc, ce n’était pas seulement une affaire militaire.

#Question : Comment le capitaine Thomas Sankara s’est-il retrouvé à la tête de l’Etat après le 4 aout alors que finalement, ce n’est pas lui, à proprement parler, qui a fait le putsch ?

#Réponse : Personnellement parlant et en réalité le coup d’État a été fait par Blaise Compaoré. Sankara, au dernier moment était convaincu qu’il fallait attendre un peu. Blaise Compaoré était décidé. Je vous ai dit qu’il avait fait des propositions au président qui les avait rejetées. Cela n’a pas plu à Blaise Compaoré.

Surtout, le fait que Jean-Baptiste Ouédraogo voulait remettre le pouvoir aux civils précipitamment en disant qu’ils s’étaient entendus qu’au bout de deux ans, ils remettent le pouvoir aux civils. Ce n’est pas vrai. Les autres n’étaient pas d’accord. C’est une situation entre eux. Moi, je ne suis rien dans leur milieu. Ils n’ont pas à m’en vouloir. Sauf lui qui croyait que j’étais de mèche avec les révolutionnaires. Moi, je sais qu’ils sont tous pareils. (….)

#Question : Vous connaissez Blaise Compaoré ?

#Réponse : Militairement, non. Nous n’avons jamais eu à servir ensemble. Je l’ai vu. Il était à l’état-major. Il était secrétaire du chef d’état-major à l’époque. C’était le colonel Bila Zagré, vers les années 79-80.

#Question : Vous ne l’avez jamais côtoyé ?

#Réponse : Non. Je ne suis pas un homme politique. Je n’ai jamais eu de relations avec lui.

#Question : Il parait qu’on vous a nommé Général avant de vous mettre à la retraite pour vous remercier de votre silence et de votre complicité avec les jeunes révolutionnaires.

#Réponse : Enfin, on peut dire ce qu’on veut de cette histoire… de nomination.  D’abord, je peux dire que je suis nommé général à titre honorifique. Pourquoi honorifique ? Ca, je ne sais pas. Demandez-le à ceux qui m’ont nommé. Mais je pense que j’ai quand même fait quelque chose. J’ai évité la guerre civile à ce pays. Peut-être que c’est à cause de ça. Mais pas parce que j’avais une quelconque complicité avec les jeunes. Les jeunes ont peut-être trouvé en moi quelqu’un qui n’était pas comme les autres. Cette nomination a été à titre exceptionnel. Pas pour complicité quelconque mais pour le travail que j’ai fait.

Savez-vous qu’au plus fort de la crise, aux mois de mai-juin, le secrétaire général de l’ANAD (Accord de Non Agression et de Défense) était à Ouagadougou ? Il était prêt, avec Gabriel Yorian Somé à faire la guerre contre Pô.  Le secrétaire général de l’ANAD est mon ami. Nous sommes de la même promotion à l’école des officiers. Je lui ai dit que c’était une affaire intérieure. Il m’a dit: « Bien sûr ! Mais, c’est extraordinaire que vous puissiez laisser une seule compagnie vous emmerder. Il faut aller écraser ça!» Mais c’était une affaire politique, pas une affaire militaire. J’étais adjoint de Gabriel Yorian Somé à l’époque. J’ai dit non au secrétaire général de l’ANAD. Nous n’avons pas besoin de l’ANAD pour régler nos affaires intérieures. On peut le faire tout seuls. Parce que si l’ANAD intervenait, les amis des révolutionnaires allaient arriver aussi, c’est à dire, les Libyens et les Ghanéens. Cela aurait été une guerre internationalisée. Une affaire comme le Tchad. Et quand ça commence, ça ne finit jamais. Parce que, chaque fois, on va se renverser.

Je pense alors que ce que j’ai fait méritait d’être récompensé. Sinon, ce n’est pas pour un silence quelconque. Je n’ai pas été nommé pour une complicité quelconque. D’ailleurs, si on regarde ma carrière militaire, je n’ai jamais été longtemps à Ouagadougou.

Pourquoi Fidèle Guébré et Harouna Tarnagda se battent-ils?  Fidèle Guébré et Gabriel Yorian Somé se rendent au nouveau pouvoir et n’en sortent pas vivants.

#Question : Guébré et Somé étaient-ils les plus dangereux pour la révolution ?

#Réponse : Les gens ont fait les choses suivant la réalité. Guébré a eu des problèmes avec Harouna Tarnagda, qui était ministre de l’intérieur sous le CSP. Tarnagda et Guébré sont de la même région. Deux villages se battaient. Les deux hommes venaient de ces villages-là. De la façon dont les deux villages se battaient, eux aussi se battaient dans l’armée. Harouna Tarnagda en tant que ministre de l’intérieur, était responsable du règlement de ce conflit-là. Il a fait arrêter et embarquer les parents de Guébré. Guébré était venu me voir à mon bureau tout affolé, tout furieux. Il était prêt à aller les tuer. Je l’ai calmé. Donc, si les Guébré arrivaient à prendre le pouvoir, il allait certainement se venger sur Tarnagda. C’était une affaire de personnes, de problèmes ethniques. Tarnagda est encore là, mais Guébré n’est plus là.

#Question: Pourquoi Somé et lui (Fidèle Guébré) ont-ils été les premiers à payer ?

#Réponse : Peut-être parce qu’ils étaient le plus contre le régime ? Je n’en sais rien. Et puis, eux aussi voulaient la place. C’est eux qui se sont rendus. Somé, sur sa demande, a été ramené en hélicoptère.

Guébré est venu de lui-même par la route. Il est venu me voir. Il a quitté Dédougou sans que ses hommes n’en fussent mis au courant, car eux refusaient qu’il aille à Ouagadougou. Quand il est venu me voir, je lui ai dit qu’on avait besoin de lui au Conseil de l’entente (le siège du CNR). Quand il est parti là-bas, ils l’ont gardé. Il n’en est pas ressorti vivant.

Somé a voulu fuir. (…) Il avait une Mercedes personnelle, des voitures tout-terrain à sa disposition. Il a pris une 4X4 familiale pour fuir. Au lieu de prendre la route, il est entré dans la brousse. Il est tombé dans des trous, il a cassé les amortisseurs et d’autres pièces du véhicule. Il ne pouvait plus avancé. (…). Il est allé à pieds jusqu’à Yako (..) et il s’est fait remorqué jusqu’à Ouahigouya. Il rejoignait Karim Lompo. Peut-être que de là-bas, il allait remonter à Dédougou pour ensemble remonter à Ouagadougou. Peut-être… Mais comme la situation était désespérée … il est arrivé à Ouahigouya tout foutu, puisqu’il a marché jusqu’à Yako. Il était blessé. (…) La gendarmeries et les gens l’ont vu arriver à Ouahigouya (…).Lompo, bien sûr, l’a gardé là-bas pendant un certain temps. Personne ne savait à Ouagadougou ou il était jusqu’au jour ou lui-même a décidé d’écrire pour qu’on vienne le chercher. Il ne pouvait pas continuer parce que s’il continuait, se serait avec la complicité de Lompo. Certainement donc, Lompo ne voulait pas qu’il continue.

#Question : N’est-ce pas étrange qu’il ait demandé à revenir en sachant  à peu près les risques qu’il courait. Pareil pour le commandant Guébré ?

#Réponse: Vous savez, les parents de Somé m’accusent aussi pour ça.

#JQuestion : Justement… Peut-on organiser une telle opération pour rechercher des fuyards, des déserteurs de l’armée sans que l’état- major ne soit au courant ?

#Réponse : Que voulez-vous que je dise ? Voilà la preuve que je n’y suis pour rien. (Il exhibe la lettre de Gabriel Yorian Somé demandant au CNR d’organiser son retour à Ouagadougou). Je dis la vérité que je connais. (…) D’ailleurs, quand Somé est arrivé, je ne l’ai pas vu. Jamais revu! Chacun connait la suite!

Marcel Yaoua Tamini

Propos recueillis par Noel Ouanza Liéhoun

Source : Regard nº 11-12 du 22 décembre 1992 au 3 janvier 1993. Ce média avait été créé par Patrick Ilboudo, écrivain connu au Burkina.

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Arba Diallo : “En 1983 j’ai trouvé un chef d’état extrêmement intéressé à tout ce qui se passe depuis les fin fond du Burkina jusqu’aux fin fond de la Chine populaire” https://www.thomassankara.net/arba-diallo-en-1983-jai-quand-meme-trouve-un-chef-detat-extremement-interesse-a-tout-ce-qui-se-passe-depuis-les-fin-fond-du-burkina-jusquaux-fin-fond-de-la-chine-populaire/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=arba-diallo-en-1983-jai-quand-meme-trouve-un-chef-detat-extremement-interesse-a-tout-ce-qui-se-passe-depuis-les-fin-fond-du-burkina-jusquaux-fin-fond-de-la-chine-populaire https://www.thomassankara.net/arba-diallo-en-1983-jai-quand-meme-trouve-un-chef-detat-extremement-interesse-a-tout-ce-qui-se-passe-depuis-les-fin-fond-du-burkina-jusquaux-fin-fond-de-la-chine-populaire/#respond Sun, 04 Jan 2026 19:00:05 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=251194 Nous vous proposons une interview inédite de Arba Diallo, ministre des Affaires étrangères lors de la première année de la Révolution. Elle a été filmée et réalisée, en octobre 2007, à Ouagadougou, par Charles Véron, réalisateur, et moi-même, alors que nous étions en repérage pour un film qui n’a malheureusement pas se faire faute de […]

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Nous vous proposons une interview inédite de Arba Diallo, ministre des Affaires étrangères lors de la première année de la Révolution. Elle a été filmée et réalisée, en octobre 2007, à Ouagadougou, par Charles Véron, réalisateur, et moi-même, alors que nous étions en repérage pour un film qui n’a malheureusement pas se faire faute de financement. Mais les images sont toujours là. Nous avons pu avoir cette interview grâce à son ami Philippe Ouedraogo, lui aussi ministre la première année de la Révolution qui y a assisté. Arba Diallo, n’a pas besoin de beaucoup de questions pour nous faire entrer dans les coulisses de la diplomatie. Il nous parle beaucoup des attitudes de Thomas Sankara et nous raconte quelques anecdotes inédites mais aussi nous livre sa propre conception de cet composante essentielle des relations internationales. La retranscription a été réalisée, par Leyla Mariam Diallo. Qu’elle soit ici chaleureusement remerciée.

Bruno Jaffré


Sankara et les affaires étrangères

Les affaires étrangères sont un département qui intéresse particulièrement les chefs d’état. Tout le monde veut y mettre son sein particulier, montrer qu’en réalité tout ce qui se passe, y compris la gestion du quotidien est du ressort, et du ressort presque exclusif du chef de l’État. Comme disait quelqu’un…, le président français actuel, il fait tout, on lui fait le reste. Et en réalité, c’est ce qui se passait.

Mais je dois avouer que ma connaissance du président était assez limitée mais quand je suis venu aux affaires en 1983 j’ai quand même trouvé un chef d’état extrêmement intéressé à tout ce qui se passe depuis les fins fond du Burkina jusqu’aux fin fond de la Chine populaire. Il était au courant de ce qui se passait, il voulait en avoir les détails, de ce qui s’était passé, et surtout, il tenait également à ce que, au niveau de son entourage immédiat, savoir qu’est-ce que l’on pense de lui, qu’est-ce qu’on est en train de comploter contre lui ou qu’est-ce que l’on peut faire de manière à ce que les rapports entre par exemple le Burkina et le Niger subissent une amélioration, surtout les relations entre le Burkina et la Côte d’Ivoire.

Parce que c’est là où vraiment c’était le plus salé. Salé pourquoi ? Parce que, pour l’opinion nationale ici, et en en particulier les jeunes, le stéréotype même de l’adversaire qui ne peut pas changer de la révolution, c’est le président Houphouët-Boigny. Et bien sûr, il nous le rendait bien d’ailleurs, parce que les premières rencontres que le président Houphouët a eu à convoquer, je me rappelle bien et cela a démontré un peu la nature des rapports qui allaient par la suite exister entre les deux.

Je me rappelle un après-midi, c’était presque au moment où Sékou Touré est mort, l’après-midi il m’appelle et il me dit il faut venir au conseil d’entente où il avait ses bureaux, il y a un problème. J’arrive, il me dit, on vient de recevoir une invitation pour le sommet des chefs d’État, le Conseil de l’entente qui devait avoir lieu le lendemain, à Yamoussoukro. Et lui, il dit : « c’est le genre de choses que je ne peux pas accepter. Et d’ailleurs, je n’irai pas. Et d’ailleurs, je veux en avoir le cœur net, je veux en particulier consulter l’un des seuls chefs d’État qui semblait être assez proche de lui, en l’occurrence le président Kérékou ».

Et sur ce, il prend son téléphone, il appelle le président Kérékou, il lui demande, « Camarade Président, est-ce que vous avez reçu l’invitation pour le sommet de Yamoussoukro ? » Kérékou lui répond, « Oui ». Et il demande au président Kérékou, « Est-ce que vous allez y aller ? » Et le président Kérékou lui dit, « Oui, je compte y aller ». Et sur ce, le président Sankara de dire : « comment est-ce que l’on peut se comporter de la sorte vis-à-vis des chefs d’État qui sont vos pairs, qui sont vos égaux ». Et Kérékou de lui dire, « vous savez, camarade Président, à quelle heure est-ce que vous avez reçu votre invitation ? » Et Sankara de lui dire à quelle heure il avait reçu l’invitation à venir à Yamoussoukro, et Kérékou de lui dire : « votre invitation est arrivée avant la mienne. Vous avez bien noté. Et pourtant, moi, je suis plus ancien que vous. Et mieux, moi, je suis le président en exercice du Conseil de l’Entente. Et ce n’est pas moi qui convoque le sommet, c’est Houphouët-Boigny qui convoque le sommet et à Yamoussoukro. Mais moi, je vais y aller parce que l’Afrique de l’Ouest est ainsi faite ». Bien sûr, Sankara de dire non, non, non, moi je n’irai pas.

Me voilà le lendemain, allant à Yamoussoukro, pour assister au sommet, à la place du président. Et bien sûr, je reste dans mon coin, parce que d’abord c’était les chefs d’État, vous connaissez le président Houphouët, il a rencontré les chefs d’État, il a discuté avec eux, puis il y avait une réception officielle qui était un déjeuner auquel tous les chefs d’état qui étaient présents étaient invités. Et moi, en tant que ministre des affaires étrangères, on a fini par me faire venir à la table. Et j’arrive, et Houphouët de me dire : « vous savez, monsieur Diallo, nous on n’a pas de secret ici ». Alors qu’ils avaient passé toute la matinée à discuter seuls. Je lui ai dit : « Oui, M. le Président, moi je vous crois ». Et il dit : « vous voyez, on discute de tout ouvertement. Et nous ne sommes pas là pour comploter en quoi que ce soit, contre qui que ce soit, il faudrait le dire au Président Sankara ». J’ai dit : « Monsieur le Président, je serai un fidèle messager et je ferai tout pour qu’il sache que personne n’a voulu ici à comploter contre lui et que vraiment, s’il était venu ici, il aurait trouvé une atmosphère à son goût ».

“Mes rapports avec les CDR ont toujours été des rapports extrêmement difficiles”

Mais c’était le premier coup et ça n’a pas cessé. Parce qu’ici la révolution c’était de changer et où est ce qu’on change, c’était d’abord en matière de relation avec les puissances impérialistes qui étaient là, les américains surtout, les français, les autres. Et comment est-ce qu’on va changer ? On va changer en montrant à ces ambassadeurs qu’ici, ils ne sont rien. Il faut les fouiller à l’aéroport comme on fouille n’importe quel quidam, parce que l’immunité diplomatique, ce n’est pas pour venir ici nous déstabiliser. Donc il faut savoir qu’est-ce qu’ils ont dans leur bagage. Et bien sûr, quand nous, on a été informés de cela, j’ai eu d’ailleurs plusieurs accrochages assez violents avec le secrétariat des CDR (Comité de défense de la Révolution).

J’ai essayé de leur faire comprendre qu’en réalité, ce qu’ils veulent faire aux Burkinabè, ils sont libres de le faire, mais dès qu’il s’agit d’un ambassadeur, il y a une manière de faire qui est qu’on ne peut pas négocier. Il faut l’accepter. Ce n’est pas à eux que nous avons affaire. Nous avons affaire à nous-mêmes d’abord. Et si vous ne voulez pas qu’ils viennent, vous leur dites, ils vont plier bagage et ils vont aller chez eux. Où est le problème ? Ça n’a pas été facile. Parce que pour les CDR également, la face visible de l’impérialisme international, c’était quand même ces ambassadeurs qui étaient là, en grosse voiture et cela les irritait à chaque fois qu’ils voyaient un ambassadeur venir avec son drapeau, sa Mercedes, ça les irritait, ça les rappelait ceux qu’ils ne voulaient pas voir. Alors, on a eu ce problème-là, à plusieurs reprises d’ailleurs. Et je dois dire que jusqu’à la fin du régime du CNR, mes rapports avec les CDR ont toujours été des rapports extrêmement difficiles. Et j’ai le sentiment que ceux qui ont tenté par la suite d’ailleurs de diaboliser les CDR en disant que beaucoup de dérives auxquelles on assistait étaient de leur fait, ils ont parfaitement raison, parce que nous on a pensé, nous au niveau du parti, qu’en réalité on a vu l’expérience des CDR ailleurs qui ont bien fonctionné. Bien sûr, il faut les contrôler, mais ce qu’on a vu par la suite, ce n’était pas du tout ce qu’on avait pensé.

Et je dois avouer également que l’effort pour essayer de normaliser, de réglementer non seulement le comportement des ambassadeurs ici, mais surtout également des ambassadeurs du Burkina à l’extérieur. Et je dois avouer que là également j’ai eu énormément de difficultés avec les ambassadeurs que nous avions nommés et qui pour eux étaient même les prototypes de personnes qu’il ne fallait pas envoyer pour représenter la révolution ailleurs. Et j’ai eu toutes les peines du monde à justifier 5, 6 ou 7 ambassadeurs qui étaient connus comme ayant leurs positions. Ce n’étaient pas des révolutionnaires, en réalité, si vous cherchez des révolutionnaires, vous savez où les trouvez. En fait, c’était des Burkinabè, comme n’importe qui. Et nous, à l’époque, on avait estimé que les meilleurs représentants que nous pouvions envoyer dans ces pays-là, en particulier l’ambassadeur en France, l’ambassadeur aux États-Unis, l’ambassadeur aux Nations Unies, l’ambassadeur en Allemagne, l’ambassadeur au Canada, en particulier, ces cinq ou six là, à mon avis, il valait mieux envoyer des personnes qui peuvent tranquillement expliquer ce que nous étions en train de faire, les difficultés que nous rencontrions, mais également le fait que c’était quand même un processus qui était venu pour changer nos méthodes de travail, changer nos rapports entre les administrés et les administrateurs, et que l’on pouvait réussir cet effort de relation publique beaucoup mieux avec ces éléments-là, plutôt que d’envoyer de Ouaga des éléments qui se disent révolutionnaires pour expliquer quoi, à qui, on ne sait pas. Par contre, ce que nous avions, c’était quand même tous des personnes d’un certain âge qui étaient des fonctionnaires d’une certaine maturité. Et moi, j’étais sûr à l’époque qu’on ne pouvait pas trouver mieux que ces personnages-là pour être le porte-parole de ce que nous voulions faire au niveau du pays.

Vous avez parlé des difficultés avec les CDR ?

Parce que l’on a été obligé à un moment donné, on a eu un accrochage en plein conseil des ministres, lorsque le secrétaire général des CDR a émis un avis critique par rapport aux ambassadeurs que nous avions, bien sûr en estimant que c’était des réactionnaires, c’est-à-dire que moi je n’étais pas là pour authentifier que c’était des révolutionnaires. Mais moi ce que je voulais dire simplement c’est que pour être notre porte-parole en matière de relations publiques au moment où nous parlions, on ne pouvait pas nous trouver mieux que ces personnages-là. Et ces personnages-là, vous allez voir un peu, si vous prenez la liste des ambassadeurs que nous avions à l’époque, nous avions Emmanuel Salamberé qui était à Paris, nous avons Gaëtan Ouédraogo qui était à Ottawa, nous avions Ki Doulaye Corentin qui était à Washington, nous avions Bassolé Léandre qui était à New York, nous avions Tiendrebéogo Anatole qui était en Allemagne, si on veut chercher les prototypes même des révolutionnaires, ce n’est pas à eux qu’on va penser. Mais seulement eux quand même ils étaient soit des diplomates de carrière soit des personnalités bien connues du monde ici et qui pouvaient aller dire voilà ce que nous sommes en train de faire comprenez nous même si nous vous n’êtes pas d’accord avec ce que nous faisons. Je crois que c’est en cela que nous avons eu cet accrochage-là.

Et le président Sankara a eu à arbitrer entre Pierre Ouédraogo et moi. J’ai dit non, ça suffit comme ça, ce n’est pas ainsi. Et de toute façon, en matière de relations internationales, les CDR, c’est pour nous ici, les CDR, ce n’est pas pour les rapports au niveau de Paris ou au niveau de Washington. Alors, je crois que le président, quand même, voulait à la fois plaire et à l’un et à l’autre, mais moi je dis quand même qu’il va falloir qu’à un moment donné qu’il tranche en la matière. Et je dois dire que jusqu’à ce que je quitte le gouvernement, mes rapports avec Pierre Ouédraogo n’ont jamais été des rapports normaux. Moi je me disais quand même qu’en matière de relations internationales, il n’y a pas mille et une manières de faire, et que la révolution se fait ici, elle ne se fait pas en diplomatie. En diplomatie on ne fait pas de révolution, si vous voulez faire de la révolution, vous restez chez vous.

