Justice pour Sankara - Thomas Sankara Website - Officiel https://www.thomassankara.net/category/francais/actualites/justice-pour-sankara/ La patrie ou la mort, Nous vaincrons! Tue, 19 Dec 2023 09:53:08 +0000 fr-FR hourly 1 145130549 Affaire Sankara, interpellé par un député, à propos de la livraison des archives, le gouvernement français répond par un mensonge d’État https://www.thomassankara.net/affaire-sankara-interpelle-depute-a-propos-de-livraison-archives-gouvernement-francais-repond-mensonge-detat/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=affaire-sankara-interpelle-depute-a-propos-de-livraison-archives-gouvernement-francais-repond-mensonge-detat https://www.thomassankara.net/affaire-sankara-interpelle-depute-a-propos-de-livraison-archives-gouvernement-francais-repond-mensonge-detat/#respond Tue, 12 Dec 2023 13:01:26 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=248348 COMMUNIQUE DE PRESSE Le 28 novembre 2023, le député Frédéric Maillot de l’Ile de la Réunion, s’est saisi de la séance de questions réponses pour interpeller le gouvernement en posant la question suivante : « Si l’État français a déclassifié des documents confidentiel défense, pourquoi ceux couverts par le secret défense national n’ont pas été restitués ? »[i]. (voir […]

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COMMUNIQUE DE PRESSE

Le 28 novembre 2023, le député Frédéric Maillot de l’Ile de la Réunion, s’est saisi de la séance de questions réponses pour interpeller le gouvernement en posant la question suivante : « Si l’État français a déclassifié des documents confidentiel défense, pourquoi ceux couverts par le secret défense national n’ont pas été restitués ? »[i]. (voir à https://www.thomassankara.net/affaire-sankara-depute-frederic-maillot-interpelle-gouvernement-a-lassemblee-nationale/ ).

Chargé de répondre pour le gouvernement, M. Olivier Becht, ministre délégué chargé du Commerce extérieur, de l’Attractivité et des Français de l’étranger a alors déclaré : « … La France a donc tenu l’engagement pris par le Président Emmanuel Macron à Ouagadougou en novembre 2017, de transmettre tous les documents, tous les documents produits par les administrations françaises pendant le régime de Sankara et après son assassinat, la promesse a donc été tenue, les documents ont été transmis ».

Or nous avons pu joindre des avocats des parties civiles, représentants les familles de victimes du 15 octobre 1987 qui nous ont confirmé qu’aucun document SECRET DEFENSE, n’avait été fourni par la France, mais uniquement des documents CONFIDENTIEL DEFENSE.

Pour mémoire, nous rappelons une fois de plus l’engagement d’Emmanuel Macron pris devant un amphithéâtre d’étudiants le 29 novembre 2017 à Ouagadougou, en présence du Président burkinabè de l’époque, Roch Marc Christian Kaboré : « J’ai pris la décision que tous les documents produits par des administrations françaises pendant le régime de Sankara et après son assassinat, … couvertes par le secret national soient déclassifiés et consultés en réponse aux demandes de la justice burkinabè ». Évitant de relever la précision donnée par le député, se contentant d’une réponse bateau qui s’avère n’être qu’un mensonge d’État supplémentaire, comme le répètent les autorités françaises chaque fois qu’elles promettent de fournir des documents secret défense, pressés par un juge ou par les familles de victimes pour gagner du temps. En réalité, la France ne déclassifie presque jamais les documents secret défense. Elle ne l’a pas fait dans l’affaire Sankara, ne se contentant de déclassifier que des documents confidentiel défense.

La méthode consiste à faire des promesses de circonstance pour satisfaire une demande du moment y compris en présence du chef d’État directement concerné, puis de ne rien faire pour respecter les engagements. Elle reflète le profond mépris d’Emmanuel Macron et des autorités françaises vis-à-vis de leurs homologues africains, des populations africaines, et des familles des victimes des assassinats de Thomas Sankara et de ses 12 compagnons le 15 octobre 1987. Une attitude que la France a payé très cher dans la sous-région comme on peut le constater dans la dernière période.

Nous élevons une vive protestation contre ce nouveau mensonge d’État autour du secret défense, dont les documents n’ont une fois de plus pas été déclassifiés. Seuls l’ont été les documents confidentiel défense dont le niveau de secret est inférieur.

Nous appelons les députés du Parlement français à refuser ce mépris, à exiger du Président Emmanuel Macron le respect de la parole donnée, et à exprimer leur solidarité avec les familles de victimes du 15 octobre 1987, qui se battent pour obtenir la vérité depuis de trop nombreuses années.

Les mensonges et les tergiversations des autorités françaises, autour de la livraison des archives déclassifiées dans l’affaire Sankara ne font qu’accroitre la suspicion sur le rôle qu’aurait pu jouer le gouvernement français dans la participation de la France dans le complot pour l’assassinat de Thomas Sankara.

La France doit honorer sa promesse et déclassifier tous les documents secret défense relatif à l’affaire de l’assassinat de Sankara et de ses compagnons et les fournir à la justice burkinabè!

Fait à Paris, Ouagadougou, Ottawa, Bamako, Las Palmas de Gran Canaria, Toulouse, Rome, Dakar, Turin, Ajaccio, Banfora, Bobo Dioulasso, Niamey, Bruxelles, Liège, Barcelone, Berlin, Bâle, Nîmes le 12 décembre 2023

Le réseau international justice pour Thomas Sankara justice pour l’Afrique

Contact mail : contactjusticepoursankara@gmail.com

[i] Il convient ici de donner quelques précisions. Il y avait, jusqu’en 2021,  trois niveaux de secret, confidentiel défense,  secret défense, et très secret défense.  Une réforme en juillet 2021 a fusionné les deux premiers en secret défense (voir https://www.sgdsn.gouv.fr/nos-missions/proteger/proteger-le-secret-de-la-defense-nationale/reforme-de-la-protection-du-secret) .

Or le troisième lot de documents fournis par les autorités françaises a été remis à la justice burkinabè en avril 2021, donc classés avant la réforme. C’est-à-dire qu’au moment de la remise, la classification en 3 niveaux de secret était en cours. Le terme secret national désignait alors les trois niveaux de secret.

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Affaire Sankara, le député Frédéric Maillot interpelle le gouvernement à l’assemblée nationale https://www.thomassankara.net/affaire-sankara-depute-frederic-maillot-interpelle-gouvernement-a-lassemblee-nationale/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=affaire-sankara-depute-frederic-maillot-interpelle-gouvernement-a-lassemblee-nationale https://www.thomassankara.net/affaire-sankara-depute-frederic-maillot-interpelle-gouvernement-a-lassemblee-nationale/#respond Tue, 28 Nov 2023 14:23:03 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=248261 Le 28 novembre à l’assemblée nationale, lors de la séance des questions sans réponse, le député de la Réunion Frédéric Maillot a interpellé le gouvernement sur l’affaire Sankara. Il a notamment demandé des explications sur le fait qu, contrairement à la promesse faite par la président Emmanuel Macron de fournir les documents secret défense, seuls […]

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Le 28 novembre à l’assemblée nationale, lors de la séance des questions sans réponse, le député de la Réunion Frédéric Maillot a interpellé le gouvernement sur l’affaire Sankara. Il a notamment demandé des explications sur le fait qu, contrairement à la promesse faite par la président Emmanuel Macron de fournir les documents secret défense, seuls des documents “confidentiel défense” ont été fournis mais aucun document secret défense.
Il a aussi demandé où étaient passées les écoutes téléphoniques saisies par des Français, 16 octobre 1987, le lendemain de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons.

Nous publions ci-dessous la vidéo de son intervention, sa retranscription et la réponse du ministre qui réitère la pratique du MENSONGE D’ÉTAT, tel qu’il se pratique très régulièrement dès qu’est soulevée la question de la déclassification des documents secrets défense.

La rédaction


La Vidéo de l’intervention du député Frédéric Maillot  l’assemblée nationale le 28 novembre 2023


Le texte intégral de l’intervention du député Frédéric Maillot

Madame la Ministre,

Chers collègues,

Leader du panafricanisme,

Précurseur de la lutte féministe,

Avocat du patriotisme économique africain,

Celui qui a refusé jusqu’à son dernier souffle d’être la marionnette de l’occident,

Je parle de celui qui a crié que mon Afrique n’a aucune dette,

Modèle et père spirituel, source d’inspiration de la lutte pour l’émancipation des peuples colonisés, vous l’aurez compris je vous parle de Thomas Sankara, un des plus grands chefs d’État que l’Afrique ait connu, président du Burkina Faso, pays de l’homme intègre.

Son combat et ses prises de position contre le néocolonialisme, le capitalisme et l’impérialisme qui gangrènent encore aujourd’hui l’Afrique, lui ont coûté la vie.

Le 28 novembre 2017, lors de son déplacement au Burkina Faso, le président Emmanuel Macron déclarait : « Tous les documents produits par les administrations françaises pendant le régime de Sankara et après son assassinat [qui sont toujours] couverts aujourd’hui par le secret-défense national [seront] déclassifiés pour être consultés en réponse aux demandes de la justice burkinabè »

Si dette il y a, c’est celle de la transparence sur l’assassinat de Thomas SANKARA.

Mes questions sont les suivantes :

Madame la Ministre :

  • Si l’État français a déclassifié des documents confidentiel défense, pourquoi ceux couverts par le secret défense national n’ont pas été restitués ?
  • Plusieurs témoins du procès ont expliqué avoir vu des français retirer du matériel d’écoute placés par les services de la sécurité intérieure burkinabè au lendemain de la mort de Thomas SANKARA. Pourquoi ces écoutes n’ont-elles pas été transmises aux autorités burkinabè ? 

François Mitterrand disait de Thomas Sankara : “ C’est vrai, il vous titille, il pose des questions…Avec lui, il n’est pas facile de dormir en paix : il ne vous laisse pas la conscience tranquille “, est-ce encore le cas aujourd’hui ?

La réponse M. Olivier Becht, ministre délégué chargé du Commerce extérieur, de l’Attractivité et des Français de l’étranger.

“… Vous m’interrogez sur la question de la déclassification des documents danse de l’affaire Sankara, en réponde à la demande de la justice burkinabè, le président de la République Emmanuel Macron s’était engagé lors de déplacement à Ouagadougou en novembre 2017 à déclassifier et à transmettre les archives françaises relatives à l’assassinat de Thomas Sankara qui étaient dés lors couvertes par le secret national. La transmission des archives déclassifiées du ministère de l’Europe et des affaires étrangères et du ministère des armées a débuté en octobre 2018. Le dernier lot, de l’ensemble de ces archives a été remis aux autorités burkinabè le 17 avril 2021. La France a donc tenu l’engagement pris par le Président Emmanuel Macron à Ouagadougou en novembre 2017, de transmettre tous les documents, tous les documents produits par les administrations françaises, pendant le régime de Sankara et après son assassinat, la promesse a donc été tenue, les documents on été transmis.”

Il s’agit bien sur d’un nouveau MENSONGE D’ETAT, tels qu’ils se pratiquent habituellement et se reproduisent chaque fois qu’une autorité françaises promet de déclassifier des documents à la suite de demande pressante venant en général des familles ou des avocats des familles, voire d’une campagne internationale. C’est ce qui s’est produit dans l’ensemble des affaires réunies au sein du collectif secret défense un outil démocratique qui rassemble les victimes et leur soutien de plus d’une quinzaine de ces affaires.

On trouvera la vidéo de sa réponse à https://videos.assemblee-nationale.fr/video.14349762_65659a7c38469.1ere-seance–questions-orales-sans-debat–28-novembre-2023

Si le député Frédric Maillot a pris soin de se renseigner sur la réalité de l’affaire, comme le précise la formulation très précise de sa question, différenciant les documents confidentiel défense, des documents secret défense, il ne semble pas en être de même du ministre qui tente de noyer le poisson en parlant de documents déclassifiés évitant de répondre en tenant compte de cette différenciation que connaissent toutes les personnes qui fréquentes les archives. On peut d’ailleurs ajouter

Il s’agit une nouvelle fois de la manifestation d’un profond mépris envers les autorités et les populations d’Afrique, et du Burkina Faso, et plus particulièrement des familles des victimes des assassinats de Thomas Sankara et de ses 12 compagnons le 15 octobre 1987.

Bruno Jaffré

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INHUMATION du Pdt T​.​ SANKARA et de ses Compagnons Pétition pour une solution consensuelle https://www.thomassankara.net/inhumation-pdt-t-sankara-de-compagnons-petition-solution-consensuelle/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=inhumation-pdt-t-sankara-de-compagnons-petition-solution-consensuelle https://www.thomassankara.net/inhumation-pdt-t-sankara-de-compagnons-petition-solution-consensuelle/#respond Sun, 19 Feb 2023 05:00:43 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=247441 Pour signer c’est à https://chng.it/BLBGZXpY « Aux Autorités du Burkina Faso » Après 35 ans d’incertitudes et d’espérances, après 25 ans de tourments judiciaires douloureux, le verdict du 6 Avril 2022 a enfin rendu justice aux familles des victimes, au peuple burkinabé, au continent africain et au monde entier. Cette issue permet d’envisager les inhumations de Thomas […]

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Pour signer c’est à https://chng.it/BLBGZXpY

« Aux Autorités du Burkina Faso »

Après 35 ans d’incertitudes et d’espérances, après 25 ans de tourments judiciaires douloureux, le verdict du 6 Avril 2022 a enfin rendu justice aux familles des victimes, au peuple burkinabé, au continent africain et au monde entier.

Cette issue permet d’envisager les inhumations de Thomas SANKARA et de ses compagnons assassinés le 15 octobre 1987, dans un endroit qui permette de se recueillir sereinement et pour leur famille d’entamer leur deuil si longtemps attendu.

C’est avec tristesse et stupeur que nous apprenons que les plus Hautes Autorités du pays ont entériné la décision d’inhumer les corps du Président Thomas SANKARA et de ses 12 compagnons au Mémorial Thomas SANKARA situé dans l’enceinte du Conseil de l’Entente. Une décision en totale contradiction avec la volonté et les attentes de certaines familles, dont celle de Thomas SANKARA, en raison principalement du lourd passé de ce lieu de tortures et d’assassinats.

En dépit des concertations avec les familles et des propositions pour des lieux d’inhumation alternatifs, le choix du Mémorial semble devoir se confirmer. Force est de constater que les familles n’ont pas été entendues.

Un consensus reste pourtant possible. Des réunions des familles avaient abouti à refuser le conseil de l’Entente comme lieu d’inhumation. Aucune famille ne s’opposerait à une inhumation dans un autre lieu. Il suffirait qu’une nouvelle réunion se tienne avec les familles et les autorités militaires, pour qu’un endroit différent puisse être choisi.

Sans précipitation mais dans un souci d’apaisement, il est primordial de privilégier le consensus global afin de préserver la cohésion sociale de la République. Dans cette période si difficile où le pays est face à des enjeux cruciaux, le choix retenu, compte tenu de la stature internationale de Thomas SANKARA, aura une répercussion marquante sur l’image du Burkina.

A l’heure où nous engageons cette ultime initiative, nous souhaitons que tous les pouvoirs décisionnaires retrouvent la sérénité nécessaire permettant une sortie équitable et acceptable pour tous. Nous vous exhortons donc à surseoir à la décision prise et à mettre en place toutes les dispositions nécessaires pour aboutir à un consensus qui reste nécessaire et possible. Il y va de l’honneur de la nation et du devoir collectif à célébrer dignement la mémoire de nos héros.

Comité Thomas Sankara Montpellier (CTSM)

Mail : comitesankara.mtpl@gmail.com

Pour signer c’est à https://chng.it/BLBGZXpY

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Affaire Sankara, “Le Président Macron n’a pas tenu sa promesse de lever le secret défense” https://www.thomassankara.net/affaire-sankara-president-macron-na-tenu-promesse-de-levee-secret-defense/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=affaire-sankara-president-macron-na-tenu-promesse-de-levee-secret-defense https://www.thomassankara.net/affaire-sankara-president-macron-na-tenu-promesse-de-levee-secret-defense/#respond Sun, 25 Dec 2022 21:35:05 +0000 https://www.thomassankara.net/?p=247248 Le 5 septembre, s’est tenu au sénat un colloque sur le thème : “Archives et démocratie, au-delà du secret défense“. Co-organisé par le Collectif Secret Défense et le Réseau national d’actions des archivistes, le colloque était parrainé par Pierre Ouzoulias, sénateur des Hauts-de-Seine, et Sylvie Robert, sénatrice d’Ille-et-Vilaine, tous deux vices-présidents de la Commission Culture, […]

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Le 5 septembre, s’est tenu au sénat un colloque sur le thème : “Archives et démocratie, au-delà du secret défense“. Co-organisé par le Collectif Secret Défense et le Réseau national d’actions des archivistes, le colloque était parrainé par Pierre Ouzoulias, sénateur des Hauts-de-Seine, et Sylvie Robert, sénatrice d’Ille-et-Vilaine, tous deux vices-présidents de la Commission Culture, Éducation et Communication du Sénat.

Vous trouverez ci-dessous, l’intervention de Bruno Jaffré, au nom du réseau international Justice pour Sankara, justice pour l’Afrique, le texte et la vidéo, ainsi que les vidéos complètes de l’ensemble du colloque.

On se rappelle que le président Emmanuel Macron, avant lancé la promesse suivante à Ouagadougou : “J’ai pris la décision que tous les documents produits par des administrations françaises pendant le régime de Sankara et après son assassinat, … couvertes par le secret national soient déclassifiés et consultés en réponse aux demandes de la justice burkinabè » (voir à https://www.youtube.com/watch?v=p1xZewWsTQQ). Promesse lancée le 28 novembre 2017, à Ouagadougou, devant un parterre d’étudiants, en présence de Roch Marc Christian Kaboré, alors Président du Burkina. C’est à la suite de cette promesse qu’a été lancée le collectif secret défense à l’initiative du réseau international Justice pour Sankara justice pour l’Afrique.

Thomas Sankara a été assassiné le 15 octobre 1987 avec 12 compagnons. Le procès de ces assassinats s’est terminé en avril 2022, il y a quelques mois à Ouagadougou. Seul le volet national de l’affaire était à l’ordre du jour du procès, ce qui n’a pas empêché cependant de nombreux témoins de témoigner des ramifications étrangères. Mais le dossier international reste ouvert, puisque le juge François Yaméogo avait pris soin de dissocier le volet international du volet national. L’enquête se poursuit donc maintenant. Mais nous avons du intervenir lors d’un passage au Burkina pour qu’un juge soit effectivement nommé pour ce faire. (voir https://www.thomassankara.net/linstruction-volet-international-de-lassassinat-de-thomas-sankara-de-compagnons-stoppee-an-reprendre-plus-vite/) .

Bien que membre du collectif secret défense, le réseau international Justice pour Sankara justice pour l’Afrique, n’avait malheureusement pas été convié parmi les intervenants. C’est d’autant plus regrettable qu’un tel colloque au Sénat, qui rassemble des élus de la République, semblait une opportunité tout à fait adéquate alors qu’il s’agissait de dénoncer une promesse non tenue du président de la République.

Aussi, dès que la parole fut donnée à la salle, Bruno Jaffré s’est empressé de la demander pour dénoncer le blocage du secret défense dans l’affaire de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons.. Malheureusement il ne disposait que de très de temps. Il a tenté néanmoins d’apporter des éléments montrant que la promesse n’avait pas été tenue. D’ailleurs, au cours du colloque, pour quelques intervenants connaissant bien le sujet, il ne faisait guère de doute que le secret défense n’était quasiment jamais levé. L’un d’eux à par ailleurs expliqué que rien ne pouvait empêcher un Président de faire des promesses publiquement et de ne pas les tenir. En effet a-t-il ajouté, il n’existe aucune possibilité d’un recours quelconque pour saisir des institutions et le poursuivre en justice.

La rédaction du site


L’intervention de Bruno Jaffré au nom du réseau international Justice pour Sankara justice pour l’Afrique, coloque sur le secret défense organisé au Sénat en France le 5 septembre 2022.

Vous trouverez ici un extrait vidéo et le texte de cette intervention.


extrait vidéo de l’intervention de Bruno Jaffré


Le texte de l’intervention

Je vais vous parler de l’affaire Sankara et en particulier de la promesse non tenue du Président  français Emmanuel Macron lancée en public au Burkina Faso en novembre 2017.

Je vous rappelle par ailleurs, que c’est cette affaire, et la demande d’un juge burkinabé adressée à la France de lancer une commission rogatoire et d’ouvrir le secret défense sur cette affaire.

J’escompte par cette intervention, en attirant l’attention des sénateurs, prendre date avec eux, afin qu’une initiative importante soit prise pour afin qu’ils interviennent comme élus de la République pour que cette promesse soit tenue. Il en va de la parole de la France à l’étranger et de son image en Afrique. Plusieurs membres des familles de victimes des assassinats du 15 octobre 1987 habitent en France parmi lesquelles Mariam Sankara et Aida Kiemdé. J’ajoute que plusieurs avocats de la partie civile, représentant les familles de victimes habitent en France.

Le 28 novembre 2017, devant un parterre d’étudiants et en promesse du Président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré déclare : « J’ai pris la décision que tous les documents produits par des administrations françaises produits pendant le régime de Sankara et après son assassinat couverts pat le secret national soient déclassifiés et consultés en réponse à la demande de la justice burkinabè. »

Thomas Sankara a été assassiné le 15 octobre 1987 avec 12 compagnons. Le procès de ces assassinats vient de se terminer, il y a quelques mois à Ouagadougou. Il n’a statué que du volet national de l’affaire. Mais le dossier international reste ouvert et l’enquête se poursuit.

Le juge François Yaméogo chargé de l’instruction nommé après l’insurrection d’octobre 2014 a demandé l’ouverture du secret défense

L’ambassadeur de France a indiqué au cours d’une conférence de presse le 17 avril 2021, accompagnant la remise du 3eme lot a indiqué que les deux premiers lots, livrés les 17 novembre 2018 et 4 janvier 2019 contenaient en plus des notes diplomatiques, des notes d’analyse, des notes des renseignements et des documents locaux (des tracts en réalité), et le 3eme lui, surtout des archives du ministère de l’intérieur. Deux médias burkinabè, considérés comme sérieux, avaient précisé quelques jours avant : « ce sont les archives du service de coopération technique internationale de la police, le service de coopération policière et de gendarmerie (présent au Burkina au sein de l’ambassade de France au moment des faite). Les autres documents étaient détenus par la DGSI (NDLR ; Direction général de la sécurité intérieure)

Soulignons ici qu’il n’y a donc aucun document issu du cabinet de Jacques Chirac, alors premier ministre, dans lequel Jacques Foccart avait repris du service, aucun de celui de François Mitterrand ni de la DGSE.

Lors de l’instruction et durant le procès, plusieurs gendarmes du contre espionnage burkinabè ont affirmé que des Français étaient venus le 16 octobre 1987 se saisir des tables d’écoute et des enregistrements. L’un des témoins, a même cité le nom de Paul Barril parmi ces Français. Aucune trace de cet épisode dans les documents fournis par la France, ce qui constitue un élément supplémentaire montrant que les documents secret défense n’ont pas été fournis à la justice burkinabè.

Bruno Jaffré


Partie 1

On trouvera l’intervention complète de Bruno Jaffré à la minute 01:02:50  (1h 2 mn 50 s)

Vous y trouverez, en commentaire de la vidéo (en-dessous de la vidéo donc) aussi le minutage de toutes les interventions et les liens hypertexte pour y aller directement.


Partie 2


 

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Blaise Compaoré à Ouagadougou : une mascarade qui tourne au fiasco https://www.thomassankara.net/blaise-compaore-a-ouagadougou-mascarade-tourne-fiasco/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=blaise-compaore-a-ouagadougou-mascarade-tourne-fiasco https://www.thomassankara.net/blaise-compaore-a-ouagadougou-mascarade-tourne-fiasco/#respond Sat, 16 Jul 2022 11:14:34 +0000 http://www.thomassankara.net/?p=246790 Par Bruno Jaffré Le pouvoir issu du coup d’État militaire de janvier 2022 a cru bon d’organiser la venue expresse de Blaise Compaoré pour participer à une réunion des anciens chefs d’État en vue d’échanger sur “des questions liées à l’intérêt supérieur de la Nation”. Cette réunion s’est révélée une mascarade qui a viré au […]

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Blaise Compaoré à Ouagadougou !

Le 5 juillet 2022, la nouvelle de la venue prochaine de Blaise Compaoré à Ouagadougou commence à se propager de plus en plus insistante.

Ce même 5 juillet, M. Yéro Boly, ministre en charge de la réconciliation nationale et de la cohésion sociale, rencontre les familles de victimes pour leur annoncer qu’un processus d’indemnisation est en bonne voie. Il dévoile un bilan provisoire chiffré des dossiers déjà traités : plusieurs dizaines de milliers de cas, établis par son ministère et le Haut conseil pour la réconciliation et l’unité nationale (HCRUN). Il affirme que le coût global des réparations financières des cas déjà traités et évalués par le HCRUN à la date du 26 octobre 2021 est estimé à plus de 65,7 milliards FCFA, (voir https://lefaso.net/spip.php?article114533). Il confirme dans les semaines à venir l’organisation d’un Forum national de réconciliation.

Yéro Boly est un proche de Blaise Compaoré. Il fut ambassadeur en Libye de 1988 à 1995 au plus fort de la guerre du Libéria où étaient impliqués le Burkina et la Libye à l’époque, puis successivement directeur de cabinet de Blaise Compaoré, ministre de l’Administration territoriale et de la Sécurité et ministre de la défense. Il représente en quelque sorte le symbole du retour de proches de Blaise Compaoré au pouvoir après le coup d’État de janvier 2022. Le nouveau pouvoir ne pouvait-il donc pas trouver mieux pour engager une « réconciliation » ?

Le lendemain 6 juillet, Omega FM confirme la venue de Blaise Compaoré pour le vendredi 8 juillet. « Nos sources indiquent d’ailleurs que le Président Ouattara s’est beaucoup investi pour faciliter le retour de l’ancien chef d’État. Pour preuve, Alassane Ouattara aurait même envoyé des membres de sa famille pour superviser les travaux de la villa de Ziniaré, fief de Blaise Compaoré. Il devra plus tard s’y retirer de temps en temps. »

La direction de la communication de la Présidence du Faso, publie alors un communiqué informant qu’une rencontre des anciens Présidents Roch Marc Christian KABORÉ, Michel KAFANDO, Yacouba Isaac ZIDA, Blaise COMPAORÉ et Jean-Baptiste OUÉDRAOGO doit se tenir le 8 juillet « autour des questions liées à l’intérêt supérieur de la Nation », sans plus de précision si ce n’est qu’elle  « n’entrave pas les poursuites judiciaires engagées contre certains » !

Une provocation doublée d’une volonté d’humilier les insurgés de 2014

Ainsi donc la venue de Blaise Compaoré, condamné à perpétuité, n’entraverait en rien les poursuites judiciaires ! Bêtise ou inconscience ? Faut-il rappeler qu’il a sciemment pris la nationalité ivoirienne pour éviter la justice de son pays devant laquelle il a refusé de comparaitre.

Il convient encore ici de rappeler qu’il existe une convention d’extradition entre la Côte d’Ivoire et le Burkina. Que les autorités politiques du Burkina ont sciemment laissé se diffuser une fake news, lancée par l’avocat de Blaise Compaoré, Me Pierre Olivier, selon laquelle cette nationalité ivoirienne lui éviterait une extradition. Alors qu’il ne s’agit que d’une décision politique des autorités politiques de Côte d’Ivoire et en aucun cas d’une décision judiciaire.

Pour une bonne partie de la société, notamment les dizaines de milliers d’insurgés de 2014, et leur soutien, cette initiative ne manquera pas d’apparaitre comme une provocation, voire une tentative d’humilier tous ceux qui se sont battus jusqu’ici pour la justice. Blaise Compaoré a refusé de comparaitre à son procès, n’a jamais exprimé ni excuse ni le moindre remord. Et il foulerait des pieds le sol du Burkina sans être inquiété pour évoquer « des questions liées à l’intérêt supérieur de la Nation » !

Un mouvement de protestation s’organise

Ce communiqué était-il censé calmer les esprits ? Il a eu l’effet contraire. Vont alors se succéder des communiqués des avocats des ayant droits de Thomas Sankara et de ses 12 compagnons d’infortune puis, fait rarissime, de l’ensemble du monde judiciaire, des syndicats des magistrats, du syndicat des avocats et du conseil supérieur de la magistrature. Tous demandent à ce que les décisions judiciaires soient appliquées.

Seuls manquent à l’appel le parquet et la direction de la justice militaire. On se rappelle pourtant que cette dernière est dirigée depuis février dernier par le juge François Yaméogo qui avait mené l’instruction sur l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons, dont nous avons plusieurs fois souligné le courage et son l’engagement personnel. Dans l’état actuel de nos informations, rien n’a filtré sur ce qui s’est passé du côté de la justice militaire. Cependant Me Prosper Farama, lors de la conférence de presse des avocats des familles de victimes dans le procès de l’assassinat de Sankara et de ses compagnons (voir https://www.facebook.com/mediafaso7/videos/576526790536666/ à partir de la minute 23’15’’) a semblé vouloir dédouaner la justice militaire. Il a expliqué que le mandat d’arrêt est communiqué à toutes les forces publiques, et qu’elles n’ont pas besoin de démarche supplémentaire pour exécuter ce mandat.

De nombreux autres communiqués de protestation vont continuer à être publiés dans la presse (voir  http://www.thomassankara.net/communique-de-presse-blaise-compaore-etre-arrete-sil-rentre-burkina/ et  http://www.thomassankara.net/retour-de-blaise-compaore-burkina-avocats-de-partie-civile-demande-larrestation-de-blaise-compaore/ ).

C’est la consternation ! Alors que les Burkinabé sont essentiellement préoccupés par le développement de l’insécurité, inquiets de la multiplication des attaques de ceux qu’on appelle le HANI (hommes armés non identifiés). Le président nigérien Mahamadou Issoufou, avait affirmé en juin 2022 que près de 40% du territoire du Burkina était hors de contrôle de l’État. Le phénomène se cesse de s’amplifier et les militaires qui ont pris le pris pouvoir semblent jusqu’ici incapables d’inverser la tendance.

Quant à toutes les OSC (organisations de la société civile), soupçonnées d’être financées par le nouveau pouvoir et ses alliés, dont on a découvert l’existence, qui ont appelé dans des conférences de presse à soutenir la transition, elles restent silencieuses.

Les appels à manifester tardent à venir. Les anciens insurgés, sont-ils groggy après tant de désillusions depuis l’élection de Roch Marc Christian Kaboré en 2015 ? Ce dernier s’est révélé incapable d’assumer ses responsabilités, face au développement de la guerre et de la corruption, enfonçant le pays dans sa plus grave crise sociale et sécuritaire depuis l’indépendance ?

Des associations et partis se réunissent à l’initiative du Mémorial Thomas Sankara. Ils appellent dans la soirée à un important mouvement de protestation dans toute la ville. Plus discrètes, d’autres OSC projettent d’aller rendre visite, le lendemain matin, à Michel Kafando et Roch Marc Christian Kaboré pour les dissuader d’aller à la rencontre des anciens présidents prévue par Paul Henri Damida, le chef des militaires à l’origine du coup d’État de janvier 2022.

Très tôt le lendemain matin, des militants se rendent à la maison de Michel Kafando et vont y rester jusqu’à la mi-journée, pour le dissuader de participer à la réunion. Et devant la maison de Roch Marc Christian Kaboré une foule se rassemble pour empêcher ce dernier de de s’y rendre. D’autres forces viennent s’y agréger, notamment ceux qui étaient passés chez Michel Kafando. Finalement Roch Marc Christian Kaboré ne se rendra pas à la réunion arguant que sa maison est encerclée et que les conditions ne sont pas réunies en termes assez floues.

La réunion des anciens chefs d’État tourne au ridicule

Blaise Compaoré arrive vers 13h. Ses partisans sont réunis sur la route de l’aéroport pour l’accueillir. Mais dès qu’il sort de l’avion de la Présidence ivoirienne affrété par Allassane Ouattara, il prend aussitôt un hélicoptère pour se rendre dans son ancienne résidence, près de la Présidence, qui a été préparée pour lui.

On apprend assez vite que seuls, Jean Baptiste Ouedraogo, qui fut renversé par les révolutionnaires le 4 août 1983, et Blaise Compaoré ont assisté à la réunion convoquée par Paul Henri Damiba. Officiellement, Michel Kafando est absent pour raison de santé, Yacouba Isaac Zida, pour des raisons administratives et Roch Marc Christian Kaboré a été bloqué par la foule. Ces justifications n’arriveront pas à cacher le grave échec de cette initiative qui s’avère finalement une mascarade censé faire accepter la venue de Blaise Compaoré à Ouagadougou. « Le grand « djandjoba » de la réconciliation qu’a voulue Paul-Henri Sandaogo Damiba a ainsi viré au bal des « copains », puisque jusqu’à preuve du contraire, les trois participants ne nourrissent pas particulièrement de ressenti les uns envers les autres, au point de les réconcilier » peut-on lire sur Burkina24 (voir https://burkina24.com/2022/07/11/prison-ou-pitie-pour-blaise-compaore-la-complexite-du-moment/).

De son côté l’ambassadeur de France, Luc Hallade, lors de son discours du 14 juillet « a salué les efforts des autorités de la transition pour la cohésion sociale et la réconciliation » (voir https://lefaso.net/spip.php?article114755 ) en déclarant : « Ces efforts sont encourageants et nous sommes prêts, sans interférer avec les décisions ou les orientations prises, à les accompagner dans la mesure de nos moyens et en répondant aux demandes que pourraient formuler en ce sens les autorités nationales »

Paul Henri Damiba tente de se défendre d’avoir voulu évoquer la réconciliation. A l’ordre du jour, selon lui, la recherche d’une paix durable. Mais en quoi Jean Baptiste Ouedraogo, médecin militaire, peut-il contribuer à la recherche d’une stratégie pour mettre fin à l’insécurité ? Il n’avait été choisi en 1982 chef d’État que pour retarder le conflit inévitable au sein de l’armée entre les révolutionnaires et les partisans d’un retour constitutionnel,

Quant à Blaise Compaoré, Burkina24 écrit : « A 71 ans, le « beau Blaise » a perdu de son charme et de son charisme. Il est apparu affaibli, le regard hagard, les gestes hésitants, surtout lors de la lecture de la déclaration qui a sanctionné la rencontre de haut niveau ». Les images parlent d’elle-même (voir la vidéo ci-dessous).  Benjamin Roger, au terme d’une enquête, avait déjà évoqué dans Jeune Afrique sa maladie ainsi : « sa tête a commencé à le lâcher. Ses propos manquent de cohérence, il a parfois des absences ». Ce que ces images viennent confirmer, même si d’autres photos bien choisies prises à la Présidence, le montrent un peu plus alerte.