‘La plus grande vitrine que nous avions, c’était quand même les Nations Unies”

Mais je dois avouer que malgré tout, le président était quand même très intéressé à l’image que l’on projetait à l’extérieur. En particulier, la plus grande vitrine que nous avions, c’était quand même les Nations Unies. Et vous voyez que tout juste deux mois ou trois mois après l’avènement du CNR, nous avons été élus au Conseil de sécurité dans des conditions qui n’étaient pas évidentes. Il y avait eu quand même beaucoup de pression, beaucoup de tiraillements et le résultat auquel nous sommes parvenus était quand même aussi un résultat dont le président pouvait être fier. Et également un résultat qui venait un peu à point nommé pour permettre au président Sankara d’aller au niveau d’une tribune comme des Nations Unies et élu comme membre non permanent du Conseil de sécurité pour dire un peu quelle est la position de notre pays par rapport à certains des problèmes de l’heure.

Parce que vous savez, en 1983, c’était quand même une situation difficile au niveau de l’Afrique de l’Ouest, le fonctionnement de la CEAO est très difficile. Au niveau de l’extérieur, en particulier, il y avait le problème du Nicaragua, c’était en plein pendant le conflit entre le Nicaragua et Washington. C’était également la période où quand même les derniers soubresauts des mouvements des pays non alignés, et où, comme vous le savez, le président Sankara quand même voulait qu’on le connaisse, qu’on le reconnaisse, et où il a effectué quand même des visites assez importantes pour l’image de notre pays, au niveau non seulement de la Yougoslavie de l’époque, de l’Inde également. Il avait des rapports extrêmement intéressants avec les Chinois et également, vous vous rappelez, le grand périple qu’il a eu à faire au début de l’année 84 à travers la majeure partie des pays d’Afrique. C’était la visite qu’il a eu à effectuer vers non seulement certains des pays voisins, mais surtout l’Afrique de l’Est et l’Éthiopie, le Mozambique, Madagascar, la Tanzanie, l’Angola, le Congo-Brazzaville, le Gabon, Sao-Tomé et Principe et retour ici.

“Je me rappelle de cette réflexion de Julius Nyere après sa rencontre avec Thomas Sankara” 

Et je dois avouer que s’il y a bien un voyage qui était extrêmement édifiant, d’abord pour que lui il voit ce que les uns et les autres sont en train de faire, qu’il voit également ce que les gens pensaient de lui. Et je me rappellerai toujours cette réflexion que Nyerere a eue à son intention quand il était à Dar es Salaam. Moi j’étais son traducteur et Nyerere m’a dit : « Il faut dire à ce jeune homme-là (il m’a dit en anglais) que l’Afrique a besoin de lui et que l’Afrique préférerait avoir un patriote vivant plutôt qu’un révolutionnaire mort », et Nyerere m’a dit : « est-ce que tu as traduit ça fidèlement ? » Je lui ai dit ! « “Monsieur le président, je suis sûr et certain qu’il a compris ce que vous avez dit ». Et d’ailleurs, je dois avouer que cinq ans après, j’ai rencontré le président Nyerere à Rio de Janeiro. Il m’a dit, ah, ton gars ne m’a pas écouté. Pourquoi ? Parce que Nyerere était sûr et certain que tout l’environnement dans lequel nous baignions à l’époque était tellement hostile à ce que Sankara était en train de faire, ne serait-ce que même dans l’imaginaire. Parce qu’en réalité, vous n’avez pas un seul chef d’État parmi les voisins qui était à l’aise avec Sankara. A commencé bien sûr par Houphouët, puis Eyadema, même Kérékou était un peu hésitant. Il n’y a que Rawlings : très bon rapport, rapports très cordiaux de tout temps. Et le président Kountché qui n’a jamais eu confiance en Sankara, et réciproquement d’ailleurs…

Quand Thomas Sankara rencontre Samora Machel

L’un des cas, l’un des plus intéressants était, pendant ce périple dont je parlais, le voyage qu’il a eu à faire à Maputo. Il arrive à Maputo, c’était après les accords de Nkomati, et lui de dire a Samora Machel : « vous savez camarade président beaucoup de patriotes sincères se demandent si les accords de Nkomati étaient une bonne chose. » Moi, j’étais assis à gauche de Samora Machel, il fallait voir…   Parce que bien sûr comme vous savez c’est diner officier, c’est l’hôte qui prend la parole pour souhaiter la bienvenue, ensuite l’invité répond. Mais cette fois ci, quand Sankara à fini de parler, Samora Machel lui dit : « comme nous sommes entre révolutionnaires, je vais reprendre la parole pour qu’on se parle en tant que révolutionnaires….  Vous savez, dans les problèmes que nous avons au niveau du Mozambique, nous avons beaucoup apprécié la solidarité, l’appui des pays amis, mais en définitive, ceux qui meurent au Mozambique, c’est les Mozambicains eux-mêmes. Ceux qui souffrent le plus, c’est les Mozambicains eux-mêmes. » Et d’ailleurs, il nous rappelle que peu de temps avant qu’on arrive à Maputo, il y a eu une coupure de courant. Coupure de courant parce que les Sud-Africains pouvaient interrompre l’électricité comme ils voulaient, à Maputo même. Et ils vivaient carrément… toute habitation officielle à Maputo était un bunker. Et donc, Samora Machel de dire : « en la matière, nous sommes en dernier ressort les maîtres de la situation, et nous avons décidé que le mieux à faire pour notre pays était de négocier, de signer et de mettre en œuvre les accords de Nkomati. » Alors, il n’y avait plus de protocole. Tout le monde était gêné et moi j’étais assis, il est encore vivant, Shisano qui était à l’époque ministre des Affaires étrangères, qui m’a poussé du doigt, qui m’a dit « Ah, ton type va nous créer des problèmes ». Comme je le connaissais, il dit « Effectivement c’était au moment où il y avait le plus de divergences au sein de Frélimo (NDLR : Front de Libération du Mozambique) quant à la conduite à tenir vis-à-vis de Rénamo ( NDLR : Résistance nationale du Mozambique soutenue par l’Afrique du Sud) à l’époque ».

Et là vous voyez un peu, c’est ça, et que Sankara, dans sa spontanéité, dit que non, non, non, les accords de Nkomati, beaucoup de patriotes africains sincères ont des doutes là-dessus. Ce qui n’était pas faux, mais seulement le dire à Samora Machel, qui lui également avait savamment négocié son virage. Et là, vous voyez ce que cela a donné. Et je dois dire que jusqu’au départ de Maputo, les liens entre les deux hommes ont été plutôt des liens assez difficiles et pour moi la tâche n’était pas de plus aisée. Et c’est la raison pour laquelle quand nous avons quitté Maputo, nous sommes allés à Dar es Salaam et c’est à Dar es Salaam que le président Nyerere a dit au président Sankara (NDLR : que l’Afrique a besoin de lui et que l’Afrique préférerait avoir un patriote vivant plutôt qu’un révolutionnaire mort). Alors de là nous sommes d’ailleurs allés à l’Angola, à Brazzaville, où quand même c’était vraiment un accueil extrêmement chaleureux, chacun d’eux, que ce soit Dos Santos au niveau de l’Angola ou le président Denis Sassou Nguesso qui était extrêmement ravi et c’est très certainement du point de vue rapport entre camarades l’une des visites que l’on ne pourrait jamais oublier. On a passé une nuit nous sommes allés à Pointe-Noire et sans aucun doute cela a beaucoup marqué le président, parce que le président quand même aussi tenait absolument à ce que l’on sente qu’il a un point de vue à donner. Même si certains d’ailleurs, également, lui ont donné leur point de vue.

Une autre anecdote, j’ai accompagné le président à Bucarest, pour voir Ceaușescu. Et pendant les discussions, Ceaușescu lui dit : ‘’ Camarade Président, il faut avoir les pieds sur terre et moi je vous donne un conseil : dans votre pays, s’il y a le risque que le café manque ou que le pain manque, faites en sorte que ce soit le pain qui manque. Parce que si c’est le pain qui manque, les gens vont se plaindre, mais chez eux. Si c’est le café qui manque, les gens vont se plaindre et c’est dans la rue. Ça c’est mauvais. ‘’

Alors, et je dois avouer que pour chacun de ces interlocuteurs, Sankara y était allé, il ne cherchait pas une aide quelconque, mais des points de vue, des conseils, un échange d’expérience sur ce que l’on peut faire et sur ce que l’on ne doit pas faire. Bien sûr que le monde était en train de changer. 84, 85 quand même, nous étions presque vers la fin de l’empire, tout ce qui concerne les pays de l’Est, mais il en restait encore quelque chose il restait encore beaucoup du non-alignement de Tito mais des Indiens, des Chinois.

Méfiance réciproque entre Thomas Sankara et les dirigeants d’Afrique de l’Ouest

Et je dois avouer que le président Sankara… il y a une préoccupation majeure au niveau de l’Afrique de l’Ouest, tout le monde veut d’abord s’assurer de ce que, les voisins qui entourent le Burkina, sans aucun doute, la plupart des phénomènes que nous pouvons traverser ici sont des phénomènes qui ont leurs répercussions au niveau de l’un ou l’autre de nos voisins. Et c’est un peu d’ailleurs la raison pour laquelle certains des voisins qui se sentaient comme étant les plus vulnérables ou les plus menacés ont eu vraiment des attitudes mais qui sont d’une hostilité évidente par rapport à la situation au Burkina, en particulier.

Regardez le Niger, où le président Kountché s’est toujours rappelé qu’il y a une possibilité de contagion tellement forte, parce que la plupart des jeunes officiers au Niger sont des jeunes officiers qui étaient de la même promotion que les Sankara et Blaise et donc eux à tout moment ils ont craint qu’il n’y ait des problèmes et d’ailleurs à chaque fois que le président Sankara est allé en visite au niveau du Niger c’était l’occasion pour le régime d’ouvrir les yeux autour de tous ceux qui de près ou de loin pouvait être considéré comme étant des adeptes de Sankara. En particulier, c’était le cas du regretté  président Baré, parce que Baré Mainassara était quand même peut- être plus jeune d’un ou deux ans par rapport à Sankara, mais ils ont tous fréquenté Madagascar et les uns et les autres ont toujours pensé que à un moment ou à un autre, que l’expérience au niveau du Burkina pourrait inspirer les jeunes au niveau du Niger tout comme les jeunes au niveau du Mali.

Et comme on le verra par la suite d’ailleurs, parce qu’à ce jour, l’essentiel de la jeunesse africaine, qu’elle soit de l’Afrique de l’Ouest ou de l’Afrique centrale, cette jeunesse-là se reconnaît toujours en Sankara. Et peut-être bien que ceux qui avaient soupçonné qu’il y avait des possibilités de contagion n’ont pas tant eu tort que ça. Et c’est un peu la raison pour laquelle il y avait ce désir évident de la part de ceux qui étaient là de refermer le cercle autour du Burkina. Et Traoré Moussa au niveau du Mali a bien sûr joué son rôle en la matière. Peut-être bien que le prétexte du conflit frontalier a été un bon prétexte, mais bien sûr que le conflit n’était pas nouveau. Mais quand vous voyez ce qu’il y a eu comme reprise des hostilités, ce n’était pas tellement lié au problème frontalier que lié à certaines contingences politiques que seuls eux savaient.

Vous verrez également que du côté des rapports entre le Burkina et la Côte d’Ivoire, c’est quand même des rapports qui n’ont jamais obéi à quelque logique que ce soit, alors que l’on sait même qu’il y avait des va-et-vient, qu’il y avait des allers-retours, et qu’une bonne partie des militaires qui ont décidé de quitter la révolution, s’ils n’ont pas été chassés par la révolution, se sont plutôt réfugiés en Côte d’Ivoire. Et il est certain qu’au niveau de la Côte d’Ivoire, il ne restait pas les bras croisés. Et d’ailleurs, le régime du CNR savait bel et bien qu’il fallait en permanence faire attention à ce qu’il pouvait être concocté à partir de la Côte d’Ivoire. De même qu’au niveau du Togo. Au niveau du Bénin, je ne pense pas qu’il y ait eu quelques soupçons que ce soit d’un complot contre le régime du CNR. Le président Kérékou, en la matière, a toujours été très posé, très lucide et a passé l’essentiel de son temps a se préoccupé de ce qu’il faisait lui au plan interne.

Au niveau du Togo le président Eyadema a toujours craint que le Burkina allait d’une manière ou d’une autre s’ingérer dans ses affaires intérieures.

Alors, quand vous voyez que face à une telle situation, tout régime normal se dit qu’il faut ouvrir l’œil, il faut être vigilant par rapport à chacun de ses voisins. Et c’est en fait également ce que le président Sankara faisait. En bon militaire voulait s’assurer que toutes ses frontières étaient protégées pour un pays comme le nôtre. En pleine révolution, où l’essentiel des tâches était au plan interne, il leur était difficile d’avoir suffisamment de ressources pour consacrer ces ressources-là à la protection de nos frontières.

Des rapports de Thomas Sankara et Blaise Compaoré

Est-ce que vous avez senti vous venir, est-ce que par exemple vous qui étiez à côté, quand vous avez appris qu’il allait  se marier avec quelqu’un, une femme qui était proche d’Houphouët Boigny… ça vous a mis la puce à l’oreille ou vous avez senti… comme quoi ?

Non, je crois que tout cela relève un peu de l’anecdote en réalité. Parce que quand on voyait les rapports entre les deux, on se disait que quelle que soit la nature des rapports que Blaise Compaoré pouvait avoir avec quelqu’un d’autre, cela ne pouvait pas gêner ou contrarié. Et d’ailleurs, il y a beaucoup de gens qui, de manière anecdotique, disaient que Blaise Compaoré était la co-épouse de Mariam. Tellement les rapports entre les deux étaient extrêmement rapprochés. Et je pense qu’à l’époque, vraiment, nous, on n’a pas du tout pensé que ce mariage-là était de nature à changer fondamentalement la nature des liens entre Blaise Compaoré et Sankara.

Vous ne pensez pas que.. Moi on m’a raconté par exemple…

C’est ce que l’on dit. En effet vraiment moi je n’ai aucun moyen de me prononcer par rapport à ça d’autant plus que du point de vue des liens entre Burkinabè et Ivoiriens ces liens sont tellement compliqués que c’est possible. Je ne peux pas le nier. Mais je pense que Houphouët quand même, très certainement en la matière, a dû faire, s’il a été donc l’acteur principal en la matière, certainement qu’il faisait ce qu’il voulait faire. Moi j’ai vu par exemple le cas de Ouattara Allassane qui a quand même marier quelqu’un qui était également…

Et le seul élément que je pourrais ajouter c’est que en 1994 j’étais à Washington au département d’état et avant que je ne sois reçu par le vice-ministre chargé de l’environnement, quelqu’un s’est approché de moi qui m’a dit « Est-ce que vous vous rappelez de moi ? » Je lui ai dit « Non ». Il m’a dit « Ah, vous savez, moi j’étais conseiller d’ambassade, l’ambassade des États-Unis à Ouaga en 84, 85, 86, 87 ». Et il dit « Je vous ai connu ». Et puis il me dit « Mais ôtez-moi d’un doute ». Je dis « Lequel ». Il dit « Nous, au niveau de Washington, on est toujours en train de se demander est-ce que Sankara n’a pas préféré mourir chez lui en martyr plutôt que de quitter son pays et aller en exil et mourir en exil. Il dit jusqu’à ce jour, au niveau du département d’État, il n’y a pas encore clos le dossier ».

Le dilemme de Thomas Sankara, mourir en martyr ou partir en exil

Donc, mourir en martyr ou aller en exil. Quand vous voyez, les derniers jours… Il serait intéressant pour vous d’aller rencontrer certains des acteurs qui étaient là d’ailleurs, qui étaient très proches de Sankara. Il s’agit de celui qui était l’ambassadeur du Ghana, celui qui était l’ambassadeur de Cuba et celui qui représentait l’UNICEF…. Et apparemment, eux, ils ont eu à échanger les derniers jours de Sankara sur qu’est-ce qu’il fallait faire. Faut-il partir ? Faut-il rester ? Et partir en exil, à côté au Ghana ou loin à Cuba ou rester ? Et apparemment l’option de Sankara était de rester ici.

Vous confirmez cette histoire de villa qui avait été mise à la disposition…

Je pense qu’il ne pouvait plus rester, le rapport de force militaire. Je pense que c’est ce qui les a amenés à dire que la seule solution pour éviter toute effusion de sang, c’est de partir. Et lui, certainement, Sankara se disant, si moi je quitte, qu’est-ce que je vais faire ? Qu’est-ce que je vais donner comme justification à ce peuple ? Parce que si le peuple avait choisi entre les deux, indiscutablement, le peuple aurait fait ce choix. Mais en tout cas, là c’était en 1994 que l’américain qui était conseiller politique ici.

Qu’est-ce que vous lui avez répondu justement ?  Vous n’avez pas dit ce que vous l’avez répondu ?

Non, moi je l’ai dit vraiment en la matière, je ne pourrais rien dire. Et quand vous essayez de débobiner ce film-là certainement que c’est une option mais ce sont les deux options que le président a eues et lui, le choix politique qu’il a fait était de rester, quelles que soient les conséquences, et même mourir dans son pays.

Est-ce que vous avez….

Non, c’est moi j’étais à la présidence. Et ce jour-là c’était un jour comme les autres. Et à 16h, moi j’étais dans mon bureau et je l’ai entendu descendre les ‘escaliers. On s’est dit qu’il allait aller à une réunion et revenir, parce que c’était à peine 15h30 – 16h. Et on l’a entendu, parce que moi, mon bureau donnait sur l’ascenseur… sur l’escalier.

Ce que vous voulez dire par là, pour les américains et pour vous, vous dites que de toute façon il avait perdu la bataille, il ne le pensait pas mais c’était pour rassurer les autres ?

Non. En fait, je n’ai jamais entendu cela. Et toute façon de tout temps, Sankara a toujours dit que si l’on en vient à l’épreuve de force entre lui et Blaise, il ne peut jamais gagner. Il a toujours dit cela dans tout ce qu’il a eu à faire comme déclaration. Et puis, effectivement, d’ailleurs, quand Kérékou a reçu Blaise après les événements de 1987, il a dit que tu es un mauvais militaire, tu es un mauvais officier, tu fais honte au corps des officiers. Quelqu’un qui tue, celui qu’il garde n’est pas digne de s’appeler officier. Il ne doit pas s’appeler officier. C’est ce que Kérékou a dit. Posez la question à Kérékou. Et apparemment, les rapports entre les deux n’ont jamais changé. Depuis la mort de Sankara il a tourné le dos à Blaise et ça n’a jamais fonctionné.

Et ça a dégénéré à ce point-là jusqu’à ce que l’un tue l’autre.

Pour le pouvoir. Il voulait le pouvoir… Depuis lors d’ailleurs, pour lui, le pouvoir était une fin en soi. Il y a 20 ans et on pense qu’il est prêt à remettre ça pour encore 20 autres années.

Il y a certains qui disent…

Il n’est pas un prince. S’il était prince, ça lui aurait remonté à la tête. Mais il n’était pas un prince. Il voulait le pouvoir. Il l’a toujours voulu d’ailleurs. Il était prêt à attendre son heure. Et il a attendu tranquillement. D’août 83 à 87.

Oui, c’est ça. Oui, c’est possible. Mais dans le contexte que nous vivions en 87, pour avoir le pouvoir, ou bien l’ami le lui cède, ou bien il l’écarte.

Bon, mais c’est que tous sont là. Tous ceux qui étaient là en 87 sont là. Les seuls qui sont morts ou qui sont partis sont ceux qui sont les Henry Zongo et les Lingani. Tous les autres, sans aucune exception, sont tous là.

Mais aucun n’a répondu clairement à cette question…

Est-ce qu’ils veulent ? Est-ce que tout ce monde-là pouvait simplement avoir joué le jeu jusqu’au bout ? Donc de 1983 jusqu’en 1987, jusqu’à ce que Blaise prenne le pouvoir… ?

Blaise, par rapport à ma question, c’est trop tard. C’est plutôt dans la période où avant qu’il y ait un conflit ouvert en… ?

A Sankara : « les vrais adversaires de la révolution, vous savez où ils sont ».

Quand vous voyez ce que tous ces dirigeants révolutionnaires sont devenus… Encore une fois, les Blaise, les Salif, les Roch, y compris ceux qui avaient tancé Sankara deux semaines avant à Po , le taxant du tout. Et comment se fait qu’en deux semaines, dès que l’assassin est consommé, c’est terminé… ? On fait comme si de rien n’avait été. Et en fait c’est comme si de rien n’avait été. Et ça ne gêne personne.

Je me rappelle la dernière fois que j’ai eu un échange assez corsé avec le président. C’était après l’arrestation des syndicalistes. Le président, un matin, je le voyais beaucoup de fois le matin vers 7h 7h30, il me dit qu’il va falloir qu’on discute pour libérer Touré Soumane et les autres syndicalistes qui étaient arrêtés. Et moi je lui ai dit, vous savez, camarade président, nous on est plus prêts à discuter de la libération de qui que ce soit. Quand vous aurez arrêté tout le monde et que tout le Burkina sera une seule prison et vous voulez se garder une prison, là vous nous en direz ce qu’il en est. Et il me dit, qu’est-ce à dire ? J’ai dit : « Non, pour nous c’est fini, on n’est plus prêts à discuter avec vous ». Il me dit : « Est-ce à dire que vous préférez me voir partir et discuter avec celui qui va me remplacer ? » Je lui dis : « Non, mais monsieur le président, on tient à vous rappeler encore une chose, c’est que vous continuez à chercher les adversaires de la révolution dans les rangs de la Lipad. Moi, je tiens encore à vous dire que les vrais adversaires de la révolution, vous savez où ils sont. Ils sont autour de vous ». Et il m’a dit : « Je ne le sais que trop. Je ne le sais que trop. Aujourd’hui, nous, sachez que nous allons continuer à défendre la révolution, y compris les armes à la main. Ce n’est pas nous qui allons combattre cette révolution ».

Propos recueillis par Charles Veron et Bruno Jaffré en octobre 2007.

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Interview inédite (1994) du général Lamizana sur la Révolution https://www.thomassankara.net/interview-inedite-1994-general-lamizana-revolution/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=interview-inedite-1994-general-lamizana-revolution https://www.thomassankara.net/interview-inedite-1994-general-lamizana-revolution/#respond Wed, 09 Jul 2025 14:09:46 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=250431 En 1994, le cinéaste français Patrick Legall se lance dans le projet de réaliser un film sur Thomas Sankara. Sans doute le premier à se lancer dans un tel projet. Cette idée lui était venue après la lecture de l’ouvrage, Burkina Faso, les années Sankara, de la Révolution à la rectification de Bruno Jaffré, publié […]

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En 1994, le cinéaste français Patrick Legall se lance dans le projet de réaliser un film sur Thomas Sankara. Sans doute le premier à se lancer dans un tel projet. Cette idée lui était venue après la lecture de l’ouvrage, Burkina Faso, les années Sankara, de la Révolution à la rectification de Bruno Jaffré, publié dès 1988. Il décide d’emmener ce dernier avec lui au Burkina pour faire des repérages. Tous deux vont rencontrer de nombreux acteurs et personnes ressource de l’histoire contemporaine de la Haute Volta devenu Burkina Faso. Ces interviews sont restées inédites jusqu’ici mais ont permis à Bruno Jaffré d’écrire la première version de Biographie de Thomas Sankara, la Patrie ou la mort, qui sera publiée en octobre 1997, suivie d’une version augmentée en 2007. Le film, lui, n’a jamais vu le jour, faute d’avoir trouvé des financements.

C’est dans ce cadre que l’ancien président, le général Sangoulé Lamizana (1916 – 2005) leur a accordé une longue interview. A cœur ouvert. La retranscription a été réalisée par Bruno Jaffré, et la mise en forme par Karim de la Bola.

Karim de Labola


CONTENU

Vous vous simplifiez la lecture, cliquez sur les liens ci-dessous pour aller directement aux parties qui vous intéressent.

Partie 1. Sur ses relations avec Thomas Sankara.

Partie 2. Sur son passage au TPR (Tribunal populaire de la Révolution) et la participation des anciens à la Révolution.

partie 3. Son opinion sur la Révolution. 

Partie 4. Sur les tracts, l’influence des idées communistes et la fin tragique du CNR.



 

“Je vais vous parler de Sankara sur deux points. Le plan personnel et le Chef de la Révolution” Dans cet premier extrait le général Lamizana parle à coeur ouvert et sans langue de bois de ses relations avec le Capitaine Thomas, de sa carrière qui l’a mené d’enfant de troupe à Chef d’État, en passant par l’épisode de jeune officier. 

Sangoulé Lamizana : Je vais vous parler sur Sankara sur deux points essentiels. Vous  me demandez  si je l’ai connu. Bien sur que je l’ai connu avant pendant même qu’il était élève à l’école des enfants de troupes. Il a pris le train en marche mais il est quand même un ancien élève de l’école des enfants de troupe. Puisque quand j’avais pris le pouvoir ici en 66, l’école d’enfants de troupe existait. C’était une sorte de pépinière. Les enfants venaient avec le niveau du CE1 ou du CE2 jusqu’au concours d’entrée en 6 ème. Et ces enfants suivant leur age, ils étaient orientés soit sur des écoles d’enfants de troupe de Saint Louis de Bingerville ou de Kati.

Les plus jeunes allaient à Saint Louis pour aller jusqu’au bac, les moins jeunes allaient à Bingerville pour être des techniciens et les plus âgés allaient à Kati, ils y restaient deux ans et y faisaient de l’enseignement secondaire. J’ai mis fin à cela quand je suis arrivé au pouvoir pour en faire une école comme Saint Louis un lycée militaire pour aller jusqu’au bac.

Nous n’avions que l’école primaire et chaque année nous ouvrions une classe supplémentaire depuis la 6ème jusqu’au bac. Mais je n’avais pas assez d’élèves et j’étais obligé de m’adresser au s lycée pour avoir des jeunes qui voulaient épouser la carrière militaire pour être à l’école d’enfants de troupe.

C’est comme cela que Sankara est venu avec le niveau de seconde. Il était au lycée Ouezzin à Bobo et il est venu ici après le BEPC pour faire la seconde , la première et la terminale. Et il a eu le bac ici pour aller ensuite faire l’académie militaire à Antsirabé.

Donc je l’ai suivi tout jeune. On peut dire que c’est moi qui l’ai formé. Et après sa sortie je l’ai eu ici comme jeune sous lieutenant. C’était un très bon officier, la preuve c’est qu’il a été désigné pour commander la section de commandos de Po, une section que nous avions envoyée à Po, une section dont nous voulions faire une élite. Donc je le connais très bien. Je n’étais plus chef d’état major de l’armée mais Président de la République. Donc je suivais chacun des officiers pas comme civil mais comme militaire, je connaissais tout le monde, tous les officiers étaient mes camarades.

Je vous disais que j’allais parler avec vous de deux points essentiels sur Sankara. D’abord je le connais très bien sur le plan personnel et ensuite sur la révolution.

Sur le plan personnel je vous dirai que Sankara m’a pris comme son propre père. Il avait beaucoup d’estime pour moi, il me respectait très très bien et je le connaissais même avant qu’il ne soit lieutenant, même avant son mariage. Il venait à la maison comme tous les jeunes gens. Je suis leur chef hiérarchique donc il venait comme tout jeune officier, chacun venait chez moi, c’était ouvert. Et puis nous sommes une toute petite armée où l’ensemble des officiers étaient des amis, des frères. J’avais beaucoup d’estime pour lui compte tenu de ses qualités de chef.

Il me respectait comme son propre père  parce qu’il y a eu pas mal d’événements après lesquels je ne pouvais que le prendre comme mon propre fils.

Après sur le plan politique, je peux dire que je lui suis très reconnaissant puisque c’est lui qui m’a sorti de prison. J’ai été victime d’un coup d’État, donc j’étais détenu en prison au camp militaire. Et à la faveur d’un autre coup d’état dirigé par Sankara je suis sorti de prison. J’ajouterai même que quand il m’a sorti de prison le 7 novembre 1982, il m’a accompagné même jusque chez moi, jusqu’ici. C’était avant que l’on désigne Jean Baptiste comme président de la république.

Le coup d’état a eu lieu dans la nuit du 6 au 7. Le 7 au matin j’étais au camp. Avant  même que je sois libéré il m’a envoyé un sous-officier d’abord , un lieutenant et même Jean-Baptiste pour assurer ma sécurité. J’étais content parce que quand vous êtes en prison et qu’il y a un coup d’État on ne sait pas ce qui peut se passer. On m’a rassuré. Et le soir même j’étais libéré.

On est venu me chercher avec des véhicules , on nous a accompagnés et je me rappelle quelqu’un était devant en voiture, c’était Sankara. Il ne s’est pas fait voir mais je savais très bien que c’était lui. Il a passé devant chez quelqu’un, j’étais là-bas avec plusieurs membres de mon gouvernement. Ça ne s’oublie pas sur le plan personnel.


 

Dans cette deuxième partie, le général Lamizana évoque son passage en TPR, où il a finalement été acquitté et raconte la participation des anciens à la Révolution :  « il y a eu un esprit de justice et j’ai décidé de donner satisfaction de mon côté et d’aider la révolution. »

Sangoulé Lamizana : Deuxièmement j’ai passé au TPR. C’est un dossier que Sankara a trouvé, ça n’a pas été initié par lui. Ceux qui avaient fait le coup d’état du 25 novembre 1980 et qui m’avaient mis en prison avaient préparé un document me concernant comme quoi j’ai détourné des fonds de l’État.

Ce dossier était en instance. Sankara se devait de me présenter devant le TPR. J’ai été acquitté à la grande satisfaction de la majorité des burkinabè. C’est à partir de ce jour là, jusqu’à présent je n’étais pas concerné par la révolution, j’étais prisonnier, après mon jugement j’étais libre j’ai promis d’aider la révolution avec toutes mes forces.

Pour deux raisons. Premièrement j’ai été le responsable de ce pays pendant 15 ans moins 1 mois 8 jours. Le chaos dans ce pays c’était pas bien donc je suis concerné par l’histoire de la Haute Volta et du Burkina Faso par la suite. Donc je me devais d’aider la révolution. C’est pour l’intérêt général je ne voudrais pas me soustraire tout simplement parce que la révolution a été juste à mon égard. Si vraiment il y avait une arrière pensée quelconque, on pouvait me mettre en prison encore. Qu’est ce que je pouvais dire? Et on m’a libéré. Donc il y a eu un esprit de justice et j’ai décidé de donner satisfaction de mon côté et aider la révolution.

Pour deux raisons, d’abord comme ancien responsable de ce pays et deuxièmement ce sont mes enfants. J’ai eu à les former presque tous ou à m’occuper de leur formation avant qu’ils ne soient officiers. Il faut les aider, il faut qu’ils réussissent, pour l’intérêt général, pour le bien de ce pays. J’étais là en attendant qu’on me demande quoi que ce soit.

Effectivement un jour on a eu besoin de moi et on m’a dit qu’on allait mettre sur pied une association dénommée l’UNAB (Union nationale des anciens du Burkina. J’ai été porté à la présidence par mes pères, par tous les anciens c’est à dire par les vieux. Maurice Yaméogo était là, c’est lui que je voulais qu’on mette mais Il a trouvé la raison suivante. Il a dit « je suis à Koudougou, mon collègue Lamizana est à Ouagadougou. Il a été mon chef d’état major puis ensuite mon successeur, je préfère que ce soit lui ».

Et par acclamation on m’a mis Président de l’UNAB. Je m’y suis mis avec toute la force qui m’animait à l’époque pour que ça réussisse et ça a bien réussi. Nous avons réussi à canaliser tous les anciens du pays en constituant de sections et des sous sections partout. Cà avait commencé à rayonner.

Sankara a eu cette excellente idée mais il n’a pas su en profiter. Par ce que l’UNAB était une sorte de figuratif, elle n’avait droit à rien. On était là on participait à toutes les activités, on nous respectait mais on se disait surtout : “Ce sont des vieux, ils ne peuvent pas être révolutionnaires”. Voilà l’idée qui les animait. “Et comme ils ne peuvent pas être révolutionnaires, laissons les. On pouvait quand même les contrôler.”

Nous étions quand même une organisation conséquente, organisée avec des sections et sous-sections. On ne nous demandait pas beaucoup de conseils. Il a eu le temps puisque je lui ai fait un projet de statut qui n’a jamais vu le jour. Nous n’avions aucun acte de reconnaissance comme association mais nous avons mis en oeuvre ses statuts. ”

Il a eu le temps puisque ça date de 85 que nous avons mis en place l’union nationale des anciens combattants, pardon l’union nationale des anciens du Burkina”.

En 86, nous avons eu un congrès qu’il a présidé, en 87, il a présidé un autre congrès, les statuts sont restés lettre morte. Mais ça ne nous a pas empêchés de travailler avec toute la foi qui nous animait pour qu’il réussisse.

Le problème politique ne nous intéressait pas. Nous étions des papas, pourvu que nos enfants réussissent. Tout ce qu’ils veulent entreprendre, nous sommes là pour les épauler. Voilà mon rôle essentiel.

Nous avons aidé. La révolution a fait quand même des réalisations. La révolution a créé beaucoup de chantiers, créé beaucoup d’activités, nous y participions en tant que la masse. La voie ferrée, lorsqu’on a commencé à poser les rails, le chemin de fer du Burkina a été fait par tous les régimes. Puisque c’est moi qui ai fait les études quand j’étais président. C’est moi qui ai fait la piste, les fonds, mais je n’avais pas les moyens. Quand Sankara est arrivé il a réactivé ça, il a fait mettre ça par les bras des burkinabè. Tout le monde y a participé. Il n’y avait pas de Sankara ni Lamizana, tout le monde était sur le terrain.

Quand il y avait des conférences, des réceptions, on était là.  Peut-être on marche mais on était là. Et on faisait attention à nous. Je disais bien on était respecté. Nous n’avons subi quoi que ce soit qui soit un tort. Vous savez ce sont des jeunes, ils sont parfois maladroits. Blesser l’amour propre des vieux… Les vieux font très attention. Mais il se disent ce sont des enfants. Vous savez le pays mossi respecte son chef. Tant qu’il n’est pas chef ce n’est rien. Mais à partir du moment où on désigne quelqu’un comme chef, même si c’est le plus nul du monde il est respecté en tant que tel. Ils étaient respectés et nous réciproquement.

Nous avons participé à tout. Même pour l’animation, pour le sport. Les anciens ont fait des courses cyclistes ici. Moi j’ai réuni les anciens ici, plus d’une centaine et ils sont partis comme au tour de France pour faire 4 ou 5 kilomètres. Quand même il ne faut pas exagérer. Le premier était récompensé, avec un tee shirt, y compris les femmes. Nous avons animé cette révolution avec toue la foi qui nous animait.

Nous faisions des motions pour nous. Nous étions une corporation pas un syndicat mais nous voulions être là. Nous avons fait des motions qui puissent dire « mais occupez vous de nous ». Et puis des motions pour la réussite sur le plan général. Il n’y a aucun congrès qui se soit passé ici au niveau de la révolution que l’on soit invité, où nous n’avions une motion.


Le Général Lamizana fait le bilan de la Révolution : « Les erreurs étaient nombreuses. C’était les CDR »

Bruno Jaffré : Vous n’avez pas abandonné votre appartenance au RDA (Rassemblement démocratique africain).

Sangoulé Lamizana : Vous savez au temps de la révolution le RDA était dissous. Il n’existait plus. Les partis étaient dissous. C’est après que se sont créés les partis. IL y avait l’UDPP avec le cheval comme emblème mais ce n’était pas le RDA. Ce n’est qu’après avant les élections de 90 que le RDA s’est reconstitué. On ne m’a pas consulté.

BJ : Pendant la révolution on les a beaucoup attaqués les anciens partis.

SL : Moi ce n’était pas mon problème. Sous la révolution, les anciens étaient là mais n’avaient aucune fonction politique. C’est après bien sur, sous la rectification qu’on a intégré que les anciens ont eu un statut. Je disais que cela ne nous a pas découragés. Nous avons servi la révolution honnêtement en tant que père et puis moi qui était leur chef. Malheureusement on ne nous a pas demandé beaucoup nos avis. Je vous disais que la révolution se disait ces gens là sont des vieux. On ne peut pas changer leurs idées. On ne peut pas devenir révolutionnaire du jour au lendemain. Donc mettons les de côté. Avec tout le respect qu’on leur doit, mettons les de côté ce sont nos papas.

BJ : Quel bilan faites vous de la révolution? Il y avait des erreurs.

SL : Les erreurs étaient nombreuses. C’était les CDR. Ils n’étaient pas contrôlés, c’est ça qui a tué la révolution. Je dis bien ce n’était pas une mauvaise chose puisque la révolution ne pouvait pas se faire sans Comité de Défense de la Révolution. Il y en a qui avaient les kalachnikov et qui faisaient ce qu’ils voulaient. Ils étaient pires que le roi-nègre, excusez moi de l’expression, je suis nègre moi-même, mais qui étaient pires. Mais ça a diminué énormément la réputation de la révolution surtout dans les masses populaires de la campagne. Puisque les gens se sont transformés en petit chef. Le chef traditionnel n’existait plus or il est gardien de la tradition, il n’aime pas qu’on le bouscule. Vous savez la Révolution, il y avait combien de révolutionnaires sur 8 millions d’habitants, peut-être 500. Tous les autres étaient des analphabètes. Ils suivaient quelqu’un. Sankara était un garçon dynamique, on le suit. Il a dit de faire ça, c’est notre chef on le suit. Mais l’idéal en tant que révolutionnaires, ils n’en savaient rien.

BJ : Ils ont pris conscience quand même.

SL : Ils ont pris conscience. S’agissant des infrastructures entre villages, les gens y participaient volontiers. C’était normal que la route entre tel ou tel village soit emménagée pour les populations pour le bien-être des populations parce qu’il y a des marchés, c’est bon d’avoir une piste carrossable.  Les gens aménageaient. C’est ce qu’ion appelle les travaux d’intérêt commun. Ca ça a été bien assimilé. On demandait aux populations de faire ceci, c’était avec joie, avec tambours à la fois. Et ils étaient contents d’avoir fait quelque chose pour leurs villages. Tout ça c’était on ne peut pas nier. Par contre à côté de cela il y a eu des erreurs au niveau de l’administration, au niveau des licenciements abusifs. Des gens sont partis en pleurant et ont fait pleuré plusieurs familles. On ne peut pas leur demander de vous aimer. C’est ça qui a tué si vous voulez la révolution ? C’est une erreur très grave.

BJ : On dit aussi qu’il y avait un côté personnel à la direction de l’État.

SL : Ça je ne peux pas vous le dire. Je suis observateur je ne peux que suivre les conseils des ministres, les licenciements… Pour le reste. On entreprend, Sankara osait. Ça peut-il réussir? On n’en sait rien. Moi-même j’ai osé prendre certaines décisions qui ont réussi, qui n’ont pas réussi. Donc je ne pouvais pas lui jeter la pierre. Sur le plan politique sincèrement je ne m’en occupais pas. Ce qui m’intéressait ce sont les activités à l’intérieur du village, du canton de la ville. J’étais avec mes anciens sans pénétrer au fond du CNR puisque je ne savais même pas qui était CNR. A part Sankara lui-même et ses 3 compagnons, moi je n’en savais rien. je ne connaissais pas les autres, je ne peux pas vous dire quoi que ce soit.


 

Le général Sangoulé Lamizana (1927-2005) parle des tracts et des influences communistes des élèves du PMK et de la fin tragique du CNR « J’ai eu des tracts, vous savez tout chef d’État en reçoit. »

BJ : Avant qu’ils prennent le pouvoir qu’ils distribuaient des tracts, vous étiez au courant. Vous saviez que c’était eux. Vous avez pris des mesures pour les empêcher.

SL : C’était entre eux. Je savais parfaitement que c’était entre eux mais comme on dit toujours la révolution bouffe ses enfants mais si vous n’êtes pas d’accord. Je ne sais pas. Je ne pouvais pas affirmer qui faisait ces tracts qui faisait quoi. Mais j’ai vu j’ai entendu quelques rares tracts parce que je ne savais pas. Moi, mon âge ne me permet pas d’abord de sortir pour me balader dans les bars ou partout. Ce n’est plus mon rang social et mon âge.

BJ et Patrick Legall : Il ne s’agit pas de tracts de 87 mais de ceux qui ont précédé la révolution.

SL : Oh je savais parfaitement mais j’ignorais les activités de mes jeunes officiers. Mais je l’ai su après c’est à dire avant le coup d’État de 80. J’ai eu des tracts, vous savez tout chef d’État en reçoit. Mais à l’intérieur de l’armée c’était rare. Ces tracts étaient diffusés sous d’autres formes mais par des militaires beaucoup non. Il y a eu quelques rares tracts émanant de la gendarmerie entre eux mais des tracts émanant de l’armée adressés à leur chef puisque j’étais général, c’était quand même rare. Je ne vois pas très bien. C’est possible parce que il y avait tellement de tracts à l’époque des syndicats des partis politiques, il y en avait tellement. Et puis il y a les fiches de renseignements des services de sécurité. Je connaissais la mentalité de certains. Et je pouvais soupçonner. Parce que ces jeunes militaires qui menaient certaines activités à l’époque. Je peux dire qu’ils ne les menaient pas contre ma personne mais contre une situation. La situation on l’a vu puisqu’il y a eu la Révolution. D’ailleurs ils n’étaient pas prêts. Ils menaient leur activité mais ils n’étaient pas prêts.Sincèrement. Sous Lamizana les révolutionnaires n’étaient pas prêts. C’est après.

BJ : Quand vous avez pris le pouvoir vous aviez toute l’armée derrière vous. Après se sont formés des clans.

SL : Avant 15 ans, avant cela, il y a eu des élections. N’oubliez pas qu’en 70 déjà, j’ai fait des élections ici, il y avait des députés. Après 78 il y en eu un deuxième. Moi-même j’ai été mis en ballottage. Pour la première fois en Afrique, je suis le premier Chef d’État à être mis en ballottage. C’est pour vous dire que ça a été fait dans la clarté. Je voulais que ça soit clair. Et puis le monde évoluait. Quand je prenais le pouvoir en 66, il n’y avait pas d’intellectuel. Dans tout le Burkina Faso j’avais en tout 6 ou 7 professeurs pour les lycées. Le reste c’était de l’assistance technique française. Ensuite les jeunes sont venus et tout le monde sait que les jeunes là c’était quoi. C’était les étudiants avec les idées qu’ils ont ramenées. Ils ont ramené et ils ont mis en application d’ailleurs. Les militaires étaient sous la coupe des civils. Il avait des partis d’opposition, jusqu’à présent allez me dire qu’est ce que c’est que le PCRV (Parti communiste révolutionnaire voltaïque) au Burkina Faso. Je ne connais pas le chef. Adama Touré était PAI (Parti africain de l’indépendance). Il était clandestin mais on le connaissait. Il n’a jamais caché leur machin puisque sous moi, moi j’étais… On peut dire que j’étais le démocrate après le Sénégal, c’était le Burkina Faso sous le plan de la démocratie. Puisque nous n’avons jamais incarcéré Adama Touré. On a commencé à les incarcérer sous le CMRPN (Comité militaire de Redressement pour le Progrès National) . Mais pas moi. Moi je tolérais, je savais qu’il y avait le PCRV, le PAI était ouvert sous le machin de la LIPAD (Ligue Patriotique pour le développement). Ils étaient là, nous les connaissions, nous connaissions les cadres, mais ils n’étaient pas reconnus légalement et ne pouvaient donc pas participer aux activités du gouvernement.