Déclaration de Paul Damiba à l’issue de la réunion des Chefs d’Etat à Ouagadougou © Radio Télévision du Burkina.

Cette réunion s’avère finalement une mascarade transformée en fiasco. Un grave échec dont les conséquences seront lourdes pour le nouveau pouvoir militaire.

Comment sa femme et ses proches ont-ils pu laisser organiser un tel show pitoyable ?

Seul hypothèse plausible. Ses proches avec la complicité du pouvoir ont voulu que le peuple burkinabè prenne en pitié Blaise Compaoré pour qu’il accepte qu’on le laisse finir sa vie à Ziniaré, son village  « natal ». Le prix payé, ce show indigne, parait lourd !  Les responsables auraient fait peu de cas de la dignité de leur champion, exhibé à la population locale comme internationale, diminué intellectuellement et perdu devant un micro,incapable de savoir la conduite à tenir.

Un pouvoir très affaibli, une opposition qui se réveille

Le pouvoir militaire et ses alliés du CDP en sortent affaiblis. Non seulement ils ont été ridiculisés mais l’opposition constituée des anciens insurgés a réussi à s’organiser pour mettre en échec cette initiative. Elle a retrouvé le chemin de la mobilisation et réussi à rebondir après ces longues années de difficultés.

Dans la conférence de presse des avocats, Me Prosper Farama a fustigé ce pouvoir avec des mots très durs rarement entendus jusque-là : « Les putschistes pseudo réconciliateurs tentent d’assassiner l’État de droit et la démocratie au Burkina. Cette défiance ouverte à la justice est un précédent extrêmement dangereux… On est sur le chemin d’une déchirure… C’est maintenant que le combat commence. Le peuple est interpellé.  »

La Réconciliation, une vieille litanie de politiciens

Depuis de très nombreuses années déjà, les différents pouvoirs qui se sont succédé ont fait de la « réconciliation » un cheval de bataille politique au Burkina. A leur façon… Un point commun, tous ont « demandé pardon », ont indemnisé des victimes mais ont soigneusement évité l’étape judiciaire. Exception faite de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons, dont il faut cependant rappeler, qu’il s’agit du résultat d’une longue bataille interne soutenue par une longue campagne internationale dont le point fort fut l’insurrection de 2014.

Dès 2001, une commission nationale de réconciliation  nationale est mise en place. Elle a inventorié 176 crimes politiques non punis, commis au Burkina-Faso depuis son indépendance en 1960. Une journée du pardon (JNP) est organisée le 30 mars 2001 en grande pompe à Ouagadougou. Blaise Compaoré face à un stade rempli par des gens venus des différentes provinces du Burkina a déclaré ce jour-là : « … Nous demandons pardon et exprimons nos profonds regrets pour les tortures, les crimes, les injustices, les brimades et tous autres torts commis sur des Burkinabè par d’autres Burkinabè, agissant au nom et sous le couvert de l’État, de 1960 à nos jours ».

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En réalité, cette journée est le fruit de la première révolte massive et durable du peuple burkinabè qui va suivre l’assassinat de Norbert Zongo le 13 décembre 1998. Pour calmer les déferlements massifs des foules dans les rues, le pouvoir met en place un conseil des sages qui fera un certain nombre de recommandations dont la création d’une journée du pardon.

Un fond d’indemnisation est cependant créé. Un premier bilan établi à 444 le nombre de victimes indemnisés pour un montant d’environ 3,7 milliards de FCFA. Mais sont mélangées les personnes torturées et spoliées après la mort de Thomas Sankara avec celles jugées devant les TPR (Tribunaux populaires de la Révolution). Les condamnés par ces Tribunaux qui avaient ordonné la saisie les biens pour rembourser les détournements de fonds, vont se les voir restituer. Quant aux victimes ou leurs familles des assassinats, de tortures ou de saisies de biens des partisans de la Révolution, elles doivent signer une déclaration dans laquelle elles s’engagent à ne pas déposer de plaintes devant la justice pour toucher leurs indemnisations.

Mais toutes ces manœuvres ne pourront cacher l’absence de recherche de la vérité pour de nombreux cas et encore moins de justice. Des familles restent sans nouvelles de leurs disparus. Il s’agirait plutôt d’éviter aux coupables d’être poursuivis et jugés. Bien entendu, pour la plupart des victimes, tous ces stratagèmes ne sauraient faire office d’une quelconque réconciliation qu’ils n’ont d’ailleurs jamais demandé. Car la réconciliation n’est depuis prônée au Burkina que par ceux qui devraient être jugés si la justice jouait son rôle. Certes Roch Marc Christian souhaite sans doute se réconcilier avec Blaise Compaoré pour laver sa mauvaise conscience d’avoir contribué à l’insurrection qui l’a chassé. En réalité, la ” réconciliation ” ne concerne que les hommes politiques des différents régimes, entre eux. Mais ne concerne guère le peuple burkinabé dont les moins de 25 ans représentent environ 65% de la population, bien plus soucieux du chômage que d’une « réconciliation » qui ne les intéresse guère.

Soyons sérieux ! A-ton jamais vu, une personne torturée se réconcilier à son tortionnaire, une famille de victimes d’assassinat se réconcilier avec les assassins ? Pour autant les familles de victimes de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons, du moins celles qui se sont exprimées, à savoir la famille Sankara et la famille Kiemdé, ont toujours laissé ouvert la possibilité d’accorder un pardon. Encore faut-il que la demande de ce pardon sincère et qu’elle soit dissociée des questions judiciaires.

Le rapport de la Commission de la réconciliation nationale et des réformes instituée durant la Transition oublié.

Lors de la Transition, une Commission de la réconciliation nationale et des réformes est mise en place, pilotée par M. Ra-Sablga Seydou Ouedraogo, actuel directeur exécutif de Free Afrik qui rappelle (voir http://www.thomassankara.net/retour-frauduleux-triomphal-de-blaise-compaore-scenario-pire/) que « la réconciliation ne saurait être une prime à l’impunité, pas plus que le pardon ne saurait supprimer la réparation ». Et il y ajoute « que l’injustice nourrie par l’impunité est au cœur du drame actuel. C’est précisément parce que la justice est bafouée, dans un pays où l’impunité a miné la gouvernance publique, que l’État est désarmé, que des populations, des jeunes en particulier, quittent le pacte républicain pour rejoindre le camp d’en face ».

Le rapport de la CRNR a très rapidement été oublié après l’élection de Roch Marc Christian Kaboré en 2015. Et ce dernier recommence alors aussi à prôner la réconciliation qui semble privilégier le retour de Blaise Compaoré au Burkina. D’ailleurs lors de la campagne électorale de 2020, il promettait son retour « la tête haute » à Ziniaré son village natal où se trouve son palais. Des travaux de réfection étaient d’ailleurs engagés.

Roch Marc Christian Kaboré affiche, après sa réélection, une ferme volonté de remettre en route la réconciliation, nommant même l’ancien chef de l’opposition Zéphirin Diabré ministre d’État auprès de la présidence chargé de la Réconciliation nationale et la Cohésion social en janvier 2021. Après avoir mis une n-ième commission nationale en place à cet effet, son action la plus médiatisée fut sa rencontre avec Blaise Compaoré en mai 2021…

Complètement dépassé par les évènements et incapable de mettre de l’ordre dans l’armée, alors que la crise sécuritaire ne cessait de s’aggraver, il est renversé par un coup d’État le 24 janvier 2022 (voir nos précédents articles https://blogs.mediapart.fr/bruno-jaffre/blog/030322/coup-d-etat-au-burkina-1-un-apercu-du-recit-et-des-causes). Nous l’avions alors qualifié de « coup d’État le plus tranquille du monde », tant les évènements semblent avoir été rondement menés. La population pleine d’espoir accueillait ce n-ième coup d’État avec soulagement, pensant alors que ces militaires au pouvoir étaient les mieux à même de mener à bien la lutte contre l’insécurité. Dans le dernier de ces deux articles, nous analysions déjà un rapprochement du nouveau pouvoir avec le CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès), le parti de Blaise Compaoré (voir https://blogs.mediapart.fr/bruno-jaffre/blog/210322/coup-d-etat-au-burkina-2-fin-de-letat-de-grace-et-retour-du-cdp).

L’avenir du pays est on ne peut plus incertain. Six mois après la prise du pouvoir, les militaires sortent de cette initiative plus affaiblis que jamais. Et des secteurs de l’opposition rassérénée par leur première mobilisation contre ce pouvoir. Mais le plus dur reste à faire. Construire une alternative crédible alors qu’une insécurité meurtrière sévit dans le pays.

 Bruno Jaffré

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Communiqué de presse : Blaise Compaoré doit être arrêté s’il rentre au Burkina https://www.thomassankara.net/communique-de-presse-blaise-compaore-etre-arrete-sil-rentre-burkina/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=communique-de-presse-blaise-compaore-etre-arrete-sil-rentre-burkina https://www.thomassankara.net/communique-de-presse-blaise-compaore-etre-arrete-sil-rentre-burkina/#respond Wed, 06 Jul 2022 22:42:55 +0000 http://www.thomassankara.net/?p=246684 Les informations nous sont parvenues dans la nuit du 5 au 6 juillet. Blaise Compaoré s’apprêterait à séjourner au Burkina afin d’engager des discussions sur la « réconciliaton ». À peine trois mois après la condamnation à la perpétuité de Blaise Compaoré pour l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons, le pouvoir issu d’un coup d’État […]

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Les informations nous sont parvenues dans la nuit du 5 au 6 juillet. Blaise Compaoré s’apprêterait à séjourner au Burkina afin d’engager des discussions sur la « réconciliaton ».

À peine trois mois après la condamnation à la perpétuité de Blaise Compaoré pour l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons, le pouvoir issu d’un coup d’État militaire, dont la légitimité apparait fragile, prépare son amnistie. Il affiche ainsi clairement son mépris pour la justice de son pays, suivant en cela Blaise Compaoré qui a refusé de comparaitre lors du procès.

Peu de temps auparavant on apprenait que Djibril Bassolé, condamné à 10 ans de prison pour le putsch de septembre 2015 contre la Transition, menait une intense campagne diplomatique au service de Blaise Compaoré, alors qu’il avait été évacué en France pour raison sanitaire.

Ce pouvoir nous ramène au temps les plus sombres de l’impunité. De nombreux crimes économiques, tortures, et assassinats restent impunis dans le pays ce qui explique largement la déliquescence dans laquelle s’enfonce le Burkina.

La population avait largement exprimé sa sympathie aux militaires lors de leur prise du pouvoir en janvier. Elle espérait qu’ils allaient rapidement engranger des victoires contre les différents groupes armés qui sèment l’insécurité sur une bonne partie du territoire.

Incapable d’inverser la tendance, ce pouvoir apparait plutôt s’engager pour la restauration de l’ordre ancien, du temps de Blaise Compaoré au pouvoir. Faut-il encore rappeler la longue liste des crimes, trafics en tout genre et complicités dans les exactions ou les guerres auxquelles il a participé au Libéria, en Sierra Leone, en Côte d’Ivoire, ou en contournant les embargos notamment pour le chef de guerre Jonas Savimbi en Angola.

Face à cette nouvelle forfaiture, nous appelons les forces démocratiques éprises de justice au Burkina et ailleurs dans le monde à protester massivement pour la mettre en échec.

Nous demandons à la justice burkinabè, indépendante du pouvoir politique, d’exécuter sa décision judiciaire en le mettant aux arrêts dès son arrivée sur le sol burkinabè

Nous exhortons la Cour pénale internationale à engager une procédure contre Blaise Compaoré pour sa complicité active dans les nombreux crimes commis dans les pays voisins qui restent à ce jour impunis.

Puisque sa santé semble le permettre, vu l’activité diplomatique qu’il déploie dans différents pays étrangers, nous exigeons que Djibril Bassolé retourne purger sa peine en prison au Burkina.

Fait à Ouagadougou, Montpellier, Sabadel (Catalogne), Paris, Bobo Dioulasso, Toronto, Nîmes, Barcelone, Ottawa, Albany, New YORK, Banfora, Turin, Ajaccio, Las Palmas, Agadir,  Marseille, Niamey, Bâle, Toulouse, Bamako, Grenoble, Oxford, Dakar, Munich, Liège, Bruxelles, Berlin  le 6 juillet 2022

Le réseau international justice pour Sankara justice pour l’Afrique

Soutenu par Alternative Espaces Citoyens (Niger), Forum Civique Bamako (Mali), REPADD Niger (Réseau Panafricain pour la Paix , la Démocratie et le Développement), Groupe de travail sur le Panafricanisme Munich (Allemagne), CADTM (Comité pour l’abolition des dettes illégitimes), SURVIE (France), Per a Pace (Corse), FuturAfrik (Berlin), AFASPA (Association d’amitié et de solidarité avec les peuples d’Afrique)

Contact : contactjusticepoursankara@gmail.com

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L’annonce de la venue de Blaise Compaoré au Burkina déclenche de nombreuses protestations. https://www.thomassankara.net/retour-de-blaise-compaore-burkina-avocats-de-partie-civile-demande-larrestation-de-blaise-compaore/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=retour-de-blaise-compaore-burkina-avocats-de-partie-civile-demande-larrestation-de-blaise-compaore https://www.thomassankara.net/retour-de-blaise-compaore-burkina-avocats-de-partie-civile-demande-larrestation-de-blaise-compaore/#respond Wed, 06 Jul 2022 21:59:27 +0000 http://www.thomassankara.net/?p=246671 La nouvelle circule depuis le 5 juillet. Blaise Compaoré devrait venir au Burkina dans le cadre des préparations de la “réconciliation”. Vous trouverez ci-dessous différentes protestations après l’annonce de cette nouvelle. On trouvera aussi un communiqué du réseau international Justice pour Sankara justice pour l’Afrique à  http://www.thomassankara.net/communique-de-presse-blaise-compaore-etre-arrete-sil-rentre-burkina/ Une foule, composée de militants du MPP, le […]

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La nouvelle circule depuis le 5 juillet. Blaise Compaoré devrait venir au Burkina dans le cadre des préparations de la “réconciliation”.

Vous trouverez ci-dessous différentes protestations après l’annonce de cette nouvelle.

On trouvera aussi un communiqué du réseau international Justice pour Sankara justice pour l’Afrique à  http://www.thomassankara.net/communique-de-presse-blaise-compaore-etre-arrete-sil-rentre-burkina/

Une foule, composée de militants du MPP, le parti de Roch Marc Christina Kaboré et de militants du Front Patriotique (voie sa composition ci-dessous) se sont rassemblés devant le domicile de ce dernier l’ont empêché de se rendre à la rencontre des anciens présidents.

Cette journée s’est avérée une mascarade, Blaise Compaoré a semblé ne pas voir toutes ses facultés dans les images diffusées, qui a viré au fiasco, car seuls étaient présents, Jean Baptiste Ouedraogo, Paul Henri Damiba et Blaise Compaoré.

La rédaction du site.


Déclaration de Mariam Sankara

« C’est quand même faire fi de la justice burkinabè et des sentiments des familles des victimes. C’est quelqu’un qui a renié sa nationalité burkinabè, il est devenu Ivoirien, il s’est moqué de la justice burkinabè. Il a été condamné, et bon voilà qu’on le fait rentrer comme cela au Burkina Faso. Ça dépasse tout entendement.

Je suis écœurée, vraiment frustrée et écœurée parce que je pense que ce n’est pas la voie du tout de la réconciliation, ce n’est vraiment pas cette voie. Tout ce dont les Burkinabè veulent c’est la sécurité dans le pays. Mais ça, ce n’est pas surtout ce que la population demande.

En faisant ce geste il a favorisé l’impunité. Et, dans leur message, ils disaient combattre l’impunité. Mais ce n’est vraiment pas combattre l’impunité de cette façon. Blaise doit exécuter la décision de justice. Il doit passer par la prison ».

Source : https://burkina24.com/2022/07/08/mariam-sankara-blaise-doit-passer-par-la-prison/


Déclaration des avocats des ayant droits de Thomas Sankara et de 12 de ses compagnons d’infortune assassinés le 15 octobre 1987.

Depuis le 05 juillet 2022, des médias nationaux et internationaux font état du retour au Burkina Faso de l’ancien Président Blaise COMPAORE chassé du pouvoir le 31 octobre 2014 à la faveur d’une insurrection populaire.

Si cette information est confirmée, les Avocats des parties civiles dans l’affaire Ministère Public contre COMPAORE Blaise dit Jubal et autres se doivent de rappeler la décision rendue le 06 Avril 2022 par la chambre de jugement du Tribunal Militaire de Ouagadougou qui a :
-Statué publiquement, par défaut à l’égard de Blaise COMPAORE et de KAFANDO Tousma Yacinthe,

-Déclaré les accusés COMPAORE Blaise et DIENDERE Gilbert coupables des faits de complicité d’assassinat à eux reprochés ;

-Condamné COMPAORE Blaise, DIENDERE Gilbert et KAFANDO Tousma Yacinthe à la peine d’emprisonnement à vie chacun ;

-Prononcé la déchéance des décorations de tous les accusés condamnés ayant bénéficié d’une ou de plusieurs distinctions honorifiques ;
-Dit que le Présent jugement vaut titre de détention pour les accusés condamnés à une peine privative de liberté non couverte par la détention provisoire conformément aux dispositions de l’article 315-14 de la loi n°040-2019/AN du 29 mai 2019 portant Code de procédure pénale ;
-Dit que les mandats d’arrêt décernés contre COMPAORE Blaise et KAFANDO Tousma Yacinthe sont maintenus et ce en application des dispositions de l’article 261-128 alinéa 4 de la loi n°040-2019/AN du 29 mai 2019 portant Code de procédure pénale.
Au regard de cette décision, les Avocats des parties civiles interpellent avec insistance les autorités judiciaires à prendre toutes leurs responsabilités, notamment faire arrêter et déférer Monsieur Blaise COMPAORE à la justice du Burkina Faso afin que force reste à la loi.