BJ : C’est tout de même étonnant de savoir qu’un professeur comme cela enseigne à des militaires.

SL : Ah non, l’école militaire préparatoire était un établissement civil enfin avec un régime militaire, mais il n’y avait pas de professeurs militaires. Les professeurs étaient civils. Par exemple, dans les prytanées militaires en France, les professeurs sont civils.

BJ : Oui, mais il n’y a pas de professeurs communistes en France (NDLR : dans les écoles militaires) hors ici vous avez laissé passer tous vos jeunes officiers dans les mains d’un professeur de philosophie communiste. Ça nous étonne.

SL : C’était exact, nous l’avions su après. Il ne nous l’a pas dit. Il ne nous a pas dit que la nuit il pouvait nuitamment réveiller ses enfants là et les éduquer. On le faisait, je l’ai su après, puisque les uns et les autres l’ont avoué.

PL : En quoi vous reconnaissiez en Sankara ce que vous lui avez apporté. Quels sont les qualités que vous lui avez apportées.

SL : Il était sous mes ordres quand même. J’étais son chef, d’abord en tant que Chef d’État Major de l’armée. Tous les officiers étaient sous mes ordres. Je pouvais les accepter individuellement. Je pouvais les recevoir. Au niveau des qualités c’est quotidien ça. Le respect. Vous savez en Afrique ce n’est pas comme en France. En Afrique, un jeune officier se fait un plaisir le jour de la fête de venir saluer individuellement son chef, avec sa famille. On le reçoit. Le jour de la fête de la Tabaski par exemple, le jour de la fête de Noël, indépendamment des cérémonies publiques, il y a les relations individuelles. Je peux dire qu’il venait chez moi.

PL : Est-ce que vous avez regretté comment s’est terminé la Révolution.

SL : On ne peut que regretter. Surtout deux amis. Quand ils se battent, quand il y a eu offense entre eux, qu’est ce que vous pouvez faire. Entre vous et madame, est ce que je peux m’introduire la dedans. Je ne pouvais pas puisque je ne savais pas. Cette fin tragique a surpris tout le monde. Sincèrement sur le plan politique au niveau du CNR j’étais nul. Moi ce qui m’intéressait c’était de faire la prière. Je suis vieux. Ma prière est que dans ce pays il y ait la paix et qu’il y ait cet esprit pacifique qui nous anime. Qu’il y ait la paix et qu’on travaille. Moi malgré mon âge, j’ai 77 ans, je travaille. Je suis en train d’écrire mes mémoires. J’espère que vous les lirez. Je ne parlerai pas de la Révolution mais de mon régime. D’abord de ma vie et mon régime. Vous pouvez comparer par la suite. Moi je pendant la Révolution vous ne pouvez pas me demander d’être politicien. Dans tous les pays du monde… Par exemple De Gaulle savait-il tout ceux qui lui en voulaient. Pendant la guerre d’Algérie par exemple, moi j’étais capitaine à l’époque. J’ai commandé une compagnie en Kabylie, dans la coloniale. J’ai fait deux séjours consécutifs en Indochine et deux séjours en Algérie. Durant mon deuxième séjour j’étais capitaine, commandant une compagnie et un sous quartier opérationnel. Quand l’OAS est arrivé, que De Gaulle a eu toutes ses difficultés, j’étais là, j’étais acteur. Pouvait-il savoir tout, les tracts qu’on lui envoyait. Toux ceux qui pouvaient aller se poster jusqu’au Petit Clamart. Si Foccart savait tout, il n’y aurait pas eu de Petit Clamart. Les gens étaient de mauvais tireur. De Gaulle leur a dit.

Moi je suis parti du certificat d’étude à l’école primaire supérieure à l’époque. Vous savez on allait pas loin. On ne parlait pas du bac. On allait jusqu’au niveau du brevet. On s’arrêtait là. On n’avait pas la possibilité d’aller plus loin. Il n’y avait pas de lycée.

A l’indépendance j’étais encore en Algérie. En 61, j’étais encore en Algérie dans le Djebel en Kabylie. Je suis arrivé en 61 et immédiatement j’ai été détaché d’abord comme officier français d’assistance technique jusqu’en novembre 61. A partir du 1er Novembre j’ai été versé dans l’armée voltaïque, armée qui a été mise sur pied par moi-même. Je suis le père de l’armée voltaïque ou de l’armée burkinabé actuelle. Nous sommes au moins 4 ou 5 généraux à la retraite. Et il n’y en a pas en activité.

Propos recueillis par Bruno Jaffré et Patrick Legall

 

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Interview d’Ernest Nongma Ouedraogo : « J’ai entendu mon nom (NDLR : à la radio) sur la liste des ministres. » https://www.thomassankara.net/interview-dernest-nongma-ouedraogo-jai-entendu-nom-ndlr-a-radio-liste-ministres/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=interview-dernest-nongma-ouedraogo-jai-entendu-nom-ndlr-a-radio-liste-ministres https://www.thomassankara.net/interview-dernest-nongma-ouedraogo-jai-entendu-nom-ndlr-a-radio-liste-ministres/#respond Mon, 27 Jan 2025 18:23:34 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=249208 Nous publions ci-dessous une interview réalisée par Pathé Tidiane Barry, qui partage avec nous sa passion pour l’histoire du Burkina. Il est très actif au sein de l’association pour la promotion des Archives au Burkina qui publie de nombreuses archives sur sa page facebook que vous trouverez à https://www.facebook.com/groups/2500194143638843. Il collabore aussi à l’équipe de […]

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Nous publions ci-dessous une interview réalisée par Pathé Tidiane Barry, qui partage avec nous sa passion pour l’histoire du Burkina. Il est très actif au sein de l’association pour la promotion des Archives au Burkina qui publie de nombreuses archives sur sa page facebook que vous trouverez à https://www.facebook.com/groups/2500194143638843. Il collabore aussi à l’équipe de notre site. Merci à lui, pour cet énorme travail, car il a seul retranscrit cette interview.

Elle a été réalisée en juin 2024 à Tema Bokin où réside Ernest Nongma Ouedraogo, une commune dont il a longtemps été le maire. Pour mémoire, Ernest Nongma Ouedraogo a été ministre de l’administration territoriale pendant toute le Révolution. On le pensait cousin de Thomas Sankara mais il ne le confirme pas ici, précisant qu’enfant, il a été intégré à la famille Sankara, lorsque son père est décédé. Il revient sur ci-dessous sur son itinéraire.

La rédaction du site


 

Bokin, il est 9h 30 quand notre équipe arrive au domicile de Nongma Ernest OUEDRAOGO. Au moment où nous nous apprêtions à taper à la porte, une fille qui tient un kiosque juste à côté nous dit: « Ils ne sont pas là. Ils sont en voyage. Mais ils reviennent ce soir. »

Manque de pot. Mais qu’à cela ne tienne. Nous reviendrons le lendemain après qu’il se soit reposé de son voyage. Cela fait 4 ans que nous pris l’engagement de recueillir le témoignage du vieux pour les membres d’Archives Burkina et il n’était plus question de rater cette occasion. Surtout que lui même nous avait depuis 2020, donné son accord au téléphone puis en face à face il y a deux ans, pour témoigner.

Nous revoilà donc devant la porte de l’octogénaire (il a plus de 80 ans), le lendemain à 10h.

Pathé Tidiane Barry


Archives_Burkina: Vous êtes également connu pour avoir écrit un roman sous le pseudonyme de Kollin Noaga et intitulé « Retour au village ». Pouvez vous nous en dire plus sur les circonstances de son écriture ?

NEO: »Retour au Village » est bien le titre que lui a donné le comité de lecture. Il retrace l’aventure des migrants burkinabé en Côte d’Ivoire

A l’origine c’était un rapport d’une mission que j’ai effectuée en Côte d’Ivoire alors que j’étais commissaire de police de la RAN. J’y ai participé à certain événements très intéressants et au retour j’ai produit ce rapport qui avait été bien apprécié par le comité de direction de l’ENAM qui m’a proposé de le relire pour en faire un  roman.

Archives_Burkina: A partir de quel moment avez vous commencé à vous intéressé à la politique ?

NEO: Jamais je ne m’intéressais à la politique. J’étais tranquille chez moi, commissaire de police quand la révolution est venue. On a fait appel à moi. Je me suis présenté, bien au garde-à-vous.

Archives_Burkina: C’est le président qui vous a appelé ou bien il vous a fait appeler?

NEO: Non, à vrai dire il ne m’a pas appelé. J’ai juste entendu mon nom sur la liste des ministres. Donc je me suis présenté au secrétariat général du gouvernement.

Archives_Burkina : Vous n’avez donc pas été consulté avant d’être nommé?

NEO : Pas du tout.

Archives_Burkina: Vous avez donc été surpris…

NEO: Surpris, pas tout à fait. On en avait juste un peu parlé en privé. Mais je n’ai pas été (formellement) consulté.

Archives_Burkina: Vous et le président ?

NEO: oui

Archives_Burkina : Ou avez vous connu le président Thomas Sankara?

NEO : ici…

Archives_Burkina : Ici, à Bokin?

NEO: …nos parents se connaissaient déjà. Puis mon père avait décidé de m’emmener à l’aventure en Côte-d’Ivoire et finalement nous nous sommes retrouvés à Gaoua. Les deux familles se connaissant, on s’était donc retrouvés ensemble.

Puis, mon père décédé, j’ai été intégré dans la famille des Sankara, j’y ai passé deux ou trois ans avant d’être admis au certificat d’études primaires et affecté au lycée Ouezzin Coulibaly de Bobo.

Archives_Burkina : C’était vous l’ainé ou le cadet?

NEO: J’étais son aîné de 4 ou 5 ans

Archives_Burkina: Pour vous, qui était le président Sankara

NEO : un homme très affable, très touchant, très attachant …

Archives_Burkina : vous n’aviez pas été curieux non plus hein.  Vous n’avez pas cherché à savoir ?

NEO : Non ! Ce n’était pas un lieu de grande curiosité hein. Non non non ! (Rires)

Archives_Burkina : Vous qui suiviez un peu de loin les choses, de quand date selon vous les mésententes entre Sankara et Blaise Compaoré ?

NEO : C’était compliqué. Je suivais mais il n’était pas possible de poser des questions. C’est vrai qu’en privé, il m’arrivait de poser des questions mais ils me répondaient, l’un et l’autre d’ailleurs « noooon ! Ce sont des ragots,  des histoires…

Archives_Burkina : Chacun des deux disait cela?

NEO : Chacun des deux. Et effectivement, je les voyais en conseils, ils continuaient à se fréquenter… même dans la vie privée. Mais on sentait que quelque chose n’allait pas mais on n’arrivait pas à percer le nœud et donc pour le dénouer ce n’était pas facile.

Archives_Burkina : Mais vous n’étiez pas inquiet pour l’avenir de la Révolution ?

NEO : Bien sûr. Mais je ne m’attendais pas à un dénouement aussi rapide, aussi violent.

Archives_Burkina : Il n’y a pas eu de médiation? Vous n’avez pas tenté de les réconcilier ?

NEO : Si ! Ce sont les gens qui disaient : « Écoute, c’est toi l’ainé, fais quelque chose ». Alors, je les ai appelés tous deux et ils m’ont encore répété qu’il n’y avait pas de problèmes entre eux et que tout allait bien.

Archives_Burkina : On raconte que vous auriez dit, au plus fort de la crise que la Révolution en avait fini avec ses ennemis extérieurs et que vous alliez vous occuper de vos amis désormais et que c’est cela qui aurait été le déclencheur du drame.

NEO : Qui raconte cela ?

Archives_Burkina : Certaines personnes.

NEO. Je n’ai jamais tenu de tels propos. Je vous ai dit que je n’étais pas du CNR (là où les grandes orientations se prenaient, Ndlr)

Archives_Burkina : Pour justifier le coup, les tombeurs de Sankara l’ont accusé de « dérives droitières ». C’est quoi « dérives droitières » ?

NEO : Je ne sais pas ce qu’ils mettaient dans ce concept. Ce que je sais est qu’il (Sankara) donnait des ordres à tout le monde… Même au vice-président.

Archives_Burkina : Vice-président ? Blaise ?

NEO : Rires. On peut le dire ainsi.  Lui également recevait des ordres. Et au fil du temps, il avait fini par ne plus supporter cela.

Archives_Burkina : Moins d’un an aussi après l’avènement du CNR, il y a eu le licenciement de près de 1500 enseignants du primaire pour fait de grève. Pour les autorités de l’époque, cette grève était plus politique et visait la déstabilisation de leur pouvoir. 40 ans après, en avez-vous le même avis ?

NEO : Du côté du CNR, ils avaient eu des informations selon lesquelles les grévistes en voulaient au pouvoir. Mais quand on écoute, on comprend que c’était des revendications corporatives essentiellement. Mais bon… un régime aussi dur, comme on disait, ne tolère pas certaines contestations…

Archives_Burkina ; Venons-en maintenant au 15 octobre. Où étiez-vous ce jour-là ?

NEO: Le 15 octobre ?

Archives_Burkina : Oui!

NEO : J’étais dans mon bureau. Quand c’est arrivé, bon ; j’ai entendu des coups de feu hein…comme ça.

Archives_Burkina : Cela vous a complétement surpris…

NEO : oui ! On pensait que ça n’allait pas se passer ainsi, qu’il y avait de possibilités de …

Archives_Burkina : …de résolution pacifique ?

NEO : Voilà !

Archives Burkina : Donc vous ne saviez pas que c’était un coup ?

NEO : Non, je ne le savais pas … Puis on a écouté…… (il hésite, hésite puis finit par lâcher) c’était pénible hein Mais on a fini par s’y faire quoi ! C’était un coup particulièrement dur. Bon, on s’y est fait.

(Note : A ce niveau, nous avions craint que le vieux allait éclater en sanglots. Il donnait l’impression de revivre un moment pénible. Sa voix était devenue presque inaudible.)

Archives_Burkina : Croyez-vous qu’on pouvait éviter d’en arriver là ?

NEO : Mais ! Eviter… ? Ohh ils ont débattu de tout ça au niveau du CNR mais ça n’a pas débouché sur une solution particulière. Il n’y a pas eu de solution.

Archives_Burkina: Mais de toute évidence ça a surpris tout le monde…

NEO : C’est cela !

Archives_Burkina : Avez-vous cherché à vous mettre à labri vu que par la suite pour éviter le courroux des nouveaux maitres du pays parce que tout de suite après c’était comme une sorte de chasse aux sorcières…

NEO : Oui, mais bon ! il n’y avait pas lieu de se cacher parce qu’il n’y avait rien à faire… C’était des amis …. Nous avions des amis dans tous les groupes : Dans celui de Thomas Sankara et dans celui de Blaise. Que fallait-il faire ?

Archives_Burkina : Mais vous n’avez pas été inquiété à titre personnel….

NEO : Mais si ! j’ai été arrêté et envoyé au Conseil de l’Entente.

Archives_Burkina : Mais vous n’avez pas subi de vexations, de privations, de torture ?

NEO : Non ! Pas du tout. Mais enfin ! On travaillait (auparavant) ensemble. Il est vrai qu’après le 15 octobre on n’a plus travaillé ensemble mais il venait me consulter de temps en temps.

Archives_Burkina : Ah bon ? Pendant que vous étiez en prison ?

NEO : Oui !

Archives_Burkina : Par rapport à la marche du pays, à la gestion… ?

NEO: Oui ! Pas sur tout mais…

Archives_Burkina : Pendant que vous étiez en prison ?

NEO : Oui !

Archives_Burkina : Mais pourquoi est que vous acceptiez de collaborer ?

NEO : Pour le pays. On espérait que… Enfin ! Il n’y avait plus d’espoir en pensant qu’ils avaient assassiné Sankara… Il (Blaise Compaoré) continuait à nier de toute façon, qu’il ne l’avait pas fait exprès… C’était fini. C’était la rupture! Après cette rupture-là, on n’a plus continué…

Archives_Burkina : Est-ce qu’après ces évènements, Blaise Compaoré vous a approché ? Ou bien est ce que vous avez assisté à une rencontré avec lui après ces événements ?

NEO : Ohhh, longtemps après.

Archives_Burkina : C’était à quel sujet ?

NEO : Au sujet de son parti…

Archives_Burkina : L’ODP/MT ?  Il voulait que vous y entriez ?

NEO : Voilà !

Archives_Burkina; Et quel avait été votre….

NEO : … ahhh ! non non non ! Je trouvais que c’était trop tôt. Il cherchait des échappatoires quoi. Mais en fait ma décision était bien prise hein.

Archives_Burkina : Il se disait que s’il avait certains éléments de Sankara, il serait mieux accepté ?

NEO: Je crois, oui!

(Note : Ci-dessous la dernière partie du témoignage de Nongma Ernest OUEDRAOGO portant principalement sur les événements politiques du Burkina auxquels il a participé au cours des 40 dernières années.

Nous demandons aux membres du groupe d’être indulgents avec lui parce que le poids de l’âge pèse beaucoup sur lui maintenant avec ce que cela implique comme oublis ou peu de loquacité.

Il a la diction difficile et lente et nous avons dû beaucoup le ménager pour ne pas l’épuiser outre mesure.

Pour vous en donner une idée, nous avons essayé dans cette dernière partie de l’interview, de transcrire ses hésitations (matérialisées par des pointillés) afin que vous compreniez le contexte de l’entretien. )

Archives_Burkina: A l’avènement du multipartisme, avec d’autres camarades, vous avez créé un regroupement politique le bloc Socialiste Burkinabè (BSB) pour continuer les idéaux de la Révolution. Puis par la suite, les sankaristes se sont divisés en de multiples particules aussi impuissantes les unes que les autres. Qu’est ce qui justifie cela ?

NEO : l’immaturité et l’impréparation, à mon avis

Archives_Burkina: l’immaturité des héritiers de Sankara ?

NEO : Tout à fait. Certains pensent qu’ils sont les vrais héritiers du sankarisme. (Or) personne en la matière n’est vrai héritier du Sankarisme. Sankara n’a pas laissé d’héritiers (désignés) Il n’a pas laissé de…. De….

Archives_Burkina: … de testament ?

NEO : Voilà !

Archives_Burkina: A titre personnel, vous-même avez eu maille à partir avec le pouvoir de Blaise Compaoré qui avait arrêté, mis à la retraite d’office et déchus de vos droits à pension. Que s’était-il passé ?

NEO : C’était à l’occasion, je crois du 10ème anniversaire de la Révolution. Nous avons réuni le bureau politique et on a produit une déclaration. C’est de là que c’est parti.

Archives_Burkina: Par la suite, vous avez recouvré vos droits…

NEO : Oui : C’était une grâce…. Grâce… comment ils ont l’ont appelé même encore ? Grâce amnistiante. C’était suite (aux recommandations) de…. De…. L’autre là c’était quoi ?

Archives_Burkina: Le Conseil des sages…

NEO : oui, le conseil des sages… (Pour apaiser la situation nationale)

Archives_Burkina: Contrairement à la plupart des politiciens de votre rang qui préfèrent rester à Ouaga pour profiter des avantages de la ville, d’être toujours près des cercles de décisions, vous avez décidé de « rentrer au village » …

NEO : Mais… je pense que nous chantions « Vivre avec les masses, vaincre avec les masses » C’est ce que j’ai appliqué. Vivre ce que je professais.

Archives_Burkina : Vous avez par deux fois été élu maire de la commune de Bokin, mais au deuxième mandat, vous avez eu quand même des difficultés avec votre « opposition », le CDP… on a failli même vous faire un petit coup d’Etat…

NEO : Oui , oui, oui ! Ce sont eux qui préparaient des coups…. Ils étaient appuyés par notre… notre direction…la direction du parti….

Archives_Burkina : Ah bon hein !

NEO : Ah oui oui. C’était ….

Archives_Burkina : Un membre dirigeant ? Maitre Sankara de l’Unir/ PS ?

NEO : Oui! L’Unir/Ps. Ils ont tenu un conseil à Bokin ici. Ils nous ont tenaillés, tiraillés, insultés … proféré des menaces….

Archives_Burkina : Mais vous étiez dans le même parti…

NEO : Oui… Bon oui et non (rires) Parce que nous travaillions à créer un nouveau parti.

Archives_Burkina : Le parti dont le siège est juste à côté ici ?

NEO : Oui. C’était ça qu’on préparait ; Mais comme il n’y avait rien d’officiel… leur avocat n’a pas pu s’appuyer sur quelque chose de concret…En fin de comptes, ils ont été déboutés… Il y avait également que celui qu’ils avaient désigné comme représentant du parti à Bokin ici pour prendre ma place et aussi être candidats à la mairie avait été contesté par les militants.

Archives_Burkina : Il y a quatre ans je suis passé ici et j’ai remarqué une statue de Sankara isolée et quasi abandonnée sur une place. Pourquoi n’avez-vous pas songé à clôturer la place et en faire un site touristique ou un lieu de repos pour les passants ?

NEO : Des démarches ont été menées pour cela mais elles sont restées infructueuses.

Archives_Burkina : C’est vous quand même qui étiez à la mairie ?

NEO : Oui, mais la mairie n’a pas de moyens.

Archives_Burkina: Comment avez-vous accueilli la chute de Blaise Compaoré ?

NEO : ‘Soupire’. Trop tard…. (Silence). Trop tard mais c’était bien qu’il chute. Nous espérions qu’il chuterait plus tôt mais bon…

Archives_Burkina :  Ils disaient qu’il était là pour approfondir la Révolution…

NEO : il n’a rien fait pour approfondir la Révolution.

Archives_Burkina : Une dernière question : Lors du procès Thomas Sankara, certains de vos camarades disent n’avoir pas été heureux de votre témoignage parce que vous donniez l’impression de ne pas savoir grand-chose alors qu’ils s’attendaient à ce que vous chargiez…

NEO : Tout à fait. Je n’étais pas membre du CNR. Donc je ne pouvais pas charger comme ils le voulaient, les… les… comme on le disait, les étrangers quoi.

Archives_Burkina: Contre la France ? contre l’impérialisme international ?

NEO : Mais je ne pouvais pas les charger. Ni charger qui que ce soit d’ailleurs. Je ne pouvais pas inventer.

Archives_Burkina : Donc ce que vous avez dit au procès c’est ce que vous saviez. Pas un mot de plus pas un mot de moins ?

NEO : Non… (pas un mot de plus pas un mot de moins)

Archives_Burkina: Les membres du groupe Archives Burkina, par ma voix, vous remercient pour votre disponibilité et pour votre part de vérité sur les évènements qui se sont produits dans notre pays en particulier sur la période allant de 1983 à 2014.

Encore une fois, merci !

Propos recueillis en juin 2024 par Pathé Tidiane Barry (sur la photo avec Ernest Nongma Ouedraogo) pour Archives Burkina (voir https://www.facebook.com/groups/2500194143638843

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Spéro Stanislas Adotévi « Les jeunes politiciens d’aujourd’hui trouvent normaux ces détournements massifs qui étouffent l’Afrique » https://www.thomassankara.net/spero-stanislas-adotevi-jeunes-politiciens-daujourdhui-trouvent-normaux-detournements-massifs-etouffent-lafrique/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=spero-stanislas-adotevi-jeunes-politiciens-daujourdhui-trouvent-normaux-detournements-massifs-etouffent-lafrique https://www.thomassankara.net/spero-stanislas-adotevi-jeunes-politiciens-daujourdhui-trouvent-normaux-detournements-massifs-etouffent-lafrique/#respond Mon, 01 Jul 2024 10:27:52 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=248604 Le professeur, Spéro Stanislas Adotevi, philosophe est décédé le 7 février 2024 à Ouagadougou. Il fut, parmi de nombreuses autres fonctions durant sa vie, conseiller du Président Thomas Sankara. En guise d’hommage, nous publions cette interview réalisée en 2019 pour le bimensuel l’Évènement qui nous a aimablement autorisé à la publier et que nous remercions […]

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Le professeur, Spéro Stanislas Adotevi, philosophe est décédé le 7 février 2024 à Ouagadougou. Il fut, parmi de nombreuses autres fonctions durant sa vie, conseiller du Président Thomas Sankara. En guise d’hommage, nous publions cette interview réalisée en 2019 pour le bimensuel l’Évènement qui nous a aimablement autorisé à la publier et que nous remercions chaleureusement.

La rédaction du site thomassankara.net


Spéro Stanislas Kpakpovi Adotévi est Béninois d’origine et Burkinabè par naturalisation. Après les études en France (Ecole Normale Supérieure de la rue d’ULM) à Paris, et tous les diplômes requis pour l’enseignement supérieur, il est retourné au Bénin où il a exercé diverses fonctions techniques et politiques.

D’abord enseignant de philosophie au Lycée Béhanzin, l’un des seuls lycées existant alors au Dahomey (actuel Bénin). Puis concurremment Secrétaire Général de l’université commune (Dahomey-Togo) appelé alors Université du Bénin.

A la suite des multiples agitations politiques et changement de régime, il devient dans les années 63 tour à tour : Conseiller à la Présidence de la République, secrétaire général du gouvernement, directeur de cabinet au ministère des affaires étrangères, ministre, respectivement de l’information (1963), de la culture (1965), de l’éducation (1968) puis ministre de la jeunesse et des sports.

Pour des raisons de désaccords et de divergences politiques avec les dirigeants civils et militaires du pays, il décide de rompre et de commencer une vie d’errance internationale.

Un long séjour en France à l’Université Paris VII comme professeur de philosophie et d’anthropologie dans le département d’anthropologie et histoire des religions dirigé par le professeur Robert Jaulin bien connu par ses écrits et aussi parce qu’il fut l’un des premiers pionniers et théoriciens du mouvement écologique en France dans les années 70.

Adotevi quitte la France peu après 1974 pour le poste de directeur régional d’une organisation internationale subventionnée par le gouvernement canadien du nom  de «Centre de recherche pour le Développement International (CRDI) chargé de toutes formes de recherches à travers le monde. J’y fus chargé de la région Ouest et Centre de l’Afrique basée à Dakar jusqu’en 1978.

 Ensuite, le président Senghor lui fait appel pour le poste de directeur des études à l’université des Mutants à Gorée de 1978 à 1981. Dès 1981, il est recruté à l’UNICEF où il a été tour à tour : Représentant résidant au Burkina Faso de 1981 à 1987, directeur régional en Côte d’Ivoire de 1987 à 1993, conseiller spécial du directeur exécutif aux Etats-Unis de 1993 à 1996. Enfin, membre du conseil africain de la Banque Mondiale.

Dans cette interview exclusive, il parle de son histoire avec le Burkina Faso et de certains de ses grands hommes : Valère Somé et Thomas Sankara. Il revient sur son combat pour une Afrique indépendante culturellement, politiquement et économiquement ; ses divergences avec Senghor sur la Négritude et dénonce avec véhémence l’élite politique africaine actuelle, « de jeunes malfrats », selon lui, drapés du manteau de « technocrates ».

 

Vous avez choisi de prendre la nationalité burkinabè. C’est depuis quand, et qu’est-ce qui vous a motivé ?

A la vérité, je suis allé au Burkina Faso comme le fleuve va à la mer. Envoyé ici par l’UNICEF, j’ai beaucoup apprécié le travail fait. Le sérieux des gens avec lesquels j’étais en action, notamment les professeurs de santé, de l’éducation, de la culture et surtout les acteurs du développement tels que les six (6) S à Ouahigouya. Le sérieux et la fidélité des amis, leur  gentillesse, les relations professionnelles et interpersonnelles, tout cela m’a maintenu prisonnier de la Haute Volta (actuel Burkina Faso).

 Que vous rappellent vos moments d’universitaire ?

Oh, des moments d’exaltation dans le travail intellectuel, de passion et de bonheur. N’oubliez pas que les années 70 ont été après mai 1968 des années d’élan et d’explosion intellectuels. Un moment de fureur dionysiaque, de bouleversement et de fulgurance (c’est ainsi que je l’ai vécu) qui faisait que travailler et rechercher pour découvrir un autre présent était une chose belle et bonne. Faire bouger les hommes pour un autre monde. Illusion sans doute, mais une illusion nécessaire quoi que fût la suite…

Vous avez créé avec Robert Jaulin la collection  la Voix/Voie des autres. Quelle était la philosophie qui sous-tendait cette dénomination ?

Nous voulions encourager cette génération et les générations futures à vouloir autre chose que cette pensée de mort qui s’annonçait. Pour les peuples dominés et pour la jeunesse d’où qu’elle vienne, ne pas s’enfermer dans la reproduction d’une pensée uniformisante. C’était cela la philosophie qui sous -tendait cette maison d’édition. Nous pensions et je le pense toujours que l’Afrique ne pourra se développer, l’Afrique francophone, que lorsqu’elle saura choisir dans sa tête, dans son corps, dans son comportement, sa « propre vision » du monde. Une voie/voix différente. Une autre vraie voie/voix. C’est ce qu’ont fait les pays d’Asie qu’on nomme aujourd’hui les « Tigres » qui n’ont pu se développer et retrouver leur liberté d’action aujourd’hui qu’en refusant les diktats de l’Occident. En dénonçant et en combattant en pleine liberté le discours de mépris dans lequel voulait les tenir l’oligarchie transnationale qui aujourd’hui est aux commandes du capitalisme mondialisé. C’est ainsi que nous avions été amenés à publier Ahmadou Hampaté Bah ( Wangrin), Maryse Condé (Hérémakono), Mongo Béti ( Remember Ruben)

En plus d’éditer des livres, qu’est-ce que cette maison d’édition a eu comme impact dans la reconquête de l’identité africaine

La maison d’édition ne publiait pas que des livres ou des ouvrages africains. Nous publions aussi toutes sortes de recherches se démarquant de la mondialisation naissante. Ainsi, nous avons eu à produire des auteurs européens et d’ailleurs qui «  avaient mal quelque part » et dénonçaient le discours uniformisant et létal de la finance internationale.

En ce qui concerne l’identité africaine, elle a contribué avec d’autres maisons d’éditions et plus particulièrement « Présence Africaine » aux débats sur l’identification de la personnalité africaine et ses conséquences aujourd’hui. Ce que notre continent doit faire pour être installé sur ses deux jambes, récupérer sa dignité et ainsi parvenir à la palingénésie. Cette nouvelle naissance qui la rende visible et respectée dans le monde du dur aujourd’hui.

Qu’en est-il de cette maison d’édition actuellement ?

Malheureusement, cette maison d’édition appartenant au groupe Plon a été rachetée en même temps que ses collections par un Suédois (Nielsen).

A mon départ de France et à la mort de Jaulin, elle a cessé d’être active. Cependant, le nouveau propriétaire de la maison d’édition a continué à publier certains textes existant et particulièrement Hamadou Hampaté Bah dont je perçois jusqu’à présent les droits d’auteur.

A travers votre livre, Négritude et Négrologues, vous vous êtes attaqués à la négritude senghorienne. Que reprochiez-vous à Senghor ?

Il ne s’agit pas seulement de l’écriture senghorienne. Le fond du débat était que la négritude n’avait pas été jusqu’au bout de la revendication d’un futur autre. Revendiquer la négritude, c’est aussi définir une autre voix/voie que l’Occident s’imaginait pouvoir nous imposer. Définir la négritude, c’est vouloir, désirer et produire par la même occasion l’indépendance africaine. Malheureusement, la négritude par insuffisance conceptuelle n’a pas annoncé cette promesse qu’elle contenait et dont elle était cependant grosse. Les fruits n’avaient pas tenu les promesses des fleurs chez Senghor plus particulièrement. Senghor qui fut par ailleurs un grand président africain, dépassant de plusieurs tailles Houphouët Boigny, est resté coincé dans sa fidélité à la France et ne pouvait pas aller plus loin. Ici, il faut préciser qu’il n’avait  rien à voir avec Houphouët Boigny , faiseur de nuages au temps de la néo-colonisation, lui qui a placé en collusion avec ces maîtres du capitalisme international, notamment français, la cangue et les fers à l’homme africain naissant. Voilà le sens de ce livre.

A Dakar, j’ai longtemps discuté avec Senghor dans un débat souvent houleux mais entre intellectuels de tous ces problèmes parce qu’il était l’un des prophètes de la négritude. Nous avons parlé des différences qui nous opposaient. Être prophète de la négritude, c’est aller plus en avant, vouloir et définir les formes de l’indépendance que devait susciter la négritude, annoncer la rupture et énoncer un mode de pensée nouveau. Ce qui n’était pas son cas et que Césaire avait tragiquement proclamé.

Tout cela se déroulait dans son bureau de la Présidence et dans un climat de délicieuse amitié entre gens qui croyaient en l’avenir du continent. Il m’a alors constamment proposé de continuer le travail, de reprendre à mon compte la définition de l’universel sur lequel nous étions en désaccord parce que le sien pouvait s’interpréter comme soumission et fragilisation devant la domination technique et financière de l’Occident. A  ce point de notre discussion, ce qu’il n’a jamais auparavant fait, il a décidé de venir à mon domicile afin de renouer le dialogue et de donner forme à la parole commune.

Vous avez été ministre de l’information en 1963 et ministre de la culture en 1965 et 1968. Qu’est-ce qui vous a motivé à embrasser une carrière politique. ?

N’oubliez pas qu’à cette époque au Dahomey et en Afrique, le temps était aux coups d’états militaires. Des militaires qui à travers des rapts de pouvoir, s’imaginaient pouvoir faire mieux que les civils. Ce que constamment et tragiquement l’avenir démentira.

J’étais, en ce temps- là,  de ceux qui exigeaient un programme et une vision pour le Dahomey. Une vision fondée sur la réalité africaine en formulant des revendications à cet effet, en  défendant pour le pays un mode de certitude de soi africain. C’est ainsi qu’après l’un de ces coups d’états, les civils qui étaient au pouvoir ont fait appel à moi.

Ce sont, donc ces conditions qui m’ont conduit à la politique et aux postes ministériels que j’ai abandonnés quand je me suis senti en désaccord avec les politiciens qui gouvernaient en ce moment le Bénin.

Vous aviez au Burkina, un grand ami, feu Valère Somé. Quelle est votre histoire commune ?

J’allais dire une histoire d’amour. Très assurément, un feu d’artifice jamais éteint malgré les vicissitudes de la vie. Je l’ai connu à l’université des Mutants, une université fondée par Senghor, le grand intellectuel français Garaudy et le Premier ministre québécois  René Levesque.

Elle avait pour vocation de rassembler les intellectuels, les hommes d’affaires, les artistes venant de partout, Usa, Amérique Latine, l’Asie, l’Europe, la Grande Chine et plus particulièrement l’Afrique. Hommes et femmes tous désireux d’apporter quelque chose comme le pensaient deux de nos missionnaires Paulo Freire dans le domaine de l’éducation et l’évêque Don Helder Camara, un des évêques de la théorie de libération en Amérique Latine. J’ai donc rencontré Valère, un de nos missionnaires venu de la Haute Volta au cours d’un des fréquents ateliers que nous organisons où il avait affirmé une personnalité et un savoir au-dessus de tout ce qui se disait. La discussion tournait autour  de la clitoridectomie, sujet  passionné et passionnant sur un fond de douleur affirmé.

Les Européens d’une manière générale, pensaient à la suite du livre d’Awa IHIAM que l’ablation du clitoris était l’effet de la malignité des Noirs, plus précisément des hommes noirs tenant à priver leurs femmes de toute jouissance sexuelle et ainsi les maintenir en domination perpétuelle. Thèse partielle et fausse puisque comme le confirme aujourd’hui la science (anatomie, physionomie, biologie et psychologie), le sexe ne se trouve pas dans le pantalon mais dans le cerveau. Ce que disait Valère Somé correspondait à ma vision des choses puisque la pratique dont il s’agit est un fait culturel dans tous les pays où cela se pratique ( ce qui, par exemple, au sud du Togo et du Bénin, ne se pratique pas) remontant aux mythes de fondation, de création et de lecture sociétale.

Les paroles de Valère, calmes, sérieuses et élaborées prenaient le même itinéraire que les miennes. Il préconisait, pour comprendre le phénomène, de faire appel à une recherche transversale et pluridisciplinaire associant  l’histoire, la psychologie, l’anthropologie sociale, la géographie. Ce fut alors pour moi une illumination et jusqu’à sa mort, nous resterons attachés.

Aujourd’hui, grâce à cette façon de recherches, la polémique s’est apaisée autour de l’acceptation de la nécessité d’élimination de cette pratique douloureuse d’une autre époque.

Mes liens avec Valère venaient d’être tissés. Recruté pour travailler au Burkina Faso, son pays, nous n’avons pas cessé de nous voir, et jusqu’à sa mort, de travailler dans une profonde amitié malgré son caractère difficile et sa fragilité. Plus tard, par lui, j’ai connu Sankara.

Quels ont été vos rapports avec Thomas Sankara ?

Je l’ai connu par Valère Somé. Il était en ce moment premier ministre dans le gouvernement  de Jean -Baptiste Ouédraogo. C’était  déjà la période des conflits qui allait déboucher sur ce  qu’on a appelé  la révolution démocratique et populaire ( RDP). Je l’ai rencontré, j’ai été saisi par sa simplicité et son accueil. Je lui ai expliqué mes problèmes et difficultés et il m’a aidé à les résoudre. Voilà mes premiers contacts avec Sankara et plus tard quand est venue ce qu’on a appelé la RDP et comme ce dernier était un homme à la recherche d’autres choses pour la Haute Volta, il s’était lié à moi parce qu’il avait lu auparavant ‘’Négritude et négrologues’’ et mes autres publications. Ce qui ne l’empêchait pas de fréquenter plus souvent des personnes qui portaient des messages autres que le mien.

On a souvent dit de Sankara qu’il était marxiste-léniniste. Sincèrement, je ne le crois pas. Si c’était vrai, il avait dû être un marxiste totalement atypique et singulier. Ce que je sais de l’homme, c’est qu’il était en relation avec des personnalités d’autres horizons. C’était pour moi un chercheur d’oasis. Un homme à la recherche de … difficile à figer dans une définition. Ce qui le conduisait à lire beaucoup.

Je lui ai fait connaître José Marti ; Pablo Neruda ; le Manifeste du parti communiste de Marx ; Le Prince et les Discordi de Machiavel ; Schumpeter ; le fondateur, l’évolutionniste économique, père de la théorie de l’innovation ; l’économiste japonais du nom de Kanane Akanatsu qui l’a fasciné. Ensuite, ‘’ Les lettres d’adieu du Che à Fidel Castro’’. Enfin Césaire, Damas, Senghor, N’krumah.

Avec d’autres, je le sais, il a été initié au Coran et à la Bible. Deux livres qu’il cite souvent dans ses discours. Bref, ce n’était pas un marxiste conventionnel. Mais s’il faut à tout prix le définir, je prendrai à mon compte la célèbre distinction que fait le célèbre chrétien Charles Péguy. Entre politique et mystique. Sankara alliait les deux. C’était un mystique ayant une inspiration politique émotive capable d’ouvrir la voix d’une politique neuve. C’est simplement dire qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, il est comme le disent des personnalités suédoises, allemandes et danoises qui avaient organisé des marches de soutien pour le Burkina Faso, l’homme qui : « Put the Burkina on the map of the world ». Je traduis à ma manière et c’est une constatation quotidienne, l’homme qui a mis le Burkina sur orbite.

Quelle analyse faites-vous des hommes politiques africains actuels comparativement à ceux de votre époque ?

Je vais vous étonner. J’ai une grande estime pour les hommes politiques de mon époque: Les pères fondateurs de nos républiques. Ces hommes qui sont sortis de Gorée, de l’école de médecine de Dakar, de Sébécotane, de Kati au Mali et autres écoles de formation des cadres destinés à assister le colonisateur étaient des hommes estimables pour ce qu’ils voulaient et représentaient. Ces Hommes se sont battus pour l’indépendance à leur manière. Ils étaient sans doute, du moins, en ce qui concerne les pays francophones convaincus de la gentille coopération de la France mais respectueux et aimant leur pays et pouvaient prendre au besoin des décisions fortes. En exemple, la décision d’évacuation de l’armée française présente en Haute Volta prise par le gouvernement auquel appartenait Bamina Nébié.  Ce fut également le cas au Dahomey de Hubert Maga etc.

En même temps, et c’était leur vraie force. Ils savaient qu’il y avait des choses qu’on ne devait et qu’on ne pouvait pas faire. Par exemple, tous ces détournements massifs qui étouffent sans honte l’Afrique empêchant son développement que les jeunes politiciens d’aujourd’hui trouvent  normaux. Détournements sans aucune retombée pour le continent. Car si dans les pays européens et ailleurs, les cadres se sont servis de la politique pour s’enrichir en effectuant des détournements, ceux qui le faisaient investissaient au moins une grande partie de leur vol dans leur pays créant ainsi des bourgeoisies nationales capables de défendre les intérêts nationaux.

Ces détournements faits aujourd’hui par de vrais jeunes malfrats qui ont le culot de se dire technocrates n’avaient pas cours au temps de leurs aînés.

C’étaient des hommes vraiment respectables issus de la tradition qui savaient qu’il y avait dans la vie des choses honteuses. Vous n’êtes peut-être pas d’accord avec moi mais c’est ce que j’ai constaté et vécu en ces temps -là.

Vous avez certainement appris les circonstances du départ de Maurice Yaméogo du pouvoir. Comment vous analysez cela ?

La raison finale émotive et causale de son départ a été le mépris des principes moraux traduits dans son mariage célébré avec faste à un moment de difficulté économique et financière pour la Haute Volta. Cela, le ministre français d’alors Maurice Couve de Murville ainsi que De Gaulle l’ont clairement confirmé au cours d’une visite qu’une délégation dahoméenne avait faite. De Gaulle nous avait expressément dit : «  Son mariage lui avait fait beaucoup de torts ». En un mot, Yaméogo a été renversé parce qu’il avait transgressé les règles de la morale traditionnelle. Il ne connaîtra plus jamais des frissons d’être au centre des décisions.

Aujourd’hui, la nouvelle classe politique qui dirige l’Afrique est confrontée à des défis qui ne sont pas  les mêmes que ceux dont vous parlez tout à l’heure. Selon vous, quels sont les grands défis de cette nouvelle génération d’hommes politiques ?