Ouagadougou, le 06 juillet 2022

Pour le Collectif des Avocats

Maître Bénéwendé Stanislas SANKARA

Avocat au Barreau du Burkina Faso


Déclaration des syndicats des magistrats sur le nécessaire respect de l’autorité des décisions de justice. 

Les syndicats de magistrats du Burkina Faso suivent avec une attention particulière l’intensité des débats portant, depuis un certain temps, sur des questions relatives à l’autorité et l’exécution des décisions de justice.

Préoccupés par cette situation et par les conséquences éventuelles des faits et évènements qui en sont les causes sur l’indépendance et l’autorité de la justice, ils rappellent publiquement et avec force que les décisions de justice, peu importe les personnes qu’elles concernent, ont vocation à être respectées et exécutées pour produire leurs entiers effets tant qu’elles n’ont pas souffert de l’exercice d’une voie de recours.

L’histoire nous indique, à toutes fins utiles, qu’elle offre au crédit des syndicats de magistrats, seuls ou avec d’autres entités, de vivants exemples pour la défense de l’indépendance et de l’autorité de la justice.

En tout état de cause, tout en réaffirmant leur attachement au respect et à l’exécution des décisions de justice, les syndicats de magistrats du Burkina Faso invitent le Président du Faso, garant constitutionnel de l’indépendance du pouvoir judiciaire, à œuvrer, sans condition et sans délai, en sorte que le caractère sacré des décisions de justice soit scrupuleusement respecté et que leur exécution soit assurée dans le respect strict des lois en vigueurs.

Ouagadougou, le 07 juillet 2022

Source : https://burkina24.com/2022/07/07/des-syndicats-de-magistrats-tiennent-au-necessaire-respect-de-lautorite-des-decisions-de-justice/


Déclaration du Front Patriotique

Déclaration du FRONT PATRIOTIQUE sur la présence du condamné Blaise Compaoré sur le sol burkinabè
Les organisations de la société civile et les partis politiques signataires de la présente déclaration réunis au sein d’un FRONT PATRIOTIQUE, constatent avec grave préoccupation que l’ancien Président Blaise Compaoré, condamné à perpétuité dans l’affaire Thomas Sankara est présent depuis ce 07 juillet 2022 sur le territoire burkinabè. Dans le cadre de cette affaire judiciaire, un mandat d’arrêt international a été lancé contre ce dernier qui n’a jamais daigné se présenter devant la justice.
Le tribunal avait réaffirmé ce mandat d’arrêt et en vertu de cette condamnation, le Président Blaise Compaoré devrait être immédiatement arrêté et conduit dans une maison de détention.
La justice burkinabè doit arrêter l’ancien chef de l’Etat coupable de faits de complicité d’assassinat, d’attentats à la sureté de l’Etat, de recel de cadavre, conformément au verdict qui a été prononcé le 06 avril 2022 dans le dossier Thomas Sankara et 12 de ses compagnons.
Pour le Front Patriotique, il ne peut en être autrement. Notre peuple déjà meurtri dans sa chair par de longues années d’impunité, entretenue par le long règne de Blaise Compaoré ne saurait tolérer cette énième forfaiture. Si d’aventure, cette forfaiture est consommée, il est à craindre que les dossiers emblématiques de crimes de sang qui jonchent les tiroirs du régime Compaoré soient définitivement enterrés.
C’est pourquoi, nous, organisations de masse, mouvements et partis politiques, personnalités physiques et morales, regroupés au sein du FRONT PATRIOTIQUE,
– Exigeons des autorités politiques et judiciaires l’arrestation immédiate et sans conditions de Blaise COMPAORE ;
– Nous opposons à cette forme de réconciliation au forceps sans le triptyque Vérité-Justice-Réconciliation ;
– Lançons un appel aux anciens chefs d’Etat Yacouba Isaac Zida, Michel Kafando, et Roch Marc Christian Kaboré, à se démarquer clairement de cette mascarade honteuse et indigne qui vise simplement à absoudre des criminels. S’associer à un tel projet, c’est se rendre coupable de parjure et de haute trahison, toutes choses condamnées par la Constitution de notre pays. Ils répondront de cette forfaiture devant l’histoire ;
– Appelons l’ensemble des insurgés et des patriotes et démocrates à se retrouver dans un sursaut national pour faire obstacle à la restauration engagée depuis le 24 janvier 2022 et à défendre et poursuivre les acquis de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 ;
– Constatons l’échec militaire, politique et social des autorités de la Transition dont la mission première consistait à libérer notre territoire national des groupes armés
terroristes, à ramener les populations déplacées dans leurs localités d’origine, et à organiser des élections libres, démocratiques et transparentes pour le retour à l’ordre constitutionnel normal ;
– Invitons les partis politiques, les organisations syndicales et de la société civile, les personnes morales et physiques, l’ensemble du peuple burkinabè à rejoindre le FRONT PATRIOTIQUE, à se mobiliser pour barrer la route au terrorisme, à l’impunité et à la restauration du régime déchu de Blaise Compaoré ;
Le FRONT PATRIOTIQUE invite l’ensemble du peuple burkinabè à rester mobiliser pour répondre aux mots d’ordre de luttes et d’actions les jours à venir.
LA PATRIE OU LA MORT, NOUS VAINCRONS
Ouagadougou le 07 Juillet 2022
Pour le FRONT PATRIOTIQUE
Ont signé :
Alliance Ensemble pour le Faso (PDS, Mouvement SENS, APR-Tilgré, PAREN, PUR)
Forum Ditanyè
Balai Citoyen
Mouvement Endogène
Association Semfilms
OPA-BF
Comité Mémorial Thomas Sankara (CIM-TS)
Centre Valère Somé
UNIR-MPS
Jeunesse sankariste Unie
Brassard Noir
Génération montante du Faso
Front des Forces Sociales (FFS)
Association des Anciens de Cuba (ASAC-BF)
Front Patriotique du Faso/Mouvement Patriotique
Mouvement Plus Rien Ne Sera Comme Avant (MPRESCA)
Génération Cheick Anta Diop
Deux heures pour nous, deux heures pour Kamita
Mouvement 30-31/15 (Bobo Dioulasso)
Alliance des Forces Patriotiques


Déclaration du Balai citoyen : l’impunité nourrit le terrorisem

Une rencontre dite de « haut niveau » pour cacher l’échec flagrant sur tous les plans et divertir l’opinion.

Une poignée de parvenus, fussent-ils militaires, ainsi que leurs collabos civils, gracieusement entretenus par nos impôts et taxes, ne peuvent tenir en respect tout un peuple.

Nous ne cessons de le rappelez depuis des années, vouloir sacrifier la #JUSTICE sur l’autel des arrangements polico-diplomatiques et d’une prétendue réconciliation nationale est un leurre, une comédie institutionnelle qui fait le lit du terrorisme.

L’impunité nourrit le terrorisme.

Ce pays a des valeurs, bâties sur un socle de dignité, d’intégrité, de don de soi et de justice sociale. Toute personne qui s’associera à cette forfaiture souillera son honneur et portera l’entière responsabilité du délitement de notre société.

Les criminels doivent être réconciliés avec les tribunaux, seule condition pour un État de droit et un vivre ensemble harmonieux.

Seule la lutte libère !

La Patrie ou la mort nous vaincrons !

Notre nombre est notre force !


LES CENTRALES SYNDICALES: CGT-B – CNTB – CSB – FO/UNS – ONSL – USTB

LES SYNDICATS AUTONOMES: SAMAE–SATB–SATEB–SBM–SNEAB–SNESS–SYNAPAGER–SYNAPIB–SYNATEB–SYNATEL– SYNATIC–SYNATIPB– SYNATRAD–SYNTAS–SYNTRAPOST–SYSFMAB–UGMB

Déclaration des syndicats sur l’annonce du retour de Blaise Compaoré

Depuis quelques jours et particulièrement depuis le 5 juillet 2022, il est annoncé le retour de Blaise COMPAORE à l’invitation du président Paul-Henri Sandaogo DAMIBA pour ‘’contribuer à rechercher des solutions aux préoccupations du pays’’. Après avoir fait circuler l’information de façon officieuse, les autorités l’ont confirmée le 6 juillet après le conseil des ministres du jour.

A ce propos, il importe de rappeler deux faits essentiels :

           Blaise COMPAORE a quitté le Burkina suite à l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, exfiltré par l’armée française qui dit l’avoir fait à la demande du président ivoirien, Alassane OUATTARA ;

           Blaise COMPAORE a été jugé par contumace dans le dossier de l’assassinat de Thomas SANKARA et le tribunal, à l’issue du procès, a :

–              « … Déclaré les accusés COMPAORE Blaise et DIENDERE Gilbert coupables des faits de complicité d’assassinat à eux reprochés ;

–              Condamné COMPAORE Blaise, DIENDERE Gilbert et KAFANDO Tousma Hyacinthe à la peine d’emprisonnement à vie chacun ;

–              Prononcé la déchéance des décorations de tous les accusés condamnés ayant bénéficié d’une ou de plusieurs distinctions honorifiques ;

–              Dit que le Présent jugement vaut titre de détention pour les accusés condamnés à une peine privative de liberté non couverte par la détention provisoire conformément aux dispositions de l’article 315-14 de la loi n°040-2019/AN du 29 mai 2019 portant Code de procédure pénale ;

–              Dit que les mandats d’arrêt décernés contre COMPAORE Blaise et KAFANDO Tousma Hyacinthe sont maintenus et ce en application des dispositions de l’article 261-128 alinéa 4 de la loi n°040-2019/AN du 29 mai 2019 portant Code de procédure pénale. »

Au regard de ces faits, l’Unité d’Action Syndicale (UAS) s’étonne qu’un communiqué officiel annonce que « cette rencontre importante pour la vie de la Nation n’entrave pas les poursuites judiciaires (souligné par nous) engagées contre certains ».

Pourquoi le gouvernement choisit-il de parler de poursuites judiciaires alors qu’il s’agit, dans le cas précis de Blaise COMPAORE d’une condamnation judiciaire qui attend d’être exécutée.

L’UAS rappelle qu’elle reste attachée au triptyque ‘’VERITE-JUSTICE-RECONCILIATION’’. Cette réconciliation ne doit, ni ne peut se faire en consacrant l’impunité ou en opérant des arrangements entre politiciens. L’expérience de la ‘’journée du pardon’’ du 30 mars 2001 doit servir de leçon pour tous.

L’UAS interpelle la justice afin qu’elle se saisisse de la venue de Blaise COMPAORE pour mettre à exécution la décision judiciaire. Elle demande au président Paul-Henri Sandaogo DAMIBA et au gouvernement de ne pas faire obstacle à l’exécution de la condamnation par la justice. Le contexte de multiplication des attaques terroristes n’autorise pas des agissements qui présentent le risque de dégrader la paix sociale.

Elle appelle ses militant(e)s et sympathisant(e)s, les travailleuses et travailleurs du Burkina à suivre l’évolution de la situation, à rester mobilisés pour la lutte contre l’impunité des crimes économiques et de sang, cette impunité qui compte pour beaucoup dans la situation catastrophique que vit notre pays.

Ouagadougou, le 07 juillet 2022

Ont signé :

Le Président de mois des centrales syndicales  Le Président de mois des syndicats autonomes

Olivier Guy OUEDRAOGO                                                                          Alain SOME

Secrétaire Général/CSB                                                       Secrétaire Général/SYNTRAPOST


DÉCLARATION du MBDHP (Mouvement Burkinabè des droits humains et peuples) SUR LA VENUE DE BLAISE COMPAORÉ AU BURKINA FASO

Le MBDHP suit avec attention l’évolution de la situation politique actuelle au Burkina Faso. Cette situation est marquée par la décision du gouvernement du MPSR de faire venir au Burkina Faso Blaise COMPAORE, ancien Président du Faso. Ce dernier, faut-il le rappeler, fait l’objet d’une condamnation par contumace à la prison à vie pour des faits d’attentat à la sûreté de l’Etat, de recel de cadavres et de complicité d’assassinats. Cette condamnation sanctionne le rôle joué par Blaise COMPAORE dans les évènements du 15 octobre 1987.

Le MBDHP note que la présence de Blaise COMPAORE au Burkina s’est faite à l’invitation du Président du Mouvement Patriotique pour la Sauvegarde et la Restauration (MPSR), le Lieutenant-Colonel Paul-Henri Sandaogo DAMIBA, au mépris des règles et principes élémentaires de l’Etat de droit.

Cette invitation abominable et scandaleuse du Président du MPSR constitue un signal fort négatif pour l’indépendance de la justice dans notre pays. Elle constitue également un mépris pour toutes les victimes des crimes de sang et des crimes économiques qui ont jalonné l’histoire de la 4ème République.

Parallèlement, le MBDHP a appris l’expiration de l’autorisation de sortie du territoire national accordée à monsieur Djibril Yipènè BASSOLE pour des raisons de santé. Ce dernier, qui se promènerait allègrement entre la France et la sous-région afin d’exécuter des missions occultes, fait également l’objet d’une condamnation à dix (10) ans de prison pour trahison suite à la tentative de coup d’état militaire de septembre 2015 qui a causé quatorze (14) morts et fait près de 270 blessés. Cette situation place le concerné en situation d’évasion.

Ces faits mettent à nue la véritable feuille de route du MPSR dont on est aujourd’hui légitimement fondé à croire que l’une des missions principales est la restauration des caciques du régime déchu de Blaise COMPAORE et l’absolution de ces derniers de tous leurs crimes sous le prétexte de la réconciliation nationale.

Le MBDHP rappelle que la vérité et la justice restent les préalables et les socles indispensables à tout processus de réconciliation. Le règne de l’impunité est l’une des causes de la fragilité structurelle du Burkina.

C’est pourquoi, le Mouvement appelle les autorités judiciaires à prendre leurs responsabilités et à agir avec fermeté pour l’exécution des décisions de condamnation des sieurs Blaise COMPAORE et Djibril Yipènè BASSOLE.

Enfin, le MBDHP appelle l’ensemble de ses militantes et militants à la vigilance et à la mobilisation. Il les invite à poursuivre et à intensifier leurs actions d’information et de sensibilisation aux droits humains à la lumière des évènements actuels.

Fait à Ouagadougou, le 08 juillet 2022

Le Comité exécutif national


Déclaration du Conseil supérieur de la magistrature

Tenant compte de l’actualité nationale et des débats liés à l’arrivée au Burkina Faso, sur initiative du Président de la Transition, de monsieur Blaise COMPAORE, ancien Chef d’Etat du Burkina Faso, pour des besoins allégués de concertation, le Conseil supérieur de la magistrature, après concertation, voudrait apporter les précisions suivantes:

La suite après cette publicité

1)- Le Conseil supérieur de la magistrature, au regard de ses attributions légales, n’a pas le pouvoir de suspendre le mandat d’arrêt émis contre monsieur Blaise COMPAORE à la faveur du procès lié à l’assassinat de feu Thomas SANKARA comme cela a été faussement prétendu par certains ;

2)- La poursuite de l’exécution du mandat d’arrêt décerné contre monsieur Blaise COMPAORE relève légalement des attributions de la justice militaire ;

3)- La loi met à la charge de l’exécutif le devoir d’apporter son concours pour l’exécution des décisions de justice et ne lui confère pas le pouvoir d’apprécier de l’opportunité de l’exécution desdites décisions.

Fait à Ouagadougou, le 08 juillet 2022

Le Président du Conseil supérieur de la magistrature

Jean Mazobé Kondé

Commandeur de l’ordre de l’Etalon


Arrestation de Blaise Compaoré : Le syndicat des avocats invite le procureur militaire et le ministre de la Défense à exercer leurs prérogatives

Le jeudi 07 juillet 2022, le Syndicat des Avocats du Burkina Faso (SYNAF) a suivi avec l’opinion nationale et internationale, à travers les médias, le retour de Compaoré Blaise de la Côte d’lvoire où il s’était réfugié depuis sa chute en Octobre 2014 suite à l’insurrection populaire

En rappel, dans le dossier Thomas Sankara, par jugement en date du 06 avril 2022, la chambre de première instance du Tribunal Militaire de Ouagadougou, statuant par défaut à l’égard de Compaoré Blaise, l’a déclaré coupable d’attentat à la sûreté de l’Etat et de complicité d’assassinat et, en répression, l’a condamné à la peine d’emprisonnement à vie et dit que le mandat d’arrêt décerné contre lui est maintenu en application des dispositions de l’article 261-128 alinéa 4 du Code de procédure pénale.

Le Syndicat des Avocats du Burkina Faso (SYNAF) rappelle qu’il est attaché au respect des décisions de justice et leur stricte exécution, seule garantie des fondements de l’Etat lui-même.

Par conséquent, il invite instamment le Procureur militaire et le Ministre de la Défense à exercer les prérogatives que leur confèrent les dispositions des articles 144 et 145 du Code de Justice Militaire en matière d’exécution des décisions des tribunaux militaires.