Les défis sont les mêmes qu’hier. Il s’agit aujourd’hui de leur trouver des réponses appropriées aux exigences du temps présent. Défis de l’indépendance politique, économique qui commencent par une libération mentale  et psychologique. C’est-à-dire la volonté de croire envers et contre tous les traquenards  inventés par les ennemis que sont toujours les mêmes pour l’Afrique. Ennemis de toute race qui ont accepté les principes du système et qui nous empêchent souvent d’être nous-mêmes.

L’Asie, (les fameux Tigres) était au même niveau que nous  et que très tôt, ils se sont révélés eux-mêmes, en repoussant  les exigences mortifères de la Banque Mondiale, du Fonds monétaire et de tous ceux qui ont eu la prétention  de croire  qu’ils peuvent leur enseigner , du haut d’un hôtel de luxe, comment manger leur riz avec leurs baguettes.

Je ne nie pas qu’on ait besoin d’aides étrangères. Mais l’argent, on peut déjà commencer par le trouver chez soi par le sérieux et l’exigence.

Quant aux fonds venus de l’extérieur, il doit servir aux politiques élaborés et définis par nous-mêmes. C’est là le défi d’hier comme d’aujourd’hui. On n’a pas besoin d’être d’accord sur tous les points avec le président Paul Kagamé, force est de reconnaître cependant qu’on est obligé d’accepter que par son exigence sans concession vis-à-vis des bailleurs extérieurs et une politique intérieure d’effort national bien pensée, l’homme a fait bouger son pays.

Pour ce qui est de la dette que nous avons plusieurs fois remboursée, il est bon d’admettre et de faire admettre qu’elle est le produit de ces éléphants blancs vendus par des bureaux d’études européens car nous n’en avions pas à l’heure des indépendances d’africaines.

Ce sont ces bureaux d’études étrangers qui ont installé sur le continent les miasmes de la misère et de l’appauvrissement sans fin que nous avions nous-mêmes assis, développés et ventilés avec ces « amis de toujours »

Le défi majeur pour l’Afrique de l’Ouest est l’intégration monétaire dont l’échéance est prévue pour 2020. Comment analysez-vous le processus d’opérationnalisation de cette intégration monétaire ?

Si nous voulons vraiment et sérieusement nous développer, nous n’avons pas d’autre choix que d’accepter l’intégration. La question de l’Eco a été posée par l’intégration dont l’avènement n’en est qu’une des expressions. La question de l’Eco a été posée depuis 2009. En 2013, on a fini par mettre un système de réflexion pour 2020. Mais, il y a des forces rétrogrades qui continuent de s’opposer à son avènement. Or, vouloir d’une monnaie commune qui est une nécessité est aussi une certitude indispensable à la condition de développement et de l’indépendance que nous souhaitons. Nous ne pouvons  obtenir tout cela que par et à travers le regroupement de plus en plus large. Ce qui fait la force du Fcfa, ce n’est pas le contenu de la politique qui l’a fondé et dont je ne m’y intéresse pas ici. Mais surtout son appartenance à un grand groupement avec des hommes ayant reçu une même formation en matière de culture technique et monétaire. Les 15 pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, malgré les apories inhérentes à la dépendance vis-à-vis de l’ancien colonisateur, ils n’en constituent pas moins un marché qui a sens et existence. Mais si nous voulons vraiment nous développer dans notre région, un développement qui nous fasse sortir des piétinements, de pays sans consistance, le seul marché valable pour la région est la CEDEAO avec une population de plus de 300 millions d’habitants, un marché important. Sans avoir les mêmes cultures avec la définition d’une politique et d’une vision, nous pouvons affirmer cette nécessité de se développer en évitant tous les écueils du Fcfa, une monnaie de pays pauvres, arrimée à une monnaie forte, l’Euro. Avec l’Eco, non seulement, nous constituons un regroupement plus grand mais nous cessons d’être arrimés à une monnaie forte. Ce qui est un avantage. L’un des grands défauts, le péché originel du Cfa c’est qu’arrimé à une monnaie forte ses pays peuvent acheter mais ne peuvent pas vendre. Ils restent dépendants de l’importation. Ce qui contredit toutes formes de véritable émergence. Il est temps de créer une interdépendance des peuples et des nations au sein d’un ensemble fort grâce à la circulation des capitaux. Tout ceci a été bien analysé par mon ami Justin Damo Barro dont j’ai apprécié la démarche intellectuelle en la matière.

On sait que l’économie va de pair avec la sécurité, pour le développement d’une     nation, alors que, dans l’espace CEDEAO, la plupart des pays sont confrontés à des attaques terroristes. Comment peut-on venir à bout de ce fléau ?

Premièrement, mutualisons nos forces économiques pour assurer la présence effective de l’État grâce au développement économique dans toutes ces régions où s’affirme la misère. Si nous analysons la situation de toutes ces régions où sévit le terrorisme, il est facile d’acheter les gens intellectuellement et moralement indigents pour commettre n’importe quel crime.

Il est donc nécessaire de maintenir le cap en matière de développement économique, un des grands principes. Deuxièmement, affirmer la réalité de l’État par la présence effective de ses démembrements notamment une armée bien dotée en matériels de défense, bien formée et informée des exigences qu’implique la vie de la Nation. Ensuite, mettre l’accent sur l’éducation de la population et le rôle qu’elle doit tenir face au danger qui menace les nations.

Que souhaitez-vous pour le Burkina Faso ?

Je crois les temps d’aujourd’hui sont lourds pour nous tous. Mais je crois au pouvoir de résilience du peuple burkinabè dont les qualités de courage ne se démontrent plus. Ce peuple capable par son intelligence et le sérieux dans le travail peut parvenir à des résultats encore plus forts surtout s’il est soutenu par un pouvoir à la hauteur de sa mission. Face à ces difficultés, nous devons apporter à notre gouvernement un soutien patriotique résolu quelles que soient nos divergences politiques et une présence de conscience nationale.

Interview réalisée par Gaston Bonheur SAWADOGO et Raphaêl N. ASPAVATI

Source : L’Évènement n° 405 du 10 septembre 2019

 

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Compte rendu de l’anniversaire des 70 ans de Thomas Sankara. Témoignages de ses anciens camarades et compagnons. https://www.thomassankara.net/compte-rendu-de-lanniversaire-70-ans-de-thomas-sankara-temoignages-de-anciens-camarades-compagnons/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=compte-rendu-de-lanniversaire-70-ans-de-thomas-sankara-temoignages-de-anciens-camarades-compagnons https://www.thomassankara.net/compte-rendu-de-lanniversaire-70-ans-de-thomas-sankara-temoignages-de-anciens-camarades-compagnons/#respond Sun, 26 May 2024 12:57:33 +0000 http://www.thomassankara.net/?p=242441 01-Dominique le Convaincu : Ancien employé du Journal SIDWAYA il était charge avec un certain nommée MITBKIETA de traquer l contre révolution avec une somme de deux mille cinq cent francs (2500) quand il était mandaté par SANKARA lui-même. De quoi mettre l’essence et travailler pour la révolution. Cependant quand il s’agissait de Blaise Compaoré […]

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01-Dominique le Convaincu :

Ancien employé du Journal SIDWAYA il était charge avec un certain nommée MITBKIETA de traquer l contre révolution avec une somme de deux mille cinq cent francs (2500) quand il était mandaté par SANKARA lui-même. De quoi mettre l’essence et travailler pour la révolution.

Cependant quand il s’agissait de Blaise Compaoré ils étaient contents car ils avaient au moins une somme de dix à quinze mille qu’ils se partageaient à deux pour faire la fête après le travail.  Il s’est rendu un jour chez Valère SOME pour s’étonner du peu d’argent que le président leur donnait, ce qu’il ne comprenait pas. Valère leur répondu qu’il était en train de tester leurs consciences.

Il affirme que SANKARA lui a demandé de se retirer de la présidence quelque jours avant le 1 5Octobre 1987 quand il a apporté les journaux un matin, ce qu’il n’a pas compris.

C’est plus tard qu’il comprendra que son patron et grand frère SANKARA voulait le protéger car il sentait sa mort venir et voulais l’assumer seul.

Il dit aussi avoir militer dans des partis politiques Sankaristes croyant pouvoir s’y retrouver mais il a toujours été déçu.

Mais est certain que SANKARA est derrière lui au moment où il parlait. Il est convaincu que seul le chemin tracer par Thomas SANKARA est le meilleur et à suivre.

2– NANEMA dit le cubain :

Plus jeune en son temps il a été envoyé à Cuba. Un jour, de passage dans ce pays, le président Sankara est venu rendre visite aux enfants qui étaient partis étudier dans ce pays.

Après l’assassinant de SANKARA, les premières nouvelles qu’on leur a transmises était que SANKARA avait été mis au arrêt. C’est plus tard qu’ils apprendront à la radio que SANKARA avait été assassiné. Ils sont tous pratiquement tombés malades. Certains ont entamé une grève de faim. Plus tard, Blaise leur a envoyé une délégation pour leur faire comprendre que la révolution continuait bien au Burkina.

Mais pour lui la vie s’est arrêtée là.

Il estime que SANKARA est un messie qui avait été envoyé par dieu

3-Petit Paul :

Ami depuis le PMK (Prytanée militaire du Kadiogo) et ensemble à Madagascar, ils logeaient dans le même celibatorium à leur retour. Il retient que Thomas lisait beaucoup a telle point qu’il se privait de ses week-ends pour se consacrer à la lecture car pour lui Thomas SANKARA avait un projet pour le pays.

La dernière fois qu’ils se sont vus c’était le 2 Octobre 1987 quand il l’a fait appeler. Ils ont mangé ensemble. Après quelques minutes de rigolade Thomas lui a demandé ce qu’il faisait. Il lui a expliqué le projet qui lui tenait à cœur. Sankara lui a alors conseillé de rentrer en contact avec NACO Issaka qui était chef de projet infrastructures à la présidence car ils avaient des projets similaires. Ils se sont quittés vers 16h et ce projet ne verra jamais le jour car il lui avait promis de voir comment il aurait pu le financer.

IL se rappelle qu’au cours de la conversation Thomas se perdait dans ses pensées. Il a été obligé a plusieurs reprises de lui rappeler. Pour lui Thomas avait déjà une sorte de prémunition, et qu’il sentait un danger mais qu’il n’arrivait pas dire et à définir.

Thomas lui a demandé lui faire des critiques par rapport à la révolution

Et lui en réponse dit à Thomas qu’il fallait recadrer certains CDR qui vraiment contribuaient à salir la révolution. Il a fait appel à son fils Philippe pour qu’il lui apporte de quoi noter ses remarques. Il l’a remercié en lui confiant que qu’il avait prévu une réunion pour recadrer ses choses-là.

4- Jean Hubert Bazié :

Pour lui SANKARA était exemplaire en matière d’amitié car était loyale et modeste. Ils sont rentrés en contact grâce Fidel TOE.

Il fut nommé directeur général de la presse écrite en son temps qui est devenu aujourd’hui SIDWAYA

Il a créé le journal humoristique l’Intrus. SANKARA lui faisait prendre des bouts de papiers sur lesquels il lui faisait noter ce les articles humoristiques qu’il voulait insérer dans l’Intrus.

Il a raconte des anecdotes sur la façon, dont, grâce aux journal, il était arrivé à dénoncer des situations ce qui a permis de corriger des dérives qui salissaient la révolution.

5-Issaka NACO :

Ami d’enfance il lui a proposé d’être ministre de l’environnement et il a décline l’offre tout en proposant un nom.

Compte tenu de ses prises de position il avait été affecté à un nouveau poste ou il as fait sept mois sans bureau. Sankara a dû intervenir pour faire cesser cette situation.

Il rajoute que SANKARA était un téméraire qui aimait le gout du risque jusqu’à dépasser souvent l’imaginaire. Car en son temps un délinquant de grand chemin du nom de Bill la foret  arrivait à se faufiler entre les mailles de la prison et à y revenir quand il revenait quand voulait. Sankara a souhaité le rencontrer à sa sortie et lui demander de combattre à mains nues. Ce dernier refusa avec empressement tout en se prosternant. Il lui ordonna alors de retourner donc en prison ce qu’il fit avec empressement aussi.

Il raconte aussi comment de temps en temps SANKARA se déguisait pour s’imprégner des réalités du pays.

Après son oncle Mousbila SANKARA ce fut au tour de ses frères et sœur présentes dans la salle de se présenter

  • Valentin SANKARA: un message de remerciement
  • Colette SANKARA: un message de remerciement
  • Pauline SANKARA: un message de remerciement. Elle a lancé un cri de cœur évoquant les FDS (force de défense et de sécurité) tués au combat et les enfants du pays enrôlés dans le djaïnisme.

7- Hamed KONE :

Ancien secrétaire du ministère de l’information il dit avoir plaider auprès de SANKARA pour que soit créée une maison de la presse. Il fut aussi envoyé par SANKARA pour démentir la mort de RAWLINGS.

Il finit par lancer un appel d’éveil de conscience à la jeunesse aux autorités politiques.

8- SOU Jacob :

Ancien fonctionnaire international il accepte la réduction de son salaire de quatre cent milles à cent vingt mille francs quand SANKARA est arrivé au pouvoir parce qu’il pensait que cela en valait la peine.

Il dit s’être fâché contre SANKARA après que les fonds prévus pour le volet artistique furent utilisée pour construire l’aérodrome de Gaoua. Quelque temps après, SANKARA l’a fait appeler pour se réconcilier mais faute de temps il ne se verront plus jusqu’à sa mort. Mais il se sent en paix car il estime que cette réconciliation a eu lieu.

NANA Bao-wend-manegre Guy Innocents

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Mort à Ouaga du journaliste Mohamed Maïga en 1984 : « Le pouvoir en a pris un coup sérieux, Sankara en a été éprouvé » (ambassadeur Bassirou Sanogo) https://www.thomassankara.net/mort-a-ouaga-journaliste-mohamed-maiga-1984-pouvoir-a-pris-coup-serieux-sankara-a-ete-eprouve-ambassadeur-bassirou-sanogo/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=mort-a-ouaga-journaliste-mohamed-maiga-1984-pouvoir-a-pris-coup-serieux-sankara-a-ete-eprouve-ambassadeur-bassirou-sanogo https://www.thomassankara.net/mort-a-ouaga-journaliste-mohamed-maiga-1984-pouvoir-a-pris-coup-serieux-sankara-a-ete-eprouve-ambassadeur-bassirou-sanogo/#respond Wed, 17 Apr 2024 10:19:20 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=248404 Nous publions ci-dessous une interview de Bassirou Sanogo parue dans le quotidien burkinabè Sidwaya le 1er janvier 2024. Il évoque le journaliste Mohamed Maïga qui s’était engagé aux côtés des révolutionnaires burkinabè. Mohamed Maïga a beaucoup contribué à les faire connaitre, que ce soit avant la 4 août, date à laquelle Thomas Sankara accède à […]

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Nous publions ci-dessous une interview de Bassirou Sanogo parue dans le quotidien burkinabè Sidwaya le 1er janvier 2024. Il évoque le journaliste Mohamed Maïga qui s’était engagé aux côtés des révolutionnaires burkinabè. Mohamed Maïga a beaucoup contribué à les faire connaitre, que ce soit avant la 4 août, date à laquelle Thomas Sankara accède à la présidence mais aussi les mois qui ont précédé cette prise du pouvoir. Il a alors publié de nombreux reportages et interviews alors que l’affrontement politique était alors au plus haut.

Nous en profitons pour vous informer que nous avons récupéré tous les articles de Mohamed Maïga et que nous allons les mettre en ligne sur ce site petit à petit. Nous remercions ici chaleureusement Augusta Conchiglia, qui a pu nous les restituer.

La rédaction du site.


Sous la Révolution démocratique et populaire (RDP), un journaliste malien, engagé pour la cause de la Haute-Volta d’alors, a trouvé la mort le 1er janvier 1984, « dans des conditions troublantes ». En ce 40e anniversaire de sa disparition, l’un des acteurs de la révolution et proche de l’infortuné, l’ancien ambassadeur du Burkina à Alger, Bassirou Sanogo, revient, sous fond d’hommage également, sur ce sujet peu connu des générations actuelles.

Lefaso.net : Le 1er janvier 2024 marquera le 40e anniversaire du décès à Ouagadougou de Mohamed Maïga. Pouvez-vous nous rappeler qui il était et comment l’avez-vous connu ?

Bassirou Sanogo : Mohamed Maïga est un journaliste malien, formé en journalisme au CESTI (Centre d’études des sciences et techniques de l’information, un institut de l’université Cheikh-Anta-Diop) de Dakar. Il est né en 1950 à Ansongo, dans la région de Gao au Mali. Il a donc fait ses études universitaires en journalisme à Dakar, en France et au Canada. Je l’ai connu réellement en 1976-1977.

A l’époque, il était moniteur du CESTI et moi, je préparais mon DEA en sciences de l’information, à l’Institut français de presse, à l’université Paris II. Nous nous sommes connus à la faveur de divergences politiques portant sur le conflit angolais. Tous deux progressistes, militants de la FEANF (Fédération des étudiants d’Afrique noire en France) dirigée à l’époque par l’AEVF (Association des étudiants voltaïques en France), une section de l’UGEV (Union générale des étudiants voltaïques). Sur la question du conflit angolais, Mohamed était pro-MPLA, donc pro-soviétique et cubain tandis que moi j’épousais la position de la FEANF alignée sur l’option de la Chine populaire.

On peut dire que c’est la position idéologique de l’AEVF qui déteignait sur l’ensemble de la FEANF ; et cette position idéologique disait qu’un peuple se libère, il ne doit pas se faire libérer. Autrement dit, nous n’étions pas d’accord avec l’intervention soviéto-cubaine en Angola. Au contraire, Mohamed Maïga était, lui, pour cette intervention. Nous avons eu donc une discussion chaude dans les couloirs de l’université Paris-Panthéon-Assas qui a mal tourné, à telle enseigne que nous avons failli, par passion militante, en venir aux mains. Nous avons été séparés ce jour-là par un étudiant voltaïque du CESTI, Hamed Koné. Cet incident a créé une amitié : nous nous sommes mis à nous appeler réciproquement « Pop Pov » et « Chinetok », pour imager nos deux positions idéologiques antagoniques.

Mohamed Maïga était cultivé, curieux et éloquent. Je crois que c’était, là, des atouts qui ont garanti sa réussite dans le journalisme militant. Il a eu à exercer quelques temps à l’hebdomadaire Jeune Afrique, où j’ai personnellement collaboré également une année avant lui. Je ne sais pas dans quelles conditions il a quitté Jeune Afrique, mais tout porte à croire que son engagement politique ne concordait pas avec la ligne politique de Jeune afrique. Il a basculé à Afrique-Asie, qui était un journal progressiste avec pour vocation d’encourager et faire connaître les luttes d’émancipation à travers le tiers-monde, notamment en Afrique. En novembre 1982, à partir d’Afrique-Asie, il a pris ses premiers contacts avec les révolutionnaires voltaïques, dont il connaissait certains à travers la FEANF.

Je l’avais perdu de vue pendant sept ans environ ; et un beau jour, je le rencontre à l’aéroport de Ouagadougou. Il était étonné de me voir et me dit qu’il est venu ici en Haute-Volta, parce que ce qui s’y passe ici l’intéresse. Il m’a promis que dès qu’il revendra, il me contacterait. C’était sous le CSP I, en janvier ou février 1983. Sankara venait d’être nommé Premier ministre. Entre temps, il y a eu le 17 mai, qui a aussi provoqué la résistance et entraîné l’organisation d’un ‘‘maquis’’ animé par Blaise Compaoré, qui a pu s’échapper de la forfaiture du 14 mai, à Pô. Ce maquis, soulignons-le, a été nourri également par des éléments civils. Donc, Mohamed Maïga s’est particulièrement engagé pour faire connaître la tendance progressiste du CSP I (Conseil de salut du peuple I), parce qu’il estimait qu’il lui fallait s’engager dans la résistance. Il a mis son journal au service de la résistance voltaïque.

Par le canal de Rawlings, Mohamed Maïga s’est rendu à Pô, où il a réalisé des interviews et produit des articles sur la résistance organisée par Blaise Compaoré, ses commandos, mais également avec l’appui d’éléments civils. Il a donc expliqué le pourquoi et le comment de la situation. Autrement dit, de mai à pratiquement août 83, Afrique-Asie a été la tribune qui s’est mise à la disposition de la résistance voltaïque. Il n’y a pas une parution (parce que c’était un bimensuel) qui ne réservait pas un reportage, des analyses sur la situation. Mohamed Maïga est l’un des journalistes de gauche qui se sont réellement engagés pour la cause.

La délégation à la première conférence de presse internationale de la Révolution, et de la gauche vers la droite : Mohamed Maïga, Bassirou Sanogo, Pierre Haski (rédacteur en chef du journal Libération), Kaboué Buana, Paulin Bamouni(Sidwaya), Kouyaté (fils de Seydou Badjan kouyaté), Ali Zerbo (Sidwaya)

Quand le 4 août est arrivé, c’était évidemment la grande satisfaction chez Mohamed Maïga. Il est donc venu ici pour assister à la première conférence internationale de presse (voir photo ci-dessous, ndlr) en compagnie d’autres journalistes. Il faut citer le Zaïrois Kaboué Buana, ancien de Jeune Afrique et du périodique « Demain l’Afrique » et qui a aussi choisi de se mettre à la disposition de la révolution voltaïque. Il faut également mentionner le journaliste français Pierre Haski, à l’époque rédacteur en chef de « Libération », Kouyaté (fils de Seydou Badian Kouyaté) ; Paulin Bamouni et Ali Zerbo de Sidwaya ainsi que votre serviteur (Bassirou Sanogo, ndlr). Mohamed Maïga est venu en Haute-Volta donc à plusieurs reprises, et son dernier passage, c’était en décembre 1983. Il est mort à Ouagadougou le 1er janvier 1984.