Fait à Ouagadougou, le 8 juillet 2022

Pour le Bureau Exécutif du SYNAF

Maitre Amand KPODA
Avocat à la Cour

Secrétaire général Adjoint

Source : https://www.infoh24.info/arrestation-de-blaise-compaore-le-syndicat-des-avocats-invite-le-procureur-militaire-et-le-ministre-de-la-defense-a-exercer-leurs-prerogatives/?cn-reloaded=1


« Blaise Compaoré a foulé impunément le sol burkinabè », selon le CNP-NZ (Centre national de Pres _Norbert Zongo)

Ceci est une déclaration du Centre national de presse Norbert Zongo (CNP-NZ) sur les risques qui pèsent sur les dossiers de crimes. 

L’opinion nationale et internationale a assisté à une séquence inédite de l’histoire du Burkina Faso les 7, 8 et 9 juillet 2022. En effet sur invitation du Président de la Transition, le Lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, l’ancien Chef d’Etat Blaise Compaoré a séjourné au Burkina Faso du 7 au 9 juillet 2022.

Ce retour de Blaise Compaoré au Burkina Faso, après huit ans d’exil en Côte d’Ivoire, s’inscrit, selon la présidence du Faso, dans le cadre d’une « rencontre de haut niveau » entre le Président Damiba et les anciens chefs d’Etat burkinabè. Cette rencontre qui devrait donc réunir les anciens présidents, Jean Baptiste Ouédraogo, Blaise Compaoré, Yacouba Isaac Zida et Roch Marc Christian Kaboré, autour du président Damiba a eu lieu effectivement le 8 juillet dans l’enceinte même de la Présidence du Faso. Selon le président Damiba, cette rencontre s’inscrirait dans le cadre d’une démarche de réconciliation nationale.

Le Centre national de presse Norbert Zongo (CNP-NZ) rappelle que les Burkinabè sont nombreux à souhaiter le retour de l’ensemble des exilés politiques, particulièrement celui de l’ancien président Blaise Compaoré, mais pas dans les conditions d’une défiance de la justice dont l’indépendance reste à consolider.

En effet, déchu du pouvoir lors de l’Insurrection populaire d’octobre 2014, Blaise Compaoré avait aussitôt quitté le Burkina Faso le 31 octobre pour se réfugier en Côte d’Ivoire, laissant derrière lui de nombreux dossiers de crimes de sang en souffrance devant la justice burkinabè.

L’un de ces dossiers est sans conteste le dossier du coup d’État du 15 octobre 1987 au cours duquel le Capitaine Blaise Compaoré avait pris le pouvoir suite à l’assassinat du Président Thomas Sankara ainsi que douze de ses compagnons. Le procès de ce dossier qui a connu plusieurs péripéties judiciaires s’est ouvert finalement le 11 octobre 2021 en l’absence de Blaise Compaoré, principal inculpé avec 13 autres inculpés. Malgré le mandat d’arrêt international lancé à son encontre par la justice burkinabè, Blaise Compaoré qui entre temps s’est attribué la nationalité ivoirienne, faisant prévaloir cette dernière sur sa nationalité burkinabè, n’a jamais répondu aux requêtes de la justice pour la manifestation de la vérité dans ce dossier qui cristallise en bonne partie les tensions sociales dans notre pays.

Jugé par contumace, Blaise Compaoré a été condamné à la prison à perpétuité, le 6 avril 2022, date du verdict du tribunal militaire. Certains accusés ont été relaxés et les condamnés purgent leurs peines à la Maison d’arrêt et de correction des armées, à l’exception de deux personnes. Il s’agit de Hyacinthe Kafando et de Blaise Compaoré qui n’ont jamais déféré à la justice burkinabè et n’ont pas respecté la décision de justice.

Nonobstant cette décision de justice et le mandat d’arrêt international contre lui, le CNP-NZ note que Blaise Compaoré a foulé impunément le sol burkinabè, avec la complicité de celui qui est censé être le premier garant de la justice et de son indépendance, le Président Paul-Henri Sandaogo Damiba.

En faisant venir ainsi Blaise Compaoré au Burkina Faso, et en lui déroulant le tapis rouge à Kosyam, le Président Damiba viole son serment de Président du Faso et consacre l’impunité. Au nom de quoi le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) du Lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba se donne-t-il le droit de vouloir soustraire Blaise Compaoré, fut-il ancien président, de la justice ? Quelle réconciliation peut-on espérer par de tels actes ? La vérité et la justice sont les piliers qui soutiennent la réconciliation. Et l’expérience de la journée nationale du pardon du 30 mars 2001, qui a été un échec, devrait nous l’enseigner.

Cette forfaiture du régime du MPSR inquiète le CNP-NZ et toute personne soucieuse de la construction d’un véritable Etat de droit démocratique. En effet, l’arrivée de Blaise Compaoré qui a toujours refusé de répondre à la justice burkinabè vient bafouer l’indépendance de la justice chèrement acquise par le peuple. En orchestrant cette manœuvre, Paul-Henri Sandaogo Damiba viole le serment qu’il a prêté en tant que Président du Faso.

Le mercredi 16 février 2022, Paul-Henri Sandaogo Damiba après son coup d’Etat le 24 janvier 2022, avait quand même prêté serment devant le Conseil constitutionnel en jurant par ces termes sacrés de notre loi fondamentale : « Je jure devant le peuple burkinabè et sur mon honneur de préserver, de respecter, de faire respecter la Constitution, de garantir la justice à tous les Burkinabè ».

En l’installant dans ses fonctions, le doyen d’âge du Conseil constitutionnel lui avait pourtant rappelé que par ce serment, il prend « l’engagement devant le peuple du Burkina Faso de faire prévaloir le droit et la justice sous toute autre forme de gouvernance et pour cela aucun sacrifice n’est de trop… ». Ce reniement de son serment fait peser un lourd danger sur l’Etat de droit au Burkina. Qu’en sera-t-il des autres dossiers de crime qui attendent aussi de connaître leur épilogue ?

Comment ne pas être inquiet quand on pense au dossier relatif à l’assassinat du journaliste Norbert Zongo et ses trois compagnons, Blaise Ilboudo, Ernest Zongo et Abdoulaye Nikiéma, pour lequel nous réclamons vérité et justice depuis plus de 23 ans ! Poursuivi pour l’assassinat de notre confrère le 13 décembre 1998, François Compaoré, petit frère de Blaise Compaoré, qui est sous le coup d’un mandat d’arrêt international multiplie les obstacles à son extradition de la France vers le Burkina Faso.

Il faut craindre que l’impunité que le régime du MPSR veut accorder à Blaise Compaoré ne soit une maladie contagieuse. Dans la même veine, l’opinion a appris la sortie de prison du Général Gilbert Diendéré pour une permission de cinq jours. Selon son avocat qui s’est exprimé sur les médias, cette permission est conforme à la loi qui prévoit 30 jours de permission par an pour toute personne condamnée. Mais en réalité c’est une compréhension intentionnellement erronée que l’on tente de faire passer dans l’opinion dans le but de tromper les Burkinabè.

Le Général Diendéré, ou toute autre personne, a le droit de bénéficier d’une permission mais encore faut-il que cela s’inscrive dans le cadre strict de la loi pour une question d’égalité des Burkinabè devant la justice et évite de heurter ainsi la sensibilité des victimes et de leurs parents. Pour le moins que l’on puisse dire, le régime du MPSR marche sur la Justice.

Tout en dénonçant cette forfaiture qui constitue un recul démocratique, le CNP-NZ invite le Président Damiba à :

se ressaisir en vue de respecter le serment prêté le 16 février 2022 ;
cesser de divertir le peuple et à se consacrer à la réalisation de son engagement phare qui est de recouvrer l’intégrité du territoire national ;
arrêter de telles manœuvres politiciennes qui ravivent les douleurs des familles des victimes et nous éloignent du chemin véritable de la réconciliation ;
tout mettre en œuvre pour l’aboutissement diligent du dossier judiciaire de l’affaire Norbert Zongo, notamment l’extradition de François Compaoré pour laquelle sa responsabilité politique etcelle de son gouvernement sont entièrement engagées.

Le CNP-NZ appelle les défenseurs de la liberté d’expression et de la presse, les défenseurs des droits de l’Homme et l’ensemble du peuple burkinabè à la vigilance et à toujours se mobiliser contre l’impunité et pour exiger l’égalité des droits  et devoirs pour tous les Burkinabè, la vérité et la justice pour tous les crimes impunis.

Ouagadougou, le 18 juillet 2022

Pour le CNP-NZ, Le Président du Comité de pilotage

Guézouma SANOGO

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Le 11 octobre 2021 a débuté au Burkina-Faso le procès de l’assassinat de Thomas Sankara, chef de file de la révolution de 1983, icône anti-impérialiste et panafricaine, tué le 15 octobre 1987 par un commando militaire dont faisait partie Blaise Compaoré, qui installera ensuite une dictature pendant près de 30 ans. Interview avec Bruno Jaffré, biographe de Thomas Sankara et membre du réseau international “Justice pour Sankara, justice pour l’Afrique”.

Peux-tu nous rappeler le contexte et les enjeux de ce procès ?
Bruno Jaffré : Les enjeux sont différents suivant les intérêts des uns et des autres. Pour le gouvernement de Roch Kaboré, c’était l’étape obligée pour mettre en œuvre la « réconciliation » des Burkinabè, qui devait selon lui permettre le retour rapide de Blaise Compaoré qu’il avait promis lors de la campagne électorale (des discussions seraient en cours avec la Côte d’Ivoire). Pour les familles des victimes, il s’agit simplement d’obtenir justice. Pour nous, en plus de la justice, le procès est un des moyens de connaitre la vérité sur l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons. En particulier un moyen de savoir quel a été le rôle de la France dans le complot.
Le retard dans la livraison du troisième lot d’archives promise par le président Macron a décidé le juge François Yaméogo à dissocier le dossier du complot national de celui du complot international, afin de poursuivre l’enquête sur le complot international et de clore le dossier national pour aller au procès, pour éviter que d’autres accusés ou témoins ne décèdent.
Quant au troisième lot tant attendu, il semble bien qu’il ne contenait guère de documents déclassifiés, malgré les promesses faites publiquement par le président Macron, lors de sa visite au Burkina en novembre 2017. Notre expérience, comme membre de Survie, mais aussi du collectif secret-défense montre que la France ne lève quasiment jamais le secret défense. Que ce soit pour l’affaire Sankara, comme pour l’affaire du génocide des Tutsis au Rwanda, Survie connait bien ces blocages.

Le procès se déroule-t-il de manière satisfaisante et peut-on espérer une conclusion judiciaire indépendante sachant qu’il s’agit d’un tribunal militaire ?
Je pense que la qualité de l’instruction dépend beaucoup de l’engagement du juge, militaire ou pas. La demande d’ouverture du secret-défense à la France, alors que rien ne l’y obligeait, a montré un signe fort de son indépendance de sa part. De ce que je sais, le gouvernement burkinabé n’a pas exercé de pression sur le juge. Par contre, les Français n’ont pas collaboré sincèrement, comme le montre le peu de documents déclassifiés reçus par la justice burkinabè.
Par ailleurs, depuis la Transition qui a suivi l’insurrection en 2015, le Burkina est, semble-t-il, le pays où l’indépendance entre le pouvoir politique et le pouvoir judiciaire est la plus avancée formellement. Bien sûr, cela n’empêche pas les pressions de toute sorte mais le juge qui m’a auditionné plusieurs fois a montré suffisamment son indépendance.

Quels ont été les témoignages les plus importants à ce jour ?
Les nombreux témoignages des militaires présents sur les lieux des assassinats ont confirmé la présence du l’ex-général Gilbert Diendéré, le numéro 2 du régime de Blaise Compaoré. Mieux, il est apparu qu’il dirigeait les opérations et envoyait un peu partout des groupes de soldats pour prendre le contrôle d’autres garnisons militaires qui auraient pu réagir. Les témoignages ont aussi permis d’avoir les noms des membres du commando, de savoir que ce dernier est parti du domicile de Blaise Compaoré, avec deux véhicules dont l’un lui appartenait. Il faut noter aussi les témoignages des officiers à la tête de la gendarmerie et de plusieurs membres du contre-espionnage burkinabè. Par contre, aucun civil ne fait partie des accusés, ce qui est une déception. Le procès semble pourtant confirmer la participation active de Salif Diallo, décédé en 2019, au coup d’État. Il était l’homme des basses œuvres de Blaise Compaoré et de ses interventions extérieures. Mais il s’est lancé dans une vaste opération de charme tous azimuts pour faire oublier son passé. Le procès a cependant confirmé qu’il était bien au domicile de Blaise Compaoré au moment où le commando s’est élancé, mais aussi qu’il est venu avec un autre journaliste pour contrôler la radio nationale où il a passé la nuit.

Qu’est-ce qui explique que ces civils n’aient pas été poursuivis ?
A l’image de Salif Diallo, plusieurs civils, qui avaient plus ou moins réussi à faire oublier cette période peu glorieuse pour eux, ont activement participé à la déstabilisation de la révolution en 1987. L’un d’eux, Gabriel Tamini, journaliste à l’époque, est parti avec Salif Diallo contrôler la radio, lieu stratégique s’il en est lors d’un coup d’État. Tous deux y ont même passé toute la nuit.
Certes les civils n’ont pas formellement tiré sur Thomas Sankara, mais certains ont été cités pour avoir contribué à alimenter une campagne de déstabilisation avec notamment des tracts orduriers dont l’objectif était de détruire l’amitié entre Thomas Sankara et Blaise Compaoré. Beaucoup de ces civils ont tenté de nier leur participation active au Front Populaire constitué après les assassinats.
En fait, ce procès se situe entre reconstitution historique et procédure judiciaire qui sont deux domaines très différents. Cela permet d’en savoir plus sur ce qui s’est réellement passé, mais des noms de personnes impliquées apparaissent sans qu’elles soient poursuivies. Et l’on ne peut que regretter qu’il n’ait été ni filmé ni enregistré. Plus grave, on ne disposera pas non plus des minutes du procès faute de sténotypistes formés au Burkina.

Bien que les implications étrangères n’entrent pas dans le champ du procès, en a-t-il été question ?
Plusieurs témoins importants, souvent des proches de Thomas Sankara, sont venus évoquer l’implication française et celle d’autres pays de la région, bien que ce ne soit pas officiellement à l’ordre du jour du procès. Pour autant ils n’ont pas donné beaucoup de preuves, si ce n’est quelques anecdotes. Reste que, et cela a été confirmé au procès, des Français sont venus, le lendemain de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons, pour détruire les écoutes téléphoniques. Ce qui constitue bien la preuve d’une complicité au coup d’État. Un des témoins affirme même que Paul Barril était parmi eux et qu’un Français s’est permis de demander l’arrestation d’un des membres du service des écoutes. Jean Pierre Palm, un des principaux accusés, à l’époque capitaine de gendarmerie, a démenti. Mais il a perdu toute crédibilité lorsqu’il a nié avoir pratiqué la torture, alors que plusieurs victimes ont témoigné de sa responsabilité voire de sa participation à ces actes, que ce soit par voie de presse ou durant le procès.

A-t-il été question d’autres implications étrangères ?
La question de la participation du Libéria n’a guère été évoquée car il est acquis que les témoins libériens mentaient lorsque plusieurs d’entre eux ont déclaré avoir été présents au Conseil de l’Entente, le lieu de l’assassinat (voir Silvestro Montanaro, « E quel giorno uccisero la felicità » C’era una volta – Rai3, 2013).
Par contre l’éventualité d’une implication de la Libye a été évoquée. Elle fait partie du groupe de pays qui ont soutenu Charles Taylor lorsqu’il a déclenché la guerre du Libéria. Ses hommes ont été formés au Burkina et en Libye après l’assassinat de Thomas Sankara. Un témoin a affirmé que Kadhafi a demandé à Sankara de soutenir Taylor pour renverser Samuel Doe, ce que Sankara a refusé. Par ailleurs, d’autres ont expliqué que les relations entre Sankara et Kadhafi se sont détériorées parce que Thomas Sankara n’a pas accédé à une demande de Kadhafi de créer une ligue armée islamique.
Il a aussi été question de la Côte d’Ivoire, d’Houphouët-Boigny et du mariage de Blaise Compaoré avec Chantal Terrasson de Fougères issue d’une famille proche du président ivoirien. Elle a contribué à retourner Blaise Compaoré, ouvrant une brèche dans l’amitié avec Thomas Sankara, par son exigence de vivre dans le luxe alors que les Burkinabè assumaient avec fierté leur pauvreté. Un autre témoin a rendu compte du soutien du président ivoirien à Jean Claude Kamboulé, un officier burkinabè, réfugié en Côte d’Ivoire, qui préparait une insurrection armée contre la Révolution.

Le récent coup d’État risque-t-il de porter un coup d’arrêt ou d’infléchir la teneur du procès ?
Lorsque j’écris ses lignes, les évènements se succèdent rapidement. Pour résumer, les auteurs du coup d’État ont plusieurs fois affirmé leur volonté de ne pas entraver la poursuite du procès, en permettant sa réouverture quelques jours après le coup d’État et en démentant rapidement la libération de Gilbert Diendéré.

Une question d’actualité pour terminer, étant donné que tu es au Burkina en ce moment. Comment le coup d’État est-il accueilli par la population ? La situation est-elle calme ?
Ici, la situation est très calme. La population vaque tranquillement à ses occupations. Elle a accueilli le coup d’État avec satisfaction, alors qu’elle avait récemment manifesté massivement dans différentes villes du pays pour demander la démission de Roch Marc Christian Kaboré. Ce dernier est apparu en bonne santé à la télévision, détenu dans une très belle villa. Et les débats se succèdent sur les différentes chaines de télévision dans une grande liberté des intervenants.
La crise politique et sécuritaire avait atteint des sommets (voir Billets n°312, novembre-décembre 2021), la colère avait gagné une bonne partie de la population.
Des scandales avaient éclaté à propos de la corruption au sein de l’armée, entrainant un manque d’efficacité dans la lutte contre les HANI (hommes armés non identifiés), comme on les appelle ici. Une corruption qui pénétrait l’ensemble de la société, y compris le plus haut sommet de l’État sans que le président déchu n’ait jamais rien entrepris pour y mettre fin.
La population est particulièrement sensible au sort des déplacés dont le nombre dépasse désormais 1,5 million, alors qu’une partie importante du territoire au nord et à l’est subit les assauts permanents des HANI. La région proche de la Côte d’Ivoire a aussi subi des attaques ces derniers temps. Les Burkinabè comptent maintenant sur l’armée pour faire reculer l’insécurité rapidement alors que cela risque de prendre de nombreuses années.
Ils semblent néanmoins avoir retrouvé espoir, tout en se détournant des partis politiques. Il y a bien eu quelques manifestations de soutien aux militaires mais peu fournies, à part dans la ville d’où est originaire le nouveau chef de l’État le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba. La population dans l’ensemble reste dans l’expectative, dans l’attente d’en savoir plus sur les projets des militaires. Ceux-ci multiplient actuellement les concertations avec différents secteurs de la société et devraient bientôt annoncer leurs intentions.

Propos recueillis par Marie Bazin 
et Raphaël Granvaud

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 314 – février 2022

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Anta Guissé : « Le procès Sankara est un procès avec l’histoire » https://www.thomassankara.net/anta-guisse-proces-sankara-proces-lhistoire/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=anta-guisse-proces-sankara-proces-lhistoire https://www.thomassankara.net/anta-guisse-proces-sankara-proces-lhistoire/#respond Fri, 06 May 2022 11:51:47 +0000 http://www.thomassankara.net/?p=246449 Nous publions ci-dessous une interview de Me Anta Guissé, avocate au barreau de Paris, qui faisait partie du groupe des avocats de la partie civile qui représentait la famille Sankara. Elle est extraite du site https://www.justiceinfo.net qui se présente ainsi : “Justice Info est un site d’information indépendant qui couvre l’actualité des initiatives de justice […]

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Nous publions ci-dessous une interview de Me Anta Guissé, avocate au barreau de Paris, qui faisait partie du groupe des avocats de la partie civile qui représentait la famille Sankara. Elle est extraite du site https://www.justiceinfo.net qui se présente ainsi : “Justice Info est un site d’information indépendant qui couvre l’actualité des initiatives de justice dans les pays confrontés à de graves violences, en français et en anglais. C’est un média de la Fondation Hirondelle, basée à Lausanne, en Suisse, financé par ses lecteurs et par des donateurs public et privés“.
La rédaction du site

 

Depuis plus de vingt ans, l’avocate franco-sénégalaise Anta Guissé a porté la parole de la défense devant les tribunaux internationaux pour le Rwanda et pour le Cambodge, ainsi que devant la Cour pénale internationale. Elle vient de plaider pour les familles des victimes dans le procès au Burkina-Faso sur l’assassinat de l’ancien président Thomas Sankara, dont le verdict est attendu pour le 6 avril. Et partage ses réflexions sur le jugement de ces crimes extraordinaires.

JUSTICE INFO : Le 15 octobre 1987, le président du Burkina-Faso Thomas Sankara était assassiné avec douze de ses compagnons dans un coup d’État. Trente-cinq ans plus tard, 14 personnes, dont 2 en fuite, sont poursuivies pour ces meurtres et pour « attentat à la sûreté de l’État et complicité d’attentat ». C’est-à-dire, pour reprendre une citation dans votre plaidoirie, pour un crime « d’exception au milieu des crimes ordinaires », un crime qui « ébranle l’ordre social dans ses fondements ». En quoi cet assassinat politique doit-il être considéré comme majeur même s’il n’est pas un crime international ?

ANTA GUISSÉ : L’attentat en lui-même est un crime d’exception, il est jugé à part. Les assassinats, eux, restent des crimes de droit commun. La particularité est que cela touche un chef d’État. Le Burkina-Faso a connu beaucoup de coups d’États mais celui-ci est le plus sanglant. Ce fut un bain de sang sous la forme d’une exécution en règle. Ce qui est également particulier, c’est que cela a été prémédité et préparé, puisqu’au même moment où on le tuait au Conseil de l’Entente [siège du pouvoir exécutif], on a fait en sorte de tuer aussi les personnes qui étaient susceptibles d’être les plus proches de Sankara et auraient pu intervenir pour déjouer le coup d’État.

C’était un moment charnière dans l’histoire de l’Afrique, où l’on pouvait basculer dans une autre façon d’aborder le mode de gouvernement sur le continent, une autre façon de voir les rapports entre anciens pays colonisateurs et anciens peuples colonisés. Le fait que cela ait été fauché aussi violemment et par son meilleur ami [Blaise Compaoré, président du Burkina de 1987 à 2014] ajoute une dimension un peu shakespearienne.

La personnalité de Sankara et de cette révolution au Burkina me rappellent bien sûr l’adolescente que j’étais à l’époque et ce que cela a alors voulu dire pour beaucoup de gens. J’ai des parents gauchistes et de milieux militants ; un ami burkinabé venait souvent séjourner chez nous et il est mort pendant ces événements. On parle toujours des personnes tuées au Conseil de l’Entente mais, malheureusement, d’autres gens sont morts ou ont disparu dans des circonstances étranges dans les semaines et mois qui ont suivi.

Anta Guissé : « Le procès Sankara est un procès avec l’histoire »Anta Guissé © Benoit Peyrucq

Je me souviens d’une énorme tristesse. Je côtoie des Africains de tous milieux ; quand ils apprennent que je suis intervenue dans ce procès [comme avocate des parties civiles], tous se souviennent du jour où ils ont appris la mort de Thomas Sankara – et tous ont pleuré. Tous, quelle que soit leur nationalité.

C’est donc l’histoire du Burkina, mais pas seulement : du fait des positions et des discours extrêmement forts de Sankara, c’est l’histoire de l’Afrique. C’était le roi de la « punchline » ! C’était l’époque des Houphouët [Félix Houphouët-Boigny, président de la Côte d’Ivoire de 1960 à 1993], des Eyadéma [Gnassingbé Eyadéma, président du Togo de 1967 à 2005] et Sankara était ce jeune qui dirigeait un pays pauvre mais qui tout à coup se retrouvait sur la scène des grands parce qu’il avait cette dignité, cette volonté de travailler avec ce que l’on a, d’avoir une autre vision du développement. Il y avait certainement les erreurs de la révolution mais on ne peut pas enlever à Sankara qu’il était d’une extrême probité et cela changeait beaucoup par rapport aux autres gouvernants de l’époque et à ceux qui ont suivi. Ce fut un grand espoir totalement détruit.

Trente-cinq ans après les faits, sur le plan judiciaire, la preuve a pu se déliter mais nous avons aussi le bénéfice de la distance. Nous voyons maintenant bien qui a fait quoi de cette révolution.

Nous avons eu un vrai procès d’assises, avec des experts balistiques et des interventions sur les faits : comment on a tué les gens, à quel moment, qu’est-ce qui s’est passé dans les mois qui ont précédé le 15 octobre et après.

N’est-ce pas ce que l’on appelle un procès pour l’histoire ?

Oui, mais pas seulement. Nous avons eu un vrai procès d’assises, avec des experts balistiques et des interventions sur les faits : comment on a tué les gens, à quel moment, qu’est-ce qui s’est passé dans les mois qui ont précédé le 15 octobre et après. Je dirais plutôt que c’est un procès avec l’histoire, dans le sens où nous avons des éléments de compréhension que nous n’aurions pas eu si nous avions jugé les faits dans la foulée – par exemple, un certain nombre de câbles diplomatiques français qui exposent les diverses explications données par le clan Compaoré, les crispations dans la « Françafrique » ou en Côte d’Ivoire.

Que retenez-vous de ce procès ? Qu’a-t-on appris ?

Que cela a été vraiment prémédité, que cela remontait à de nombreux mois, voire plus. Il y avait eu plusieurs tentatives d’assassinat auparavant. Thomas Sankara savait que sa vie était en danger et il a volontairement refusé d’entrer dans cet engrenage. On a appris que Blaise Compaoré était un vrai traître – on s’en doutait mais c’est désormais plus apparent – et que c’était un animal politique. Tant au niveau national qu’international, il avait fait en sorte de s’assurer qu’il n’y aurait pas de répercussions.

Vous avez déjà agi comme avocate de la défense devant le Tribunal pour les Khmers rouges, au Cambodge, où les faits étaient également jugés trente-cinq ans plus tard. Quelle fonction remplit une cour dans des procès de ce type ?

Je n’arrive pas à faire de parallèle entre le procès de Khieu Samphan [président du Kampuchea démocratique de Pol Pot, entre 1975 et 1979, condamné à perpétuité en 2014 puis en 2018 pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide] et l’affaire Sankara. Le procès Sankara est vraiment celui d’une cour d’assises ; on n’y parle pas seulement de responsables politiques, on parle de la mise en place d’un commando. Les faits sont très différents : on ne juge pas Compaoré sur sa gestion ou ses politiques pendant ses 27 années au pouvoir. C’est vraiment l’attentat qui est poursuivi. Bien sûr, quand nous plaidons, nous y mettons la dimension politique mais, en définitive, nous sommes bien en train de parler des 13 assassinats ce jour-là. C’est extrêmement précis, avec des gens qui ont tenu les armes, qui ont participé à la réunion préparatoire, etc.

Il y a deux accusés absents majeurs au procès : l’ancien président Blaise Compaoré, réfugié en Côte d’Ivoire, et Hyacinthe Kafando, le chef du commando, en fuite. A quel point cela a-t-il diminué l’intérêt de ce procès ?

Cela ne l’a pas diminué. On aurait pu avoir ces accusés présents mais silencieux. Même si les Burkinabés auraient aimé entendre leur voix.

Les tribunaux saisis de ces procès historiques ont souvent la tentation d’écrire l’histoire. Comment abordez-vous le risque que les juristes se prennent pour des historiens ?

Dans le procès Sankara, la famille ne voulait pas du tout réécrire l’histoire. Pour elle, on a assassiné Sankara et ses compagnons en donnant des explications qui étaient fausses. Et c’était important de rétablir les faits. Il y avait, certes, une remise en contexte historique mais on parlait de faits très précis : ce jour-là, on a tué Thomas Sankara alors qu’il sortait du Conseil de l’Entente et qu’il n’était pas armé, on l’a exécuté, lui et ses compagnons. Point. C’est un déroulement très factuel. C’était un assassinat politique dans le but de prendre le pouvoir. On n’a pas refait l’histoire de la révolution. Il n’y a pas eu d’expert sur le contexte historique. On a vraiment parlé aux acteurs et aux témoins directs de l’époque.

Les juges ne sont pas censés lutter contre l’impunité ; ils sont censés juger de manière impartiale.

Et dans le procès des anciens dirigeants khmers rouges ?

Dans ce type de procès, le rôle de la défense est de rappeler que l’on est devant un tribunal pénal. On est là pour juger un homme sur des actes qu’il est supposé avoir posés. Au procès de Khieu Samphan, on nous parlait des Khmers rouges, du régime, etc. On dilue le rapport entre l’homme et les faits. On présente la lutte contre l’impunité comme l’étendard de ces juridictions alors que la lutte contre l’impunité revient au seul procureur. Les juges ne sont pas censés lutter contre l’impunité ; ils sont censés juger de manière impartiale. C’est ici où, souvent, le bât blesse. On a affaire à des faits d’une extrême complexité, avec des modes de responsabilité, notamment « l’entreprise criminelle commune », où l’on dit que l’accusé n’avait pas besoin d’avoir envie de commettre un crime pour l’avoir commis et qu’il suffisait que ce soit une conséquence prévisible. Comment être responsable d’un crime que l’on n’a pas voulu commettre ? Ce sont des constructions intellectuelles pour s’assurer que des gens, responsables politiques à un moment donné, puissent être aussi pénalement responsables de faits très éloignés de leur personne. On comprend la volonté morale [qui sous-tend cet objectif] mais on peut arriver à des positions totalement schizophrènes sur ce que c’est de commettre un crime et ce qu’est la responsabilité pénale. Ce sont des procès où il y a une présomption de culpabilité. Nous rappelons, en défense, qu’au pénal, il y a une présomption d’innocence.

On met beaucoup d’attentes dans ces procès en omettant de dire qu’ils n’offriront jamais tout ce qu’on veut. On entend de grands discours sur la lutte contre l’impunité, la réconciliation, la vérité mais, sur des faits aussi complexes et aussi étendus dans le temps, il n’y a pas qu’une vérité – et cela est propre à tout procès.

Certaines juridictions sont faites pour que l’opinion internationale lave un peu sa conscience. Je ne suis pas très certaine que les juridictions internationales servent vraiment à éviter la répétition des faits.

Mais il existe souvent une tension entre le pénal et l’histoire. Au Cambodge, avant l’ouverture du premier procès, le procureur international avait déclaré devant une assemblée de Cambodgiens qu’il ne s’agissait pas de juger une idéologie. Dans la salle, un homme de la campagne s’était levé pour lui rétorquer que, dans ce cas, il ne poursuivait que « la fumée ». Dans l’esprit de tous, ces procès jugeaient évidemment une idéologie. Comment appréhendez-vous cette tension, quand l’idéologie est au cœur du crime ?

Dans le cas des Khmers rouges, un des gros problèmes juridiques est que l’on nous expliquait que la vision politique des Khmers rouges n’était pas en soi criminelle mais que des moyens mis en œuvre l’étaient nécessairement. On était en plein grand écart. La théorie d’une entreprise criminelle commune où, les crimes étant prévisibles, la responsabilité des accusés était engagée, ne s’appliquait pas. Et il fallait quand même retenir ce mode de responsabilité. Nous disions que si on est en train de transformer un mode de responsabilité parce que l’on n’arrive pas à faire le lien avec les crimes autrement, on ne fait pas du droit. Nous n’avons jamais soutenu qu’il n’y avait pas de crimes à tel ou tel endroit ; nous avons simplement dit : sa participation à telle ou telle réunion ne permet pas d’induire qu’il participait à la commission de ces crimes.

Il y a une question plus philosophique derrière votre question : est-ce que le procès pénal est la bonne forme pour ce type de dossier ? C’est une vraie question et elle est d’autant plus problématique sur des faits particulièrement anciens, où des auteurs plus directs sont morts.

Je pense que si Khieu Samphan n’avait pas été le dernier des dirigeants khmers rouges en vie, on n’aurait pas abouti au même résultat. A un moment donné, on fait avec les moyens du bord et on dit qu’il n’y a pas d’autre moyen que de condamner. Après la première condamnation de Nuon Chea [ancien numéro 2 du pouvoir khmer rouge, condamné à perpétuité en 2014 puis en 2018 pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide] et de Khieu Samphan, un journal avait établi la somme dépensée pour aboutir à ce jugement et dit que l’on avait enfin sa justification. Lorsqu’il s’agit d’individus qui ont essentiellement une responsabilité politique, éloignée des faits, il faut lire les justifications mais les jugements font 2600 pages et personne ne les lit. Si l’on n’essaie pas de comprendre mais seulement de valider un postulat de départ, quel était l’intérêt d’un procès ?

Je crois beaucoup à l’intérêt pédagogique d’un procès. Certaines juridictions sont faites pour que l’opinion internationale lave un peu sa conscience sur des situations où elle n’est pas intervenue. Je ne suis pas très certaine que la jurisprudence des juridictions internationales serve vraiment à éviter la répétition des faits. Ceux qui manquent souvent sur le banc des accusés sont ceux qui avaient le pouvoir de prendre des décisions au moment des crises. Que ce soit en République centrafricaine ou au Rwanda, c’est frustrant de savoir qu’il y avait des missions des Nations unies sur place et que l’on n’a pas empêché les crimes. Cela devrait nous interpeller : que fait-on mal pour que cela se répète ?

Vous avez défendu Khieu Samphan, un révolutionnaire qui a servi une idéologie vilipendée, ayant détruit des millions de vies au nom de la lutte des classes. Vos clients rwandais étaient accusés d’avoir embrassé une idéologie raciste qui a coûté des centaines de milliers de vies. Dans le procès Sankara, vous représentiez les familles des collaborateurs d’un homme révéré pour son idéologie anticoloniale, panafricaine et pour ses idées visionnaires. Était-ce une respiration pour vous, d’être du côté des victimes et d’une icône positive ?

J’ai toujours aimé être en défense parce que j’aime prendre le temps d’essayer de comprendre et de ne pas avoir une vision manichéenne des choses. Dans le dossier Sankara, il y a une dimension plus personnelle, d’assister la famille d’une personne que j’admire particulièrement et qui a joué un rôle important dans ma construction personnelle. C’est une respiration parce que c’est un autre mode de travail, la pression est différente. Dans mes autres procès en défense, il y a un aspect beaucoup plus intellectualisé. Dans Sankara, l’affect était clairement plus important. Dans ma plaidoirie, j’ai été submergée par l’émotion et je ne m’y attendais pas. J’ai parfois été très émue en écoutant des personnes témoigner devant les tribunaux internationaux mais en plaidant, c’était nouveau. « Défendre » une icône que l’on a respectée, c’est une expérience professionnelle particulière, l’une des plus belles que j’ai vécues.