Quelle a été la réaction du pouvoir à l’époque ?

Le pouvoir en a pris un sérieux coup. Ça a été très marquant. Sankara en a été éprouvé, on était au début de la révolution. Il perdait un compagnon, un soutien de grande valeur.

Que s’est-il passé après son décès ?

Son corps a été exposé au camp Sangoulé-Lamizana et tout ce Ouaga comptait comme CDR est passé se recueillir toute la nuit sur le corps. Le lendemain, une délégation de haut niveau, comprenant des membres du CNR, des ministres comme Adama Touré qui représentait d’ailleurs le CNR, le lieutenant Daouda Traoré, moi-même, Alpha, le jeune frère du regretté, s’est rendue directement à Gao pour l’enterrement à Ansongo (située à une quarantaine de kilomètres de Gao). Au quarantième jour également, l’Etat burkinabè a affrété un vol Air Burkina pour une forte délégation conduite par le lieutenant Moussa Diallo et qui était composée, entre autres, de Mariam Sankara et d’autres amis et militants. Au lieu d’aller directement à Ansongo pour le 40è jour, la délégation est passée par Bamako, à la demande expresse du président Moussa Traoré. Donc, il y a eu un hommage que le pouvoir burkinabè à l’époque, lui a rendu.

La délégation voltaïque conduite par le ministre de l’information Adama Touré, rend l’hommage posthume à Mohamed Maiga

Il semble également qu’une Maison de presse a porté son nom ! Si oui, où est-ce qu’elle était située et comment a-t-on pu l’oublier, si tôt ?

La Maison de presse Mohamed-Maïga se trouvait sur l’emplacement actuel du Théâtre Koamba-Lankoandé (actuel Cenasa, ndlr). Elle a été détruite dans les années 93. Après sa destruction, on n’a plus jamais parlé de Mohamed Maïga. Je pense que le pouvoir de Blaise Compaoré avait décidé de faire table rase sur tout ce qui peut constituer un symbole qui ranime peut-être la révolution. Depuis que cette maison a donc été détruite, on n’a plus parlé de Mohamed Maïga. Or, aujourd’hui, et ça n’engage que moi, j’estime qu’il y a beaucoup de similitudes entre le pouvoir de IB et la RDP de Sankara.

Quelles peuvent être ces similitudes ?

IB (Ibrahim Traoré) a accepté de prendre le témoin. Non seulement il a pris le témoin, mais il pose des actes au quotidien qui rappellent, s’identifient ou prolongent la période sankariste. A partir de ce moment, où on a un pouvoir qui prolonge celui de Thomas Sankara, il est souhaitable qu’il prenne en compte les symboles marquants de la RDP. Le sacrifice de Mohamed Maïga pour la cause révolutionnaire fait partie de ces symboles.

Autrement, il faut faire quelque chose pour honorer la mémoire de Mohamed Maïga !

Je pense qu’il faut honorer sa mémoire. Cela veut dire qu’on peut retenir une place, une rue, une maison, un symbole physique en tout cas, qui rappelle l’histoire de cette révolution. Si on ne se fonde pas aussi sur les symboles, on risque d’être dans des situations où ceux qui n’ont pas fait la révolution vont parler de la révolution, s’en approprier et s’autoproclamer. Et là, ça peut faire le nid de toutes sortes de contrevérités. Si on ne témoigne pas, pendant que les témoins sont vivants, je pense qu’il y a un danger qui peut amener à dévier dans la mise à disposition de l’histoire véritable de cette révolution. C’est dans ce sens-là qu’il faut prendre en considération certains symboles, faire comprendre que la RDP est quelque chose qui a été préparé et animé par des hommes qui n’étaient pas tous Burkinabè. Et le fait qu’on reconnaisse aujourd’hui, à un niveau mondial, qu’une expérience de développement endogène s’est déroulée dans notre pays est encourageant pour le devenir de l’Afrique.

Avez-vous des contacts avec des membres de la famille Mohamed Maïga ?

Après son décès, le CNR m’a demandé d’être son intermédiaire avec la famille. C’est dans ce cadre qu’on m’a confié son jeune frère, Alpha, qui a logé chez moi, que j’ai inscrit en sociologie à l’université de Ouagadougou. Entre temps, j’ai été nommé ambassadeur à Alger. Il est resté ici, chez d’autres personnes. Je peux dire qu’il a été en contact avec moi jusqu’en 1987. Par ailleurs, je connais sa fille, qui est une grande actrice de cinéma, dans une soixantaine de films, avec qui je suis en contact. Elle vit en France et est parfois venue au Fespaco ; on est en contact. Je crois savoir qu’en tant que réalisatrice également, elle a entrepris de réaliser un film sur son père. Dans le cadre de ce projet, qui lui tient à cœur, elle viendra certainement au Burkina pour la réalisation de ce documentaire.

L’ambassadeur Bassirou Sanogo

Qu’est-ce que vous retenez de lui ?

C’est quelqu’un qui était beaucoup plus réaliste que la plupart d’entre nous. Par exemple, sur notre divergence dans le conflit angolais, au final, c’est lui qui a eu raison, car si l’Union soviétique et Cuba n’étaient pas intervenus aux côtés du MPLA, la région de l’Afrique australe aurait eu une autre évolution, pas forcément en faveur de l’indépendance africaine. C’est quelqu’un qui était ferme dans ses positions, dans l’affirmation de ses convictions, mais dans un réalisme mature.

En conclusion ?
Je souhaiterais vivement que quelque chose soit réalisé pour rappeler Mohamed Maïga. Je suis persuadé que la génération qui, aujourd’hui, supporte IB, en tirerait de la satisfaction ; parce que ça lui permettra de connaître la Révolution, les gens qui l’ont marquée, qui s’y sont donné corps et âme.

Lire aussi : « IB peut et doit avoir l’audace, l’imagination et l’intégrité de Sankara » (ambassadeur Bassirou Sanogo)

Entretien réalisé par Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net

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« C’est grâce à Thomas Sankara qu’on a pu situer le Burkina Faso sur une carte », se remémore Alban Zagré, pionnier de la Révolution https://www.thomassankara.net/cest-grace-a-thomas-sankara-quon-a-pu-situer-burkina-faso-carte-se-rememore-alban-zagre-pionnier-de-revolution/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=cest-grace-a-thomas-sankara-quon-a-pu-situer-burkina-faso-carte-se-rememore-alban-zagre-pionnier-de-revolution https://www.thomassankara.net/cest-grace-a-thomas-sankara-quon-a-pu-situer-burkina-faso-carte-se-rememore-alban-zagre-pionnier-de-revolution/#respond Sun, 31 Mar 2024 17:26:01 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=247997 Alban Zagré est une véritable mémoire vivante, que les secondes d’échanges ne tardent pas à révéler. En effet, en cette nuit de jeudi, 3 août 2023, le mémorial Thomas Sankara accueille une veillée-débat et projection sur l’avènement du 4 août 1983, illustre date (début de la Révolution démocratique et populaire) qui fait la fierté de […]

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Alban Zagré est une véritable mémoire vivante, que les secondes d’échanges ne tardent pas à révéler. En effet, en cette nuit de jeudi, 3 août 2023, le mémorial Thomas Sankara accueille une veillée-débat et projection sur l’avènement du 4 août 1983, illustre date (début de la Révolution démocratique et populaire) qui fait la fierté de contemporains et dont s’abreuvent les nouvelles générations. Le public de la soirée assiste à une projection sur la révolution, suivie d’un panel sur le thème. Alors, en propos introductifs pour camper le décor, les organisateurs (Comité international du mémorial Thomas Sankara et 2 h pour Kamita) invitent au micro, celui-là même qu’ils qualifient de mémoire vivante, Alban Zagré. Slogans et chants révolutionnaires, quelques grandes articulations…, et M. Zagré termine le bref temps qui lui est accordé, non sans avoir donné raison aux organisateurs par les ovations et autres réactions qui l’ont accompagné. Il se retire immédiatement sur le banc de ce vendeur de café qui jouxte l’aire du panel, l’allure pensive (c’est d’ailleurs de ce banc qu’il est venu pour prendre la parole). Avec une mémoire extraordinaire, qui se traduit par les détails sur les sujets d’intérêt qu’il aborde, la rigueur dans l’analyse et autres précisions… Alban Zagré a bien voulu poursuivre les échanges sur cette page de l’histoire du Burkina, notamment la Révolution, et bien au-delà. Nous vous proposons quelques extraits …, à travers cette interview.

Lefaso.net : Que vous rappelle cette nuit du 3 au 4 août 1983 ?

Alban Zagré : C’est une date historique, qui rappelle beaucoup de souvenirs, en ce sens que le quarteron qui est arrivé dans la nuit du 3 au 4 août 1983 à 21h, personne ne s’y attendait. On se préparait pour célébrer la fête de l’indépendance du pays, le 5 août, et à la surprise générale, voilà que de jeunes capitaines arrivent et renversent le régime du médecin-commandant Jean-Baptiste Ouédraogo qui était au pouvoir depuis le coup d’État de 7 novembre 1982. Le lendemain, le peuple burkinabè a commencé à descendre dans la rue par manifester son soutien à ces jeunes militaires-là.

A l’époque, nous étions très jeunes, mais on sentait déjà en nous, une motivation. A l’école, on nous avait mobilisés et jusqu’à ce qu’en mai 1985, le Mouvement national pionnier soit officiellement créé parce que, lorsque la Révolution est arrivée, on a commencé à mobiliser tout le monde, surtout les jeunes ; tout le monde devait adhérer au mouvement de la Révolution et apporter sa petite contribution pour qu’ensemble, nous puissions bâtir notre pays. Et tout de suite, nous y avons adhéré. Nous sommes restés pionniers jusqu’à la chute de la Révolution, le 15 octobre 1987.

Mais il faut dire qu’entre temps, les révolutionnaires ont installé dans les permanences, ce qu’on appelle le Comité de suivi des pionniers. Et tous les soirs, les pionniers venaient pour faire des mouvements ; comme si nous étions des militaires, on nous apprenait le ‘’garde-à-vous’’, le demi-tour à gauche, à droite, etc. On nous apprenait tout. Les chefs historiques de la Révolution, à savoir Thomas Sankara, Blaise Compaoré, Jean-Baptiste Lingani ou Henri Zongo, nous surprenaient parfois, individuellement, à la permanence. Comme on ne savait pas à quel moment on pouvait recevoir leur visite inopinée, on était tout temps là ; parce que des fois ils venaient même à 2h du matin, pour voir si on ne dormait pas, surtout pendant les vacances, tous les jours on était-là.

Le « Pionnier », qui était-il ?

C’est le plus jeune militant formé par la Révolution. Les pionniers étaient donc des groupes de jeunes (quatorze, quinze, seize ans …) formés pour porter les idéaux de la Révolution. La mission des pionniers était de valoriser donc l’image du pays, tant sur le plan national qu’international. Et sa devise, c’est « oser lutter, savoir vaincre, vivre en révolutionnaire, mourir en révolutionnaire, les armes à la main ! La patrie ou la mort, nous vaincrons ! ».

C’est vrai, beaucoup de parents étaient réticents, mais nous avons bravé des obstacles pour nous présenter dans le mouvement national Pionnier et au final, les parents ont estimé que ce n’est pas la peine d’empêcher les enfants ; c’est la fougue d’une jeunesse au pouvoir, qui veut mobiliser les jeunes et leur apprendre les rudiments de la Révolution. Certains parents ont donc encouragé les enfants à continuer et c’est ainsi que nous y sommes restés, jusqu’à la chute de la Révolution.

Dans le mouvement des pionniers, beaucoup ont eu la chance d’aller en Libye et à Cuba pour étudier. Moi, même si j’avais eu cette chance, mon père n’allait pas accepter (ndlr : il explique qu’étant le fils d’un ancien chef d’État-major général des forces armées voltaïques, à l’époque, il ne pouvait pas avoir cette autorisation pour aller en Libye ou à Cuba). Mais des camarades sont allés et sont revenus nous faire le point, surtout ceux qui sont allés en Libye (parce que ceux qui partaient à Cuba, c’était pour étudier et se faire former dans certains domaines, contrairement à ceux qui sont partis en Libye, où ils y sont restés en visite presqu’un mois et sont revenus).

De ce mouvement national Pionnier, je retiens donc beaucoup de choses. Face au fait accompli, le 15 octobre 1987, nous avions cru que Blaise Compaoré allait continuer sur la même lancée, la Révolution. Mais hélas ! Hélas ! Hélas ! Blaise Compaoré a fait semblant. Quand on pose la question aux « Sofas » ; les Sofas sont les encadreurs des pionniers, eux aussi nous disaient qu’ils ne savent pourquoi, mais que s’il y a des instructions, ils vont nous faire appel.

C’est comme cela que petit-à-petit, le mouvement national Pionnier est mort. Que voulez-vous ? C’est un nouveau régime qui est là ; la Révolution n’existe plus, Blaise Compaoré a fait semblant, uniquement pour plaire à l’Occident. C’est comme cela, ce sont des péripéties qui arrivent dans la vie, il faut les accepter. Nous (pionniers, colombes, petits chanteurs au poing levé) avons pleuré, quand on a appris que le président Sankara a été assassiné.

Pensez-vous que le mouvement national Pionnier aurait pu se poursuivre ?

Si le mouvement avait existé jusqu’à aujourd’hui, c’est sûr que le Burkina allait être un véritable havre. Ça, il ne faut pas se le cacher. A l’époque de la Révolution, nous étions présents à toutes les manifestations. Quelle que soit la manifestation, Thomas (Sankara) a exigé que les pionniers soient toujours présents pour l’exécution de l’hymne national. Et j’ai eu la chance, très jeune, de serrer la main de Thomas Sankara, quand il était Premier ministre (parce qu’il logeait dans notre secteur, villa 188, à quelques encablures du stade municipal Joseph Conombo) et encore quand il était président.

Tout cela, grâce au mouvement national Pionnier. Thomas Sankara exigeait que les pionniers viennent assurer sa sécurité, et moi, sur ce même Conseil (l’interview a eu lieu au mémorial Thomas Sankara, ndlr), en 1986, j’ai été sélectionné dans mon secteur, pour venir ici assurer sa sécurité une nuit. C’est pour vous dire à quel point, Thomas (Sankara) incarnait les slogans qu’il véhiculait. Il a toujours dit dans ses discours : « Le pouvoir appartient au peuple, c’est le peuple burkinabè qui décide. Pas un pas sans le peuple. De l’eau potable pour tous et non du champagne pour quelques-uns ».

Voilà pourquoi, il a toujours dit également que la révolution est victoire, l’échec appartient à la réaction et à la contre-révolution. Il dit que si nous ne nous battons pas, si nous ne posons pas les jalons, si nous n’inculquons pas ça dans les mentalités de nos enfants à l’école, demain, ça va être difficile. Donc, si le mouvement existait toujours, tout ce qui avait été posé comme jalons allait se poursuivre. A l’époque, il fallait nous voir : culotte et kaki fourrés, souliers, chaussures basses, béret incliné à 90°, avec un foulard accroché autour du cou. Et Thomas nous avait donné l’autorisation de nous habiller en pionniers dans les classes.

Donc, si le président Sankara était toujours vivant et que le mouvement pionnier était en activité jusqu’à ce jour, ça n’aurait pas été un gâchis ; au contraire, ça aurait été un plus qui allait permettre à la génération actuelle de comprendre véritablement, le pourquoi de la Révolution d’août 1983. Quand tu regardes cette jeunesse, qu’est-ce qu’elle sait ? Cette jeunesse-là ne sait absolument rien. C’est dommage et triste. La Révolution fait partie de l’histoire de notre pays, mais ce n’est pas enseigné dans nos écoles.

Ça vous fait de la peine de voir les jeunes dans des états d’esprit opposés aux valeurs que la Révolution voulait imprimer à la société burkinabè ?

Ah oui, ça fait très mal. Une petite anecdote. J’ai échangé avec des élèves du Lycée Marien Ngouabi, Lycée Dimdolobsom, du Lycée John Kennedy. A chacune des instances, j’ai toujours posé une seule et même question : connaissez-vous l’histoire de l’homme dont votre établissement porte le nom ? On m’a toujours répond « non ». C’est vraiment dommage. Cet état d’esprit est symptomatique de la jeunesse d’aujourd’hui. Je suis obligé de leur faire comprendre que Marien Ngouabi, c’était ce révolutionnaire, née en décembre 1939 et arrivé au pouvoir à peine 30 ans (en 1969). Et là-bas aussi (dans son pays, Congo-Brazzaville), c’était la Révolution : la patrie ou la mort, nous vaincrons ! ; les CDR, le CNR (Conseil national de la Révolution), etc.

Nous avons calqué le modèle béninois et le modèle congolais. A l’époque, Marien Ngouabi était le seul chef d’État au monde qui circulait en 504 (voiture modeste, ndlr) et aussi le seul chef d’État qui s’est s’inscrit à l’université (publique) pour préparer un diplôme en physique. Il se rendait à l’université, comme tout bon étudiant, il rentre dans l’amphi et suit les cours. Jusqu’à ce que l’impérialisme l’assassine un vendredi de 18 mars 1977, en début d’après-midi au palais présidentiel, alors qu’il était à table en train de dîner avec son épouse et deux de ses enfants. Il a été abattu par un ancien membre de sa garde présidentielle, un adjudant.

Le Lycée Dimdolobsom, pareil, ils ne connaissent pas. Alors qu’en un mot, Dimdolobsom, à l’état civil, André Augustin Dimdolobsom Ouédraogo, originaire de Sao, sur la route de Ouahigouya (route nationale N°2, ndlr), est né en 1897 et décédé en juillet 1940 tandis que John Kennedy, 35è président des Etats-Unis, née le 29 mai 1917 à Brookline, près de Boston, était un lieutenant de l’armée américaine au cours de la seconde guerre mondiale, qui deviendra président, assassiné le vendredi 22 novembre 1963 à Dallas dans l’État de Texas par un ancien marine. Mais, dites-moi, lorsque des élèves ne cherchent même pas à comprendre l’identité des hommes dont leur établissement porte le nom, comment peut-on qualifier un tel état d’esprit ?

J’ai demandé à ces élèves, si ailleurs, il y a des Lycées Thomas Sankara, et qu’ils apprennent que les élèves qui y fréquentent ne connaissent pas l’histoire de Thomas Sankara, est-ce que ça va leur plaire ?

Même si on ne vous enseigne pas, cherchez à connaître, c’est quand même un b.a.-ba ! Aujourd’hui, les élèves, les étudiants, la jeunesse ont tout à leur portée. Tout ! On ne peut pas tout apprendre à l’école, il faut compléter par des recherches. Moi qui vous parle, j’ai eu à discuter avec une volontaire américaine qui était-là, sur l’histoire des États-Unis, mais elle était complètement abasourdie. Je lui dis qu’elle ne peut pas m’enseigner l’histoire des États-Unis, mais que ce n’est pas sûr qu’elle connaisse l’histoire de mon pays. Je l’ai entretenue pendant plus d’une heure, elle était assise et ne pouvait plus rien dire. On ne m’a pas appris cela à l’école, c’est dans la lecture, dans mes recherches. C’est ce que la Révolution, avec à sa tête Thomas, nous a appris aussi, la culture générale, l’effort personnel. Avez-vous vu le niveau de culture et de langue de Thomas (Sankara) ? C’est cela…, pour mieux avancer dans ce monde, il faut avoir un certain niveau de culture, connaître sa propre culture et connaître celles des autres.

C’est dommage donc qu’aujourd’hui, les élèves, les étudiants, la jeunesse, ne lisent plus. Et dès lors, comment cette jeunesse peut-elle connaître l’histoire de la Révolution du Burkina ? Pourtant, que les gens veuillent ou pas, même dans 100 ans, on va toujours continuer à parler de la Révolution. Il faut que les générations qui vont venir puissent retrouver les traces du 4 août 1983, parce que ce sont des gens qui ont risqué leur vie (les quatre leaders) ; ça pouvait échouer et, le cas échéant, c’est plutôt leur communiqué nécrologique on allait diffuser.

L’issue violente du 15 octobre 1987 n’est-elle pas pour quelque chose dans la posture de la jeunesse vis-à-vis de cette page importante de l’histoire du pays, la Révolution ?

Effectivement, vous avez raison, ça a contribué ; parce qu’après le coup d’État, beaucoup de manuels ont été saisis dans les établissements et à l’université et brûlés par le nouveau régime : les documents de Karl Marx, Engels, Lénine, etc. Pourquoi ? Parce qu’il ne voudrait pas que cette génération s’imprègne de la Révolution. Ça a été une très grosse erreur de ceux-là même qui ont assassiné Thomas Sankara. Il fallait laisser continuer parce que les auteurs que j’ai cités étaient de grands révolutionnaires.

Votre génération a en commun des valeurs de la Révolution, ce qui ne semble pas le cas aujourd’hui, où la jeunesse manque de repères … !

Je constate effectivement, avec un véritable pincement au cœur. Cette société que vous voyez-là, je vous repose la question, vous, journaliste : elle va où ? La société actuelle n’a pas un repère. Sous la Révolution, si tu n’es pas à l’école, tu es au terrain, dans un atelier, au champ en train de cultiver, etc. Il n’y avait pas un ministère qui n’avait pas un champ. On n’avait pas le temps pour s’asseoir dans les kiosques pour boire des frelatés, déambuler dans les maquis et débits de boisson, etc. Pire, les jeunes d’aujourd’hui sont des individus qui ne veulent même pas qu’on les conseille. Si tu tentes de donner un conseil, tu deviens un ennemi. Où va la société ? On a affaire à une société moribonde, sans repère, qui ne sait même pas où elle va, à plus forte raison où elle atterrira.