Était-ce plus agréable d’être aimée par l’opinion publique, au lieu d’être le vilain canard ?

C’est un métier où l’on apprend à être aimée un jour, et pas le suivant. Je regarde cela avec une petite distance amusée. Bien sûr, c’est plus agréable, non pas d’être aimée – c’est un sentiment très furtif – mais de porter la parole d’une famille et de représenter un homme qui avait une vision et qui en est mort.

Auriez-vous pu être en défense dans le procès Sankara ?

Non, je n’aurais pas pu, je n’aurais pas accepté. A cause de l’affect. L’avocat doit aller là où il sait qu’il peut faire un bon travail.

Comment les Cambodgiens pourraient-ils comprendre cela alors que vous avez accepté de défendre Khieu Samphan là-bas ?

Encore une fois parce que, pour moi, c’était peut-être plus facile de mettre une distance intellectuelle avec des faits sur lesquels je n’avais pas d’histoire personnelle. On ne fait pas forcément du bon travail s’il on est trop proche.

Rwanda, Cambodge, Burkina-Faso : dans tous ces dossiers, les avocats de la défense notamment pointent du doigt les responsabilités étrangères, qui ne sont jamais jugées par ces tribunaux pénaux. Comment vivez-vous ce procès en creux qui n’aboutit jamais ?

C’est une des libertés que l’on a en tant qu’avocat, de mettre en avant tout cela. Il y a le procès dans le prétoire et ce qui va en sortir pour alimenter un débat à l’extérieur. Ce que l’on met en avant devant une juridiction peut nourrir une autre discussion.

Mais est-ce une source de frustration ou l’acceptez-vous ainsi ?

C’est une question de pouvoir, de [rapport de] force. Je ne l’accepte pas mais on peut la dénoncer. Mettre en avant ces failles-là devant les tribunaux est une manière de les exposer. Je sais bien que les États agissent en fonction de leurs intérêts et que, tant que le rapport de force est ainsi, il est difficile de changer les choses. Ce n’est pas un procès qui change la face du monde. Le fait que l’on ne traite que la responsabilité individuelle implique que l’on ne s’intéresse qu’à une partie du problème.

Vous dénoncez souvent une justice internationale « hors sol » et vous voilà à nouveau avocate de la défense dans le procès du Centrafricain Alfred Yekatom devant la Cour pénale internationale. Qu’est-ce qui justifie que vous continuiez ?

Il y a quand même une adrénaline particulière dans ces procès. En défense, on a les moyens d’explorer des choses que l’on ne peut pas forcément faire dans une pratique nationale. La vraie question est la façon dont on mène les débats à l’audience. C’est vrai qu’après avoir goûté de la justice nationale dans le procès Sankara – même si sur des faits différents -, savoir que le public peut venir, qu’il suit au jour le jour dans la presse ce qui s’est dit, que les acteurs parlent à visage découvert, fait que l’on a un impact particulier que l’on n’a pas forcément devant une juridiction internationale.

Comme beaucoup de Noirs et de femmes noires qui arrivent à avoir une certaine visibilité professionnelle, on sait que l’on a envie de faire bien puisque, étant donné les préjugés, cela risquerait de fermer la porte à dix autres qui sont derrière nous.

Être une femme et être une femme noire devant ces tribunaux internationaux, qu’est-ce que cela change ?

C’est plus une question de perception chez les gens. Comme beaucoup de Noirs et de femmes noires qui arrivent à avoir une certaine visibilité professionnelle, on sait que l’on a envie de faire bien puisque, étant donné les préjugés, cela risquerait de fermer la porte à dix autres qui sont derrière nous. C’est une responsabilité. Même du côté des accusés, il existe cette notion qu’être défendu par un homme blanc, c’est toujours mieux que par une femme noire. Il s’agit de contrer cela devant des juridictions internationales qui sont souvent inaccessibles à des professionnelles qui viennent des pays du Sud. Qui a les moyens d’y faire même un stage ? Pour un jeune juriste d’Amérique latine, d’Afrique ou d’Asie, il faut s’accrocher pour avoir un visa Schengen. C’est encore un système de riches, malgré les efforts. On sait que cela donne un peu d’espoir de savoir qu’il y a aussi des gens qui nous ressemblent un peu et qui peuvent être dans le prétoire.

S’il s’agit de justice internationale et de se confronter à l’universel, eh bien je suis le symbole de l’universalité. Je suis à la croisée de beaucoup d’histoires.

Au Cambodge, par exemple, y a-t-il eu un moment où vous avez eu le sentiment, bien au-delà du procès, que vous parveniez à éroder les stéréotypes ?

Je ne peux pas dire que je pense à ça tous les matins en me réveillant. J’ai bien vu dans les rues de Phnom Penh que l’on n’a pas forcément l’habitude de voir des Noires comme moi – et encore moins au poste d’avocat. Donc oui, on casse les stéréotypes. Je ne suis pas une sportive, je ne suis pas une danseuse, je ne suis pas une chanteuse. Voilà, je suis avocate dans ma robe noire [rires]. J’étais ‘mè thirvi khmao’, l’avocate noire. Même le client a pu se demander s’il prenait le risque. Quelqu’un de l’équipe [de défense] m’a dit que lorsqu’il s’était agi de choisir, mon client a dit : « Ah oui, ce serait moderne. »

Et puis, s’il s’agit de justice internationale et de se confronter à l’universel, eh bien je suis le symbole de l’universalité. Je suis à la croisée de beaucoup d’histoires. Mais au final, il faut que ce soit anecdotique : c’est ce qui est dit qui est important. De voir enfin des héros qui nous ressemblent à la télé, de pouvoir nous projeter, c’est important quand on est Noir et que l’on est femme. Cela devrait arrêter de faire du bien et être juste normal mais ça ne l’est pas encore.

Comment parler de l’immigration, des matières premières, des problèmes de développement, sans parler de ça, des traces du passé colonial ?

Le passé colonial revient sur la table de la justice et des réparations. Vous êtes une femme de droit, d’ascendance sénégalaise – le pays de Léopold Sédar Senghor – et martiniquaise – le pays d’Aimé Césaire. Que vous inspire ce retour du colonial et cette exigence de justice ?

Ce que je vois en France est une vraie régression. Nous arrivons à un moment où l’on peut commencer à voir l’histoire en face mais autant la discussion a lieu, autant sur le plan politique j’entends les discours passéistes et rétrogrades des Zemmour, Le Pen et consorts [Éric Zemmour et Marine Le Pen, deux candidats d’extrême droite à l’élection présidentielle en France]. Même chez des gens de gauche, il y avait cette idée sur ce qu’ont apporté les colonies, l’éducation etc., et de nier les choses. Comment parler de l’immigration, des matières premières, des problèmes de développement, sans parler de ça, des traces du passé colonial ? Ce serait une vraie catastrophe si l’on ne pouvait pas avoir cette discussion. Ce serait bien d’avoir en face de soi des gens un peu décomplexés pour en parler, sans avoir de discours du genre « la France, tu l’aimes ou tu la quittes », d’être plus subtil que ça. La discussion pourrait être plus saine, elle ne l’est pas encore mais elle est sur la table.

Propos recueillis par Thierry Cruvellier

Source : https://www.justiceinfo.net/fr/89648-anta-guisse-proces-sankara-histoire.html

Anta Guissé

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ANTA GUISSÉ

Anta Guissé est avocate au barreau de Paris (France) depuis 1999. Elle plaide régulièrement devant les juridictions pénales nationales. Entre 2002 et 2010, elle a travaillé au sein de plusieurs équipes de défense devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda. En 2012, elle est devenue avocate internationale de l’ancien président Khieu Samphân devant les Chambres extraordinaires au sein des Tribunaux cambodgiens. Depuis 2021, elle représente le Centrafricain Alfred Yekatom devant la Cour pénale internationale. Au Burkina Faso, elle défend la famille de Thomas Sankara dans le procès de ses assassins présumés.

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Retour sur le procès de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons. Premier bilan https://www.thomassankara.net/retour-proces-de-lassassinat-de-thomas-sankara-de-compagnons/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=retour-proces-de-lassassinat-de-thomas-sankara-de-compagnons https://www.thomassankara.net/retour-proces-de-lassassinat-de-thomas-sankara-de-compagnons/#comments Mon, 18 Apr 2022 10:50:28 +0000 http://www.thomassankara.net/?p=246398 Le procès de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons s’est terminé par un lourd verdict pour les principaux accusés. Un procès à bien des égards exemplaire compte tenu des nombreux obstacles pour en éviter la tenue. Mais l’affaire n’est pas terminée. L’enquête sur le volet international se poursuit qui va se heurter en […]

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Le procès de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons s’est terminé par un lourd verdict pour les principaux accusés. Un procès à bien des égards exemplaire compte tenu des nombreux obstacles pour en éviter la tenue. Mais l’affaire n’est pas terminée. L’enquête sur le volet international se poursuit qui va se heurter en France au secret défense. Nous publions ci-dessous un article issu du blog de Bruno Jaffré sur mediapart où il fait un premier bilan du procès. On y trouvera aussi ses interventions le 6 avril 2022, jour du verdict aux journaux télévisés de TV5Monde et de France24.

La rédaction


Mercredi 6 avril. Le verdict est tombé. Devant l’immense salle comble, cette fois, de la salle des banquets. La justice est dite. Certains inculpés sont acquittés. Les plus importants, Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando, en fuite, mais aussi Gilbert Diendéré, incarcéré depuis sa condamnation pour le putsch de septembre 2015, présent tout au long du procès, sont condamnés à perpétuité, pour attentat à la sûreté de l’Etat et assassinat. Un verdict plus lourd que ce qu’avait demandé le parquet ; 30 ans de prison pour les deux premiers et 20 ans pour le troisième ! « La peine est en fait moins sévère que celle des réquisitoires », aiment à dire des Burkinabè avec humour, faisant allusion à la durée de vie de Blaise Compaoré dont la santé ne serait pas au mieux.

Jean Pierre Palm, chef de la gendarmerie après le 15 octobre 1987 a écopé de 10 ans de prison ferme, pour complicité d’attentat à la sureté de l’Etat, alors que le parquet ne demandait que 11 ans avec sursis. On trouvera le reste de verdict à la fin de l’article.

Une salve d’applaudissements accueille l’énoncé du verdict. Les familles des victimes présentes sur les lieux, les avocats de la partie civile laissent éclater leur joie. En une ultime provocation, Gilbert Diendéré quitte la salle saluant les deux mains en l’air ses partisans. Le signal est donné. Présents en nombre, ils se mettent à scander « Libérer Diendéré ». Des échauffourées éclatent avec des membres des familles de victime. La police est obligée d’intervenir. Quelques dizaine de jeunes voulant se rendre en procession jusqu’au site du Mémorial Thomas Sankara vont devoir être escortés par les forces de l’ordre.

Fin du premier épisode du procès… En attente de savoir si les avocats de la défense feront appel.


Il est peu probable que Blaise Compaoré soit un jour extradé de Côte d’Ivoire. Avec Alassane Ouattara nous avons là deux vestiges de la Françafrique qui sont solidaires.” explique Bruno Jaffré, biographe de Thomas Sankara.


Un procès quasi exemplaire, une première

Annoncé pour le 11 octobre, la première séance du procès permet de constituer le jury. Un civil Me Urbain Méda est choisi comme président. Les assesseurs sont tous militaires. Des avocats commis d’office demandaient un mois afin de consulter le dossier. Ils n’auront que deux semaines. Report pour le 25 octobre.

Douze personnes ont été assassinées le 15 octobre 1987 dans les locaux du Conseil de l’Entente : Thomas Sankara, 5 collaborateurs, Bonaventure Compaoré, Christophe Saba, secrétaire permanent du Conseil national de la Révolution, Frédéric Kiemdé, conseiller juridique à la présidence, Patrice Zagré, professeur de philosophie, Paulin Babou Bamouni, directeur de la presse présidentielle, 5 gardes du corps Abdoulaye Gouem, Emmanuel Bationo, Hamado Sawadogo, Noufou Sawadogo, Wallilaye Ouédraogo, mais aussi Paténéma Soré, gendarme, et Der Somda le chauffeur de Thomas Sankara. Le lieutenant Michel Koama, proche de Thomas Sankara sera exécuté chez lui.

Les accusés sont au nombre de 14 ; les médecins ayant signé un faux certificat de décès mentionnant « mort de mort naturel », les organisateurs du complot cités plus haut, les membres du commando et des militaires présents sur les lieux.

La lenteur du procès a déjoué tous les pronostics qui prévoyaient la fin avant la nouvelle année. L’audition des accusés a duré jusqu’à la mi-novembre, celle du principal accusé Gilbert Diendéré prenant trois jours. Puis ce fut au tour des témoins d’être interrogés. Plus de 110, d’origines diverses, soldats ou gendarmes, amis, collaborateurs, proches conseillers de Thomas Sankara. Sans compter ceux qui seront ajoutés à la fin. Parfois des confrontations suivaient immédiatement les interrogatoires des accusés ou des témoins, quand le juge l’estimait nécessaire ou lorsque des avocats le demandaient. Enfin après les plaidoiries de la défense, les accusés ont eu tout le loisir de prendre la parole.

Le rythme va s’accélérer à la mi-décembre, alors que moins de la moitié des témoins avaient été appelés jusqu’ici. De nombreux proches de Thomas Sankara, vont raconter des anecdotes inédites, ou peu connues. Beaucoup vont évoquer le complot extérieur, rapporter des faits et gestes, des confidences entendues. Ils confirmaient en général l’ambiance délétère de l’époque, les conflits politiques ou de personnes à la direction de la Révolution, leur tentative de convaincre le Président Sankara de prendre des dispositions pour ne pas se laisser assassiner.

C’est dire qu’il ne s’agit pas d’une « parodie » comme l’a déclaré Maitre Kohiho, avocat de Jean Pierre Palm, qui ne s’est fait remarquer que par ses outrances. Il emboitait là la stratégie de Me Pierre-Olivier Sur, avocat de Blaise Compaoré évoquant, « un simulacre de procès, un procès politique », auquel il n’a pourtant pas assisté, mais aussi de son petit frère François Compaoré.

Ce dernier est soupçonné d’être le commanditaire de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo en 1998. Réfugié en France, la justice burkinabè veut l’entendre sur cette affaire.  Au cours de la longue procédure pour son extradition que la France a fini par valider, il n’a cessé d’exprimer son mépris pour le Burkina. Ainsi s’était-il permis de déclarer que « François Compaoré serait découpé en rondelles s’il venait à être extradé » ! Et à l’ouverture du procès de l’assassinat de Thomas Sankara, il se répandait encore sur les ondes affirmant la justice burkinabè incapable d’organiser un tel procès, raillant que le procès se tienne dans une salle « des banquets ». Une salle immense, choisie justement et à dessein, pour accueillir plusieurs centaines de personnes, et la sécuriser dans de bonne condition.

Les avocats des parties civiles qui représentaient au procès des familles des victimes, ont veillé tout au long du procès à éviter tout mauvais pas qui pourrait mettre en cause la légalité du procès. Par exemple, ce sont eux qui ont demandé le report du procès le 31 janvier dernier, en attendant que la constitution, suspendue après le coup d’État du 24 janvier, soit pas rétablie.  Ce sera fait le 1er février. Le procès reprendra donc le 2 février.

Mais ce long procès, malgré toutes les difficultés rencontrées, énumérées plus loin a permis de nombreuses révélations, et surtout de reconstituer le fil des évènements. Le commando est parti du domicile de Blaise Compaoré, dans deux voitures dont l’une lui appartenait. Il s’est posté sur les lieux, le Conseil de l’Entente, avant que Thomas Sankara n’arrive et s’installe pour une réunion. Alors qu’il sortait les mains en l’air, sous l’injonction du commando, il fut fauché le premier de plusieurs balles, sans sommation. Puis ce fut au tour des personnes qui étaient réunies avec lui. Gilbert Diendéré qui a tenté de nier sa présence sur les lieux, pourtant confirmée par de nombreux témoins, donnait les ordres.  Il envoyait des militaires sécuriser la ville, accueillir des renforts venus de Po, la garnison des commandos qu’il dirigeait, ou prendre le contrôle des casernes qui auraient pu réagir.