Regardez le niveau de nos élèves et étudiants aujourd’hui, c’est décevant ! Et moi j’ai toujours dit aux jeunes, ce n’est pas la peine de nous parler de vos diplômes : BAC plus tant, université pour tel nombre d’années, etc. Mais en réalité, ça ne vole pas haut. Moi, quand je dis aux gens que je n’ai pas le BEPC, certains se fâchent, ils croient que je me fous d’eux. J’ai le niveau d’un élève de la classe de 3e, mais je n’ai pas le diplôme équivalent, pour avoir refusé en 1989 de passer le BEPC. Je n’ai que le CEPE, que j’ai obtenu en juillet 1985 à l’école centre A à Koudougou (province du Boulkiemdé).

C’est tout ce que j’ai comme diplôme. C’est pour dire qu’il faut se former dans la vie. Je suis un mordu de la lecture. Quand vous arrivez chez moi, vous verrez la hauteur impressionnante de mes journaux, jusqu’au plafond. De par mon regretté père, qui fut depuis 1956 à Dakar, abonné de ‘’Afrique Action’’, devenue plus tard ‘’Jeune Afrique’’ (en octobre 1960), j’ai gardé beaucoup de parutions. Même quand il est rentré au pays, il a continué à recevoir le journal ; c’est moi qui partais à côté, à l’hôtel indépendance tous les mercredis pour récupérer le journal. Et dès qu’il finissait de lire, il me le passait.

J’ai donc des journaux de …, 1978, 1980, 1990, etc. J’ai par exemple des journaux comme « Le Regard » de Patrick G. Ilboudo ; « L’Intrus », « Lolo wilé », des journaux qui ont paru sous la Révolution. Il m’arrive de descendre quelques journaux pour relire pour me rafraîchir la mémoire. J’évoque tout cela pour dire qu’on ne peut pas se limiter seulement à son niveau à l’école, il faut aller au-delà en s’auto-formant. Il faut apprendre à connaître son pays.

Date de création, de suppression et reconstitution de notre pays, les acteurs, etc. Quelle honte de ne pas connaître cela ! Les peuples et les pays que nous envions aujourd’hui se sont pris au sérieux. Le petit Américain connaît l’histoire du 4 juillet. Le petit Français connaît l’histoire du 14 juillet. Mais ici, c’est l’éternel tâtonnement. Les gens ne connaissent même pas le symbole de la République. Quelle catastrophe ! Qui sont les acteurs qui ont lutté pour que notre pays soit reconstitué à la date du 4 septembre 1947 ? Si on ne connaît pas notre histoire, on se défend comment ?

Nous pouvons commencer par remercier des devanciers comme le Mogho Naaba Kom II, qui est décédé en 1942 ; celui-là même qui s’est déplacé à Bingerville, en Côte d’Ivoire, pour rencontrer le gouverneur. Son fils, Saaga II, a pris le relais, il a continué la lutte, et le 4 septembre 1947, la loi reconstitue la Haute-Volta dans ses limites de 1932. Ce fut l’euphorie générale ! Saaga II meurt en novembre 1956, remplacé par son fils, Moag Zoug Soaba Kougri.

On a créé la colonie de Haute-Volta, le 4 mars 1919, avec comme premier gouverneur Frédéric Charles François Edouard Heisling (de 1919 à 1927, il est décédé en 1932 en France), supprimée treize ans plus tard, pour des raisons économiques, puis reconstituer le 4 septembre 1947. Lorsque le Blanc a fait venir le train à Bobo-Dioulasso, il a dit clairement que le train-là ne va jamais entrer à Ouagadougou parce qu’à Ouagadougou, il n’y a rien.

C’est le même Saaga II, qui a œuvré et le train a sifflé ici à Ouagadougou, en novembre 1957, une année après qu’il soit décédé. Ça fait partie de l’histoire de notre pays. Puis l’étape de l’indépendance de notre pays. N’eût été son décès le 7 septembre 1958 à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, c’est celui-là même qu’on a qualifié à l’époque de « lion du RDA », Daniel Ouezzin Coulibaly, qui allait proclamer l’indépendance de la Haute-Volta, aujourd’hui Burkina Faso. Maurice Yaméogo était ministre dans le gouvernement colonial. Lorsque Daniel Ouezzin Coulibaly est décédé, il a été propulsé. C’est ainsi qu’il a eu la chance de conduire notre pays à son indépendance, le 5 août 1960, en ces termes que vous connaissez : « Aujourd’hui, 5 août 1960, à zéro heure, au nom de droit naturel de l’homme à la liberté, à l’égalité et à la fraternité, je proclame solennellement l’indépendance de la République de la Haute Volta ».

C’est la phrase que tout le monde connaît, alors qu’il y a une suite : « Neuf siècles d’histoire ont révélé au monde, la valeur morale de l’homme voltaïque. C’est à partir de cette valeur que nous voulons bâtir notre nation. J’exprime ma plus profonde reconnaissance à tous les artisans de notre indépendance nationale. Vive la République de la Haute-Volta indépendante à jamais ! ». Et le 20 septembre 1960, la Haute-Volta est admise comme membre à part entière de l’Organisation des nations unies. Il faut que la jeunesse arrête les bêtises et apprenne ce qui est utile, à commencer par sa propre histoire. Aujourd’hui, quand tu veux parler de choses sérieuses avec un jeune, tu deviens son ennemi ou il pense que tu es dépassé.

L’hôpital Yalgado Ouédraogo ?

A l’état civil, Ibrahim Yalgado Ouédraogo, né en juillet 1925. Il soignait beaucoup de maladies. Tout comme Daniel Ouezzin Coulibaly, née en 1909, il fut instituteur, directeur d’école à Banfora avant d’occuper les fonctions de surveillant général à l’Ecole William-Ponty de Dakar (1934-1936), premier chef de gouvernement de la Haute-Volta, sous le régime de la loi-cadre de 1956. Il est mort en septembre 1958 à Paris à 52 ans. Il faut que la jeunesse arrête de dire qu’on ne lui apprend rien. C’est tout cela qui fait notre pays, sa cohésion sociale, et qui a permis de recouvrer l’intégralité de son territoire.

Aboubacar Sangoulé Lamizana et Baba Sy furent les deux plus gradés qui ont quitté l’armée française avec le grade de capitaine. Au départ, ils étaient treize officiers (deux capitaines, trois lieutenants et le reste était des sous-lieutenants). Donc, après Aboubacar Sangoulé Lamizana, c’est Baba Sy, et après lui, c’est le lieutenant Bila Zagré, puis le lieutenant Tiémoko Marc Garango, Belmoko Dah (le reste était des sous-lieutenants). Ce sont ces mêmes qui, après l’indépendance de notre pays, sont allés s’entretenir avec le président Maurice Yaméogo pour lui dire clairement de ne pas accepter que la France installe une base militaire sur le sol voltaïque.

Que par contre, ce qu’il pouvait accepter, c’est de signer des accords de coopération et d’assistance militaire avec la France. Mais jamais de base militaire. De Gaulle (Charles De Gaulle) avait usé de tout son poids pour dire à Félix Houphouët-Boigny de mettre la pression sur Maurice Yaméogo pour qu’il accepte que la France installe une base militaire sur le sol voltaïque. Mais à la surprise générale, et devant De Gaulle, Maurice Yaméogo a dit non. Il y a eu à cet effet trois rencontres : en juin, juillet et octobre.

A la troisième rencontre, Maurice Yaméogo a tapé le poing sur la table pour dire que 31 décembre 1960, départ de l’armée française du sol voltaïque. C’est ainsi que Houphouët-Boigny a dit à De Gaulle que pas de base militaire française sur le sol voltaïque. J’ai aussi beaucoup appris auprès de mon regretté père, parce que j’ai été son chauffeur pendant 23 ans. J’en sais donc beaucoup, sur la création de l’armée voltaïque, le 1er novembre 1960.

Donc, il faut que la jeunesse apprenne, parce qu’on ne peut pas mener une lutte utile tant qu’on ne connaît pas son histoire, tant qu’on n’a pas la culture de soi et des autres. On dit la jeunesse est le fer de lance, mais c’est de quel type de jeunesse on parle ? Actuellement, on assiste à un réveil par la lutte contre l’impérialisme, c’est bien. Mais, comment gérer la suite ? C’est là toute la difficulté. Et dans la gestion, il faut inclure sa propre formation (formation des jeunes eux-mêmes, ndlr). Si vous ne vous formez pas, vous terrassez l’impérialisme, mais vous allez toujours piétiner. Et pour combattre un phénomène, il faut d’abord apprendre à le connaître. La génération de Thomas Sankara a beaucoup lu, elle l’a prouvé.

Que retenez-vous le plus de la Révolution ?

C’est l’auto-suffisance alimentaire. La Révolution a tout fait pour que dans chaque famille, on prépare ne serait-ce qu’un repas par jour. Thomas a multiplié le rendement à l’hectare : de 1 600 kg à 3 900 kg de céréales (mil). C’est tout cela qui a permis aux Burkinabè d’avoir ne serait-ce qu’un repas par jour. Les trois luttes (contre la coupe abusive du bois, la divagation des animaux et les feux de brousse) ont payé. Plus de 20 millions de plants mis en terre, durant la Révolution. C’était une vision, l’intérêt général, le sens du sacrifice pour le pays, pour le peuple. Aujourd’hui, vous avez plutôt une corruption qui est galopante. C’est la gabegie totale. Triste ! (Il marque un silence d’émotion, secoue et baisse la tête, ndlr).

Je me surprends en train d’échanger avec vous, vous êtes vraiment chanceux, car en réalité, je n’aime pas m’exprimer ; j’ai été plusieurs fois contacté pour des interviews à la télé et pour des émissions-radio, mais j’ai toujours décliné.

Pour moi, la Révolution était plus que nécessaire ; il fallait qu’elle vienne. Nous étions quoi avant la Révolution ? Nous n’étions ‘’rien’’ ! Je le répète, c’est grâce à Thomas Sankara qu’on a pu situer le Burkina sur une carte. Il s’est exprimé à la tribune de l’ONU, le 4 octobre 1984. Avant cela, le 3 octobre, il est parti à Harlem, le quartier des Noirs, à New-York, où il a tenu un discours, et où tout le monde se posait la question de savoir c’est qui ce jeune capitaine ?

Aux USA, on avait d’abord refusé de lui donner un visa, pour finalement le lui accorder et dire de ne pas aller à Harlem. Thomas Sankara dit qu’il n’est pas question, il ira. Et il y est allé. Voyez-vous, il faut que cette jeunesse s’inspire de son histoire et cherche ses propres repères, arrête de courir derrière les solutions de facilité et le gain facile. Ça ne mène nulle part, c’est flatteur. Les jeunes d’aujourd’hui s’amusent trop : alcool, vie de luxe, sexes, … C’est triste !

En plus, on ne travaille pas. Un pays comme le Burkina, prenez le calendrier, nous avons combien de jours chômés payés dans l’année ? Avec ça, on veut compétir avec les autres nations ? Quand même, soyons sérieux ! Il faut d’abord se mettre au travail ! Si on ne veut pas se mettre au travail et encore pour un rien, chômé payé, pendant ce temps, les autres avancent, il ne faut pas crier sur tous les toits que le problème, c’est l’autre. C’est trop facile et même lâche. Et j’aime poser cette question, surtout aux jeunes : « Etes-vous fiers d’être Burkinabè ? ». Quand on est fier d’être Burkinabè, on travaille dur, et partout où on passe, on est intègre, on défend les valeurs d’intégrité.

Combien savent que la fête du 1er mai est née aux USA ? Il y a eu d’abord le 8 mars, en 1857, et 29 ans plus tard, la naissance de la fête du travail (1er mai 1886), lorsque des ouvriers sont descendus sur l’avenue Michigan, à Washington, pour réclamer l’instauration de la journée de huit heures de travail et qui ont été massacrés. Et combien savent que le 1er mai est chômé dans plusieurs pays dans le monde, y compris au Burkina Faso, sauf les USA ? Sommes-nous plus légitimes pour fêter le 1er mai que les USA ?

Il est donc temps que chacun ait son repère, et nous au Burkina Faso, notre repère, c’est la Révolution. Nous avons engagé et remporté des batailles avec les chefs historiques de la Révolution, et nous sommes fiers de l’œuvre qui a été accompli, même si malheureusement, elle s’est terminée dans le sang et qu’il n’y a pas eu de suite. La Révolution a duré le temps d’un feu de paille : 4 ans, 2 mois et 11 jours. Mais son bilan est plus que positif. Il fallait qu’elle arrive. Chacun est libre de faire son bilan, et le mien, c’est que la Révolution a été plus que positive.

Interview réalisée par Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net

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Joséphine Ouedraogo : “Les 3 années passées comme ministre de la Révolution ont développé ma conscience politique africaine et mon attachement aux valeurs démocratiques”. https://www.thomassankara.net/josephine-ouedraogo-3-annees-passees-ministre-de-revolution-ont-developpe-conscience-politique-africaine-attachement-aux-valeurs-democratiques/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=josephine-ouedraogo-3-annees-passees-ministre-de-revolution-ont-developpe-conscience-politique-africaine-attachement-aux-valeurs-democratiques https://www.thomassankara.net/josephine-ouedraogo-3-annees-passees-ministre-de-revolution-ont-developpe-conscience-politique-africaine-attachement-aux-valeurs-democratiques/#respond Sun, 10 Mar 2024 11:59:40 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=247922 Vous trouverez ci-dessous une interview de Joséphine Ouedraogo qui fut ministre de l’Essor Familial et de la Solidarité Nationale durant 3 ans pendant la Révolution burkinabè dirigé par le capitaine Thomas Sankara. Cette interview est extraite d’un ouvrage publié par l’AFASPA (association française d’amitié et de solidarité avec les peuples d’Afrique) rassemblant des paroles et […]

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Vous trouverez ci-dessous une interview de Joséphine Ouedraogo qui fut ministre de l’Essor Familial et de la Solidarité Nationale durant 3 ans pendant la Révolution burkinabè dirigé par le capitaine Thomas Sankara. Cette interview est extraite d’un ouvrage publié par l’AFASPA (association française d’amitié et de solidarité avec les peuples d’Afrique) rassemblant des paroles et des portraits de femmes intitulé  “Elles font bouger l’Afrique” publié aux éditions Tirésias en 2005.

La rédaction


 

C’est par accident que Joséphine Ouédraogo a participé à la vie politique de son pays. Elle n’avait jamais milité dans un parti politique, ayant toujours considéré que les objectifs et les motivations des leaders ne prenaient pas en compte la réalité ni les préoccupations profondes des paysans qu’elle avait eu « le privilège de côtoyer ». Un jour de septembre 1984, le Président Sankara l’a appelée pour lui proposer un poste dans son gouvernement. Il était convaincu que son travail, en contact avec les réalités sociales, était utile à la révolution. C’est en concertation son mari et sa famille qu’elle a accepté cette offre tout à fait inattendue.

J’ai été élevée selon les valeurs culturelles traditionnelles de l’ethnie Mossi (système patriarcal).  Ma mère était illettrée et mon père était, au moment de ma naissance, Député de l’Afrique occidentale française au parlement français. Il a été par la suite ambassadeur de la Haute Volta à Paris de 1961 a 1972. J’ai effectué ma scolarité primaire  à Koudougou, ma ville natale et  mes classes secondaires à l’Institut de la Tour (Paris) où j’ai passé le Baccalauréat en 1968. Mon éducation est un mélange de culture Mossi et de culture française.

De mon enfance, je garde les souvenirs d’une vie ponctuée par les travaux domestiques : puiser de l’eau au puits, balayer la maison, laver les habits une fois par semaine au marigot dans la compagnie joyeuse de mes sœurs, cousines et voisines, l’école et les fouets du maître et ma mère dans son rôle de « gouvernante » de la grande cour familiale. Mon père était souvent absent. il passait chaque année plusieurs mois en France pour les sessions parlementaires. Lorsqu’il a été nommé ambassadeur à Paris en juillet 1961, toute la famille a dû s’y installer. J’ai vécu mon départ en France comme une déchirure morale terrible.

A Paris j’ai vécu «  la révolution » de mai 68 et la marche des étudiants. J’ai lu Simone de Beauvoir. Je garde quelques amies militantes féministes. A l’Institut de service social et de recherches sociales de Montrouge j’ai fait des études d’assistante de développement social (Section internationale). En 1969 pour le mémoire du diplôme de fin d’études, le stage dans mon  pays m’a «réconciliée» avec ma société. J’ai passé 2 mois en milieu rural pour étudier des projets et les méthodes d’animation féminine. Cela m’a donné envie d’en savoir davantage sur le fonctionnement de la société, sous l’angle du développement et non pas anthropologique. La licence de sociologie obtenue en 1974 à l’Université René Descartes m’a permis de décrocher un poste de chargée d’études sociologiques. Durant 8 ans j’ai appris à connaître la société rurale, les approches de développement et leur impact sur les femmes et les paysans. Ma sensibilité pour la situation des femmes s’est forgée durant cette période, notamment leur marginalisation systématique par les schémas de développement économique, social et politique. Les 3 années passées en tant que ministre de l’Essor Familial et de la Solidarité Nationale ont développé ma conscience politique africaine et mon attachement aux valeurs démocratiques.

Ce que j’ai retenu de cette expérience, c’est que les méthodes militaristes ne sont pas adaptées à la volonté et aux objectifs louables de la révolution pour « changer les choses » et apporter un mieux-être au peuple. Ceci dit, le Président Sankara avait une idée très précise  des transformations sociales et économiques qu’il souhaitait pour le peuple burkinabé, tant pour les femmes que pour les jeunes. Je crois que si l’Afrique piétine aujourd’hui, c’est parce que nos leaders actuels ne semblent pas avoir une vision claire de là où ils veulent amener le continent dans 25 ans et au-delà. Pour le transformer au profit du plus grand nombre, comme le prescrit la Déclaration du Millénaire pour le Développement, les projets et l’argent ne suffisent pas, il faut une vision stratégique, il faut savoir comment mobiliser l’ensemble de nos ressources humaines, matérielles, techniques et institutionnelles pour réaliser cette vision, étape par étape.

La consolidation du processus démocratique doit être le ciment de la mise en œuvre de ces transformations. J’ai appris qu’il était possible de construire une démocratie basée sur le dialogue national et social et sur la transparence. Cela contribue à informer et à éduquer les populations,  à forger le sens de la responsabilité collective. a cette époque, les femmes paysannes ont eu l’opportunité de prendre la parole pour exprimer leurs points de vue lors de rencontres publiques. Peu a peu, les populations apprenaient à ne plus être « otages » des chefs de projets, des bailleurs de fonds, des ONG et autres coopérants.

En 1997 j’ai été recrutée par la Commission Économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) pour diriger le Centre Africain pour le Genre et le Développement. Une des contributions importantes que mon équipe et moi avons pu apporter après 5 ans d’efforts, c’est la création d’un Indice des inégalités entres les sexes en Afrique (IDISA). Cet instrument, validé par un comité scientifique international, pourra permettre de mesurer de manière précise les écarts entre les hommes et les femmes dans tous les domaines, en utilisant les statistiques nationales de chaque pays. On pourra cibler plus clairement les secteurs dans lesquels il faut mener des actions, traquer les gouvernements et faire du plaidoyer auprès des partenaires.

Pour que la nomination des femmes à des postes de responsabilités dans la sphère politique contribue à faire évoluer les choses, il faudrait qu’elles soient en nombre suffisamment élevé (30% des effectifs) pour constituer une « masse critique» qui puisse  faire évoluer la manière de voir les choses et de prendre des décisions. Ce jour-là, sur tous les plans et à tous les niveaux, leur sensibilité, leur intégrité, leur approche de la vie, si elle est basée sur des principes de justice, de dignité et de démocratie, pourraient effectivement contribuer au changement.

Mais, je ne crois pas qu’une femme soit d’emblée « meilleure » qu’un homme. Il faudrait que les militantes des droits des femmes et des droits de  l’homme, organisent une rencontre avec les femmes occupant des postes politiques pour essayer de s’entendre sur  une sorte de  contrat d’influence politique en faveur des femmes dans toutes les décisions à prendre.

Je ne suis pas sûre que nous, les femmes et les hommes qui occupons le devant de la scène publique depuis vingt ans, ayons suffisamment pensé à la jeune génération. J’ai même le sentiment que dans tout ce que nous faisons, nous avons tendance à « les oublier », à ne pas les impliquer, à ne pas les consulter.

A cause de mes multiples déplacements, à l’intérieur comme à l’extérieur, mes 3 enfants et mon mari ont certainement subi quelques frustrations. A certains moments, je leur ai dit que je voulais « tout abandonner » pour rester à la maison, parce que je me culpabilisais et aussi parce que j’étais moi-même très frustrée. Mais à chaque fois, ils m’ont demandé de ne jamais le faire. Je ne m’accorde pas suffisamment de temps. Lorsque je suis en vacances au Burkina, ce qui me détend le plus c’est d’être en contact avec les gens «simples», au village, en famille, dans le quartier. J’attends la retraite avec impatience pour prendre le temps d’écrire mes expériences et mes réflexions politiques. J’aimerais les partager avec des groupes de jeunes,  recevoir leur propre vision des choses pour la faire connaître au public.

Autre chose : je suis chrétienne et ma relation avec Dieu est ma plus grande source de force intérieure face à toutes sortes d’adversités.

Propos recueillis par Michèle Decaster

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