Des difficultés dues à de nombreuses manœuvres pour l’empêcher ou le retarder

La tenue même de ce procès est considérée comme une véritable victoire par ceux qui ont longtemps combattu pour qu’il se tienne. De multiples manœuvres ont tenté, en effet, d’en empêcher la tenue ou d’en retarder l’ouverture. Le Réseau international Justice pour Sankara justice pour l’Afrique cite par exemple dans son dernier communiqué :

  • le blocage de toutes procédures judiciaires sous le régime de Blaise Compaoré. En effet, les juridictions civiles s’étant déclarée incompétentes, la procédure devant les juridictions militaires est restée bloquée jusqu’à l’insurrection de novembre 2014, dans l’attente d’une signature d’un ordre de poursuivre par le ministère de la Défense, comme le stipule la juridiction militaire.
  • la volte-face du Comité des droits de l’Homme de l’ONU en 2008. En effet, saisi par les avocats de la famille Sankara, en 2002, pour tenter de faire pression sur le gouvernement burkinabè, le Comité déclare en 2006, la requête recevable. Mais en 2008, il se déclare satisfait des mesures prises par le gouvernement burkinabè. Il n’avait fait que corriger le certificat de décès et proposer une indemnisation financière à la famille, qu’elle avait refusée. Aucune enquête n’avait pourtant été ouverte. Ce même Comité occultait la nécessité de connaitre la vérité, qu’il avait pourtant reconnu comme légitime deux (02) ans auparavant ;
  • l’exfiltration de Blaise Compaoré, par les forces spéciales françaises, après l’insurrection de 2014. Le président déchu, chassé par son peuple se trouvait ainsi soustrait à la justice de son pays ;
  • le refus de la Côte d’Ivoire d’exécuter le mandat d’arrêt international lancé contre Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando, ou de les extrader conformément à la demande de la justice burkinabè
  • la lenteur de la part des autorités françaises à fournir le 3ème lot de documents. Il fut remis en avril 2021, soit plus de deux ans après la fourniture du 2ème lot, 3 ans et demi après la promesse d’Emmanuel à Ouagadougou en novembre 2017, et 4 mois après la clôture du volet national du dossier afin de lancer le procès.
  • l’ultime tentative d’avocats de la défense de suspendre le procès à la suite du coup d’État de janvier 2022 pour anti constitutionnalité.

Ouvert 34 ans après, les faits, un tel retard va fatalement entrainer des difficultés. Des témoins et des accusés sont malades, d’autres décédés, et ne pourront paraître au procès. A l’instar de Salif Diallo, disparu en aout 2017. Témoin essentiel, il se trouvait au domicile de Blaise Compaoré d’où est parti le commando de tueurs. Proche parmi les proches, l’homme de tous les trafics ou autres tentatives de déstabilisation dans la région, lors des années les plus noirs de son régime, il fut par exemple au procès de Charles Taylor, considéré comme l’interlocuteur pour toutes demandes d’armes. Il a tenté depuis de faire oublier son passé. Quelques avant l’insurrection de 2014, il fut à l’origine d’une scission au sein du CDP, le parti de Blaise Compaoré, afin de créer le MPP, au pouvoir depuis la fin de la première transition jusqu’au dernier coup d’Etat de janvier 2022.

Salif Diallo s’était rendu avec Gabriel Tamini, dans les locaux de la radio, après la mort de Thomas Sankara où ils ont tous les deux passé la nuit pour contrôler les agissements du personnel. Les accusations contre Gabriel Tamini ont été levées lors de l’audience de confirmation des charges. Plus aucun civil ne restait donc accusé de complicité du coup d’État, alors que Blaise Compaoré bénéficiait de nombreux soutiens parmi eux.

De nombreux témoins se jouaient de la vérité, faisant mine de ne plus se rappeler. On peut certes comprendre que, si longtemps après les faits, il puisse y avoir chez certains des trous de mémoire. Mais de là à contredire ce qu’ils avaient déclaré et signé lors de leurs auditions devant le juge ! Ainsi, l’accusé Yamba Élysée Ilboudo a confié : « J’ai peur. J’ai des enfants. Je veux vivre comme les autres.». Il a d’ailleurs été remercié par des avocats de la partie civile. A l’image de Me Nzepa qui a déclaré : « Sans Elysée, on serait sans la version de ceux qui étaient au conseil de l’entente, et on n’aurait même pas envisagé que les auteurs du complot, les commandos étaient partis de chez Blaise Compaoré. C’est parce qu’Elysée a parlé qu’on sait que le commando est parti de chez Blaise Compaoré pour arriver au conseil, donc sans Elysée Yamba, on ne pouvait pas avancer dans ce dossier ». D’autres avocats renchériront sur la peur que suscitait encore Gilbert Diendéré expliquant qu’il était « wacké » (NDLR : protégé par la sorcellerie) à tel point qu’il était impossible de le regarder droit dans les yeux. Gilbert Diendéré, en pleine forme, impeccablement vêtu en uniforme, au début du procès faisait preuve d’une grande arrogance en toisant ceux qui l’accusaient. On se rappelle que le régime de Blaise Compaoré a pratiqué la terreur et la torture pour asseoir son pouvoir.

Un procès historique

Plusieurs dictateurs ont déjà été condamnés comme Ben Ali, Hissène Habré, Charles Taylor, ou Omar el-Béchir, responsables en même temps de crimes de guerre à la suite de procès. Mais c’est la première fois que l’un d’eux, Blaise Compaoré l’est dans son propre pays pour avoir assassiné son prédécesseur.

Les lois votées lors de la Transition qui a suivi l’insurrection de 2014, sont considérées parmi les plus avancées au monde en ce qui concerne l’indépendance de la justice par rapport au pouvoir politique. Et les avocats de la partie civile comme une partie de ceux de la défense, ont exprimé leur fierté d’avoir participé à ce procès et loué sa qualité.

Même le président Roch Marc Christian Kaboré ne semble pas avoir fait une quelconque pression. Sauf peut-être, mais rien en le prouve, pour qu’il ne dure pas trop, afin de lancer la « réconciliation ». Il a cependant négocié par Blaise Compaoré pour qu’il assiste au procès… promettant lors de la campagne électorale de la présidentielle de 2020 que Blaise Compaoré rentrerait la tête haute. Les travaux avaient même commencé dans sa résidence de Ziniaré, son village natal, pour la remettre en état. Mais aucun juge, aucun assesseur, aucun avocat n’a évoqué de pression politique. Force est de reconnaître que la justice burkinabè a réussi à démontrer sa capacité à organiser jusqu’au bout un tel procès, observé et suivi par de nombreux pays.

Ne s’agit-il pas d’une véritable gageure alors que le pays est en guerre ? Ce qui a d’ailleurs détourné l’attention de la population, en grande partie très fière aussi de cette prouesse, mais préoccupée en premier lieu par le développement de l’insécurité et l’ampleur du nombre de déplacés évalué aujourd’hui à plus d’un million et demi.

Un début de justice mais beaucoup reste à faire.

Ce procès est aussi une victoire contre l’impunité. Loin de nous pourtant l’idée de vouloir déclarer un satisfecit général à la justice de ce pays. Car l’impunité n’a pas disparu. Quasiment aucun dignitaire du régime de Blaise Compaoré n’a encore été jugé pour corruption et détournement de fond, alors que de nombreux hommes politiques proches du pouvoir se sont constitués d’immenses fortunes à cette époque.

Mais un premier pas a été franchi. On attend maintenant le procès de l’assassinat de Norbert Zongo, suspendu pour l’instant à la décision de la Commission européenne des droits l’homme, saisie par Me Pierre-Olivier Sur pour contester l’extradition de François Compaoré. D’autres crimes restent impunis comme celui de l’assassinat de l’étudiant Dabo Boukary, probablement perpétré aussi par le RSP dirigé par Gilbert Diendéré. Des accusations de torture ont été proférées, par des victimes encore vivantes, contre Gilbert Diendéré et Jean Pierre Palm, mais aussi contre un ancien chef de corps du RSP Ibrahima Kéré qui n’a jamais été inquiété. Un pays qui se veut démocratique peut-il laisser de tels tortionnaires en liberté, alors que les délits de torture sont imprescriptibles.

Autre situation inédite. Ce procès a pu se poursuivre malgré un changement de régime. Interrompu après le coup d’Etat du 24 janvier, alors que la justice militaire avait prononcé la reprise, ce sont les avocats de la partie civile qui en ont demandé le report jusqu’au rétablissement de la constitution ce qui intervint rapidement. Un cas d’école en ce qui concerne l’indépendance de la justice.

Un procès pour l’histoire

Procès historique donc, s’il en est, qui donne l’occasion de replonger dans le contexte géopolitique de l’époque. Thomas Sankara est une des personnalités politiques les plus marquantes de la fin du 20ème. Son assassinat intervient dans un contexte politique intérieur conflictuel. Des interventions extérieures ont elles soufflé sur le feu ? Le procès n’a pas pu répondre à cette question. Mais l’hypothèse d’un complot international, n’a cessé de traverser le procès à travers plusieurs témoignages alors que le volet extérieur du dossier judiciaire reste ouvert.

Dans les années 80, la popularité de la Révolution déborde alors largement les frontières du pays. Les jeunes d’Afrique de l‘Ouest admirent alors ce pays et son leader le jeune et charismatique Thomas Sankara. Les succès économiques du Burkina Faso, l’objectif fixé d’une lutte acharnée contre la pauvreté, le dynamisme dont il fait preuve dans son développement, la mobilisation de la population sont vécus comme un danger pour la plupart des dirigeants des États de la région. Le plus souvent très proches de la France, dans ce qu’on appelle le pré-carré, ils craignent la contagion. D’autant que Thomas Sankara, bien que déçu de l’aide soviétique, n’en finit pas de dénoncer l’impérialisme, le néocolonialisme.

Le juge François Yaméogo a dissocié le volet international du volet national du dossier considérant que l’enquête n’a pas pu être menée à bien. Cela n’a pas empêché des témoignages sur les implications de la Côte d’Ivoire, de la Libye et de la France. Il est regrettable cependant qu’aucun historien n’ait été invité à brosser un tableau de la situation géopolitique de l’époque, ni de la lutte politique interne que cachaient souvent des ambitions personnelles.

Nous sommes alors encore en pleine guerre froide. Thomas Sankara, parle haut et fort s’opposant à une éventuelle neutralité des non-alignés, appelant à refuser de rembourser la dette qui est instrumentalisée comme moyen de soumission, ne cessant de fustiger les pays occidentaux pour leur soutien à Israël, leur refus du boycott de l’Afrique du Sud, affichant son amitié avec Fidel Castro et Daniel Ortega, alors dirigeant de la Révolution sandiniste. Les dirigeants français s’inquiètent de la montée en puissance de cette nouvelle voix, mélange d’humanisme, de sensibilité et de combativité, sur la scène internationale,  d’un dirigeant qui n’en finit plus de dénoncer le néocolonialisme. Jusqu’à faire campagne au sein de l’ONU pour l’indépendance de la Nouvelle Calédonie, une ligne rouge à ne pas dépasser. Ils ne peuvent accepter de voir remettre en cause leur mainmise sur la plupart des pays de la région, de voire les anciennes colonies vouloir se libérer du giron français. L’arrivée de Charles Taylor dans la région à la recherche de soutien pour renverser Samuel Doe, le président du Libéria, soutenu par Mouammar Kadhafi, Blaise Compaoré, et Houphouët-Boigny et certains réseaux français, va contribuer à distendre un peu plus l’amitié entre Thomas Sankara et Blaise Compaoré, le premier refusant de le soutenir contrairement au deuxième.

Les ouvrages publiés jusqu’ici sont essentiellement des témoignages ou des essais. Le premier ouvrage d’un historien est sorti l’an dernier… aux Etats-Unis. Une pétition en ligne qui demandait que le procès soit filmé a rassemblé environ 5000 signatures en 5 jours. Malgré cela le juge, à la demande des avocats de la défense a refusé. Cette éventualité avait été soulevée quelques mois auparavant, moi-même étant venu poser la question à différentes autorités en février 2021. Il y avait donc le temps, de réfléchir à une proposition qui aurait pu être consensuelle, de déterminer précisément les règles d’utilisation.

Certes un procès est une œuvre de justice, mais un procès peut aussi être une source historique pour peu qu’on s’en donne les moyens. Or malheureusement, la justice burkinabè ne compte aucun sténotypiste de profession. Les avocats s’en sont inquiétés et le juge est intervenu auprès des huissiers pour qu’ils fassent preuve de célérité. Mais ça ne suffira pas. Pour avoir suivi le procès quotidiennement à travers la presse burkinabé, dont plusieurs médias en ligne en faisaient des comptes rendus quotidiens, puis pour avoir assisté à quelques séances de procès, j’ai pu réaliser combien ces résumés bien que consistants sont insuffisants, manquant de précisions.


Les trois principaux accusés de l’assassinat de l’ex-président du Burkina Faso Thomas Sankara en 1987, dont l’ancien chef de l’État Blaise Compaoré, ont été condamnés mercredi à la prison à perpétuité par le tribunal militaire de Ouagadougou. Bruno Jaffré, auteur et biographe de Thomas Sankara, était l’invité de France 24. 

https://www.youtube.com/watch?v=3NAqEnzblmU

L’affaire “Sankara et compagnons” n’est pas terminée

Qui a participé à ce complot et comment ? Si le procès a apporté les réponses en ce qui concerne le volet national, ces questions restent posées pour le volet international.

En février, nous apprenions avec stupeur que l’enquête était arrêtée de la bouche même de la procureure (voir la vidéo https://www.youtube.com/watch?v=M_fXWY46K3 minute 34’00 ) . Pourtant la dissociation du volet international du volet national était accompagnée de la décision de poursuivre l’enquête sur ce deuxième volet..

La récente nomination du juge François Yaméogo à la direction de la justice militaire devrait permettre la reprise de l’enquête.

Cette affaire vient rejoindre de nombreuses autres dont la recherche de la vérité (voir le livre de Pascal Jouary Secret défense le livre noir à https://maxmilo.com/products/secret-defense-le-livre-noir) reste entravée par l’opposition du secret défense. Le réseau international Justice pour Sankara justice pour l’Afrique est membre du Collectif secret défense un enjeu démocratique où sont regroupées près d’une vingtaine de victimes ou d’associations qui les soutiennent tous en butte au refus de lever le secret défense par les autorités françaises.

Le président Emmanuel Macron avait promis en novembre 2017, lors d’une visite à Ouagadougou, de déclassifier tous documents sur l’assassinat de Thomas Sankara et de les mettre à la disposition de la justice burkinabè. Si quelques documents déclassifiés ont été fournis, cette promesse n’a pas été tenue. Aucun document issu des cabinets de Jacques Chirac ou officiait Jacques Foccart et de François Mitterrand n’a été fourni. Par ailleurs, l’enquête a permis de dévoiler la présence de Français, venus aux côtés de Jean Pierre Palm, prendre possession des écoutes téléphoniques. Ne s’agit-il pas là de tentatives pour détruire des preuves de l’organisation d’un complot ? Un évènement dont il existe certainement une mention dans des archives mais certainement aussi classées « secret défense ». Voilà en tout cas quelques pistes à ouvrir.

Si le juge François Yaméogo a pu partir au Ghana dans le cadre de son enquête, il parait nécessaire qu’il puisse compter sur une collaboration de la justice de Côte d’Ivoire, le pays le plus cité durant le procès. D’autres investigations devraient être menées dans d’autres pays comme la Libye, le Libéria, la Sierra Leone voire le Togo. Outre les obstacles politiques, la justice burkinabé est confrontée aussi à de cruels manques de moyen. D’autant que la guerre s’étend et nécessite que plus en plus de moyens. Pour fournir de l’armement à l’armée mais aussi pour répondre aux graves problèmes sociaux posés par les déplacements de population et l’impossibilité pour de nombreux agriculteurs de cultiver pour nourrir la population.

Plusieurs témoins français devaient être entendus, durant le procès, qui n’ont pu se présenter pour différentes raisons. L’enquête devrait donc reprendre, et peut-être passer par une nouvelle commission rogatoire. L’hypothèse d’une implication française reste plausible et plusieurs témoignages durant le procès l’ont confirmée.  Mais il faudra lever de nombreux blocages à commencer par celui du secret défense. En plus du réseau international justice sur Sankara justice pour l’Afrique, on peut aussi compter sur le Collectif secret un enjeu démocratique, qui intègre parmi les affaires pour lesquels il se mobilise, l’assassinat de Thomas et de ses compagnons pour ne pas baisser les bras.

 Bruno Jaffré

Source : https://blogs.mediapart.fr/bruno-jaffre/blog/140422/retour-sur-le-proces-de-lassassinat-de-thomas-sankara-et-de-ses-compagnons


Le verdict

  1. Blaise Compaoré : prison à vie pour attentat à la sûreté de l’État et complicité d’assassinat; acquitté pour recel de cadavre 
  2. Gilbert Diendéré: prison à vie pour attentat à la sûreté de l’État et complicité d’assassinat; acquitté pour recel de cadavre et subornation de témoin
  3. Hyacinthe Kafando: prison à vie pour attentat à la sûreté de l’État et assassinat,
  4. Idrissa Sawadogo: 20 ans de prison ferme pour complicité d’attentat à la sûreté de l’État et complicité d’assassinat,
  5. Nabonswendé Ouedraogo: 20 ans de prison ferme pour complicité d’attentat à la sûreté de l’État et complicité d’assassinat,
  6. Yamba Elisée Ilboudo: 11 ans de prison ferme pour complicité d’attentat à la sûreté de l’État et complicité d’assassinat,
  7. Jean Pierre Palm: 10 ans de prison ferme pour complicité d’attentat à la sûreté de l’État,
  8. Ouédraogo Tibo: 10 ans de prison ferme pour complicité d’attentat à la sûreté de l’État,
  9. Albert Pascal Belemlilga: 5 ans de prison avec sursis pour complicité d’attentat à la sûreté de l’État,
  10. Djakalia Deme: 5 ans de prison avec sursis pour complicité d’attentat à la sûreté de l’État,
  11. Ninda Pascal Tonde: 3 ans de prison ferme pour Subornation de témoin
  12. Bossobe Traoré: Acquitté pour infraction non constituée
  13. Alidou Jean Chistophe Diebré: Action publique éteinte pour cause de prescription.
  14. Amado Kafando: Action publique éteinte pour cause de prescription.

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